Tous les matins, les informés débattent de l'actualité autour de Salhia Brakhlia et Renaud Dély.
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00:00Et bienvenue dans Les Informés, l'émission de décryptage de l'actualité de France Info.
00:07Bonjour Renaud Dely.
00:08Bonjour Salia.
00:09Et bonjour à nos informés qui vont nous aider à décrypter l'actualité justement aujourd'hui.
00:13Alex Bouillaguet, éditorialiste politique à France Info Télé.
00:16On vous retrouve tous les matins sur le Canal 27 pour l'interview politique chaque matin donc à 7h45.
00:21Bonjour Alex.
00:23Et bonjour Salia.
00:24Bonjour à François-Xavier Bourmaud aussi journaliste à l'Opinion.
00:26Bonjour Salia.
00:27Renaud Dely, ça y est, on commence tout de suite avec ce bras de fer entre Paris et Alger.
00:32Ce bras de fer qui s'intensifie après que l'Algérie a fait savoir hier qu'elle ne donnera pas suite à la liste d'une soixantaine de ressortissants expulsés que la France lui avait soumises il y a quelques jours.
00:40Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a regretté cette décision.
00:44Il a annoncé d'ailleurs ce qu'il appelle une riposte graduée.
00:48Notamment la remise en cause, la suspension des accords de 2007 concernant l'exemption des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques, pour les Algériens détenteurs de passeports diplomatiques.
00:59Le garde des Sceaux Gérald Darmanin lui ce matin dit chez nos confrères de TF1 qu'il souhaite le rappel de notre ambassadeur mais lui aussi mettre fin aux visas diplomatiques.
01:12Alors jusqu'où ira ce bras de fer ?
01:14Est-ce qu'effectivement Bruno Retailleau a les moyens de sa politique de fermeté, en tout cas des objectifs de fermeté qu'il affiche ?
01:20Ça n'est pas l'avis du Rassemblement National.
01:24Écoutons Laure Lavallette, députée RN du Var.
01:27Ça fait déjà six mois que nous aurions dû commencer et il aurait fallu à mon avis ne pas autoriser, par exemple, comme l'a fait Bruno Retailleau, les imams à venir prêcher pendant le Ramadan.
01:36Vous voyez, il faut évidemment couper, j'allais dire, ces relations avec l'Algérie qui se jouent de nous, qui se moquent de nous.
01:42Il faut rappeler quand même qu'expulser les Algériens qui sont sous le joug d'une obligation de quitter le territoire français, c'est protéger les Français.
01:49Et c'est exactement ce que l'on demande à un ministre de l'Intérieur, c'est de protéger les Français.
01:53Il n'en prend pas vraiment le chemin.
01:55On mesure là toute la difficulté à laquelle se heurte Bruno Retailleau.
01:58D'un côté faire preuve d'une politique de fermeté, la mettre en œuvre pour justement améliorer le taux d'exécution extrêmement faible des obligations de quitter le territoire français,
02:07visant notamment les ressortissants algériens considérés comme dangereux.
02:11Et de l'autre, la surenchère de l'extrême droite qui explique que rien ne serait plus simple finalement que de rompre totalement avec l'Algérie.
02:19Donc comment est-ce que Bruno Retailleau peut faire face à ce défi ?
02:23Est-ce que l'exécutif d'ailleurs est uni pour y faire face ?
02:26Bref, quelles sont les solutions concrètes qui pourraient mettre un terme, en tout cas apaiser ce bras de ferme entre Alger et Paris ?
02:33Il y a un principal problème, peut-être, me semble-t-il, aujourd'hui, c'est le relatif silence d'Emmanuel Macron.
02:39Parce qu'en fait, c'est lui qui a la clé.
02:41Ça fait partie de ses prérogatives, la relation avec un pays étranger.
02:46C'est lui qui décide.
02:47Or, on sait déjà ce que souhaite Bruno Retailleau, c'est-à-dire remettre en cause les accords de 68.
02:54On s'en souvient, les accords de 68, ça donne des facilités d'installation, d'emploi, de titre de séjour aux Algériens.
03:01Emmanuel Macron ne veut pas le remettre en cause.
03:05Il veut, à la limite, le renégocier, mais ça a déjà été fait trois fois.
03:08Mais il ne veut pas le remettre en cause de manière définitive.
03:11Et c'est vrai qu'on peut être étonné, parce que c'est vrai qu'il y a beaucoup de sujets qui fâchent.
