Cinquante ans de chronique urbaine, sociale et politique, où l'on revient sur les luttes partisanes et les règlements de compte qui ont vu un groupe de "crocodiles" imposer leur loi dans ce département, grâce à des méthodes dignes des meilleurs westerns.
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00:00...
00:09Depuis près de 40 ans,
00:11le département des Hauts-de-Seine fait la une des journaux.
00:14Corruption, trafic d'influence, abus de biens sociaux,
00:17blanchiment alimentent les annales judiciaires.
00:21Toutes ces affaires ne sont pas seulement le fait de brebis galeuses.
00:24Elles sont surtout les ratées d'une machine infernale
00:27mise en place dans les années 60 par le parti gaulliste.
00:30Son objectif, la conquête de ce riche territoire
00:34pour en tirer le maximum de profits financiers
00:36par des méthodes dignes des meilleurs westerns.
00:39...
00:55Ce roman commence dans les années 50.
00:58Les cités populaires, Jeunesvilliers, Surrennes, Courbevoie,
01:01Levallois, profitent du boom de l'industrie.
01:05C'est l'ère du plein emploi.
01:06...
01:08Les classes populaires accèdent au HLM.
01:11...
01:13Dans cette banlieue rouge,
01:15le parti communiste est au fait de sa puissance.
01:18Mais l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle en 1958
01:21va changer la donne.
01:22Il lance le chantier de la défense,
01:24gigantesque quartier d'affaires,
01:26qui va bouleverser de fond en comble ce territoire.
01:29...
01:32En 1964,
01:34les Hauts-de-Seine deviennent le 92e département français.
01:39La conquête de l'Ouest peut commencer.
01:42...
01:49Est-ce que les gens connaissaient ce département ?
01:52Ils savaient qu'il y était une ville bourgeoise,
01:54qu'il y avait les petits vieux,
01:57qu'il y avait le cinéma et Renaud,
02:01mais ils n'avaient pas une vraie connaissance
02:04de ce qu'a été ce département en croissant,
02:06qui n'a que 36 communes.
02:08Mais toutes riches par la valeur ajoutée des entreprises.
02:13C'était plein de petites entreprises,
02:15de petits grannes, de petits ateliers.
02:18Il y avait aussi quelques hannegrins.
02:20Par exemple, il y avait Chaperon, le carrossier.
02:23Mais c'était l'industrie.
02:26C'est vraiment le berceau de l'automobile.
02:28...
02:3150 usines,
02:32autant de décors qu'on appelle Chausson,
02:35Carbone Lorraine,
02:37Snecma,
02:38SKF,
02:39Préfontaine, Bertrand, Valentin,
02:42Thomson.
02:43...
02:47Chez Citroën, il y avait plus de 4 000 salariés,
02:50dont plus des deux tiers étaient des travailleurs immigrés.
02:54En allant sur Putot et en montant un peu plus haut sur Nanterre,
02:58il y avait un tas de bidonvilles, un tas de vieilles baraques.
03:03Quand on a commencé à vouloir faire bouger les choses,
03:07beaucoup se demandaient si on n'était pas fous
03:09et qu'est-ce qu'on allait arriver à faire.
03:12...
03:14Les gaullistes font de la domination politique de ce territoire
03:18un enjeu national.
03:19Mais la tâche est rude.
03:22Face à eux, un adversaire qu'ils connaissent bien,
03:25le Parti communiste.
03:28Encore puissant en France, avec environ 20 % des voix,
03:31le PC tient fermement ses bastions ouvriers.
03:36Charles Pasqua, patron local de l'UDR,
03:39le Parti gaulliste de l'époque,
03:41lance l'offensive à la fin des années 60.
03:47Je ne veux être candidat que contre un communiste.
03:50Avec les autres, je ne sais pas ce qui se passera.
03:53Avec les communistes,
03:55j'ai pour eux d'abord une certaine considération,
03:58parce que ce sont des gens qui croient en quelque chose.
04:01Et puis, nous avons été camarades pendant la guerre.
04:04Bon. Mais dans le même temps, on ne se fera pas de cadeaux.
04:07Évidemment, les gaullistes et les communistes
04:10ont été au coude-à-coude pendant la guerre
04:12pour libérer le pays et la libération.
04:17Mais là, nous sommes plus de 20 ans plus tard,
04:21et Pasqua, c'est qui, Pasqua ?
04:23C'est, sous ses allures débonaires,
04:27c'est quand même la droite extrême,
04:31avec des méthodes brutales pour écarter les fences de gauche.
