• il y a 16 heures
Ce samedi 05 avril 2025 a lieu à l'Assemblée nationale la 34e édition de la Journée du Livre Politique, en partenariat avec LCP-Assemblée nationale. Suivez les remises de prix.

Une cérémonie présentée par Valérie Brochard.

Liste des nominés :

Prix du Livre des Députés:
- Pierre Mauroy : le dernier socialiste - Pierre-Emmanuel Guigo
- Nouvelle-Calédonie : la tragédie - Patrick Roger (Lauréat)
- Une étrange victoire - Michaël Foessel et Etienne Ollion

Le prix du Livre des Députés est attribué à Patrick Roger pour "Nouvelle-Calédonie : la tragédie" (Cerf)
Pierre-Emmanuel Guigo, obtient lui le prix spécial du jury pour "Pierre Mauroy : le dernier socialiste" (Passés composés).

Prix du Livre Politique
- La citadelle - Jean-Michel Blanquer
- Les normes à l'assaut de la démocratie - Jean-Denis Combrexelle
- La saga des élections présidentielles : de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron - Gérard Courtois

Le prix du Livre Politique est attribué à Gérard Courtois pour "La saga des élections présidentielles : de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron" (Perrin)

Hommages sont rendus à Jean-Louis Debré et Louis Mermaz, figures emblématiques de l'Assemblée nationale.

LCP mobilise son antenne à l'occasion des grands évènements. Journées parlementaires, grands débats, votes et explications de vote, auditions des commissions d'enquête, congrès, session extraordinaire, discours et grandes cérémonies...la vie politique avec l'analyse des meilleurs experts et politologues.

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Transcription
00:00:00Il est midi et nous accueillons en direct les téléspectateurs et
00:00:09téléspectatrices de la chaîne parlementaire.
00:00:11Bienvenue à vous. Bienvenue à la 34e journée du livre
00:00:15politique qui s'est fixé un objectif, un véritable défi, celui de
00:00:20décrypter les nouveaux repères de la République.
00:00:23Pour cela, pour nous y aider, nous avons eu la chance d'accueillir
00:00:26plusieurs tables rondes que vous retrouverez en intégralité sur
00:00:30notre site internet et notre chaîne YouTube.
00:00:33Pour déchiffrer ces nouveaux repères, il existe aussi des
00:00:36ouvrages, des essais, des analyses que nous allons célébrer dans
00:00:41quelques instants à travers la remise de plusieurs prix.
00:00:45Mais juste avant, pour ouvrir cette nouvelle séquence, je vous propose
00:00:49d'accueillir la présidente de l'Assemblée nationale, madame la
00:00:52présidente de l'Assemblée nationale, Yelbrun Pivet.
00:00:54Yelbrun Pivet.
00:01:10Bonjour à tous. Ravie de vous voir aussi
00:01:12nombreux dans cette magnifique galerie des fêtes, dans votre maison,
00:01:16la maison du peuple. Monsieur le Premier ministre,
00:01:20ministre d'Etat, ministre des Outre-mer, chère Manuelle Valls,
00:01:24mesdames et messieurs les ministres, les parlementaires, monsieur le
00:01:28président directeur général de LCP, mesdames et messieurs les membres du
00:01:33jury, chère Luz Perrot, monsieur le vice-président de Lire la Société,
00:01:40mesdames et messieurs les auteurs, éditeurs, journalistes, mesdames et
00:01:45messieurs. En ce jour où nous célébrons la
00:01:48rencontre fertile entre la plume et la politique, je souhaite d'abord
00:01:52rendre hommage à deux anciens présidents de l'Assemblée nationale,
00:01:56qui étaient aussi deux grands amoureux de cette journée du livre
00:02:00politique. Je pense en premier au président
00:02:04Jean-Louis Debré, lui qui, en 2004, a eu l'idée de créer le prix des
00:02:10députés, lui qui revendiqua toujours cette souveraine liberté de
00:02:14l'écriture, qu'il fit sienne dans ses mémoires comme dans les polars.
00:02:18Ce bonheur de prendre la plume, il le décrivit dans un de ses livres.
00:02:22Ecrire ainsi ce que je pensais, ressentais, pressentais, espérais,
00:02:28sans chercher à plaire ni à me nuire, sans espérer récompense ou à
00:02:34s'en craindre, critique ou représailles, m'a procuré un grand
00:02:38bonheur. Ce grand bonheur fut aussi celui du
00:02:42président Louis Mermaz. Agrégé d'histoire, il fut homme
00:02:46d'Etat autant comme de lettres. Son autobiographie de plus de 700
00:02:50pages, il faut que je vous dise, fut même couronnée en 2014 par le prix
00:02:54des députés. Le président Mermaz a évoqué
00:02:58comment, jeune étudiant, il se laissait hâper par le vertige de la
00:03:02lecture. Je ne pensais plus à rien d'autre
00:03:06qu'à lire, lire encore. Je finissais par oublier que je
00:03:10venais ici, à la bibliothèque, pour préparer des examens.
00:03:14Fidèle entre les fidèles, le président Mermaz ne manqua aucune
00:03:18des 33 dernières journées du livre public.
00:03:22Ces deux figures tutélaires, à qui Roselyne Bachelot et Bernard
00:03:26Cazeneuve rendront aussi hommage après moi, nous lèguent un même
00:03:30message, un même héritage. La politique sans le livre est
00:03:34orpheline. C'est précisément cette alliance,
00:03:38cette alchimie que nous célébrons par nos prix.
00:03:42Pour décrire nos délibérations et sans trahir l'esprit, nous avons
00:03:46décidé d'exprimer la politique sans le livre.
00:03:50Pour décrire nos délibérations et sans trahir de secret, j'emprunterai
00:03:54les mots que prononça à ce même pupitre en 2017 Jean-Louis Debré,
00:03:58alors président du prix des députés. Après des débats difficiles,
00:04:03compliqués, affirma-t-il, où chacun vantait les mérites du livre
00:04:07qu'il soutenait, personne ne s'est finalement fâché avec personne.
00:04:11Et cette année encore, personne ne s'est fâché avec personne.
00:04:15Je veux en remercier nos jurys. Merci de faire vivre ce rendez-vous
00:04:19avec nous. C'est une journée où la culture
00:04:23nourrit la politique. Pour moi, l'une ne respire pas sans
00:04:27l'autre, elles sont les deux poumons de notre République.
00:04:31Cette journée m'est d'autant plus chère qu'elle incarne la politique
00:04:35d'ouverture culturelle et citoyenne que je conduis à l'Assemblée
00:04:39nationale. Ce week-end, plus de 1000 visiteurs
00:04:43viendront rencontrer 117 auteurs, 1000 esprits curieux, 1000 regards
00:04:47et des milliers d'idées. Une assemblée, une agora vivante,
00:04:51une république des lettres. Tous ensemble, nous ferons ainsi
00:04:55rayonner ce que Luce Perrault nomme l'autre exception culturelle
00:04:59française, cette liaison unique, presque organique, entre politique
00:05:03et littérature. Certes, Stendhal jugeait cette alliance
00:05:07contre nature, la comparant à un coup de pistolet au milieu d'un
00:05:11concert. Et pourtant, que sont le Rouge et le Noir ou la Chartreuse
00:05:15de la France? Comment pourrait-on dissocier au
00:05:19pays de Voltaire la plume de la politique?
00:05:23Quant à Victor Hugo, ne fut-il pas aussi un parlementaire passionné?
00:05:27N'a-t-il pas dévoilé l'apparenté profonde entre les mots livre et
00:05:31libre? Si nos grands écrivains furent de
00:05:36grands politiques, nos grands politiques furent aussi de grands
00:05:40lettrés. De Gaulle eut les honneurs de la
00:05:44poésie française et Simone Veil accéda à l'immortalité
00:05:48académicienne. Et comment ne pas citer encore deux
00:05:52grands députés? Césaire, qui fit danser les mots
00:05:56de notre langue, et Senghor, le poète président.
00:06:00Cette tradition de la politique littéraire continue de prospérer,
00:06:04avec vous et grâce à vous. Nous en sommes les héritiers.
00:06:08A mon tour, et je dirais même à ma place, j'ai voulu m'inscrire dans
00:06:12cette tradition. Ces derniers mois, en tenant la plume
00:06:16tout en tenant le perchoir, j'ai éprouvé ce plaisir stimulant, grisant
00:06:20de l'écriture. J'ai mesuré combien elle aiguise la
00:06:24pensée, sculpte la réflexion et éclaire l'action.
00:06:28Cette lumière des livres, nous autres législateurs en avons besoin.
00:06:32C'est pourquoi je vois comme un symbole puissant que notre journée
00:06:36précède de quelques jours la réouverture de notre bibliothèque.
00:06:40Une bibliothèque rénovée, magnifiée, et dont les 700.000 références sont
00:06:44riches de trésors. Le texte de la Marseillaise, ou des
00:06:48manuscrits de Rousseau, Lamartine, Hugo, Clémenceau, Césaire.
00:06:52Mais surtout, cette réouverture réaffirmera une évidence.
00:06:56Une démocratie qui lit est une démocratie qui vit.
00:07:00La thématique de cette journée, soit les nouveaux repères de la
00:07:04République, nous le rappelle aussi avec force.
00:07:08Écrire, c'est déjà agir. C'est un acte éminemment politique.
00:07:12Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Jean-Louis Debré plaça le premier
00:07:16prix des députés sous les auspices d'un repère républicain qui lui
00:07:20était cher, la laïcité. Aujourd'hui, comme hier, dans un
00:07:24monde saturé d'immédiateté, nous avons donc grand besoin du livre,
00:07:28cette boussole dans le brouillard pour distinguer l'essentiel de
00:07:32l'écume. Cette année encore, les livres
00:07:37de Jean-Louis Debré et de Clémenceau vont nous aider.