03:15Boalem Sansa, l'écrivain franco-algérien qui est toujours emprisonné.
03:19C'est vrai que les deux pays, depuis la reconnaissance par la France de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental,
03:25ça a jeté, c'est le moins qu'on puisse dire, un grand froid.
03:28Ces soupçons d'espionnage récents qu'on a vus, notamment à Bercy, ces refus d'OccupTF, on se dit que la coupe est pleine.
03:35Or, si Emmanuel Macron ne bouge pas, c'est qu'on imagine qu'il y a des intérêts et qu'il pourrait y avoir des impacts sur la France.
03:44L'Algérie, c'est aussi un partenaire économique, c'est aussi un pays qui travaille dans la lutte contre le terrorisme, qui nous fournit du renseignement.
03:51Donc, il y a sans doute des dossiers qui nous échappent et sans doute des choses qui expliquent de la retenue de la part d'Emmanuel Macron.
03:59Parce qu'il faut expliquer aux Français ce qui se passe actuellement.
04:01C'est le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, qui s'exprime sur la question des OccupTF, des obligations de quitter le territoire français.
04:07C'est le ministre de la Justice, le garde des Sceaux, qui demande le rappel de l'ambassadeur de France à Alger.
04:14Effectivement, pas de son, pas d'image du côté du Quai d'Orsay, ni même de l'Elysée. François-Xavier ?
04:19Oui, parce qu'il y a deux niveaux de relations, en réalité. Il y a la relation d'État à État, entre la France et le régime algérien,
04:25où là, effectivement, les relations sont extrêmement dégradées et elles sont gérées par le ministre de l'Intérieur et Gérald Darmanin,
04:31voire Jean-Noël Barreau, qui est un peu en retrait, le ministre des Affaires étrangères.
04:36Et puis, il y a la relation de peuple à peuple, où là, les deux sociétés sont totalement imbriquées.
04:41Et Macron, lui, sur ce créneau-là, il peut difficilement rompre les relations avec le peuple algérien,
04:49parce que c'est beaucoup trop compliqué, en réalité. Et il ne désespère pas non plus de réussir à se rabiboucher.
04:55Donc, il y a une sorte de répartition des rôles. C'est un peu good cop, bad cop.
04:59Là, pour l'instant, on est sur le côté bad cop, où on tend les relations, parce que Bruno Retailleau se retrouve dans une seringue,
05:06avec un délai imposé par le Premier ministre de six semaines pour, en gros, pour le dire vite, régler le dossier algérien,
05:13qui paraît totalement attenable. Et donc, il essaie de s'extraire pour tout un tas de raisons, sur lesquelles on reviendra peut-être après.
05:20– Il y a ceux qui parlent beaucoup, effectivement, qui parlent beaucoup, et parler en politique, c'est déjà agir.
05:24C'est d'une certaine façon qu'ils font pression. C'est ce que fait Bruno Retailleau, Premier chef,
05:28et Gérald Darmanin lui aussi, dans une moindre mesure, pour mettre la pression sur le régime algérien,
05:33pour afficher ses objectifs de riposte dite graduée. Puis, il y a ceux qui agissent en coulisses.
05:39On sait que Jean-Noël Barrault et le Quai d'Orsay n'ont pas perdu le fil, ne peuvent pas perdre le fil, le lien avec Alger.
05:45Déjà, à cause du sort de Guillaume Censal, qui est toujours détenu, et dont il faut évidemment se préoccuper,
05:50et obtenir la libération rapidement. Et puis, au-delà, la France ne peut pas rompre totalement avec l'Algérie.
05:55Ça serait aussi au désavantage de la France, sur le plan économique, sur le plan démographique,
06:02sur le plan de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme.
06:05La France ne peut pas totalement rompre ses relations diplomatiques, économiques, politiques avec l'Algérie, bien sûr.
06:11Que ce serait une catastrophe pour les deux parties.
06:14Donc, il y a nécessité de maintenir, d'une façon ou d'une autre, ces liens, tout en faisant pression sur le régime.
06:18Et il faut évidemment distinguer la nature du régime algérien, qui n'a vraiment pas grand-chose, et même rien du tout de démocratique,
06:26du peuple algérien et des liens qu'il y a entre les deux pays, et des intérêts communs.
06:30Des intérêts démographiques, économiques, encore une fois, politiques ou sécuritaires.
