Vendredi 28 mars 2025, retrouvez Franck Baulme (Galeriste, F. Baulme Fine Arts), Antoine Cahen (Galeriste, Galerie Terrades), Christophe Person (Galeriste et expert en art contemporain africain, Galerie Christophe Person) et Alexis Pentcheff (Galeriste, Alexis Pentcheff) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.
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00:00Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Art et Marché, votre émission hebdomadaire
00:11consacrée au marché de l'art, édition Weekend.
00:14C'est la semaine du dessin à Paris et nous nous sommes rendus au salon du dessin pour
00:18explorer plus en détail le marché du dessin préparatoire.
00:22Des dessins réalisés avec des mains de maîtres en amont de leur toile et qui se revendent
00:26aujourd'hui comme des véritables œuvres.
00:29Et puis pour l'interview du week-end, nous nous intéressons à une exposition majeure
00:32Paris Noir qui vient d'ouvrir ses portes au Centre Pompidou, un événement d'autant
00:36plus marquant qu'il s'agit de la dernière grande exposition avant plusieurs années
00:41de travaux au Centre Pompidou.
00:42Alors quel impact une telle proposition peut-elle avoir sur le marché de l'art et sur la reconnaissance
00:47des artistes panafricains exposés au musée ? Nous en parlons avec Christophe Persan qui
00:51est directeur de la Galerie Eponyme.
00:53Bienvenue à tous et à toutes, c'est Art et Marché, édition Weekend.
01:00Nous nous sommes rendus au Salon du Dessin où 39 galeries présentent des œuvres allant
01:05du dessin ancien au dessin contemporain parmi environ 1000 propositions, les dessins préparatoires
01:12qui ont attiré notre regard cette année.
01:21On a essayé de présenter un panel d'œuvres assez différente.
01:24Cette pièce de Ingres, c'est un travail préparatoire pour la source qui est au musée
01:28d'Orsay.
01:29Quand on arrive à avoir des dessins préparatoires pour des œuvres aussi importantes que la
01:33source qui est au musée d'Orsay, c'est une fierté pour nous déjà d'être capables
01:36de présenter ce genre de pièces et après, le fait que ce soit des œuvres préparatoires,
01:43ça donne toujours un petit plus pour les collectionneurs de se dire « j'ai la possibilité
01:46de posséder l'œuvre qui a servi au tableau qui est dans tel ou tel musée ».
01:51Le fait de dire que c'est une œuvre préparatoire, une esquisse, une étude, est-ce que c'était
01:54quelque chose qui pouvait être péjoratif de dire ça ?
01:58Mais aujourd'hui, c'est vraiment le contraire qui se présente.
02:02Avec mon épouse, on est collectionneurs et marchands, c'est une pièce que j'aimerais
02:05garder dans ma collection.
02:06Ce sont des illustrations des métamorphoses d'Ovide.
02:12Le thème est expliqué dans les métamorphoses d'Ovide et l'artiste interprète ou réinterprète
02:20ces métamorphoses.
02:21C'est d'une immense imagination.
02:24Que ce soit un dessin préparatoire, une peinture, que ce soit un dessin préparatoire à une
02:28gravure, c'est toujours d'une grande fantaisie, d'une grande liberté.
02:33Beaucoup plus que la peinture, qui est souvent plus posée, plus finie, plus achevée, ou
02:41évidemment que la gravure qui, elle, est complètement rigidifiée par la technique.
02:47C'est cette liberté que permet le dessin préparatoire et qui trahit la pensée de
02:55l'artiste.
02:56C'est une niche.
02:57Ce sont toujours des gens qui sont cultivés, qui sont intéressés, qui connaissent la
03:02peinture et qui veulent voir la première pensée de l'artiste.
03:10C'est un dessin d'Ernest Meissonnier qui est préparatoire pour un tableau qui est
03:14au Musée du Louvre.
03:16Il y a toute une histoire autour de ce dessin et de ce tableau.
03:19C'est ça qui m'a intéressé quand on nous a montré ce dessin qui vient d'une collection
03:23privée française.
03:25Au départ, Meissonnier, qui est un artiste qui était assez réputé, il était lui-même
03:31officier militaire en 1848.
03:34Donc, il a défendu l'hôtel de ville.
03:36Il a assisté à la prise de la barricade par l'armée régulière en juin 1848.
03:41Ça l'a beaucoup choqué de voir la barricade démantelée avec les morts, etc.
