Mardi 25 mars 2025, retrouvez Muriel Roquejeoffre (fondatrice, Sangha Hotels), Julien Belliato (Co-fondateur, Electra) et Philippe Camburet (Céréalier bio dans l’Yonne, Président, Fédération nationale d’agriculture biologique) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.
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00:08Bonjour à toutes et à tous, bienvenue, c'est Smart Impact, l'émission des entreprises à impact positif.
00:12Et voici le sommaire. Mon invité aujourd'hui, c'est Muriel Roggehoff, fondatrice de Shanga Hotel,
00:19où comment donner une vocation sociale et environnementale au métier d'hôtelier.
00:24Le Zoom du jour, il portera sur l'agriculture biologique.
00:27Qu'en viendra-t-il sur les menaces contre l'agence bio ou encore sur la loi d'orientation agricole ?
00:31La France fait-elle marche arrière ? Renonce-t-elle à ses ambitions ? Réponse tout à l'heure.
00:36Et puis dans notre rubrique Start-up et innovation, vous découvrirez les bornes de recharge rapide de l'entreprise Electra
00:44qui lance un nouvel abonnement pour alléger la facture des automobilistes.
00:47Hôtellerie, agriculture, mobilité, trois thèmes, 30 minutes pour les explorer. C'est parti.
00:52Musique
00:59L'invité de ce Smart Impact, c'est Muriel Roggehoff. Bonjour.
01:03Bonjour Thomas.
01:03Bienvenue, vous êtes la fondatrice de Shanga Hotel. Ça s'écrit S-H-A-N-G-A, ça se prononce Sanga.
01:09Ça veut dire quoi ? Et je vous pose la question parce que ça résume d'une certaine façon un peu la philosophie qui est la vôtre.
01:14Oui, ça vous intrigue, ça intrigue un peu tout le monde ce nom Sanga. C'est un nom sanscrit.
01:19Le sanscrit, c'est la langue d'origine du bouddhisme qui veut dire communauté.
01:24Et je suis allée chercher pour la création de cette marque hôtelière dans mes racines cambodgiennes.
01:29Mon père est cambodgien et j'avais envie de créer un concept hôtelier qui soit centré sur l'humain
01:34et qui soit inspiré de ses racines asiatiques en allant proposer une bulle de sérénité aux clients dans un univers accessible.
01:41Ce qui m'anime, c'est vraiment de rendre accessible à tous le mieux-être.
01:46La sérénité, c'est un peu la philosophie asiatique, la recherche de sérénité.
01:50Et en fait, je trouve qu'on peut avoir accès à des services de ressourcement dans l'univers du luxe de manière très facile,
01:57mais à des prix très élevés et assez peu à un univers urbain dans une gamme 3 étoiles.
02:02Oui, là, on est dans une gamme 3 étoiles. Ce ne sont pas des hôtels de luxe.
02:06Et malgré tout, il y a des services où vous avez créé une ambiance qui favorise cette sérénité.
02:13Tout à fait. Ça commence par la déco, mais le fond est ailleurs.
02:16Mais en tout cas, dans l'enveloppe, cette bulle zen que l'on a créée, on a accès à la décoration sur des touches asiatisantes.
02:23Donc, on est dans un univers très lumineux, très zen, dépouillé, avec des couleurs claires qui favorisent le bien-être.
02:33Et donc, on a une réception au huitième étage sur le premier établissement à Toulouse.
02:35Et quand les clients arrivent dans cette réception qui est très lumineuse, avec cette ambiance, tout de suite, ils se sentent apaisés.
02:43C'est le terme qu'ils emploient.
02:44Mais il n'y a pas que ça. C'est ce que vous disiez.
02:47Il n'y a pas que ça. Voilà. C'est ce qu'on voit en premier.
02:48Donc, il y a besoin que les clients, quand ils arrivent, ressentent cette ambiance ressourcement.
02:53Mais donc, il y a un espace de soins, par exemple.
02:55Il y a un espace de soins. On a tout un étage, un deuxième étage qui s'appelle l'autre lieu, qui est un centre de soins et de mouvements.
03:03Ce n'est pas du tout un spa. On est dans un univers très éco-responsable.
03:06Et donc, on a volontairement choisi de ne pas avoir d'eau.
03:09Donc, on est sur un mélange entre un studio de yoga et un centre de médecine douce.
03:13Où on a des cours collectifs entre 7h le matin et 20h le soir pour les Toulousains et pour les clients de l'hôtel.