06:33Ce qui explique cette riposte dite graduée.
06:36Il y a une autre piste qui est évoquée ce matin par Astrid Panossian-Bouvet, d'ailleurs la ministre du Travail,
06:41qui évoque comme piste, pourquoi pas, dans le cadre de cette riposte graduée,
06:45de réduire les visas de travail pour les travailleurs algériens.
06:49Elle n'écarte pas cette perspective-là aussi.
06:51Et juste un dernier mot, remettre en cause les accords de 68, comme le répète Bruno Retailleau,
06:56ça peut être une revendication légitime, mais qu'est-ce que ça veut dire ?
06:59Est-ce que ça veut dire les supprimer et les remplacer par rien ?
07:02Ou est-ce que ça veut dire finalement les renégocier ?
07:04Les renégocier pour les réformer, pour les amender.
07:06Et là, on s'aperçoit que ça ressemble un peu plus à la position de l'Elysée.
07:11Les remettre en cause pour les supprimer et pour ne pas maintenir un régime particulier à l'endroit de l'Algérie,
07:16quel qu'il soit, même en l'amendant la légende, c'est différent de supprimer toute particularité à l'endroit de l'Algérie
07:22que de les renégocier, ce qui semble devenir nécessaire, effectivement, de les renégocier.
07:27Je pense que dans l'esprit de Bruno Retailleau, c'était quand même plutôt de les supprimer.
07:32Il ne le dit pas, sauf qu'il a mis aussi sa démission dans la balance.
07:38Avant d'arriver aux accords de 68, on peut trouver dans la série post-gradué un certain nombre de choses.
07:44Il y a cette nomenclature algérienne qui ne pourra plus circuler juste avec son passeport diplomatique
07:51et qui devra avoir une forme de visa pour venir.
07:54Il y a aussi la question des droits de douane.
07:56Il y a le fait de pouvoir geler les avoirs des dignitaires, de supprimer l'aide française au développement.
08:04On sent qu'il y a quand même toute une batterie.
08:06Mais il y a un moment où va quand même se poser à nouveau la question des accords de 68.
08:10Au risque pour Bruno Retailleau, qui est quand même allé très fort sur cette question,
08:14un moment de se déjuger ou de démissionner.
08:17Il faut expliquer que les Algériens de leur côté disent que toute décision prise par la France
08:21verra une réciprocité du côté algérien.
08:23Oui, justement.
08:24Parce que dénoncer les accords de 68, c'est un élément politique du débat public.
08:30Mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ?
08:32Ça veut dire renégocier un autre accord, se mettre d'accord sur autre chose.
08:35Or, entre le moment où vous dénoncez l'accord et que vous mettez en place un autre accord,
08:38il peut s'écouler un an, étant un délai minimal d'un an.
08:41Et dans cette période d'un an, Alger peut décider d'envoyer énormément de ressortissants en France
08:46et on aboutit exactement à l'effet inverse de celui recherché.
08:49Donc le fait de vouloir dénoncer les accords de 68, c'est un outil politique
08:56mais qui camoufle quand même des contre-effets ou des effets pervers qui peuvent être dévastateurs.
09:02Renaud disait Bruno Rotaillot, il a une pression effectivement sur le résultat politique
09:08et aussi vis-à-vis du Rassemblement National qui lui met la pression
09:11parce qu'il est caricaturé comme le ministre de la Parole, qui n'a aucun résultat.
09:15Sauf que si le RN met la pression à ce point sur Bruno Rotaillot,
09:18c'est bien que le RN est embêté par Bruno Rotaillot.
09:20Il ne faut pas être dupe.
09:21S'ils le répètent, ils le disaient il y a déjà 15 jours, un mois, trois mois,
09:25et ils le diront encore tant que Bruno Rotaillot est place Beauvau.
09:28S'ils disent que ce ministre ne sert à rien, c'est que du vent, c'est que du verbe,
09:31pourquoi s'en inquiètent-ils autant et pourquoi éprouvent-ils le besoin de le répéter à ce point ?
09:34C'est bien parce qu'en ce moment, en tout cas, Bruno Rotaillot,
09:37en ce moment séduit une bonne partie des sympathisants le péniste.
09:40Double pression parce qu'il y a la pression du RN d'un côté
09:44et il y a la pression de Laurent Wauquiez de l'autre
09:46parce qu'ils sont engagés dans l'élection pour LR.