03:46Donc, il a fait tout de suite une aquarelle suite à cette vision, disons.
03:51Et un peu plus tard, il en a tiré un tableau.
03:55Entre l'aquarelle et le tableau, qui tous les deux maintenant sont au Musée du Louvre,
03:58il a réétudié la composition en faisant des dessins préparatoires qui sont extrêmement
04:02rares, où il a étudié chacun des personnages, donc de tous les personnages morts qui sont
04:07dans la scène.
04:08Le fait qu'il soit préparatoire pour un tableau qui est connu, mais aussi que l'image
04:12est très impressionnante.
04:14On achète ce qu'on aime.
04:16Il se trouve que parfois, c'est un dessin très fini.
04:19Parfois, c'est un dessin qui est lié à un tableau.
04:22Donc, on peut aussi reconstituer tout l'historique.
04:24J'ai d'autres exemples sur le stand de dessins qui sont liés à la préparation
04:29ou d'une illustration de livre ou d'un tableau.
04:32Mais c'est ce qu'on aime, avant tout, ce qu'on achète.
04:36C'était notre reportage au Salon du dessin.
04:38Tout de suite, c'est l'interview du week-end.
04:44L'exposition Paris Noir, dernière exposition au Centre Pompidou avant sa fermeture, présente
04:49150 artistes afro-descendants de l'Afrique aux Amériques, dont les œuvres n'ont
04:53souvent jamais été montrées en France.
04:55Christophe Persson, galeriste spécialisé dans la représentation d'artistes modernes
04:59et contemporains africains est mon invité pour en parler.
05:02Merci beaucoup d'être avec nous.
05:03Merci Sybille pour l'invitation.
05:05Tout d'abord, en tant que galeriste, comment avez-vous perçu cette exposition ?
05:10Est-ce que c'était une attente ? Quels sont vos premiers ressentis ?
05:16Je pense que cette exposition vient un peu à la suite de tout ce qui s'est passé
05:19sur le marché de l'art africain au cours des 15 ou 20 dernières années.
05:22C'est vrai qu'on a connu assez récemment un très fort engouement pour la scène contemporaine
05:27africaine, avec très souvent la question de savoir d'où est-ce que venaient tous ces artistes.
05:32Parfois, on a eu tendance à penser à tort que beaucoup de leur inspiration venait de
05:38la création contemporaine ou moderne, notamment à Paris avec Picasso et puis ensuite avec
05:42les Basquiat.
05:43Finalement, quand on creuse un petit peu, on se rend compte que bien entendu, ces artistes
05:47contemporains ont des sources d'inspiration qui viennent également de l'Afrique, ce
05:51qui est aussi rassurant, mais de la part d'artistes qu'à Paris, on connaît assez mal, même
05:55pour ceux qui sont exposés à Paris Noir.
05:57Je trouve que c'est intéressant de trouver ces artistes qui arrivent à faire le lien
06:01en fait entre ce que l'on connaît aujourd'hui et puis peut-être les sources d'inspiration
06:06de ces contemporains.
06:07Et puis aussi, j'imagine une redécouverte d'artistes qui ne sont pas forcément, enfin
06:10qui sont des artistes modernes, pas forcément les artistes contemporains dont on a entendu
06:14parler sur le marché, qui ont fait des très grands chiffres, etc., qui sont des jeunes
06:18artistes.
06:19Là, on a redécouvert aussi des noms qui devraient être présents ou en tout cas
06:23revalorisés dans l'histoire de l'art.
06:24Alors, ce sont des artistes qui, pour le public parisien, beaucoup d'entre eux vont être
06:28des découvertes.
06:29C'est tout à fait vrai.
06:30Mais ce qu'il faut savoir, c'est qu'il existe quand même des marchés de l'art qui sont
06:34locaux, que ce soit en Afrique.
06:36Et donc, il y a des maisons de vente aux enchères, par exemple au Kenya, à Lagos, en Afrique
06:40du Sud, qui déjà présentent ces modernités africaines.
06:43Alors, c'est vrai que ce sont des marchés qui sont plutôt spécialisés dans une sous-région.
06:49Et je pense que cette exposition va contribuer à leur donner une reconnaissance plus internationale.
06:55Du point de vue français, quel regard, est-ce qu'il y a eu des moments marquants d'institutionalisation
07:03ou de présence plus forte de ces artistes sur le marché européen ?