03:20Et un centre de médecine douce où on présente toutes les pratiques autour des médecines douces.
03:24Avec des tarifs, j'ai bien compris votre logique, qui sont accessibles, quoi. C'est ça ?
03:28Des tarifs accessibles. Ils sont accessibles déjà pour les Toulousains, mais qui sont aussi accessibles pour les clients de l'hôtel.
03:32Puisqu'on a de fortes réductions. On va avoir un cours de yoga à 15 euros et des massages qui vont démarrer à 50 euros.
03:40Donc, on n'est pas dans un univers du luxe.
03:42Le prix moyen de la chambre, lui, est à 110 euros. Pour resituer dans le contexte, effectivement.
03:48Et ça vous place dans une... Enfin, est-ce que les hôtels qui sont dans cette gamme pratiquent ce genre de service ou offrent des...
03:56Ou est-ce que ça vous rend un peu unique ? En tout cas, j'imagine que c'est ce que vous espériez.
04:00Oui. Ben, lancer un concept, c'est quand même trouver quelque chose de différenciant et qui ait du sens.
04:04Moi, je suis énormément sur le sens. Je suis très engagée de nature. L'hôtellerie était ma passion. Je ne viens pas de ce métier-là.
04:09Et j'ai cherché à créer un concept qui soit vraiment au plus proche de ce qu'attendent les clients et qui n'existe pas.
04:15Donc, effectivement, sur la gamme 3 étoiles, on n'a aucun concept qui est sur ce sujet du ressourcement.
04:22Et moi, je pense réellement que dans un monde où tout va très vite, permettre aux clients de se reconnecter à eux-mêmes
04:26pour pouvoir mieux se connecter aux autres, parce que cette notion de communauté, c'est aussi proposer aux clients de mieux se connecter aux autres.
04:33Vous avez combien d'hôtels aujourd'hui ?
04:34C'est le premier qui est ouvert à Toulouse. On en a un seul. C'est notre pilote. Donc, il est ouvert depuis 6 mois.
04:39On a trois projets en cours. Et l'idée, c'est de se déployer dans les villes françaises en restant dans cet univers urbain pour proposer ces services-là.
04:47On a aussi des services gratuits, parce qu'on parlait d'accessibilité, en chambre, où on a une chaîne méditation.
04:53Donc, on a fait enregistrer des méditations guidées par une instructrice de méditation à Toulouse,
04:58qui permet aux clients de s'initier à la méditation guidée dans leur chambre.
05:03Et on a aussi une chaîne d'art digital qui propose une expérience immersive de ressourcement.
05:06Avec ce que j'entends, votre description, c'est aussi un lieu pour les habitants du quartier, d'une certaine façon. C'est pensé comme ça ?
05:15C'est pensé comme ça. Le centre de soins s'appelle L'Autre Lieu. Donc, il ne porte pas la marque de l'hôtel pour justement...
05:23Et il n'est pas réservé aux clients de l'hôtel.
05:25Et il n'est absolument pas réservé aux clients de l'hôtel. Et les habitants viennent beaucoup travailler dans de belles espaces, parce que, justement, il est calme et zen.
05:33Et on travaille, bien sûr, avec des associations locales pour favoriser l'insertion sur nos produits.
05:40Par exemple, on travaille avec une association qui s'appelle Bocal Envers à Toulouse et qui réduit le gaspillage alimentaire en fabriquant des bocaux avec du personnel en inclusion.
05:51Ça veut dire dans le choix aussi... Là, on va commencer à rentrer dans les enjeux un peu plus environnementaux.
05:56Mais par exemple, on parle souvent de circuit court. Où est-ce que vous vous fournissez en termes de nourriture, de boissons, etc., etc. ? Vous avez fait cette démarche ?
06:06On a fait cette démarche. Alors, j'ai mis 6 ans à développer ce premier projet. Donc, j'ai largement eu le temps de prospecter et de réfléchir.
06:14J'ai vraiment pensé l'hôtel en impliquant la démarche de la permaculture appliquée à l'entreprise, en considérant l'ensemble des aspects.
06:19Et le local, c'est évidemment un des aspects clés. Donc, à la fois dans l'ameublement, où on a fait du mobilier sur mesure qu'on a fabriqué en majeure partie à Montauban.
06:29Donc, c'est à moins de 50 kilomètres de Toulouse et au nord du Portugal. Donc, ça a démarré là-dessus.
06:35Et puis ensuite, sur tous les fournisseurs, que ce soit les produits d'accueil dans les chambres, qui sont des produits bio fabriqués en France, ou effectivement les boissons à notre bar.