09:49Et ce matin, le parisien Laurent Wauquiez dit effectivement
09:51que sans résultat, il faut que Bruno Rotaillot démissionne.
09:54On voit bien qu'il est cerné de toutes parts LR, RN et Bayrou.
09:59Oui, c'est vrai qu'il a une obligation de résultat.
10:02C'est vrai que pour l'instant, sur son bilan, il a des difficultés à exécuter les occups de PF,
10:08les occupations de quitter le territoire.
10:10Cette loi aussi narcotraphique qui a été un peu remaniée en commission
10:15avec des éléments clés qu'il portait lui-même, ça nous rappelle des souvenirs,
10:19la loi immigration là aussi, des mesures qu'il avait prises qui ont aussi été retoquées.
10:24Donc, il y a un moment, c'est vrai que le RN, ils vont jouer sur du violon.
10:28Je ne sais pas si c'est la bonne expression.
10:30Du violour, vous voulez dire.
10:32Juste un mot, promis, c'est l'opinion.
10:34Il y a toutes ces difficultés et tous ces défis auxquels se heurte le ministre d'intérim,
10:37mais pour l'instant, il a l'opinion avec lui.
10:39Mais il doit montrer l'écrou aussi.
10:40Pour l'instant, il a l'opinion avec lui, ça c'est considérable.
10:42Je suis obligée de me couper parce qu'à 9h16, c'est le Fil info de Maureen Swiniard.
10:47Désormais, l'armée israélienne émet des ordres d'évacuation.
10:50Elle demande aux Gazaouis de quitter les zones frontalières.
10:53La nuit dernière, l'État hébreu a repris ses frappes sur la bande de Gaza.
10:56Elles ont fait au moins 330 morts selon le Hamas.
10:59Le Hamas accusé par Israël de ne pas vouloir rendre tous les otages.
11:03Des proches d'otages demandent ce matin au Premier ministre israélien, je cite,
11:07d'arrêter de tuer les captifs.
11:09Une guerre à Gaza et une autre en Ukraine qui préoccupe les Européens.
11:12Emmanuel Macron est en déplacement en Allemagne cet après-midi
11:15pour rencontrer le chancelier sortant, Olaf Scholz,
11:19Le Parlement allemand doit valider aujourd'hui le plan d'investissement
11:22de 500 milliards d'euros pour augmenter les capacités de défense du pays.
11:26L'ex-procureur de la République de Castres, Shérif Chabi,
11:29est entendu aujourd'hui par le Conseil supérieur de la magistrature.
11:32Une audience disciplinaire puisque son ancienne secrétaire est des greffières.
11:36L'accuse de harcèlement sexuel, il ne s'agit pas de poursuites pénales.
11:39Il n'y a pas eu de dépôt de plaintes formelles.
11:42Elles vont jouer un quart de finale allée de la Ligue des champions de foot.
11:45Ce soir, les Lyonnaises qui survolent le championnat français
11:48affrontent les Allemandes du Bayern Munich.
12:02Les informer continue avec Alix Bouillagui, éditorialiste politique à France Info TV
12:06avec François-Xavier Bourbon, journaliste à l'Opinion.
12:09Renaud, on va maintenant parler de l'avenir du conclave.
12:11Le conclave sur les retraites ouvertes par François Bayou,
12:14proposé par l'exécutif aux partenaires sociaux, a-t-il encore lieu d'être
12:18après la sortie du Premier ministre qui a enterré dimanche sur France Info
12:22tout retour de l'âge légal de 64 à 62 ans,
12:25ce qui a donc fâché la gauche et surtout les syndicats.
12:29L'un d'entre eux, Force Ouvrière, avait quitté les négociations et discussions
12:32dès le début. Les autres s'interrogent.
12:35Et d'ailleurs, François Bayou doit rencontrer la CFDT aujourd'hui.
12:39Les syndicats qui ont fait part de leur colère.
12:42En l'occurrence, c'est eux qui jouent sur du velours et non pas sur du violon
12:45sur ce sujet. Avec le violon, on peut faire autre chose.
12:49Il y a une expression imagée que je me garderai bien de répéter à l'antenne.
12:53Et puis du côté du patronat, il y a eu une désorganisation patronale
12:55qui a annoncé ce matin qu'elle claquait la porte de ce conclave.
12:58C'est l'UDEP. Alors, est-ce qu'il a encore lieu d'être ?
13:01Est-ce qu'il peut perdurer ? Et d'ailleurs, est-ce qu'il avait vraiment un intérêt ?