00:07:41Ils nous parlent de sincérité, de fidélité, avec la biographie de
00:07:45Pierre Moroy, ce dernier socialiste. Ils nous confrontent avec Patrick
00:07:49Roger, aux cicatrices, toujours ouvertes, de la tragédie
00:07:53calédonienne, prouvant combien le passé, quand on le regarde en face,
00:07:57peut éclairer et apaiser le présent. Je l'ai ressenti avec force sur le
00:08:01caillou en novembre dernier, quand nous avons, avec le président
00:08:05de la République, commencé à retisser le fil du destin commun
00:08:09calédonien. Enfin, les livres finalistes nous
00:08:13alertent lucidement, fermement, sur le péril mortel de l'extrême droite,
00:08:17comme l'ont fait Michael Fossel et Étienne Ollion avec leur livre
00:08:21Une étrange victoire, éco-glissant de l'étrange défaite de Mark Block.
00:08:25Les débats d'aujourd'hui prolongent encore ces réflexions en posant ces
00:08:29questions centrales et charnières. La Constitution doit-elle évoluer?
00:08:33Comment se fabrique l'opinion? Comment transmettre le goût de la
00:08:37politique? Comment gouverner autrement?
00:08:41En somme, comment renforcer nos repères républicains?
00:08:45Ma mission comme présidente de l'Assemblée nationale est de veiller
00:08:49sur ces repères avec exigence et vigilance, et en particulier sur un
00:08:53pilier malmené, dénigré, attaqué et pourtant vital, l'Etat de droit.
00:08:57L'Etat de droit, c'est la garantie de vos libertés, celle d'aller
00:09:01venir, d'écrire, d'imprimer, de penser librement.
00:09:05L'Etat de droit, c'est aussi l'égalité entre les femmes et les
00:09:09hommes, c'est le droit d'avoir des droits, ceux du préambule de 1946,
00:09:14droit à l'éducation, à la santé, au travail.
00:09:18J'en ai l'intime conviction. Dans ce monde devenu fou, où les
00:09:22droits des femmes sont attaqués, où des magistrats sont menacés, notre
00:09:26devoir impératif et impérieux est de protéger nos droits.
00:09:30Les protéger, oui, mais aussi les faire respirer, en leur redonnant
00:09:34du souffle, en assurant leur efficacité, en retissant la
00:09:38confiance avec nos concitoyens, et donc en ouvrant grand les portes de
00:09:42nos institutions. Des journées comme celle-ci incarnent
00:09:46cette ambition. Elles sont l'oxygène de notre
00:09:50démocratie. Elles prouvent que la politique et la
00:09:54pensée peuvent et doivent cheminer ensemble.
00:09:58Elles nous invitent à prendre le temps de réfléchir, non pour
00:10:02ralentir, mais pour mieux agir et avancer.
00:10:06Comme le rappelait un de mes anciens collègues, Victor Hugo,
00:10:10qu'est-ce que la littérature? C'est la mise en marche de l'esprit
00:10:14humain. Je vous remercie d'être aussi
00:10:18nombreux présents aujourd'hui. J'ai le plaisir de céder la parole
00:10:22à madame la ministre de la Culture, madame Roselyne Bachelot.
00:10:28Merci. Merci beaucoup, madame la
00:10:32présidente. Je passe tout de suite la parole à
00:10:36Roselyne Bachelot, qui a choisi une très jolie veste, une très jolie
00:10:40couleur. Vous allez rendre hommage à une
00:10:44figure marquante qui a occupé une place importante ici même, au Palais
00:10:48Bourbon, et qui nous a acquittés récemment, Jean-Louis Debré, ancien
00:10:52président de l'Assemblée nationale. Je vous laisse la parole.
00:10:59Avec Jean-Louis Debré, c'est d'un demi-siècle de ma vie et de
00:11:03l'histoire de la Vème République qui remonte à ma mémoire.
00:11:07Je revois, comme si c'était hier, dans le salon familial, Michel Debré
00:11:11dire à mon père qu'il voyait son fils Jean-Louis, il n'avait guère plus
00:11:15de 20 ans, faire une carrière politique et, pourquoi pas,
00:11:19faire une carrière politique avec son fils.
00:11:23Finalement, cela ne s'est pas fait, mais j'ai souvent pensé que nos
00:11:27histoires politiques eussent été alors, sans doute, bien différentes.
00:11:31Dans notre temple de la démocratie, il était entré en 1986 pour faire
00:11:36une des plus belles carrières de la République.
00:11:40Président du groupe parlementaire gaulliste, ministre de l'Intérieur
00:11:44de la République, président du groupe parlementaire gaulliste,
00:11:48ministre de l'Intérieur de la République, ministre de l'Intérieur
00:11:52de la République, président de l'Assemblée nationale,
00:11:56président du Conseil constitutionnel.
00:12:00Malgré ce parcours exceptionnel, Jean-Louis eut toujours le sentiment
00:12:04d'être entré ici par effraction et fut habité d'un désir d'ailleurs
00:12:08qui ne le quitta jamais.
00:12:12Peut-être le poids d'une famille peuplée par les statuts de
00:12:16commandeur, la déception de constater que ceux qui l'aimaient
00:12:20tel Jacques Chirac étaient toujours sceptiques sur ses capacités,
00:12:24mais aussi la distance d'un esprit aguerri par la vie politique et qui
00:12:28savait, avec Adolphe Thiers, qu'il faut tout prendre au sérieux
00:12:32et rien au tragique. C'est sans doute pour cela,
00:12:36très cher Luz Perrault, qu'en 2002, il vous invite à le rencontrer
00:12:40dans ses tout premiers jours comme locataire de l'Hôtel de la Sey.
00:12:44Le prix du livre politique de Jean-Louis Perrault,
00:12:48le prix du livre politique existe déjà, mais il veut vous donner
00:12:53des moyens, une logistique, un bureau, vous incite à rénover
00:12:57les statuts et surtout à créer un prix des députés.
00:13:01Jean-Louis croit à l'écrit, au bonheur et à la fierté de tenir
00:13:05dans ses mains l'ouvrage sorti de sa chair et de son sang,
00:13:09et le bonheur sans mélange de partager ses émotions et ses combats
00:13:13avec ses lecteurs, rompant ainsi l'armure des pudeurs
00:13:17que l'on s'impose. Mais Jean-Louis Debré fut aussi
00:13:21un écrivain. Il ne fut pas de ses hommes politiques auteur d'un seul livre
00:13:25entre testament et plaidoyer d'auto-justification pro-domo.
00:13:29Son oeuvre littéraire est riche et diverse. Des essais juridiques
00:13:33et historiques, bien sûr, comme l'essai co-écrit avec son père
00:13:37Michel Debré, Le Pouvoir politique, des réflexions plus engagées,
00:13:41tel le gaullisme n'est pas une nostalgie, et des témoignages
00:13:45intimes et sensibles, Je tape la manche, une vie dans la rue,
00:13:49résultat de ses rencontres avec un SDF pendant plusieurs années
00:13:53alors qu'il était président du Conseil constitutionnel, montrant
00:13:57qu'il était non seulement un homme d'esprit, mais aussi un homme
00:14:01profondément humain. Essayiste, mais aussi romancier, et tout
00:14:05particulièrement de roman policier, je ne résiste pas à vous rappeler
00:14:09que son premier opus, intitulé Le Curieux, mettait en scène une
00:14:13femme constituée nommée Josiane Balladur. Essayiste, romancier
00:14:17et même dramaturge, puisqu'il adaptera son essai,
00:14:21ces femmes qui ont réveillé la France au théâtre, et qu'il jouera
00:14:25cette pièce avec sa compagne Valérie Broschneck.
00:14:29S'il fut fidèle à ses attachements, il ne fut pas fidèle à ses éditeurs,
00:14:34tant mieux, car les nombreux qui sont ici pourront se réclamer de lui,
00:14:38Albin Michel, Robert Laffont, Alandier, L'Archipel, Fayard, Jean-Claude
00:14:42et d'autres. C'est sous la houlette de notre commun éditeur Jean-Luc Barré,
00:14:46président de Plon, que nous avons dîné ensemble il y a quelques semaines
00:14:50à la foire du livre de Brive. C'est tout cela, Jean-Louis Debré,
00:14:54un être complexe, un fidèle sans illusion, un orgueilleux
00:14:58sans vanité, un français sans chauvinisme. Je relisais
00:15:02ces derniers jours l'étrange défaite du grand historien Marc Bloch, issu
00:15:06comme Jean-Louis d'une famille juive alsacienne, et ces quelques phrases
00:15:10du livre lui conviennent parfaitement.
00:15:14La France demeurera, quoi qu'il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur.
00:15:18J'y suis née, j'ai bu aux sources de sa culture,
00:15:22j'ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel,
00:15:26et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux.
00:15:30Tout cela, sans forfaiterie et sans arrogance.
00:15:34J'étais allé l'applaudir alors qu'il jouait au théâtre de Passy
00:15:38et après le spectacle, il me confiait qu'un passant lui avait fait
00:15:42le plus beau compliment de sa vie en lui lançant « Salut l'acteur ».
00:15:46Oui, salut l'acteur, salut l'artiste.
00:15:50Au revoir, cher Jean-Louis.
00:15:54Applaudissements
00:15:58Merci beaucoup Roselyne Bachelot pour cet hommage.
00:16:02Il nous faut également saluer la mémoire d'un autre président de l'Assemblée
00:16:06nationale qui nous a quitté l'été dernier, Louis Mermaz.
00:16:10Pour nous parler de son parcours, nous accueillons l'ancien Premier ministre
00:16:14Bernard Cazeneuve. Applaudissements
00:16:18Applaudissements
00:16:22Monsieur le Premier ministre, madame la présidente, mesdames et messieurs
00:16:27les ministres, mesdames et messieurs les députés, lorsque
00:16:31l'Uspéro, il y a de cela quelques semaines, m'a demandé de rendre
00:16:35cette manifestation à Louis Mermaz, j'en ai éprouvé une profonde
00:16:39et grande émotion. Il est vrai qu'avec l'Uspéro,
00:16:43nous avions avec Louis Mermaz des souvenirs en partage.
00:16:47Notamment lorsque se tenait le prix du livre
00:16:51historique chaque année à la mairie du cinquième arrondissement de Paris
00:16:55et que venait le temps de la remise des prix, nous le voyions
00:16:59arriver de sa maison de Limourdes, propulsé avec ses grandes cannes
00:17:03de marche. Il avait l'air austère,
00:17:07le regard était sévère, mais tout cela n'était que de surface.
00:17:11Ce qui dominait chez lui et ce qui a toujours forgé
00:17:15son caractère, c'est une grande ironie et une espièglerie
00:17:19qui nous faisait aimer avec lui l'échange
00:17:23et qui nous mettait avec lui dans le partage.