06:43On a un bar à cocktail. Et toute la carte de boissons sur la partie boissons sans alcool est locale. Il n'y a pas une seule marque nationale.
06:49Il me semble que sur des propositions de kombucha, de cola, produits en Occitanie. Donc, il y a une démarche très très forte.
06:58Le miel est un miel tarné qui est presque familial. Voilà. Puisque moi, je suis cambodgienne par mon père, mais tarnaise par ma mère. Donc, on a vraiment...
07:06On travaille... Tous les produits sont locaux, en effet. — Est-ce que autour de... Est-ce que vous êtes dans un quartier qui est dans cet environnement-là, qui est...
07:14On parle par exemple d'écoquartier souvent. Est-ce que votre hôtel, c'est un peu une bulle dans un quartier où tout le monde s'en fout ? Ou alors est-ce que vous êtes accompagnée, d'une certaine façon ?
07:24— Non, c'est une excellente question. Bien sûr, j'ai fait le choix d'un écoquartier en collaboration avec Toulouse Métropole. On est dans un univers où les halles de la cartoucherie,
07:32qui sont au centre de cet écoquartier... — D'accord. Vous êtes dans ce coin-là. — ... sont en lieu totem de l'ESS, donc qui travaille énormément à l'associatif.
07:38Et puis l'écoquartier, ça nous permet d'être parfaitement écoresponsables sur les sujets énergétiques. On a un réseau de chaud, un réseau de froid. Et Toulouse a mis en place il y a presque 10 ans
07:47le premier réseau de froid urbain, donc qui permet de fournir une climatisation raisonnée en étant parfaitement écoresponsable.
07:55— Oui. Et donc ça, ça permet à votre hôtel d'avoir un bilan carbone que vous auriez jamais pu avoir sans être dans un quartier comme celui-là, c'est ça ?
08:01— Absolument. Absolument. Et d'ailleurs, ça aurait été très compliqué à Toulouse d'ouvrir un hôtel sans climatisation. Et pour moi, c'était un de mes vrais sujets de questionnement,
08:10parce que l'écoresponsabilité, on l'a tiré très très loin. On pourra parler aussi de la gestion des déchets. Mais à un moment, il faut quand même que le client s'y retrouve
08:17et ne perde pas en confort. — Bien sûr, parce que si votre hôtel est ville, ça sert à rien d'avoir fermé l'hôtel écoresponsable. — Voilà, exactement. Donc c'est toute cette équation-là
08:22qu'il est important de prendre en compte. Et puis il faut avoir l'humilité aussi d'écouter le client. Nous, on a été parfaitement extrémistes sur tous les sujets.
08:30Et là, on a des retours clients, par exemple, sur pas de mouchoirs en papier dans les chambres, qui a l'air d'être une routine qui revient.
08:36Peut-être qu'il va falloir trouver des solutions de mouchoirs en papier recyclés à fournir aux clients si c'est une demande récurrente. — Bien sûr.
08:43— En revanche, il y a d'autres sujets qu'on a traités où on a supprimé tout l'équipement individuel en chambre, les machines à café, les bouilloires et le minibar.
08:51Et on a créé des tisanneries dans les couloirs, donc fontaine à eau chaude, froide, tempérée et gazeuse. Et là, les clients, ils trouvent vraiment leur compte.
09:00D'abord, c'est un lieu où se rencontrer, ces tisanneries dans les couloirs. Et ensuite, ils ont une offre avec de l'eau gazeuse, avec des tisanes en vrac.
09:08— Pourquoi ça permet d'être plus écoresponsable de faire ce choix ? Je comprends pas. — Parce qu'on mutualise. On est dans la notion de mutualisation d'équipement.
09:14— On va pas avoir 25 machines à café. — C'est ça. On a moins d'équipement individuel. Et surtout, on propose du vrac. Donc au lieu d'avoir des sachets T sous emballage, voilà, on a des très bons produits en vrac.
09:26— Il nous reste 1 minute 30. Allez, on va pousser à 2 minutes. Vous disiez « déchets ». Ça produit combien de déchets, un hôtel comme le vôtre ?
09:33— Alors honnêtement, je n'ai pas la mesure. Donc nous, ce qu'on a fait, c'est éliminer les déchets à la base pour en avoir le moins possible.
09:41Et bien sûr, on fait notre tri avec des déchets organiques que l'on fait composter. Et on arrive honnêtement à tenir dans la collecte de la ville.