04:35Ancien résistant, fondateur du sulfureux SAC,
04:38le service d'action civique,
04:40une association barbouzard de gaullistes,
04:42Charles Pasqua, homme de réseau redouté,
04:45va faire des hautes scènes son porte-avions politique et financier.
04:48L'homme de l'ombre passe à la lumière.
04:51Il devient député en 1968
04:53et président du Conseil général en 1973.
04:57Je me suis dit qu'il fallait faire de ce département une réalité.
05:02Le département, il n'existait qu'en théorie,
05:06et chaque commune faisait sa propre politique et sa propre tamboule.
05:10Et ce qu'elles attendaient du département,
05:13c'était uniquement des subventions.
05:15Mais il n'y avait aucune démarche cohérente
05:18au niveau de l'ensemble du département.
05:22Il paraît notamment que M. Mitterrand...
05:26Et l'entrepreneur Charles Pasqua
05:28est bien décidé à en inventer une, de démarche cohérente,
05:32pour le département et aussi pour son parti.
05:35Il s'agit surtout de contrer une propagande communiste rodée au millimètre.
05:40Mais sa mise en oeuvre nécessite des moyens financiers
05:43et l'UDR en est dépourvue.
05:49Dans cette période, Charles Pasqua disait
05:52que Jean-François l'important n'est pas tellement d'être riche
05:57que d'avoir des amis riches.
05:59Donc on se faisait aider,
06:02et lui, pour le RPR des Hauts-de-Seine ou pour l'Action générale,
06:07pour ce qui est la partie partisane de l'action du mouvement gaulliste,
06:11du mouvement chiraquien RPR,
06:13oui, c'est sûr que là, il y avait une cassette
06:16qui permettait de fonctionner.
06:18Ca venait des entreprises ?
06:20Notamment.
06:22La cassette est d'autant plus facile à remplir
06:24que dans ces années 60, 70, 80,
06:27il n'existe aucune loi encadrant le financement des partis politiques.
06:34Tous les coups étaient permis.
06:36Et vraiment, la droite s'est pas gênée
06:39dans ce domaine.
06:42Evidemment, il s'agissait de récupérer de l'argent par tous les moyens.
06:46Si tu me donnes de l'argent pour ma campagne électorale,
06:49je te donnerai des chantiers.
06:51Donc voilà, c'était un peu le Far West.
06:57Et tout comme au Far West,
06:59le département recèle un trésor.
07:02La défense.
07:03Une vaste zone à cheval sur putots et courbe-voie
07:06qui doit devenir le 1er quartier d'affaires d'Europe.
07:13Le projet est géré par un établissement public aux mains de l'Etat,
07:17l'EHPAD.
07:18C'est lui qui délivre les droits à construire,
07:21précieux sésames qui permettent aux promoteurs
07:23de lancer de lucratifs projets après expulsion,
07:26démolition et mise à nu des terrains.
07:29C'est la grande période du gaullisme immobilier.
07:34Lorsqu'ils ont pratiqué ces expulsions
07:38sur des territoires immenses
07:40qu'ils ont ensuite laissés en friche pendant des années,
07:43et ça a été un vrai traumatisme pour les habitants.
07:46Putots et courbe-voie ont récupéré une manne financière extraordinaire
07:51avec notamment la taxe professionnelle.
07:53Et la commune de Nanterre a récupéré des logements à gérer.
07:57Et nous étions en affrontement notamment avec l'EHPAD.
08:01Parce que cet établissement public
08:04était géré de telle manière
08:07que tout était décidé en haut.
08:10On fait des mètres carrés de bureau,
08:12autrement dit, on bétonne pour avoir de l'argent.
08:16Donc quand on n'a plus d'argent, on rebétonne un peu plus,
08:19on en remet une couche.
08:20Contrôler les Hauts-de-Seine, c'est conquérir les mairies une à une.
08:24Après courbe-voie, objectif putot coûte que coûte.
08:28C'est ainsi que les élections municipales de 1971
08:31tournent au mauvais western.
08:34Charles Seccaldi-Renaud,
08:35ancien avocat et commissaire de police en Algérie,
08:38premier adjoint au maire socialiste,
08:40trahit son camp, passe à droite
08:42et se présente contre le maire Georges Dardel.
08:45Entre les couleurs d'affiches des deux camps,
08:47l'affrontement est violent.
08:48Il se termine par un drame.
08:51Les gens de Dardel ont ouvert le feu à l'avance de leur rifle.
08:55Quelqu'un d'autre, qu'on suppose appartenir à l'autre camp...