00:17:27On évoquait à l'instant de grandes figures républicaines
00:17:32qui furent des passionnés de lecture, tout chez Louis Mermaz
00:17:36puisait au creuset d'une culture d'abord
00:17:40issue d'une histoire familiale singulière. C'est sa grand-mère
00:17:44et sa mère qui, l'ayant élevée, firent de l'exigence
00:17:48intellectuelle, de la rigueur que l'on doit mettre
00:17:52en toutes choses et par conséquent du goût de l'excellence, le vecteur
00:17:56de sa vie dès l'enfance. Puis il y eut aussi ses grands professeurs,
00:18:00ses grands enseignants, qui dans la période troublée de la guerre
00:18:04lui permirent de découvrir les humanités,
00:18:08les grands auteurs de l'Antiquité, les grands auteurs classiques
00:18:12qui permirent à Louis Mermaz dès l'enfance
00:18:16de s'éveiller à la culture, de goûter
00:18:20au goût de la lecture, de commencer
00:18:24à se passionner à l'écriture et enfin
00:18:29d'entrer de plein pied dans les grandes phases et les grandes césures
00:18:33de l'histoire. Lorsque Louis Mermaz évoque
00:18:37ses grands enseignants, il le fait bien entendu
00:18:41avec la précision de ses souvenirs, dans le très beau livre évoqué
00:18:45à l'instant par la présidente de l'Assemblée nationale, mais il le fait aussi
00:18:49avec le sentiment de ce qu'il devait
00:18:53à ses enseignants, Hussar Noir, professeur ardemment
00:18:57républicain, croyant que la méritocratie et la reconnaissance
00:19:01des talents passés par l'école, ce qui contribua aussi à forger
00:19:05une certaine conception de la culture chez Louis Mermaz.
00:19:09Et puis il eut la passion d'enseigner
00:19:13et la passion d'enseigner notamment les grands textes.
00:19:17Cela le conduisit à vouloir passer le concours
00:19:21de l'école normale supérieure. Il s'y essaya à partir du lycée
00:19:25La Canale, dont il considérait qu'il n'affichait pas des résultats
00:19:29aussi brillants que d'autres lycées dont il aurait aimé qu'il puisse l'accueillir.
00:19:33Mais malgré tout, il persévéra
00:19:37et finit par obtenir l'agrégation
00:19:41d'histoire qui fit de lui un excellent professeur
00:19:45de retour au lycée La Canale après être passé par celui du
00:19:49Mans, et puis finalement professeur d'université à l'université
00:19:53de Clermont-Ferrand, où il commença à s'adonner à la passion de l'écriture
00:19:57à travers deux très beaux textes concernant
00:20:02deux sujets qui paraissaient très loin de ses bases intellectuelles
00:20:06et politiques. Le premier concernait Madame de Maintenon
00:20:10et le second, l'histoire d'Ewen Zollern.
00:20:14Tout cela, bien entendu, a dû inspirer à un moment
00:20:18sa contribution à la rédaction du programme commun de la gauche.
00:20:22Mais dans cette période, finalement, où la liberté était première,
00:20:26où on ne reprochait pas aux individus
00:20:30les sujets de leurs intérêts, ni l'endroit à partir duquel ils parlaient,
00:20:34il n'est venu à l'esprit de personne de reprocher
00:20:38à Louis Mermas, compte tenu des sujets auxquels il s'intéressait, de ne pas être
00:20:42vraiment de gauche. Il est vrai que c'était une époque
00:20:46où la gauche, la culture, l'intelligence
00:20:50se conjugaient ensemble. Il y eut ensuite
00:20:54un parcours politique
00:20:58très remarquable qui conduisit Louis Mermas
00:21:02au lendemain de la guerre, alors qu'il en avait éprouvé toutes les difficultés
00:21:06et qu'il avait mesuré la difficulté de la reconstruction,
00:21:10à s'engager dans le combat politique.
00:21:15Il le fit aux côtés de François Mitterrand dès le début,
00:21:19à l'UDSR, dans les années 50.
00:21:23Il décida d'aller là où étaient ses racines,
00:21:27là où il avait fréquenté les territoires, les paysages, les cours d'eau, les arbres.
00:21:31Il avait cet amour de la nature qui, dès l'origine de son parcours,
00:21:35le rapprochait de l'esprit de François Mitterrand.
00:21:39Alors il décida d'aller se présenter dans le département de Lornes.
00:21:43Mais dans le département de Lornes, les électeurs socialistes ne constituaient pas la majorité du genre.
00:21:48Et à trois reprises consécutivement, il échoua à gagner l'élection.
00:21:52Et comme il n'entendait pas changer de conviction
00:21:56pour pouvoir la gagner, cette élection, il décida de changer de circonscription.
00:22:00Et c'est ainsi qu'il se dirigea vers le département de l'ISER,
00:22:04où il fut élu à plusieurs reprises,
00:22:08entre 1973 et 1993,
00:22:12menant tous les combats, essuyant à la fois les défaites,
00:22:16mais aussi quelques victoires, et participant à l'ascension au pouvoir
00:22:20dans les conditions dont on se souvient de François Mitterrand.
00:22:25Alors Louis Mermaz n'était jamais là où on l'attendait,
00:22:29parce qu'il était toujours là où François Mitterrand lui demandait d'être utile.
00:22:33Il voulait être ministre de l'Intérieur en 1981.
00:22:37Il sera pendant quelques semaines seulement ministre de l'Equipement
00:22:41avant que François Mitterrand ne lui demande de venir se présenter à l'Assemblée nationale
00:22:45comme président. Il réussira et sera président de l'Assemblée nationale
00:22:49pendant le premier septénaire de François Mitterrand.
00:22:53Puis, François Mitterrand étant réélu, il reviendra au gouvernement,
00:22:57de nouveau comme ministre de l'Equipement pendant quelques semaines,
00:23:01simplement sous l'autorité de Michel Rocard.
00:23:05Puis François Mitterrand lui demandera de prendre la présidence du groupe socialiste
00:23:09entre 1988 et 1990. Il ne sut pas lui dire non.
00:23:13Il sera là à l'Assemblée nationale avant que de revenir entre 1990 et 1993
00:23:17au gouvernement pour occuper successivement les postes de ministre
00:23:21de l'Agriculture, puis de ministre chargé des Relations
00:23:25avec le Parlement, en charge à ce moment-là
00:23:29du porte-parole du gouvernement.
00:23:33Il fut battu en 1993, mais réélu en 1997,
00:23:37et c'est à ce moment-là que j'ai découvert Louis Mermaz
00:23:41à l'Assemblée nationale, où je venais moi-même d'être élu.
00:23:45François Mitterrand venait de nous quitter, et nous avions, avec Louis Mermaz,
00:23:49en partage cette idée qu'il est plus franchement à la mode
00:23:53que la mémoire des morts préside à l'action des vivants,
00:23:57que l'on ne peut pas rompre tous les fils qui nous lient à l'histoire
00:24:01de ceux qui nous ont précédés, et que les pas dans lesquels
00:24:05nous nous inscrivons s'inscrivent dans une histoire eux-mêmes
00:24:09de très loin, qui dicte des fidélités, qui dicte des héritages,
00:24:13qui dicte aussi à l'esprit
00:24:17d'être constamment en exercice pour pouvoir interroger
00:24:22les temps présents à travers ce que sont les valeurs
00:24:26des grands ancêtres, qui parfois conquirent bien des libertés
00:24:30et bien des avancées de haute lutte. Alors j'ai appris à ce moment-là
00:24:34de Louis Mermaz que les sillons qui sont
00:24:38longtemps creusés, que les traces qui sont laissées par ceux
00:24:42qui, par leur personnalité ou par leur combat, ont imprimé
00:24:46leurs marques ne doivent pas être oubliées, qu'il y a un lien
00:24:50entre la politique et la réflexion, qu'il y a un lien entre le discours
00:24:54et les textes, et par conséquent entre ce que l'on dit
00:24:58et parfois ce que l'on peut écrire ou ce que d'autres ont écrit
00:25:02avant nous, et c'est parce qu'il était porteur de cette conception
00:25:06élevée de l'action publique, de la politique, qu'il avait cette exigence
00:25:10intellectuelle qui constamment l'avait portée à l'excellence
00:25:14que je suis particulièrement heureux aujourd'hui de pouvoir rendre
00:25:18cet hommage à Louis Mermaz qui fut un grand président de l'Assemblée
00:25:22nationale, qui fut un intellectuel et un historien reconnu
00:25:26et qui fut surtout un homme dont la fidélité
00:25:30et dont les combats, aujourd'hui encore, peuvent nous inspirer.
00:25:37Merci beaucoup, merci Bernard Cazeneuve. Je vous propose maintenant
00:25:41d'aborder la remise du prix, les premières remises de prix,
00:25:45celui du livre des députés. Pour découvrir les trois ouvrages
00:25:49en lice, je passe tout de suite la parole à Jérôme Gage qui nous rejoint
00:25:53sur cette tribune, qui va nous présenter le premier ouvrage finaliste,
00:25:57Pierre Moreau, le dernier socialiste de Pierre-Emmanuel Guigaud.
00:26:02Merci. Par quelle ruse étonnante,
00:26:06une douzaine de parlementaires
00:26:10d'horizons divers, représentant
00:26:14la situation étonnante que nous vivons à l'Assemblée nationale
00:26:18aujourd'hui, ont pu, parmi la quarantaine d'ouvrages qui nous
00:26:22étaient proposés au début du processus, retenir dans les trois
00:26:26derniers la biographie de Pierre-Emmanuel Guigaud, le dernier des
00:26:30socialistes. Je vous livre, dans le secret des délibérations,
00:26:34certaines des remarques qui ont été faites par plusieurs de ces
00:26:38parlementaires, et je le redis, venus de toutes les familles politiques.