09:52On n'a pas besoin d'avoir une collecte spécifique de déchets. Donc c'est quand même un indicateur.
09:57— Donc ce qui est un signe d'une réduction des déchets assez réussie. Ça passe par le vrac dont vous parliez ?
10:03— Ça passe par le vrac. Tout est le vrac, les gros conditionnements, y compris sur nos produits de ménage, d'hygiène.
10:10On est sur des conditionnements en 5 litres, sur les jus de fruits. On a cherché des choses aussi consignées, des emballages évidemment écoresponsables.
10:19Parce qu'on est obligé d'avoir un emballage, même si on passe par du vrac. Mais ce sont des plus grosses quantités.
10:24— Ça veut dire que vous êtes labellisé. Il y a la clé verte, on l'appelle, c'est ça ?
10:27— C'est un processus clé verte qui est annuel. Donc on vient de le lancer. Et on est aussi sur l'obtention de la labellisation pour l'immeuble,
10:34qui est une labellisation qui s'appelle Brim, au niveau Very Good, qui témoigne aussi de l'écoresponsabilité dans la construction de l'enveloppe.
10:42— Est-ce que... Je vous pose la question du label parce que... Est-ce que c'est un argument pour faire venir les clients ?
10:47Est-ce qu'ils viennent d'abord pour ça ? Moi, je suis pas tout à fait convaincu aujourd'hui. Et vous ?
10:51— Pas les clients individuels, loisirs. Ça, je pense que ce ne sont pas une majorité de clients. Même s'il y a une tendance à la progression,
10:58ça a été mesuré. Mais pour les clients à faire, de plus en plus. Les entreprises sont soucieuses de référencer des hôtels qui ont un label.
11:06Donc je pense que sur cette frange-là... Et Toulouse est une ville qui a deux tiers à faire. Donc sur cette frange-là, le fait d'avoir un label
11:12apporte quand même des facilités de référencement auprès de la clientèle à faire.
11:17— Merci beaucoup Muriel Roggehoff. Et à bientôt sur BeSmart for Change. On passe tout de suite au Zoom de ce Smart Impact.
11:24On va parler de l'agriculture bio. Est-ce qu'elle est délaissée par le gouvernement ?
11:28Générique
11:34Le Zoom de ce Smart Impact consacré à l'agriculture biologique. On est en duplex avec Philippe Camburet. Bonjour.
11:41Le président de la Fédération nationale de l'agriculture biologique. Vous êtes céréalier dans Lyon. Des céréales bio, évidemment.
11:50— Évidemment. Et pas qu'avec des protéines gineuses, des légumes secs aussi, évidemment.
11:56— Tiens. D'abord, une question qui vous concerne, qui concerne le céréalier que vous êtes, c'est quelles contraintes et peut-être aussi avantages
12:03– parce qu'on parle souvent des contraintes – pour être au bio ?
12:08— Être en bio, c'est réfléchir son métier d'une manière différente. C'est oublier des réflexes de recours à des artifices, à des béquilles chimiques
12:19pour résoudre tous les problèmes. C'est une autre approche des différents problèmes. Et surtout pour nous, c'est un confort de travail,
12:25parce qu'on n'a pas l'esprit occupé par tout un tas de précautions à prendre avec des produits problématiques. Là, on travaille avec la nature,
12:32on travaille pour la nature. Et c'est une vision bien plus satisfaisante pour le métier.
12:38— Ce chiffre, 10,4 %, c'est la part des surfaces bio dans l'agriculture française. Je lisais à une petite baisse 1,3 point de moins en un an.
12:50Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le bio continue de souffrir, qu'il y a toujours plus d'agriculteurs qui font marche arrière
12:57que d'agriculteurs qui s'installent ? Comment vous analysez ces chiffres ?
13:01— Oui. Clairement, le développement de l'agriculture biologique marque le pas pour la deuxième année consécutive.
13:08Il y a très longtemps que ça n'était pas arrivé. On s'éloigne des objectifs que le gouvernement s'était fixés,
13:13à savoir de doubler les surfaces d'ici 2030. On n'y sera pas, évidemment, parce que le marché n'est pas reparti.
13:21Il était tombé très rapidement après le confinement et la crise en Ukraine. Il n'est pas reparti, évidemment, au niveau qu'on avait atteint
13:33jusqu'en 2019. Donc beaucoup de surfaces en moins. Et puis des agricultrices, des agriculteurs qui ne sont pas tentés aujourd'hui
13:41de passer en bio. C'est pour ça qu'on demande aujourd'hui au gouvernement deux choses, principalement de relancer la demande.