13:05Est-ce qu'il était justifié au regard de la situation des finances publiques ?
13:08Mais aussi, accessoirement, du contexte géopolitique ?
13:10Voici ce qu'en disait ce matin, sur l'antenne de France Info, il y a quelques minutes,
13:13votre invité, David Lissnard, maire LR de Cannes et président de l'Association des maires de France.
13:18Dès le lancement de ce ridicule conclave, on savait que personne ne reviendrait
13:24sur la retraite de 62 ans. Mais j'ai l'impression que tout le monde est un peu dans l'hypocrisie.
13:28Il ne fallait pas voter la censure, donc il fallait trouver un prétexte pour ne pas la voter.
13:32Vous parlez des socialistes ?
13:34Si le contexte international, ça fait sourire, 2024, c'était il y a quelques mois,
13:40quand on regarde le budget de l'État, il faut comprendre que le déficit représente 56% des recettes.
13:46C'est d'une hypocrisie absolue.
13:49D'une hypocrisie absolue, selon David Lissnard. Alors à quoi sert ce conclave sur la retraite ?
13:53Peut-il d'abord continuer ? Et à quoi pourrait-il aboutir ?
13:57Y a-t-il d'autres éléments importants à négocier, hors l'âge légal ?
14:01François-Xavier Bourbeau, est-ce que le conclave est mort ?
14:03Il faut revenir au début. Qu'est-ce que c'est que ce conclave ?
14:06Le conclave, en réalité, c'est une monnaie d'échange qui a servi à François Bayrou à acheter de la stabilité politique.
14:12C'est une monnaie d'échange. Les socialistes ont accepté de ne pas le censurer en échange de ce conclave.
14:18C'est une monnaie d'échange, mais c'est une monnaie de singe en réalité, parce que ça vaut strictement rien.
14:22Dans cette histoire, tout le monde fait semblant. Les syndicats font semblant de négocier,
14:25le gouvernement fait semblant d'en attendre quelque chose,
14:27et l'opposition fait semblant de s'en satisfaire pour maintenir François Bayrou au gouvernement.
14:32La seule question qui se pose, c'est comment débrancher ce conclave ?
14:35Comment faire en sorte que ce truc, finalement, ne débouche sur rien ?
14:41Or, effectivement, dépenses de défense supplémentaires, déjà au départ avec l'état du budget, c'était totalement hors-sol.
14:48Donc la seule question, c'est comment débrancher ce truc qui sert en réalité à tout le monde à donner le change,
14:55mais qui ne peut en réalité déboucher sur strictement rien ?
14:58Tout le monde le sait, et d'ailleurs, aujourd'hui encore, ce matin, il y a la petite organisation UPA patronale qui a quitté le conclave.
15:05C'est la deuxième, après Force ouvrière, du côté des salariés.
15:09Alex, elle n'est pas d'accord avec vous ?
15:11Non, je ne suis pas d'accord avec vous. Alors, effectivement, ce que tout le monde savait,
15:15et que François Bayrou a dit tout haut, alors qu'il ne voulait pas le dire vraiment tout haut,
15:20c'est qu'on n'allait pas revenir sur l'âge légal.
15:23C'est vrai qu'il n'avait dit ni totem ni tabou, c'était faux.
15:26L'âge légal était et reste un tabou.
15:29En revanche, moi, je pense qu'il y a encore des choses à négocier.
15:32C'est pour ça que la SFDT va être reçue à 19h par François Bayrou ce soir, et qu'elle risque de rester dans le jeu.
15:37Il y a des choses sur la pénibilité, sur les carrières longues, sur la carrière des femmes.
15:42Et ça, François Bayrou a donné son accord pour que ce soit traduit par la loi,
15:47et que ce soit l'Assemblée nationale qui ait le dernier mot.
15:50Donc, ce conclave, il va vivre, selon moi, jusqu'en janvier, parce que d'une part, je donne mes arguments,
16:01parce que d'une part, la CFDT ne va pas claquer la porte, la CGT va également y rester,
16:07je m'avance peut-être, je serai gilée demain, mais en tout cas, je pense que ça va continuer,
16:13et que côté politique, le parti socialiste tient ce conclave,
16:18parce qu'il a besoin de dire, voilà ce qu'on a gagné, voilà le trophée, en échange de cette non-censure du budget,
16:24on a pesé et on n'a pas pesé pour rien.