00:26:42Nous n'étions que deux socialistes dans le jury, donc il n'y a aucune
00:26:47mesure de favoritisme. Plusieurs des expressions disaient
00:26:51nous avons besoin de redécouvrir cette figure, peut-être tombée dans
00:26:55l'oubli, alors même qu'elle a, par son parcours, incarné
00:26:59le meilleur du socialisme. Et le mérite, et je suis très heureux
00:27:03à cet instant de faire l'éloge de la biographie de Pierre-Emmanuel
00:27:07Guigaud, c'est qu'avec le parcours de Pierre Moroy, ce regard dans le
00:27:11rétroviseur nous permette aussi d'espérer, et cela transpiré de
00:27:15plusieurs des expressions des députés présents, qu'il n'y ait pas
00:27:19d'éloge de la biographie de Pierre-Emmanuel Guigaud.
00:27:23Il n'y a pas d'éloge de la biographie de Pierre-Emmanuel Guigaud,
00:27:28et il n'y a pas d'éloge de la biographie de Pierre-Emmanuel
00:27:32Guigaud, et on a toujours l'intention, notamment, renouer avec
00:27:36une gauche qui sache être populaire, qui sache être
00:27:40universaliste, qui sache être rigoureuse dans ses exigences de
00:27:44gestion. Bref, si ce livre a été retenu,
00:27:48au-delà des qualités de la biographie, j'y reviendrai dans un
00:27:52instant, c'est d'abord et surtout pour nous inviter, et le débat que
00:27:56renouer avec ce qui fait le sel de la politique.
00:28:00Des parcours cohérents, des engagements méthodiques et une
00:28:06vision, ce que portait Pierre Mauroy,
00:28:11au-delà, bien sûr, de ce moment fondateur,
00:28:13de ce premier Premier ministre de François Mitterrand et les
00:28:18conquêtes que nous regardons avec envie aujourd'hui,
00:28:23l'abolition de la peine de mort, la bataille des salaires,
00:28:27les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés,
00:28:29les radios libres, les lois au roue, la décentralisation.
00:28:33Celle d'un Premier ministre qui aura à coeur de rester fidèle avec
00:28:42cette préoccupation pour les aspirations populaires.
00:28:45Je pense évidemment au combat qu'il mena pour les retraites,
00:28:48dont la résonance à notre époque est troublante,
00:28:50si ce n'est salutaire.
00:28:52Premier ministre d'un gouvernement d'union des gauches,
00:28:54socialiste aux origines populaires,
00:28:56il ne pouvait ignorer qu'au droit au travail devait se joindre un droit
00:29:01au repos.
00:29:03Et je veux insister sur un point qui me tient à coeur,
00:29:07c'est la dimension de défenseur de la laïcité,
00:29:11de promoteur de l'universalisme républicain,
00:29:14attaché à l'école publique que porta Pierre Mauroy.
00:29:20Je n'ai plus le temps de vous parler de son ancrage à Lille et de
00:29:23l'amour pour sa ville, mais je veux vraiment terminer,
00:29:25puisque c'est l'éloge du biographe aussi que je veux faire à cet
00:29:28instant, en saluant le fait que Pierre-Emmanuel Guigaud parvient
00:29:33à capter la complexité de Pierre Mauroy,
00:29:37souvent tiraillé entre ses idéaux socialistes et les réalités
00:29:40économiques, entre son accent ch'ti et les dîners avec les
00:29:43énarques, entre la bière et le Bordeaux.
00:29:45Bref, un homme humain avec ses grandeurs, ses contradictions,
00:29:49il capte cette complexité avec finesse et avec une tendresse
00:29:53inattendue. On sent qu'il aime son sujet,
00:29:55mais sans le sanctifier. Il montre l'homme derrière la
00:29:58figure, l'humain derrière la carrure,
00:30:01le colosse aux pieds bien ancrés dans la réalité lilloise.
00:30:04Bref, pour aimer la politique, pour reconstruire ce clivage que
00:30:10nous appelons tous de nos voeux, renouons avec la parole de ses
00:30:15anciens et donc je vous invite vraiment à lire la biographie de
00:30:17Pierre-Emmanuel Guigaud.
00:30:19Merci beaucoup. Merci beaucoup à Jérôme Guedj.
00:30:24Pour vous présenter le deuxième ouvrage en lice, j'invite Harold
00:30:27Huvar. Vous allez nous donner envie de lire
00:30:30Nouvelle-Calédonie, la tragédie de Patrick Roger.
00:30:35Merci à vous. Autant la biographie de Pierre
00:30:38Mauroy nous a séduit par son classicisme et sa densité,
00:30:43autant l'ouvrage La Nouvelle-Calédonie,
00:30:47une tragédie de Patrick Roger, nous a aussi séduit d'abord par son
00:30:52originalité, parce que dans le choix d'un bon livre politique,
00:30:55Patrick Roger a su choisir un sujet qui n'avait jamais jusqu'ici été
00:31:00traité de façon exhaustive et condensée et qu'il avait fait le
00:31:04choix de le faire avec des dispositions historiques,
00:31:08une passion de la vérité qui renoue avec la grande tradition
00:31:12historique, notamment parce qu'il a su tout au long du livre
00:31:16disséquer l'engrenage implacable des erreurs politiques,
00:31:21l'enchaînement, avec sa dimension tragique,
00:31:24des idées fausses et des mauvaises décisions qui ont abouti au
00:31:30résultat qui, comme dans toutes les grandes tragédies,
00:31:33met au regard d'un enchaînement de décisions et de faits,
00:31:38à la fois la souffrance, l'espoir d'un peuple.
00:31:41Et l'autre qualité aussi de ce livre, c'est d'avoir fait une grande
00:31:44part, de façon assez étonnante et originale,
00:31:48à l'expression des participants, des acteurs, des représentants du
00:31:53peuple calédonien, de leur avoir, tout au long du livre,
00:31:56donné la parole et, du coup, de permettre aussi aux lecteurs,
00:31:59même si la plupart d'entre nous ne sommes jamais allés en Nouvelle
00:32:02Calédonie, de ressentir l'intensité des émotions,
00:32:07des passions qui s'est déchaînée sur ce lointain territoire.
00:32:10C'est un livre profondément humain, c'est aussi un livre engagé et
00:32:14il est rare que, dans un livre politique avec une dimension
00:32:18historique, journalistique aussi forte,
00:32:21il y ait à ce point aussi la capacité à formuler un jugement
00:32:26qui soit encadré et rigoureux sur l'enchaînement des faits et sur
00:32:30un sujet qui est éminemment politique, parce que le sujet,
00:32:35le drame, la tragédie calédonienne,
00:32:38on le découvre au fur et à mesure des pages.
00:32:41Ça fait partie de ces sujets au chevet duquel les plus grands de
00:32:46nos dirigeants politiques se sont penchés,
00:32:49parfois avec des succès qui ont été contrecarrés par la dynamique qui
00:32:54faisait que la Nouvelle Calédonie en permanence était sacrifiée au
00:32:58nom d'intérêts qui se jouaient ici, à Paris.
00:33:01Aussi, dans une dimension où même les plus brillants de nos dirigeants
00:33:06politiques, dans un passé récent ou dans un passé lointain,
00:33:09se sont cassés les dents sur la réalité profondément humaine du
00:33:14destin d'un peuple et qui nous rappelle et qui dessine en creux
00:33:18tout au long du livre à la fois le portrait de nos institutions avec
00:33:21leur dysfonctionnement administratif,
00:33:23mais aussi le portrait en creux de ce qu'est l'essence même de la
00:33:27politique et d'un dirigeant politique où, finalement,
00:33:30la compétence technique, le côté brillant ne compte pas,
00:33:34mais où seul compte la lucidité, l'écoute,
00:33:38la dimension profondément humaine, la connaissance historique,
00:33:42toutes choses qui ont fait parfois la différence dans l'histoire du
00:33:45dossier, mais toutes choses aussi qui ont tragiquement manqué dans la
00:33:49succession de ceux qui se sont penchés sur le sujet.
00:33:52Moi, en tout cas, je me rappelle, enfant de dîner avec un des
00:33:58protagonistes de cette affaire qui s'appelait Georges Lemoyne,
00:34:01chez qui nous allions régulièrement dîner parce que c'était un voisin
00:34:04qui avait gardé dans son bureau la carte de la Nouvelle-Calédonie aux
00:34:08plus forts des événements avec les détachements de gendarmerie de
00:34:13l'année 84 et qui m'expliquait que c'était sans doute le dossier le
00:34:19plus apocalyptique et le plus complexe et le plus dramatique qu'il
00:34:21ait eu à gérer de toute sa vie politique.
00:34:23Et quand on parle avec tous les acteurs du dossier calédonien,
00:34:26Monsieur le ministre des Outre-mer le redira peut-être,
00:34:30c'est sans doute aussi ce qui ressort.
00:34:32Ces sujets-là sont les plus compliqués de ceux qu'on a traités
00:34:35dans une vie politique et c'est aussi ça qui fait la grande force
00:34:38de ce livre. Je vous remercie.
00:34:42Merci beaucoup. Merci beaucoup, Harold Hubert, pour cette présentation.
00:34:45Découvrons enfin le troisième ouvrage finaliste,
00:34:48Une étrange victoire, du Michael Fossel et Étienne Ollion,
00:34:52et c'est Isabelle Roche qui vient nous en parler.
00:34:55Bonjour.
00:34:59Merci beaucoup.
00:35:00Moi, c'est aussi avec un très grand plaisir que je vais dresser
00:35:04l'éloge d'un des finalistes, enfin de finalistes aujourd'hui.
00:35:08Effectivement, c'est Une étrange victoire,
00:35:10l'extrême droite contre la politique.
00:35:13C'est un ouvrage de Michael Fossel et d'Étienne Ollion,
00:35:16qui sont les finalistes de notre prix littéraire,
00:35:18qui, le prix littéraire, ça ne vous a pas échappé,
00:35:20consacré aux nouveaux repères de la République.
00:35:23Et ce livre, par son analyse fine et ses thèses audacieuses,
00:35:27a suscité des réactions contrastées au sein du jury,
00:35:30donc témoignant ce livre de sa capacité à interroger
00:35:34et à bousculer les certitudes.
00:35:36Mais ce qui n'est pas étonnant quand on connaît
00:35:37Michael Fossel et Étienne Ollion.
00:35:40Le premier, Michael Fossel, a l'énorme qualité
00:35:42d'être né à Thionville.
00:35:43Alors, vous allez vous demander pourquoi je le dis,
00:35:44mais parce que je suis la députée de cette circonscription.