13:47Il faut absolument qu'on arrive à faire bien comprendre ce que c'est qu'un produit bio par rapport à d'autres produits.
13:53Et puis aussi aider les agriculteurs sur leur ferme avec les aides de la politique agricole commune qui sont là pour ça, normalement,
14:00pour encourager le changement de pratique, pour encourager une agriculture qui protège l'eau, la biodiversité, la santé, etc.
14:07Donc voilà deux axes dans notre demande aujourd'hui pour juguler cet arrêt des conversions.
14:12— Je voudrais qu'on commence par les consommateurs. Comment les convaincre de revenir un peu plus massivement au bio ?
14:19— Alors je crois que c'est vraiment un débat de fond. Notre rapport à l'alimentation aujourd'hui, qu'est-ce qu'on met dans notre assiette,
14:27d'où ça vient, comment c'est fait, qu'est-ce que ça va nous faire pour notre santé, qu'est-ce qu'on risque potentiellement avec certains aliments,
14:35c'est ces questions-là qu'il faut absolument se poser toujours plus. Or, on est dans une démarche finalement de consommation très rapide
14:43avec de moins en moins de stocks à la maison, toujours plus de recours à l'achat d'impulsion et l'achat de dépannage.
14:52On n'a pas vraiment de réflexion sur la façon de préparer nos repas. On est souvent avec une envie de privilégier d'autres dépenses
15:04dans le budget des familles. On sait très bien que le budget consacré à l'alimentation, il est sans cesse en baisse. Donc c'est vraiment
15:09une réflexion de fond qu'on doit avoir pour savoir ce qu'on mange, à quoi ça sert et puis quelles conséquences ça a sur l'ensemble de la planète,
15:18évidemment, mais tout près de chez nous aussi. Quand on consomme un produit alimentaire, ça peut avoir aussi bien des conséquences à côté de chez nous,
15:25sur l'emploi, sur les agricultrices et les agriculteurs qui veulent s'installer aujourd'hui, qui veulent faire ce métier-là.
15:32Est-ce qu'on les encourage ou est-ce qu'au contraire, on l'encourage à une agriculture qui ne vise qu'à être sur le marché international
15:39pour être en concurrence avec les plus grands pays producteurs ? Et c'est bien ça qu'il faut se poser comme question. Et finalement, quand on y regarde bien,
15:49il n'y a pas vraiment d'ambiguïté. C'est consommer des produits bio locaux qui répondent vraiment à toutes ces attentes-là.
15:56— Alors si on regarde la loi d'orientation agricole qui a été votée juste avant le début du Salon international de l'agriculture, on a plutôt le sentiment que
16:04le gouvernement... Alors c'est une loi qui engage sur plusieurs années. À quoi a choisi un recul des ambitions environnementales ? Je sais pas trop
16:16quoi dire d'autre que ça. Et vous ? — C'est vraiment une occasion manquée, effectivement, de donner une impulsion pour les années à venir.
16:25C'est une loi programmatique sur laquelle vont reposer d'autres lois qui vont arriver par la suite. Donc c'est une occasion manquée de vraiment faire un pas de côté
16:34par rapport à cette fuite en avant, cette course à la productivité où on laisse croire aux agricultrices et aux agriculteurs que finalement,
16:42notre petit pays – la France, c'est quand même un tout petit pays à l'échelle mondiale – que notre tout petit pays pourrait rivaliser avec les plus grands,
16:49sans prendre en compte tous les impacts qu'il peut y avoir sur notre quotidien. Donc ça, c'est une erreur, c'est une tromperie. Et la loi d'orientation
17:00agricole, malheureusement, n'a pas apporté les bonnes réponses. Bon, moi, je relève quand même qu'on a réussi au « rattrapage » du travail législatif
17:10à garder un objectif ambitieux de conversion à l'agriculture biologique de nos terres, même si on n'est pas sûr d'y arriver tout de suite.
17:17On a gardé quelques éléments qui montrent que l'agriculture biologique existe encore. Donc on aurait pu être encore pire dans ce débat de loi d'orientation
17:24agricole, mais clairement, c'est vraiment une occasion manquée. C'est dommage qu'on ait eu tout ce temps de travail, tout ce débat sur le sujet qui,
17:31finalement, aboutisse de pas grand-chose. Et l'enjeu, c'est qui produira notre alimentation demain et dans quelles conditions. Je crois qu'aujourd'hui,
17:39la loi d'orientation agricole n'y répond pas. On vient de voir que le Conseil constitutionnel a émis bien des doutes sur pas mal d'articles, d'ailleurs.