16:27Quant au RN, qui pourrait aussi mettre cette fameuse motion de censure spontanée,
16:31chaque parti a droit sur n'importe quel sujet, n'importe quand, quand il le souhaite.
16:35Ils ne vont pas le faire, parce qu'ils ont d'autres chats à fouetter en ce moment,
16:39avec Marine Le Pen qui attend son jugement le 31 mars,
16:42et puis parce que pour eux, ce n'est pas le bon moment,
16:44ils pourraient éventuellement la dégainer cette motion de censure,
16:48si justement, début juin, les conclusions du conclave ne sont pas reprises intégralement par le chef du gouvernement.
16:57Donc ça veut dire que pour l'instant, François Bayrou, malgré cette faute,
17:01il peut dormir tranquille, et que ce conclave ira jusqu'à sa belle mort en juin prochain.
17:07Là, Renaud, il ne croit pas du tout à votre scénario.
17:09Non, non, non, peut-être.
17:11Moi, je serais beaucoup moins affirmatif, dans un sens comme dans l'autre.
17:14C'est mon côté un peu radical.
17:15C'est votre côté Nostradamus qui m'épate, Lix Bouyaga.
17:18Donc, ce que vous avez dit, peut-être, ça va peut-être se produire.
17:21Ce qui se pose comme question, c'est pourquoi est-ce que François Bayrou a éprouvé le besoin de dire ce qu'il a dit, en quelque sorte.
17:25Parce que dire tout ce que beaucoup pensent tout bas, le retour à l'âge légal de départ,
17:30de l'âge légal de départ sans deux ans serait impossible,
17:33à court terme, ça ne présente que des inconvénients pour lui.
17:36On le voit en ce moment, ça a braqué les syndicats.
17:38Ça tend les discussions.
17:40Ça interroge sur la nécessité même de faire perdurer ce conclave.
17:43Il y a un petit côté « cause toujours, tu m'intéresses » dans ce qu'a dit François Bayrou.
17:47De toute façon, vous savez très bien qu'on n'arrivera pas à s'y rendre.
17:50Là, on s'approche de l'image du violon à laquelle songeait tout à l'heure Alix Bouyaga.
17:55« Cause toujours, tu m'intéresses », leur dit-il.
17:57Donc, évidemment, c'est une façon de les braquer un peu plus.
17:59En revanche, là où je vous rejoins, c'est qu'il y a d'autres éléments, bien sûr, à négocier, à discuter.
18:03Les carrières longues, la pénibilité, le sort des femmes, etc.,
18:06qui peuvent demeurer dans la corbeille, en quelque sorte.
18:10C'est vrai aussi que les socialistes n'ont pas envie, parce qu'ils n'ont pas intérêt,
18:14de censurer le gouvernement.
18:16Donc, une hypothétique mention de censure rassemblant les votes
18:19de l'ensemble de la gauche et du Rassemblement national
18:22semble assez improbable, de surcroît dans le contexte géopolitique qu'on connaît,
18:27censurer la semaine prochaine le gouvernement
18:29parce que François Bayrou a eu ce mot dimanche
18:32alors qu'on est en train de se réarmer face à la menace russe
18:35et qu'on tremble à chaque fois que Donald Trump ouvre la bouche
18:37sur les conséquences de notre relation aux États-Unis.
18:40Je ne suis pas persuadé que ceux qui feraient ça,
18:43il y aurait un intérêt politique.
18:45Ça paraîtrait un petit peu décalé.
18:46Juste un tout dernier point sur l'ORN.
18:48Il faut quand même être prudent.
18:49Je vous rejoins sur la principale échéance qu'attend Marine Le Pen,
18:52c'est son jugement de 31 mars.
18:53Mais selon le jugement en question,
18:56il y a toujours des embardés possibles du côté du Rassemblement national.
18:59Il faut se souvenir que les réquisitions ont largement pesé
19:02dans la décision de Marine Le Pen
19:04de faire voter à ses troupes la motion de censure
19:07qui a fait chuter le gouvernement de Michel Barnier
19:09au début du mois de décembre.
19:11Donc il est possible que début avril,
19:13l'ORN, comme il l'a fait abondamment ces derniers mois,
19:15change de nouveau de pied
19:17en fonction de la décision judiciaire qui concernera Marine Le Pen.
19:20Là, qu'est-ce qui va se passer ?