00:35:47Donc voilà, c'était le clin d'œil que je voulais faire.
00:35:50Mais surtout, Michael Fossel a pris la juste place du philosophe
00:35:54dans la cité et dans le débat public,
00:35:56spécialiste de Kant, formé à l'École Normale Supérieure,
00:36:00professeur à Polytechnique, chroniqueur à Libération,
00:36:03directeur de la collection au Seuil.
00:36:05Il explore depuis longtemps le thème de la liberté
00:36:08et nous alerte sur les risques démocratiques.
00:36:11Professeur à Polytechnique lui aussi, normalien lui aussi,
00:36:15le sociologue Étienne Ollion dissèque pour sa part l'État,
00:36:18les élus et les institutions politiques.
00:36:20Il a notamment, depuis 2017, travaillé sur le renouvellement
00:36:24des profils politiques et la professionnalisation
00:36:26des engagements.
00:36:28Mais tous deux ont choisi un titre qui divise, mais interpelle.
00:36:32En effet, sans vous dévoiler toutes les coulisses du débat
00:36:35et des débats qui ont pu nous animer,
00:36:37ce titre a été un des enjeux des discussions parmi nous,
00:36:41parmi les membres du jury.
00:36:42Certains ont salué son caractère percutant et évocateur,
00:36:46estimant qu'il reflète parfaitement les paradoxes
00:36:48analysés dans l'ouvrage, la montée en puissance idéologique
00:36:51d'un courant politique qui redéfinit les cadres républicains,
00:36:54tout en adoptant des éléments consensuels.
00:36:56D'autres jurés ont exprimé des réserves,
00:36:58jugeant ce titre ambigu ou risquant de prêter à confusion
00:37:02quant à l'objet réel du livre.
00:37:04Cependant, messieurs Fossel et monsieur Ollion,
00:37:08vous aviez anticipé ces interrogations et ces débats,
00:37:11car je vous cite, l'étrangeté n'a rien de mystérieux,
00:37:14surtout à partir du moment où l'on comprend qu'elle participe
00:37:17de la victoire elle-même.
00:37:19Et ce débat autour du livre témoigne de la richesse
00:37:25et de la complexité du sujet abordé.
00:37:28Et sur le fond, le jury s'accorde à reconnaître
00:37:30les qualités indéniables de cet essai.
00:37:32La construction rigoureuse du propos,
00:37:34la pertinence des arguments et la profondeur des réflexions
00:37:36en font une œuvre marquante, par laquelle ils analysent
00:37:39les ressorts d'une forme de normalisation de l'extrême droite
00:37:42dans un contexte contemporain particulier,
00:37:44par une synthèse entre essence et adaptation à la modernité.
00:37:48Michael Fossel et Etienne Ollion parviennent à conjuguer
00:37:52philosophie et sociologie pour offrir une analyse éclairante
00:37:55sur ces mutations politiques contemporaines
00:37:57qui ne sont pas exclusivement à l'œuvre ici.
00:37:59Cependant, certains membres ont souligné que le style,
00:38:02parfois dense, pourrait rendre l'ouvrage moins insensible
00:38:04pour un lectorat non initié.
00:38:08Je vois que le temps file et je ne vais pas forcément arriver
00:38:11au bout de tout ce que je voulais vous dire.
00:38:13Mais ce que je peux conclure, c'est que malgré ces nuances
00:38:16dans l'appréciation, une étrange victoire s'impose
00:38:19comme une contribution essentielle au thème de notre prix.
00:38:22Il pousse à réfléchir sur les défis auxquels la République
00:38:24est confrontée aujourd'hui et sur les valeurs qui doivent
00:38:27continuer à la structurer.
00:38:29Par son originalité et son engagement intellectuel,
00:38:32ce livre incarne parfaitement l'esprit d'interrogation critique
00:38:35que nous souhaitons promouvoir.
00:38:37Et si ce livre a également divisé sur l'interprétation
00:38:41des nouveaux repères de la République,
00:38:43une partie du jury dans lequel je m'inscris a applaudi
00:38:45pour son appel à réinvestir une politique fondée sur l'égalité
00:38:49et à dépasser les assignations identitaires,
00:38:51y voyant un plaidoyer puissant pour revitaliser
00:38:54les idéaux démocratiques.
00:38:56Et d'autres ont exprimé des interrogations sur le temps
00:38:58adopté par les auteurs, estimant que leur critique
00:39:00des dérives identitaires aurait pu être davantage nuancée
00:39:04pour éviter tout risque de polarisation.
00:39:06Et depuis quelques jours, l'actualité brise de votre thème,
00:39:10messieurs, de votre thème d'études,
00:39:11confirmant et illustrant en grande partie vos thèses.
00:39:14Nul doute que vont fleurir en librairie des ouvrages
00:39:18sur une aussi étrange défaite.
00:39:20Ils révéleront, ils relèveront néanmoins davantage
00:39:23du commentaire politique que de l'analyse rigoureuse
00:39:26et vivifiante pour laquelle nous vous honorons aujourd'hui.
00:39:31Et donc, je recommande chaleureusement la lecture.
00:39:34Je vous remercie.
00:39:39Je redonne tout de suite la parole à Jérôme Gage,
00:39:41je vais remettre un prix, un prix très spécial, je crois.
00:39:46Je vois que le temps passe.
00:39:47Vous avez compris que les débats ont été âpres à l'intérieur
00:39:52du jury parmi ces trois finalistes.
00:39:54Et j'ai plaisir de remettre, là aussi, sans aucun favoritisme,
00:39:59le prix spécial du jury à Pierre-Emmanuel Iguigou
00:40:03pour le dernier des socialistes.
00:40:05Cette excellente biographie, ironiquement,
00:40:07je ne sais pas où est Pierre-Emmanuel,
00:40:09il faut qu'il nous rejoigne, voilà.
00:40:11Ironiquement, sous-titré le dernier des socialistes,
00:40:15coïncidence calendaire, je vous quitterai cet après-midi
00:40:18pour aller participer au lancement du prochain congrès
00:40:21du Parti socialiste qui aura lieu à Nancy et pour lequel
00:40:24nous serons quelques-uns à essayer de ne pas être
00:40:27les derniers socialistes.
00:40:29Félicitations.
00:40:36On m'a dit un mot, alors je ne dirai qu'un mot.
00:40:37Merci à toutes et tous, merci aux éditeurs,
00:40:40merci aux jurys et aux députés pour leur lecture.
00:40:42Et puis, félicitations aux concurrents,
00:40:45j'ai eu plaisir à lire et vraiment,
00:40:47leurs ouvrages sont remarquables.
00:40:48Merci.
00:40:53Merci, merci beaucoup.
00:40:55Merci aux trois auteurs.
00:40:56Et puis, pour découvrir enfin qui remporte le prix
00:40:59du livre des députés, nous accueillons Manuel Valls,
00:41:02ministre des Outre-mer et ancien Premier ministre.
00:41:05Je vous laisse la parole.
00:41:10Je ne sais pas si vous m'auriez demandé d'annoncer le prix
00:41:24du livre des députés si ça n'avait pas été Patrick Roget
00:41:29pour son livre sur la Nouvelle-Calédonie et cette tragédie.
00:41:36Et donc, je suis très heureux de pouvoir le faire à travers,
00:41:40vous l'avez bien compris, mes fonctions de ministre
00:41:44des Outre-mer.
00:41:47Un mot seulement, puisque c'est lui que vous allez entendre.
00:41:51Il faut toujours bien connaître, à travers les livres,
00:41:54l'histoire de son pays et évidemment d'un territoire
00:41:58aussi complexe que celui de la Nouvelle-Calédonie.
00:42:02Je vous invite vraiment à lire l'ouvrage d'un homme qui,
00:42:07non seulement connaît bien la Nouvelle-Calédonie,
00:42:10mais qu'il aime.
00:42:11Je pense que quand on s'occupe de la Nouvelle-Calédonie,
00:42:14c'est peut-être vrai pour d'autres sujets,
00:42:16mais en tout cas celui-ci, il faut aimer,
00:42:18il faut connaître, il faut apprécier sa longue
00:42:22histoire que Patrick Roget évoque depuis les origines,
00:42:28la conquête de la France en 1853, l'histoire tragique
00:42:33des Bagnards, des Communards, les révoltes des Kanaks
00:42:36et du chef Hattaï, Kanaks qui ont failli disparaître,
00:42:40la longue et difficile reconnaissance de la place
00:42:43des Kanaks en Nouvelle-Calédonie, les différents statues,
00:42:46on a parlé du statue Le Moine et évidemment les moments tragiques
00:42:51des années 80, l'espoir avec les accords de Matignon
00:42:56et de Nouméa avec Michel Rocard et Lionel Jospin,
00:42:59les conséquences de ces accords que Patrick Roget analyse
00:43:02avec beaucoup de finesse et qui vous permettent
00:43:05et qui nous permettent et qui me permettent de mieux comprendre
00:43:08ce qui se passe aujourd'hui.
00:43:10J'étais un petit acteur de cette histoire aux côtés de Michel
00:43:14Rocard et de Lionel Jospin, chef du gouvernement,
00:43:16j'ai eu évidemment à suivre ce dossier.
00:43:18J'avais lu ce livre il y a quelques mois et en repartant
00:43:21une deuxième fois en Nouvelle-Calédonie avec mes
00:43:24nouvelles responsabilités, j'ai relu des passages du livre
00:43:28parce qu'ils vous permettent en effet, à travers une synthèse
00:43:31très complète et très précise, très personnelle aussi,
00:43:35mais aussi équilibrée, celle d'un grand journaliste,
00:43:40je me disais que décidément, quand on va avec des certitudes
00:43:44en Nouvelle-Calédonie, avec l'idée que le passé n'a pas
00:43:48beaucoup d'importance, que le nouveau monde a tout compris,
00:43:52eh bien alors on se trompe et on va à l'échec.
00:43:54Le plus étrange dans le livre de Patrick Roger,
00:43:58c'est qu'il l'a terminé avant la tragédie,
00:44:02la tragédie nouvelle, la tragédie moderne,
00:44:05celle de mai 2024 où le sang a de nouveau coulé.