17:47— Oui, effectivement. Alors vous disiez que ça aurait pu être pire. Effectivement, il y a l'Agence bio qui a failli être supprimée. Bon, finalement,
17:55elle a été, on va dire, sauvée. Il a fallu batailler. Vous pouvez nous rappeler son rôle ? Pourquoi c'est important qu'elle existe encore ?
18:02— Alors l'Agence bio, c'est l'agence française de promotion et de développement de l'agriculture biologique. Elle a évidemment toute sa place. Elle a plus de 20 ans
18:10aujourd'hui. C'est grâce à elle qu'on a trois types d'actions sur le terrain. Premièrement, le travail de remonter des données statistiques sur la production,
18:19sur l'alimentation, sur la consommation. Tout ça, c'est le travail de l'Agence bio qui consiste à abreuver les pouvoirs publics, mais comme tous les acteurs
18:26de la filière, de chiffres, de données pour pouvoir se projeter. Elle a un deuxième rôle très important. C'est le rôle de faciliter les investissements
18:36dans des outils de stockage, de transformation. Donc elle gère un fonds public qu'on appelle le fonds Avenir bio, qui est là et qui nous a aidés
18:46justement jusqu'à présent à répondre à la demande, parce que la demande, elle était bien présente et on nous reprochait de pas être au rendez-vous.
18:53On est au rendez-vous grâce à des investissements qui ont été faits. Et puis, troisième rôle très important pour l'Agence bio, c'est justement ce rôle
19:00de communication vis-à-vis du grand public. Aujourd'hui, on sait très bien que les consommateurs sont un petit peu perdus entre des produits toujours plus verts,
19:09toujours plus vertueux sur le plan environnemental. Mais finalement, derrière tout ça, il y a beaucoup d'allégations qui ne sont pas vérifiées. L'Agence bio,
19:17elle est là pour communiquer sur ce que c'est qu'un produit bio, un produit contrôlé dans toutes les fermes à chaque étape, en permanence, un cahier des charges
19:25au niveau européen qui met la bio partout au même niveau, au niveau européen. Voilà, c'est redire ce que c'est qu'un produit bio. Et d'ailleurs, ça va se concrétiser
19:35dans quelques semaines à l'occasion du printemps bio par une campagne de communication qui va aller vers le grand public pour redire que manger bio,
19:42ce n'est pas simplement manger des choses qui n'ont pas trop de goût et puis finalement qui ne sont pas très appétissantes. Au contraire, on va voir que manger bio,
19:53c'est aussi la France. — Philippe Camburet, tout en annonçant le maintien de l'Agence bio, la ministre Aline Gennevard, elle a pointé la multiplication des organismes
20:03qui s'occupent du bio en France. Est-ce qu'il y a des doublons ? — Alors je ne crois pas qu'il y ait particulièrement de doublons, évidemment, sur ce sujet-là.
20:11Je vais pas vous dire le contraire. Vous vous en doutez. Je crois que si on... — Il y a des plus efficaces. S'il y a 3 administrations qui font la même chose,
20:20autant qu'il y en ait une seule avec plus de moyens. — Ouais, mais justement, c'est pas le cas. Aujourd'hui, on a comme objectif de doubler les surfaces.
20:27On a comme objectif d'aller dans la restauration collective et de passer au moins à 20%, alors qu'aujourd'hui, on n'a même pas 10% de produits bio dans l'assiette
20:35de nos cantines et de nos hôpitaux. Donc il y a franchement besoin de moyens. Et l'Agence bio, elle était là évidemment pour ça. Dès le départ, elle est encore là
20:44aujourd'hui. Et si ça coûte 3 millions de budget, 3 petits millions – c'est vraiment pas grand-chose pour un centre comme ça – à l'Agence bio, ça coûtera
20:55évidemment le même prix dans une autre administration. Donc le sujet, il est pas là. Le sujet, il est d'installer dans la tête des gens une petite musique
21:03qui vise à tirer à boulet rouge sur des administrations dans lesquelles, finalement, on comprend pas trop comment ça marche, on n'y va pas. Et ce serait le bon signe
21:17pour les condamner à mort. Je crois que cette petite musique-là, elle s'installe dans beaucoup d'organismes. Il y a une espèce de chasse aux économies
21:24qui est pour moi un peu facile à faire. Et au lieu d'aller chercher des économies, je pense qu'on pourrait s'intéresser à des moyens d'équilibrer le budget
21:33par justement la vente et l'usage de produits qui nous empoisonnent au quotidien. Peut-être qu'on pourrait aller chercher par des moyens fiscaux justement
21:42des taxes sur les ventes des produits, par exemple, qui contaminent les produits bio. Moi, je suis obligé de mettre de côté et de détruire des produits bio
21:54qui ont été contaminés par des pesticides sur mon terrain. Donc voilà, il y a des équilibres budgétaires à faire. Choisissons les bons outils au lieu de tirer
22:04à boulets rouges sur des agences dont la pertinence ne fait aucun doute. Aujourd'hui, le ministère l'a redit très récemment, alors le ministère du gouvernement précédent,
22:14mais il l'avait dit très clairement. L'agence a toute sa place dans le paysage. — Merci beaucoup, Philippe Comburet. Et à bientôt sur BeSmart for Change.