07:09Alors, ce qui est intéressant, c'est de voir que finalement, c'est la ségrégation raciale
07:13aux Etats-Unis, le racisme qui a poussé beaucoup de ces artistes et beaucoup de ces créatifs,
07:18aussi de ces créateurs, de ces écrivains à venir à Paris.
07:21Et donc, dans une période où il y a eu une grande ébullition culturelle.
07:24Et donc, on peut considérer que, du point de vue de cette exposition, en tout cas, c'est
07:28les années 50 qui sont le point de départ, justement, de l'arrivée de ces artistes.
07:32On peut d'ailleurs faire un écho avec l'actualité, puisqu'en fait, on se rend compte qu'aujourd'hui,
07:36avec le nouveau gouvernement Trump, il y a beaucoup d'artistes aussi qui présentent
07:39des profils similaires, qui certainement ne sont plus très bien vus chez eux.
07:42Et donc, en fait, c'est cette situation qui a entraîné la venue à Paris, qui était
07:47une place très, très attractive de tous ces artistes-là.
07:49Et depuis les années 50, est-ce qu'il y a eu des moments charnières que vous jugez
07:52être très importants pour le marché ?
07:54Alors, il y a eu des événements qui ont été liés plutôt à des expositions institutionnelles,
07:58comme par exemple à Dakar en 1966.
08:00Et donc, il y a eu quand même tout un tas de jalons qui ont fait émerger des artistes.
08:05Et des artistes qui vont, soit pour les artistes plutôt francophones à Paris, soit encore
08:11plus fortement pour les artistes anglophones à Londres, avoir une cote assez importante.
08:15Et on le voit, parce que Bonhams, par exemple, organise des ventes dédiées à l'art moderne
08:19africain, avec plutôt un focus sur le Nigeria et l'Afrique du Sud, avec des artistes qui
08:23peuvent faire des prix très importants.
08:25Et beaucoup de gens connaissent, par exemple, Ben Nwanwu, qui est présenté en tout début
08:28de l'exposition, cet artiste moderniste.
08:31Et du côté de l'Afrique du Sud, c'est Cotto aussi qui fait l'affiche de l'exposition
08:35avec ce personnage qui est très, très fort, avec un visage qui est très prenant.
08:38Donc, il existe en effet certains de ces artistes qui sont déjà établis, sans parler évidemment
08:43des Américains, qui peut-être ne sont pas très vendus jusqu'à présent en France,
08:47mais qui aux Etats-Unis ont une vraie place institutionnelle et sur le marché.
08:51Est-ce que vous pensez que ce genre d'exposition va permettre d'avoir un regard nouveau et
08:57d'insuffler une nouvelle tendance sur le marché ?
09:00C'est vrai qu'on a beaucoup parlé, par exemple, du black portrait, qui était une tendance
09:03assez forte, peut-être qui s'essouffle un petit peu maintenant.
09:05Est-ce qu'on pense qu'il va y avoir une tendance qui sera autre ?
09:08Je pense en effet que ça va ouvrir les yeux sur des nouvelles esthétiques.
09:12Alors, il y a toute une partie de l'exposition qui est consacrée à une forme de surréalité,
09:16de surréalisme africain, en fait, qui est très, très belle et qui est portée par
09:20Wilfred O'Dame et Cardenas.
09:22Et on se rend compte que tout autour, en fait, il y a beaucoup, beaucoup d'artistes qui
09:26ont développé ces esthétiques dans cet imaginaire, en fait, qui est une espèce de mélange
09:31entre les identités de là où les artistes viennent et puis leur présence à Paris.
09:35Il y a aussi beaucoup d'artistes qui ont traité, et on le voit dans l'exposition,
09:39à deux périodes différentes, un peu d'abstraction, en fait.
09:42Dans les années 60, il y a eu ces prémices autour de l'abstraction avec des œuvres
09:46qui sont, de mon point de vue, assez spectaculaires.
09:48Et puis ensuite, d'autres artistes, un petit peu plus tard aussi, qui ont réinventé ce mouvement.
09:52Donc, ça veut dire qu'à côté du black portrait que l'on connaît très, très bien,
09:55il y a beaucoup d'autres tendances.
09:57Il y a l'inspiration aussi qu'ont pu avoir des artistes par rapport à l'école de Paris,
10:01donc l'abstraction, surréalisme, portrait comme ça.
10:05Donc, c'est vrai qu'on arrive, grâce à cette exposition, à découvrir tout un tas
10:09d'autres mouvements qui sont intéressants à explorer davantage.