19:21Parce qu'on l'a dit, la CFDT va être reçue par le Premier ministre à Matignon.
19:25Est-ce qu'inconsciemment,
19:27on ne va pas faire Nostradamus encore,
19:30mais est-ce qu'on peut se dire que le gouvernement
19:32mise en fait sur les syndicats qui abandonnent ?
19:35Parce que sur le papier,
19:37si on dit qu'on ne peut pas toucher à l'âge légal,
19:39il faut l'équilibre d'ici 2030.
19:40En gros, deux indicateurs qui sont presque impossibles
19:42dans les négociations.
19:44Qu'est-ce qu'ils vont faire là, les syndicats ?
19:46Ils vont continuer à discuter,
19:48à trouver une espèce de semblant d'avancer
19:50sur les carrières longues.
19:51Tout le monde a intérêt à ce truc
19:53d'évitaliser, continuer jusqu'au bout
19:55pour arriver à une espèce de semblant de négociation.
19:58Mais François Bayrou a donné la clé du mystère.
20:01Il n'y aura pas de retour à la retraite à 62 ans.
20:04C'est délué.
20:05Là, c'est la méthode Bayrou à l'épreuve en réalité.
20:07On en parlait au début de l'émission,
20:09quand il donne un calendrier à Bruno Retailleau
20:11pour régler le conflit algérien en six semaines.
20:14C'est exactement la même chose que quand il dit ce week-end
20:17qu'il n'y aura pas de retour à 62 ans.
20:19C'est François Bayrou, c'est sa méthode.
20:21C'est la danseuse de revue en potée
20:23qui se prend les pieds dans l'escalier du Lido.
20:25Et ça va finir par apparaître.
20:27Mais là, les garçons, on parle tous d'un postulat
20:30que François Bayrou l'a fait exprès.
20:32Or, François Bayrou ne l'a pas du tout fait exprès.
20:34Parce que dès Renaud, tout à l'heure, vous disiez...
20:37Il n'a aucune intention.
20:39Lui, sa marque de fabrique, il y en a deux, on va dire.
20:42C'est l'improvisation, la communication, c'est lui.
20:44Donc voilà, ça peut amener à ce genre de choses.
20:47Et sa deuxième marque de fabrique, c'est quand même
20:49l'ambiguïté stratégique.
20:50C'est-à-dire des phrases un peu complexes
20:53où chacun peut comprendre ce qu'il veut,
20:55des projets qui sont repoussés dans des conclaves,
20:58des commissions, des assemblées,
21:00pour temporiser.
21:02Donc là, voilà, il a juste fait une faute de quart.
21:05C'est la méthode Bayrou.
21:07Ce n'est pas autre chose.
21:09L'important justement, c'est que cette phrase-là n'était pas assez ambigüe
21:11au regard de ce qu'est le jour du lendemain.
21:13C'était plutôt clair.
21:14Avait-il besoin de l'exprimer aussi publiquement alors que...
21:17Il ne voulait pas l'exprimer aussi publiquement.
21:19Il l'a dit, c'est ce qu'il dit quand même.
21:21Surtout que c'est vraiment d'une sévérité sans borne.
21:23Il y a un truc qui est vrai, c'est qu'on ne peut pas être dans la tête de François Bayrou.
21:25Donc l'état de fait, c'est qu'il a fait cette déclaration.
21:28Oui, qu'il ne voulait pas faire.
21:29Et on va voir comment vont réagir les syndicats.
21:31Effectivement, vont-ils rester dans la négociation ?
21:35Merci beaucoup à tous les trois.
21:36J'espère que vous avez pu en savoir un peu plus.
21:38Parce qu'on est là pour décrypter l'actualité.
21:40Alex Bouillac, éditeur réaliste politique à France Info TV.
21:42On vous retrouve tous les matins sur cette même chaîne,
21:45le canal 27 pour l'interview politique à 7h45.
21:47Avec mon violon.
21:49Et votre velours aussi.
21:51François-Xavier Bourbeau, journaliste à l'Opinion.
21:53L'Opinion qui fait sa une aujourd'hui sur le Premier ministre, justement.
21:56Pour François Bayrou, ça se complique.
21:58On l'a compris.
22:00C'est à l'air ce matin dans l'Opinion.
22:01Merci beaucoup, Rodin.
22:02Merci à vous.
22:03À demain, les informés du soir, c'est à partir de 20h.
22:05Avec Agathe Lambret et Jean-Rémi Baudot.