22:22On passe tout de suite à notre rubrique Startup.
22:24— Smart Ideas avec Julien Belliato. Bonjour. — Bonjour.
22:34— Bienvenue. Vous êtes le cofondateur d'Electra, créé début 2021 avec Aurélien Demault et Augustin Derville. Et avec quelle idée et pourquoi vous vous êtes lancés ?
22:41— Alors l'idée, c'est... Nous, on est un opérateur de stations de recharge rapide pour véhicules électriques ouvertes au public. Donc l'idée, au départ, c'est de solutionner un problème.
22:49En fait, pour rendre le véhicule électrique évident pour tout le monde, il y a deux choses, bien sûr. Des véhicules avec une certaine qualité, un certain niveau d'autonomie,
22:57et de la recherche de qualité, de la recherche publique de qualité. Et c'est quelque chose qui n'est pas évident à solutionner, parce que c'est un métier qui est à la fois
23:05industriel, technologique, avec du software, etc. Et donc quand on a démarré, ce qu'on s'est dit, c'est qu'il fallait un opérateur qui sait déployer des infrastructures fiables,
23:17et pas que sur autoroute, un peu partout. — D'accord. Donc vous déployez des bornes de recharge. C'est ça, votre métier ?
23:22— Oui, absolument. On est opérateur. Donc finalement, les bornes en tant que telles, on les achète. Et notre métier, c'est de trouver des parkings sur lesquels
23:29on va installer nos stations. Donc on investit. On pourra en parler aussi. On construit les stations. Une station, c'est 8 à 10 points de charge, à peu près.
23:36Ça représente un investissement initial d'environ entre 400 et 700 000 € en fonction du nombre de points de charge. Et ensuite, on exploite sur la durée.
23:43Donc ça veut dire que la fiabilité et la qualité de l'expérience utilisateur, elle est complètement dans nos mains. C'est end-to-end. Donc on verse un loyer au partenaire foncier.
23:51Mais c'est nous qui opérons tout. — Et alors votre modèle économique, il est lié aux utilisateurs, ensuite, qui payent pour recharger leur véhicule, c'est ça ?
23:59— Exactement. Absolument. En fait, dans nos coûts, on a l'investissement initial, la maintenance, l'approvisionnement en énergie, l'énergie verte.
24:06On pourra en parler aussi si vous voulez. La maintenance, l'exploitation et nos revenus sont liés à l'énergie qu'on vend.
24:13— D'accord. Avec un nouvel abonnement que vous avez lancé il y a peu de temps, de quoi s'agit-il ?
24:18— Absolument. Alors l'abonnement s'appelle Electra Plus. Et ça permet, via un frais mensuel qui démarre à 4,99 €, donc vraiment très faible,
24:25d'avoir accès à un tarif privilégié qui est de 29 centimes du kWh. — C'est pas très cher, ça ?
24:31— Non, c'est pas très cher. Pour se rendre compte de la comparaison avec les véhicules thermiques, en fait, déjà rouler en électrique par rapport à rouler en thermique,
24:39c'est 2 fois moins cher quasiment. Aujourd'hui, un automobiliste français dépense environ 13 € pour conduire 100 km. Et en électrique, c'est plutôt 7 €.
24:48Et ça va aller encore plus loin avec l'abonnement Electra Plus, parce qu'avec 29 centimes du kWh et l'abonnement, un conducteur moyen va pouvoir économiser
24:56encore jusqu'à 700 € supplémentaires sur une année moyenne. Donc c'est un travail vers le pouvoir d'achat.