00:44:10Et moi, je pars avec cette même idée,
00:44:13je reviens à la Nouvelle-Calédonie et je repars dans quelques
00:44:15semaines pour, je l'espère, aboutir à un accord,
00:44:18mais il faut être très modeste parce que quand on lit Patrick
00:44:21Roger, on s'aperçoit que parfois on est au bout d'un processus,
00:44:25on est presque à l'accord et celui-ci n'est pas possible.
00:44:28Mais je le fais avec les mots de Michel Rocard et en le
00:44:31félicitant, la paix, c'est la négociation,
00:44:34c'est le courage de céder sur un certain nombre de points au nom
00:44:39d'un objectif plus essentiel, le courage de transformer l'ennemi
00:44:43en interlocuteur. Eh bien, c'est avec ce programme,
00:44:46avec le livre de Patrick Roger sous le bras et avec cette
00:44:49histoire tragique et belle que j'appelle Patrick Roger à venir
00:44:54recevoir ce prix et en le félicitant et en le remerciant
00:44:58pour son apport à la connaissance de cette histoire et en remerciant
00:45:03évidemment les autres finalistes. Merci beaucoup.
00:45:11Vous avez évidemment la parole et félicitations.
00:45:13Félicitations pour ce prix.
00:45:14Très brièvement, Madame la Présidente,
00:45:23Messieurs les Premiers ministres, Mesdames et Messieurs les députés,
00:45:26je suis très honoré et très fier d'abord d'avoir pu,
00:45:31avec ce livre, apporter quelques éclairages et quelques clés de
00:45:39compréhension sur cette terre de Nouvelle-Calédonie à l'histoire
00:45:44douloureuse et violente et riche d'ombre et de lumière,
00:45:50comme le dit l'accord de Nouméa, et à l'avenir incertain,
00:45:57surtout au moment où elle vient de s'embraser à nouveau.
00:46:03Deuxième motif, recevoir ce prix de la part des députés.
00:46:08Ici, à l'Assemblée nationale, où j'ai consacré 12 ans de ma vie
00:46:13de journaliste à rendre compte des travaux parlementaires,
00:46:18à suivre les débats en séance, de jour comme de nuit,
00:46:22les travaux en commission, l'avis des groupes politiques,
00:46:26dans cette maison qui était devenue un peu comme une deuxième maison.
00:46:31Enfin, je vois un message au moment où, justement,
00:46:39le gouvernement, avec les partenaires calédoniens,
00:46:45tente de parvenir à un accord global qui ouvre le chemin vers un
00:46:52chemin de réconciliation, de reconstruction et d'avenir
00:46:56commun dans ce territoire qui a été dévasté par le
00:47:01déferlement de violences, les fractures économiques,
00:47:06sociales et humaines qui ont suivi le 13 mai 2024.
00:47:11Aussi, si cet accord aboutissait, ce qui est loin d'être acquis,
00:47:19lorsque vous serez sollicité à votre tour,
00:47:25mesdames et messieurs les parlementaires,
00:47:29pour l'approuver et peut-être lui donner une valeur constitutionnelle,
00:47:37j'espère que vous serez nombreux, vigilants et attentifs et que vous
00:47:45permettrez à la tragédie de la Nouvelle-Calédonie de céder la
00:47:51place à l'espoir.
00:47:53Merci.
00:47:55Applaudissements
00:48:00Merci.
00:48:01Merci beaucoup.
00:48:02Nous poursuivons tout de suite avec le prix du livre politique.
00:48:06Je vous propose de découvrir les trois ouvrages en lice.
00:48:09La parole est à Isabelle Fissek, chef du service France Oseco,
00:48:15pour nous présenter le premier ouvrage finaliste,
00:48:17la citadelle de Jean-Michel Blanquer.
00:48:19Je vous laisse la parole.
00:48:21Merci beaucoup.
00:48:23Je suis novice dans le jury, mais je crois pouvoir dire,
00:48:26après les débats que nous avons eus, qu'il est rare qu'un livre se
00:48:30distingue aussi longtemps, semaine après semaine,
00:48:34et c'est ce qu'il s'est passé avec la citadelle.
00:48:37Il n'est pas de coutume non plus de distinguer le livre d'un homme ou
00:48:41d'une femme politique, mais nous avons considéré que
00:48:44vous n'étiez plus, en tout cas pour l'instant,
00:48:46dans la politique active, même si chacun sait ici
00:48:50combien la vie de la cité et les repères de la République
00:48:53vous importent.
00:48:55Mais je crois pouvoir dire aussi que tous, nous avons éprouvé
00:48:59un grand plaisir de lecture, car votre écriture et la langue
00:49:04de la citadelle est belle, précise, ciselée, vivante.
00:49:09Ce n'est pas rien, et nous tenions à le souligner,
00:49:13d'autant plus pour quelqu'un qui, vous le racontez,
00:49:17dont l'une des premières réponses les plus commentées lors des questions
00:49:21d'actualité au gouvernement dans cette grande maison a été
00:49:25il y a une seule langue française, une seule grammaire,
00:49:28une seule République.
00:49:30Et puis surtout, la citadelle, c'est une critique de l'intérieur
00:49:34du macronisme, un témoignage précieux de l'intérieur du premier
00:49:40quinquennat d'Emmanuel Macron depuis le poste de ministre
00:49:43de l'Education nationale que vous avez occupé durant 5 ans.
00:49:46Du premier quinquennat, mais aussi de la 2e campagne présidentielle,
00:49:50ou plutôt la non-campagne, et jusqu'à la dissolution,
00:49:54à l'inspiration irrationnelle au tempo hasardeux,
00:49:58aux conséquences graves, écrivez-vous, en parlant d'Emmanuel Macron
00:50:02alors comme un ange déchu de la politique, lui qui avait suscité
00:50:06chez vous et d'autres tant d'espérance, et dont la dissolution,
00:50:10regrettez-vous, n'est que l'acmé d'une vision bien trop personnelle
00:50:14de l'usage des pouvoirs présidentiels.
00:50:16C'est aussi ce renversement que vous racontez dans la citadelle.
00:50:21La citadelle, c'est une réflexion sur le pouvoir, sur l'exercice
00:50:25du pouvoir en temps de crise, la possibilité ou pas de la réforme,
00:50:30la difficulté de les mettre en oeuvre et de les expliquer
00:50:33dans un débat public qui vire souvent, trop souvent, à la caricature.
00:50:39Nous avons aimé combien votre récit rend compte du début
00:50:42du premier quinquennat, tambour battant, vous parlez vous-même
00:50:45de blitzkrieg, vous qui aviez pensé, réfléchi, préparé les réformes
00:50:50pour l'éducation. Et puis, au fil de votre récit,
00:50:55apparaissent l'affaire Benalla, par petites touches,
00:50:58certaines déflagrations, et puis les grandes crises,
00:51:01les gilets jaunes, la première tentative de réforme des retraites,
00:51:04le Covid. Il y a aussi les déceptions, votre disgrâce,
00:51:09ou ce que vous décrivez comme votre disgrâce.
00:51:12Vous vous faites, et c'est quelque chose qui a marqué
00:51:15l'ensemble du jury portraitiste, avec une plume particulièrement
00:51:20acérée. Elle est claire sur le fonctionnement du Président
00:51:23de la République, sur le fonctionnement des entourages,
00:51:27des ministres, de la majorité, et parfois des courtisans,
00:51:31avec un petit bémol, je crois que nous avons exprimé
00:51:34au sein du jury, sur l'absence peut-être d'autocritique
00:51:39et du rôle que vous avez pu avoir dans ce fonctionnement.
00:51:44Mais je recommande à tous la citadelle.
00:51:47Les anecdotes sont savoureuses, et certains portraits magistraux.
00:51:51Je m'arrêterai ici, je ne vais pas jusqu'au bout,
00:51:53mais je pense notamment, et nous pensons tous,
00:51:55à celui de l'actuel Premier ministre François Bayrou.
00:52:01Merci.
00:52:02Merci beaucoup.
00:52:03On passe maintenant au deuxième ouvrage en liste
00:52:05pour remporter ce prix du livre politique.
00:52:07Et j'invite François-Xavier Lefranc, président du directoire
00:52:11de Ouest-France, pour vous présenter les normes à l'assaut
00:52:14de la démocratie de Jean-Denis Combrexel.
00:52:16La parole est à vous.
00:52:18Lorsque Jean-Denis Combrexel a mis un point final à son livre,
00:52:22nous n'avions pas encore entendu le président des Etats-Unis d'Amérique
00:52:25et les géants de la tech américaine nous expliquer que les normes
00:52:29qui forment l'ossature de notre droit,
00:52:32et qui sont là pour défendre la liberté des citoyens,
00:52:35ne sont que de la censure.
00:52:37Mais cela fait bien longtemps que cette question des normes
00:52:40est quotidienne dans notre vie politique.
00:52:43« L'hypertrophie des normes est un danger pour la démocratie »,
00:52:47écrit Jean-Denis Combrexel.
00:52:50Nous sommes arrivés à un point où les normes,
00:52:53pourtant nécessaires à l'état de droit,
00:52:56de plus en plus nombreuses, de plus en plus complexes,
00:53:00finalement affectent notre démocratie.
00:53:03Mais, et c'est le grand mérite du livre de Jean-Denis Combrexel,
00:53:09il rappelle l'extrême importance de la norme quand elle protège.
00:53:14Il rappelle ce qu'est la démocratie.
00:53:17Elle est le pouvoir du peuple qui sait lui-même donner un cadre
00:53:23sous la forme du droit et de la loi.
00:53:27Oui, les normes sont sans doute trop nombreuses, et certainement,
00:53:31mais le pouvoir, sans le respect de l'état de droit,
00:53:35conduit à la violence étatique.
00:53:38Le sujet de la dangereuse inflation des normes,
00:53:41qui est le sujet de ce livre,
00:53:43et du respect de l'état de droit, est donc sérieux.
00:53:47Notre belle démocratie doit le prendre à bras-le-corps.
00:53:50Ce livre nous y invite, il est d'une grande utilité,
00:53:53il nous aidera à en débattre avec hauteur de vue.
00:53:57Il propose des solutions, un chemin qui ne passe pas
00:54:01par toujours plus de normes, mais par la chasse
00:54:05à quelques idées reçues, par la prise de conscience
00:54:09que lorsque le populisme veut éliminer les normes,
00:54:13c'est toujours pour en instituer de nouvelles à son profit.