10:12Mais est-ce qu'il y aurait des esthétiques qui auraient une valeur croissante désormais,
10:17qu'on pourrait retrouver aux enchères ou dans d'autres ventes ou dans les foires ?
10:23Alors, je pense que quand on regarde, par exemple, le marché des artistes modernes sénégalais,
10:28qui a commencé à frémir un petit peu au cours des dernières années,
10:32notamment dans les ventes aux enchères et notamment dans les ventes aux enchères à Paris,
10:36de voir maintenant ces artistes qui arrivent dans un grand musée.
10:39En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que l'écosystème de l'art,
10:42en fait, il fonctionne par ajout comme ça de plusieurs éléments.
10:46Donc, on va avoir l'engagement des ventes aux enchères,
10:49l'engagement des institutions publiques, l'engagement des galeries.
10:51Et tout ça va finir par faire une mousse qui va sensibiliser les collectionneurs
10:55et qui devrait contribuer à voir la valeur de ces artistes augmenter, bien sûr.
10:59Oui, parce que là, on a vu qu'il y avait une quarantaine d'œuvres
11:01qui avaient été acquises par le Centre Pompidou.
11:04Ça, c'est vraiment un acte important pour cette histoire de l'art.
11:09Oui, tout à fait. C'est un acte important parce que ces œuvres,
11:11elles sont montrées lors de l'exposition Paris Noir.
11:13Et donc, on peut imaginer et on peut espérer que ces mêmes œuvres pourront à l'avenir
11:18être montrées de nouveau dans des contextes différents
11:21et avec des rapprochements qui seront pertinents,
11:24qui vont certainement aussi contribuer à donner de la valeur
11:26si on arrive à bien signifier que ces artistes s'inscrivent avec pertinence
11:31dans une histoire globale de l'art.
11:33Et c'est aujourd'hui un petit peu la méconnaissance que l'on a sur leur travail.
11:37Oui, c'est parce que je veux dire, peut-être le point à venir,
11:41comment progresser aussi dans cette redécouverte,
11:44c'est de l'apprendre dans sa globalité, pas forcément traiter les œuvres
11:48ou remettre ces œuvres d'artistes panafricains dans un contexte panafricain,
11:53mais plutôt de les voir dans la globalité de l'histoire de l'art.
11:55Oui, tout à fait. Quand on regarde par exemple la section abstraite
11:59qui présente je ne sais pas une dizaine ou une quinzaine de tableaux,
12:03évidemment ça paraît toujours un petit peu niche.
12:05En revanche, si ces mêmes tableaux sont présentés dans une grande exposition
12:09dédiée à l'art abstrait, par exemple au Centre Pompidou ou ailleurs,
12:12tout de suite ça donne un poids à ces artistes qui montrent qu'en fait
12:15ils sont à leur vraie place justement aux côtés de leurs pairs
12:18qui sont beaucoup plus connus.
12:19Et donc vous pensez que Paris pourrait être encore à nouveau une place d'accueil
12:22pour tous les artistes internationaux ?
12:25Alors moi je le souhaite vivement. Je trouve qu'à la Galerie,
12:27on a beaucoup de gens justement issus des États-Unis,
12:29plutôt dans le profil des populations noires,
12:31qui se demandent un petit peu ce qui se passe et ce qui va se passer.
12:34C'est vrai qu'on le lit dans la presse tous les jours,
12:36des expositions qui sont considérées woke par le gouvernement, qui sont annulées.
12:41Et donc moi je trouve qu'il serait temps que les Galeries et les acteurs parisiens
12:44lancent un appel à ces artistes en disant finalement à Paris,
12:47on a des institutions qui fonctionnent, on a des musées,
12:50on a des galeries, on a des maisons de vente aux enchères.
12:52Donc il pourrait y avoir, à mon avis, ce qui s'est passé dans ces années 50,
12:55quelque chose qui se renouvelle à Paris. Je pense que ce serait intéressant.
12:58Merci beaucoup Christophe Persson.
13:00Je rappelle que vous êtes galeriste spécialisée dans la représentation
13:02d'artistes modernes et contemporains africains.
13:04Merci de nous avoir aidé à regarder l'exposition Paris Noir avec un œil marché.
13:09Et puis merci à vous toutes et tous de nous avoir regardé.
13:11C'était Arrêt Marché, édition Weekend.
13:14Merci.