25:03— Énergie verte, ça veut dire quoi ? Comment vous sourcez votre énergie, en fait ? — Alors ça veut dire qu'on source l'énergie avec des garanties d'origine.
25:10— D'accord. — Donc on s'assure que... En fait, dans notre approvisionnement d'énergie, on paye un petit peu plus pour s'assurer que l'approvisionnement est fait
25:21en privilégiant les sources d'énergie verte, donc les énergies renouvelables et un peu nucléaires aussi. Et donc à la fin, rouler avec Electra en électrique,
25:29ça veut dire rouler décarboné. Et d'ailleurs, on a refait les prévisions. Entre aujourd'hui et 2030, avec le réseau Electra, on va permettre d'économiser,
25:39d'éviter 4,5 millions de tonnes de CO2. Donc ça représente l'équivalent de toutes les émissions de CO2 d'une ville comme Bordeaux sur une année.
25:47— Alors il y a effectivement la qualité des voitures, le réseau de recharge et le temps de recharge. Combien de temps on met pour charger une voiture avec vos bornes ?
25:57— Alors c'est vrai que nous, on est un spécialiste de la recharge ultra-rapide. C'est ce qu'il y a de plus rapide sur le marché. Ce qui est limitant aujourd'hui, c'est pas les bornes,
26:05c'est les véhicules. Mais la puissance acceptée par les véhicules est en train d'augmenter, puisque la qualité des batteries augmente. Et aujourd'hui, pour se charger
26:14chez Electra... Alors il faut pas penser 0%, 100%. De toute façon, personne fait ça. Mais disons 80%, ça prend 15 à 20 minutes.
26:20— D'accord. J'ai lu que les Chinois de BYD annonçaient une recharge en 5 minutes. Alors c'est quoi ? C'est parce que leurs voitures permettent de charger plus vite
26:29ou est-ce que c'est un nouveau système de bornes ? — Alors c'est avant tout... Alors il faut les deux. Mais l'annonce, elle était surtout sur la plateforme, le véhicule,
26:40qui a une architecture avec une tension élevée de 1 000 V et avec une batterie nouvelle, nouvelle de technologie, qui permet d'accepter des puissances plus élevées.
26:49Donc c'est avant tout la voiture qui va tout changer, parce qu'en fait, je crois que le pic est jusqu'à 1 000 kW. Donc après, il faut être capable de le fournir
26:56au niveau de la borne, au niveau du réseau électrique... — Alors est-ce que vos bornes sont capables de le fournir, par exemple ? — Alors un pic, en général, ça dure quelques secondes.
27:03Donc en fait, ce qui est important, c'est pas forcément le pic, c'est la forme de la courbe de charge. Et nos bornes, en fournissant 400 kW, seront capables de fournir
27:12sur ces véhicules qui vont arriver, alors peut-être pas 5 minutes, mais 7 minutes de charge. Et de toute façon, des bornes de 1 000 kW, aujourd'hui, à part pour les camions,
27:21en expérimental, ça n'existe pas. Mais c'est ce qu'il y aura de plus rapide de toute façon. Donc la recharge en 5 à 7 minutes arrive vraiment.
27:28— Le marché, on va terminer là-dessus, de l'électrique, il est un peu à thône ? Comment vous le caractérisez aujourd'hui ?
27:36— Vous voulez dire côté ventes de véhicules ? — Côté ventes de véhicules et perspectives de croissance. — Oui. Alors aujourd'hui, c'est vrai que malheureusement,
27:43dans l'opinion publique, on entend des choses d'ailleurs souvent fausses sur le véhicule électrique, comme quoi c'est cher, c'est compliqué, on peut pas charger.
27:51Alors tout ça, c'est plus vrai, parce qu'en fait, tous les prix des véhicules ont augmenté un petit peu. Mais les véhicules électriques sont plus aussi chers qu'avant.
27:57Et comme je disais avant, au-delà de la technologie, les prix baissent beaucoup. Et c'est plus du tout compliqué de se charger. C'est-à-dire le réseau de recharge publique
28:04rapide français a fait x5 en 2 ans. En fait, des stations de recharge, y compris Électra, il y en a partout. Donc ce qu'on pense, ce dont on est convaincus,
28:12c'est que ça va repartir. — Merci beaucoup, Julien Belliato et bon vent, ou plutôt bonne électricité, bon soleil, je ne sais pas, à Électra. Voilà, c'est la fin de ce numéro
28:21de Smart Impact. Merci à toutes et à tous de votre fidélité. À très vite.
28:26Sous-titrage Société Radio-Canada