00:54:18Finalement, l'auteur nous amène à considérer,
00:54:22lui qui est un grand serviteur de l'État,
00:54:25que ce sont l'État et nos institutions
00:54:28qui apporteront la solution face au risque actuel
00:54:33de dérive, à condition, évidemment,
00:54:36de faire un vaste effort de remise en question.
00:54:40Notre jury a donc décidé de placer ce livre
00:54:43dans la toute dernière sélection.
00:54:45Nous l'avons apprécié, évidemment, l'actualité le rendrait
00:54:49presque sa lecture, je ne vais pas dire obligatoire,
00:54:52mais assurément nécessaire.
00:54:54C'est un très bon livre politique.
00:54:56Et nous remercions l'auteur de nous avoir permis
00:54:58et de nous aider maintenant à aborder cette question fondamentale
00:55:01pour la démocratie avec des éléments de débat solides.
00:55:04Merci.
00:55:05Applaudissements
00:55:08Merci, merci beaucoup pour cette présentation.
00:55:11Découvrons enfin le troisième ouvrage finaliste,
00:55:13la saga des élections présidentielles de Charles de Gaulle
00:55:17à Emmanuel Macron, écrit par Gérard Courtois.
00:55:19Et c'est Carole Barjon qui vient nous en dire un mot tout de suite.
00:55:30Bonjour, si vous le permettez,
00:55:32je vais m'adresser directement à l'auteur.
00:55:35Cher Gérard Courtois,
00:55:38pendant longtemps, tu nous as régalés
00:55:41avec tes chroniques dans le monde,
00:55:43en analysant et en décryptant la vie politique
00:55:46que tu connais si bien.
00:55:48Depuis quelques années, tu as choisi de nous raconter
00:55:51d'une plume alerte et ciselée
00:55:54les grands épisodes qui rythment notre vie politique.
00:55:57D'abord, une histoire des grandes crises politiques françaises
00:56:00de 1958 à 2011,
00:56:03et maintenant, donc, la saga des élections présidentielles
00:56:06de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron.
00:56:09Je sais que tu as ajouté deux chapitres à ta précédente édition
00:56:12et que tu en as aussi enrichi d'autres
00:56:15pour notre plus grand plaisir.
00:56:18Ce livre restera donc précieusement rangé
00:56:21dans notre bibliothèque comme un ouvrage de référence.
00:56:24Tu nous rappelles utilement
00:56:27que depuis 1965,
00:56:30la première élection présidentielle au suffrage universel direct
00:56:33après la réforme de 1962 voulue par De Gaulle,
00:56:37il y a eu 11 élections suprêmes,
00:56:40chacune avec son lot de surprises,
00:56:43une centaine de candidats
00:56:46pour seulement 8 heureux élus.
00:56:49Qui mieux que toi pouvait nous rappeler l'intensité
00:56:52de ces épopées, car les campagnes présidentielles
00:56:55sont chaque fois des épopées ?
00:56:58Qui mieux que toi, avec la rigueur qui te caractérise,
00:57:01pouvait nous remettre en mémoire des détails
00:57:04parfois oubliés ou encore nous révéler
00:57:07quelques épisodes inédits, comme par exemple
00:57:10à propos de Valéry Giscard d'Estaing ?
00:57:13Beaucoup se souviennent du débat de l'entre-deux-tours
00:57:16de la présidentielle de 1974 et de la fameuse
00:57:19formule de Giscard, vous n'avez pas le monopole du cœur,
00:57:22monsieur Mitterrand, formule qui avait déstabilisé
00:57:25le candidat de l'Union de la Gauche.
00:57:28En revanche, beaucoup n'avaient pas noté que lors de ce même débat,
00:57:31Giscard avait aussi lancé une allusion perfide
00:57:34que seul Mitterrand pouvait comprendre.
00:57:37En évoquant les travailleurs de Clermont-Ferrand,
00:57:40ville socialiste qui avait davantage voté pour lui
00:57:43que pour Mitterrand, Ville avait encore
00:57:46souligné Giscard, qui vous connaît bien
00:57:49et qui me connaît bien. Pourquoi le candidat
00:57:52de la droite avait-il insisté sur ce point ?
00:57:55Giscard l'a confié bien plus tard
00:57:58à notre ami Gérard Courtois, parce qu'à Clermont-Ferrand,
00:58:01il n'y avait pas seulement les travailleurs de l'usine Michelin,
00:58:04il y avait aussi ceux de l'usine Pinjot,
00:58:07propriété de la famille d'Anne Pinjot,
00:58:10avec laquelle Mitterrand entretenait déjà une liaison.
00:58:13Giscard connaissait les Pinjots, était au courant
00:58:16de cette liaison, comme tout le monde à Clermont
00:58:19a-t-il confié. Il a donc décoché
00:58:22cette flèche empoisonnée, te raconte-t-il,
00:58:25pour dissuader son adversaire de répandre
00:58:28des rumeurs malveillantes sur son couple,
00:58:31ce qui était, d'après lui, bien l'intention de Mitterrand.
00:58:34Et, conclut Giscard, j'ai vu
00:58:37qu'il avait encaissé.
00:58:40Tu nous racontes encore à propos de François Hollande, cette fois,
00:58:43comment pendant le débat de l'entre-deux-tours de 2012,
00:58:46il prend soudain conscience qu'il a face à lui
00:58:49un Sarkozy là, vraiment là,
00:58:52malgré la pugnacité dont il sait faire preuve
00:58:55devant les téléspectateurs.
00:58:58Et c'est ce qui le convainc de décliner longuement
00:59:01l'anaphore bien connue, moi, président, etc.
00:59:04Plus tard, Hollande te confiera
00:59:07c'est à ce moment-là que le transfert
00:59:10se fait psychologiquement, c'est moi qui deviens
00:59:13président et lui qui ne l'est plus.
00:59:16Ce que le conseiller de l'ombre de Sarkozy,
00:59:19Patrick Buisson, aujourd'hui décédé,
00:59:22te confirmera dans une formule que je ne résiste pas
00:59:25à vous citer, l'anaphore déroulée
00:59:28sans interruption par François Hollande
00:59:31nous fit l'effet d'un découronnement
00:59:34symbolique.
00:59:37Je ne peux pas tout citer, mais je veux créer
00:59:40encore la dernière victoire présidentielle d'Emmanuel Macron
00:59:43en 2022, suivie de sa cinglante défaite
00:59:47aux législatives et la conclusion que tu tires
00:59:50de ce quinquennat morné en laissant la parole
00:59:53à Albert Camus.
00:59:56La nature a horreur des trop longs miracles.
00:59:59Je termine en disant que nous n'avons
01:00:02évidemment aucun doute sur le fait
01:00:05que tu nous offriras en 2028
01:00:08une troisième édition de cette grande saga
01:00:11augmentée bien sûr du récit de l'élection présidentielle
01:00:15de 2027 et donc, dans cette perspective
01:00:18plus que probable, d'avance.
01:00:21Merci Gérard.
01:00:24Merci Carl Bargon.
01:00:27Et celle qui va avoir le privilège de remettre
01:00:30le prix du livre politique, c'est Laurence Parisot
01:00:33qu'on accueille tout de suite, présidente de City France
01:00:36mais surtout aujourd'hui présidente du jury du livre politique.
01:00:39Je vous laisse la parole.
01:00:43Merci beaucoup.
01:00:46Il y a certainement plein de présidents dans la salle
01:00:49et de présidentes, donc mesdames et messieurs
01:00:52les présidents et surtout messieurs les premiers ministres
01:00:55et ministres, mesdames et messieurs
01:00:58les parlementaires,
01:01:01mesdames et messieurs les membres du jury.
01:01:04Tout d'abord, je voudrais vous dire que c'était
01:01:07à la fois une surprise
01:01:10et un grand honneur pour moi
01:01:13quand on m'a sollicité pour présider
01:01:16ce jury du prix du livre politique.
01:01:21Mais c'était aussi
01:01:24une grande joie
01:01:27tellement il me semble important
01:01:30d'avoir comme aujourd'hui
01:01:33des occasions de rappeler à quel point
01:01:36la politique est essentielle.
01:01:40Et cette cérémonie
01:01:44que nous devons à Luce Perrault
01:01:48elle marque, elle signe
01:01:51la valeur et l'honneur
01:01:54de la politique.
01:01:59Aujourd'hui
01:02:02tout est brouillé, tout est broie
01:02:05le mot clé est celui qui est utilisé
01:02:08par les banquiers centraux incertitude
01:02:11et il est vrai que parfois
01:02:14on ne sait pas très bien où on en est
01:02:17entre dépolitisation, repolitisation
01:02:20hyperpolitisation
01:02:23et c'est là que les livres politiques
01:02:26nous permettent de sortir
01:02:29du piétinement
01:02:32dans lequel on a tendance à s'enfermer.
01:02:36Les livres politiques nous offrent
01:02:39un cheminement.
01:02:42Cette année, d'après les membres du jury
01:02:45l'offre de livres politiques
01:02:48était tout à fait exceptionnelle.
01:02:51Le jury s'est réuni cinq fois
01:02:54entre novembre 2024
01:02:57et ce matin.
01:03:00Je tiens à vous dire deux choses
01:03:04à propos de ce jury.
01:03:07Premièrement, tous ceux qui en faisaient partie
01:03:10mais qui étaient directement ou indirectement
01:03:13conflictés
01:03:16se sont immédiatement retirés
01:03:19des réunions de travail et des délibérations.
01:03:22Et puis, deuxièmement
01:03:25c'est un jury assez remarquable
01:03:28il est bien loin des clichés
01:03:31un peu proustiens des jurys littéraires
01:03:34il n'y a ni malveillance
01:03:37ni manœuvre.
01:03:40Il y a au contraire transparence
01:03:43une sincérité, une attention particulière
01:03:46portée par chacun
01:03:49à l'ouvrage
01:03:52à l'auteur, à l'écriture.
01:03:55Et il y a au fond
01:03:58sans aucun doute
01:04:01une volonté commune
01:04:04de mettre en valeur la politique
01:04:07dans ce qu'elle a de plus important
01:04:10et de plus grand.
01:04:13On vous a présenté les trois finalistes
01:04:16et jusqu'à la fin
01:04:19on a été tiraillés
01:04:22tellement la qualité
01:04:25des trois ouvrages finalistes
01:04:28est exceptionnelle.
01:04:31Il a bien fallu prendre une décision
01:04:34et j'ai effectivement
01:04:37le privilège aujourd'hui de vous dire
01:04:40que le prix du livre politique
01:04:432025 est attribué
01:04:46à Gérard Courtois
01:04:49pour son livre
01:04:52Le Saga des élections présidentielles.
01:05:04J'ai le cœur serré pour Jean-Michel Blanquer
01:05:07et Jean-Denis Combrexel
01:05:10mais il est vrai que nous avons été emportés
01:05:13par votre livre, Gérard.
01:05:16Vous parlez de saga et c'est bien de cela
01:05:19dont il s'agit.
01:05:22C'est une histoire mouvementée
01:05:25que vous nous racontez.
01:05:28Une histoire que nous croyions tous très bien connaître
01:05:31nous les passionnés de la politique
01:05:34mais avec à la fois
01:05:37l'acuité du journaliste
01:05:40la rigueur du politologue
01:05:43la passion
01:05:46de celui qui aime
01:05:49son objet d'observation
01:05:52avec la finesse du psychologue
01:05:55avec l'humour
01:05:58le talent de l'écrivain
01:06:01vous nous avez emportés
01:06:04au fur et à mesure
01:06:07de ces élections présidentielles.
01:06:10Netflix a fait
01:06:13de The Queen un succès planétaire
01:06:16j'aimerais que les producteurs de Netflix
01:06:19s'inspirent de votre ouvrage
01:06:22et lancent un Fifth Republic.
01:06:25Nous aurions ainsi
01:06:28une possibilité d'offrir au plus grand nombre
01:06:31une lecture incomparable
01:06:34des coups tordus
01:06:37des coups de génie
01:06:40des raisonnements
01:06:43dans ce qu'ils ont de plus brillant
01:06:46ou de plus indigne
01:06:49et qui ont conduit à l'élection
01:06:52de nos différents présidents
01:06:55sous la Vème République.
01:06:58Mais il faut dire aussi que
01:07:01le jury, en vous honorant aujourd'hui
01:07:04a voulu récompenser
01:07:07un livre exceptionnel
01:07:10qui est à la fois
01:07:13source de réflexion
01:07:16mais aussi de plaisir
01:07:19tout simplement à la lecture
01:07:22mais je crois que le jury a voulu aussi récompenser
01:07:25un grand journaliste politique
01:07:28que nous apprécions tous
01:07:31pour son honnêteté
01:07:34pour son indépendance
01:07:37pour son intelligence
01:07:40pour tous ces articles
01:07:43qui ont nourri l'action
01:07:46de ceux qui sont engagés
01:07:49la réflexion de ceux qui observent
01:07:52et au fond, ce qui est remarquable
01:07:55c'est que votre livre
01:07:58tout en disant la vérité crue
01:08:02nous donne encore plus envie
01:08:05d'aimer la politique
01:08:08pour cela, merci et bravo Gérard Courtois
01:08:32Chère Laurence, je suis un peu écrasé
01:08:35par cette avalanche de compliments
01:08:38qui me débordent
01:08:41ou dépassent un peu
01:08:44quant à Netflix, je n'ai aucun contact
01:08:47mais je vous fais confiance
01:08:50Messieurs les Premiers Ministres
01:08:53Mesdames et Messieurs les Ministres
01:08:56Mesdames et Messieurs les députés
01:08:59du prix du livre politique
01:09:02et chère Luce Perrault
01:09:05infatigable animatrice
01:09:08de ce rendez-vous annuel
01:09:11c'est peu dire que je suis honoré
01:09:14d'avoir été distingué pour ce livre
01:09:17sur les campagnes présidentielles
01:09:20je le suis d'autant plus honoré
01:09:23que je me trouve en excellente compagnie
01:09:26Jean-Michel Blanquer de ses 5 années
01:09:29passées au ministère de l'éducation nationale
01:09:32est un témoignage à la fois personnel
01:09:35lucide et courageux
01:09:38sur les grandeurs et les servitudes
01:09:41de l'action gouvernementale
01:09:44quant à Jean-Denis Combrexcel
01:09:47il réussit une sorte de performance
01:09:50qui consiste à rendre limpide et passionnant
01:09:53un sujet qui peut paraître aride
01:09:56et qui est la source de bien des caricatures
01:09:59ou bien des idées convenues
01:10:02sur l'excès de normes dont souffrirait
01:10:05la France, ce pays et sa démocratie
01:10:08mon dernier remerciement
01:10:11je ne sais pas s'il est dans la salle
01:10:14va à Benoît Hiver
01:10:17le patron des éditions Perrin
01:10:20qui m'a embarqué dans cette aventure
01:10:23et qui m'a accompagné pendant un assez long moment
01:10:26de ses encouragements chaleureux
01:10:29et de ses relectures exigeantes
01:10:32et minutieuses
01:10:35cela a été dit par Carole
01:10:38ces 11 campagnes présidentielles
01:10:41ont donné matière
01:10:44à une littérature abondante
01:10:48riche de témoignages, d'analyses
01:10:51de décodages, de décryptages
01:10:54mais les rassembler toutes
01:10:57dans une unique fresque
01:11:00entière, complète
01:11:03sur 60 ans
01:11:06à mon avis permet de mesurer plus précisément
01:11:09combien l'élection présidentielle
01:11:12est la matrice de notre vie politique
01:11:15elle affiche le rythme, elle affiche les rituels
01:11:18elle en ouvre les passions
01:11:21ou elle en nourrit les passions
01:11:24elle accouche de nouveaux leaders
01:11:27elle fait le tri des compétences et des talents
01:11:30elle façonne en général
01:11:33les majorités qui gouverneront le pays
01:11:36il arrive que ça ne marche pas exactement
01:11:39comme prévu
01:11:42on l'a vu en 1922
01:11:45c'est quand même à ce moment là que se joue l'avenir du pays
01:11:48et les français l'ont bien compris
01:11:51votre livre se lit comme un roman
01:11:54tant mieux
01:11:57la lecture des romans est en général
01:12:00plus plaisante, plus agréable
01:12:03que celle des traités de sciences politiques
01:12:06mais le récit n'interdit pas l'analyse
01:12:09l'une et l'autre se nourrissent
01:12:12et se vivifient me semble-t-il
01:12:15et c'est à mon sens tout l'intérêt
01:12:18de l'histoire politique
01:12:21c'est comprendre et faire comprendre
01:12:24à la fois les continuités, les ruptures
01:12:27les ressorts et les blocages
01:12:30dont tous les citoyens, vous et moi
01:12:33sommes à la fois les spectateurs pendant une campagne
01:12:36enfin cette histoire permet d'appréhender
01:12:39peut-être plus clairement
01:12:42les enjeux de demain car toute saga
01:12:45appelle, Carole tu l'as suggéré
01:12:48appelle de nouveaux épisodes
01:12:51et celui de 2027 est déjà
01:12:54dans tous les esprits, en tout cas dans les esprits
01:12:57de tous ceux, il n'en manque jamais
01:13:00qui espèrent ou qui ambitionnent d'accéder
01:13:03à l'Elysée. Souhaitons simplement
01:13:06que ce soit pour le meilleur
01:13:09c'est-à-dire à mon sens une dynamique retrouvée
01:13:12et non pas l'inverse, c'est-à-dire
01:13:15une impasse prolongée. Merci à tous
01:13:18et bonne lecture.
01:13:24Merci, merci beaucoup et encore bravo
01:13:27Gérard Courtois. Alors pour conclure cette matinée, peut-être nous donner
01:13:30une dernière piste sur la route des nouveaux repères
01:13:33de la République, je vous demande d'accueillir à nouveau
01:13:36Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Culture
01:13:39qui va nous dire un petit mot.
01:13:52Comme la plupart des orateurs précédents n'ont absolument pas
01:13:55respecté leur temps de parole, à croire qu'ils sont aveugles
01:13:58on va regarder le minuteur. Voilà, très bien.
01:14:01Personne, il n'y avait pas la présidente
01:14:04pour les gronder. Bon, je vais simplement
01:14:07féliciter à nouveau les lauréats
01:14:10et féliciter également ceux qui n'ont pas eu de prix
01:14:13mais à y réfléchir
01:14:16jamais ce prix du livre politique
01:14:19n'a eu autant d'importance.
01:14:22Et d'avoir décidé que les nouveaux repères de la République
01:14:25c'est au coeur de notre réflexion, c'est absolument indispensable.
01:14:28Et je pensais à la phrase de Gramsci
01:14:31dans ses cahiers de prison
01:14:34l'ancien monde est mort, le nouveau tarda à apparaître
01:14:37et dans ce clair obscur surgissent les monstres.
01:14:40Oui, les monstres ont surgi, il s'appelle Trump, il s'appelle Poutine
01:14:43c'est la guerre en Ukraine
01:14:46c'est Trump qui nous assassine
01:14:49c'est les bouleversements dans la vie politique française
01:14:52Cette matinée a été consacrée finalement à un constat
01:14:55et puis nous allons réfléchir aux solutions
01:14:58aux solutions cet après-midi, c'est-à-dire
01:15:01comment transmettre le goût de la République
01:15:04puisque nous sommes tous
01:15:07convoqués à bâtir ces nouveaux repères
01:15:10et puis gouverner autrement, une interpellation qui s'adressera
01:15:13plus précisément aux acteurs de la gouvernance
01:15:16ont-ils le choix entre la radicalité
01:15:19ou le compromis? Je serai pour ma part
01:15:22radicalement pour le compromis, à tout à l'heure.
01:15:25Merci beaucoup
01:15:28Merci à toutes et à tous de nous avoir reçus
01:15:31pour cette première partie de la 34ème journée
01:15:34du livre politique à la recherche des nouveaux repères
01:15:37de la République. On se retrouve
01:15:40dans quelques instants avec de nouvelles tables rondes
01:15:43de nouveaux échanges et la remise du prix étudiant
01:15:46du livre politique ainsi que le prix étudiant
01:15:49de la BD politique. Rendez-vous dès 14h
01:15:52sur notre chaîne Youtube pour ne rien manquer de cet événement
01:15:55et dès 16h40 sur le canal 13 de la TNT
01:15:58A tout de suite

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