09:01Au groupe ?
09:02Oui, on suppose, mais on ne le prouve pas,
09:05a tiré dans une voiture.
09:08Il ne savait pas qu'il y avait quelqu'un qui s'était allongé.
09:12Il l'a touché dans la cuisse,
09:16de sorte qu'il a perdu beaucoup de sang et qu'il est décédé.
09:19Cette affaire a été jugée.
09:22Moi, je ne suis pas dans cette affaire.
09:25Une affaire comme ça, à trois semaines des élections,
09:28je suis étonné d'avoir encore 56 % de dévoués.
09:34Oui, ça m'a nui.
09:37Ça m'a nui.
09:39Nuisible, ce tragique épisode ?
09:42Il est pourtant vite oublié.
09:44Et si quelques membres de l'entourage du maire sont finalement condamnés,
09:47les véritables responsabilités, elles, ne seront jamais établies.
09:52La bataille de Putot marque le premier épisode
09:54de la conquête du département par les gaullistes,
09:57dans un certain climat d'impunité.
10:00Et comme ses compagnons des Hauts-de-Seine,
10:02Charles Seccaldireno, le nouveau maire,
10:05pour assurer sa maîtrise et celle de l'UDR sur la ville,
10:08va désormais user d'une recette infaillible,
10:11le clientélisme.
10:13Le maire, quel est son moyen d'être élu ?
10:18C'est de séduire l'électeur.
10:22C'est peut-être aussi de rendre des services individuels.
10:29Souvent, celui qui a obtenu un service
10:33a l'honnêteté de rendre ce service,
10:37mais ce n'est pas une certitude.
10:40Par conséquent, le clientélisme est un complément de la politique,
10:46mais il ne se substitue pas à la politique.
10:50Ce que veulent voir les gens,
10:53c'est si la ville est propre,
10:56si elle est embellie,
10:58si elle est fleurie,
11:01si elle est moderne,
11:03si elle est enrichie,
11:06et si l'impôt diminue au lieu d'augmenter.
11:11Avec les moyens de votre ville, vous allez acheter des voies.
11:16Ça passe par l'attribution de logements sociaux.
11:19Ça passe par tout un tas d'autres avantages,
11:22les places en crèche, les cadeaux, les invitations,
11:26les manifestations organisées avec des banquets extraordinaires.
11:30On a beaucoup connu ça à Putot,
11:32qui a eu, certaines années, un budget cocktail, réception,
11:37plus élevé que celui de Paris.
11:39En obtenant de l'EHPAD,
11:42qui construit à Putot
11:44encore plus de mètres carrés de bureau qu'à Courbevoie,
11:49j'ai effectivement fait rentrer dans Putot
11:54la diligence pleine d'or.
11:58Et vous, vous n'avez jamais, à titre personnel,
12:01touché de cadeaux, de commissions, de choses comme ça ?
12:05Non.
12:06Ah non, ça, ça m'a jamais traversé l'esprit.
12:10Et...
12:13J'aurais demandé à quel titre, pourquoi ?
12:18Blanc comme neige, Charles Sécal dirait non ?
12:21Pas si sûr.
12:23Depuis des années, une affaire le poursuit,
12:25celle de la chaufferie de la Défense,
12:28symbole de la gestion bien particulière des Hauts-de-Seine.
12:32Il s'agit du renouvellement d'un contrat
12:34portant sur le chauffage et la climatisation
12:36de 3 millions de mètres carrés de bureau
12:38par le syndicat intercommunal,
12:40dont Charles Sécal dirait non, est le président.
12:47Suivant les règles des marchés publics,
12:49ils lancent donc un appel d'offres.
12:51GDF, Charbonnages de France,
12:53Dalkia, les poids lourds du secteur,
12:55se portent candidats, ainsi qu'une société inconnue.
12:59Les poids lourds sont tous écartés du marché
13:01et contre toute attente,
13:02c'est la société inconnue qui emporte la mise.
13:07C'est une société inconnue jusqu'alors,
13:09créée de toutes pièces, qui, à le marché,
13:12ses dirigeants sont des amis, des proches
13:15de Charles Sécal dirait non.
13:17Tout se serait bien passé
13:18si un banquier au Luxembourg ne s'était pas plaint
13:22du fait qu'il n'a pas reçu sa commission, en gros.
13:26Donc il réclame 4 ou 5 millions de francs qu'il n'a pas eus.
13:29Donc il va déballer l'affaire.
13:32On découvre que peut-être il y a eu 100 millions de francs,
13:3515 millions d'euros de tout table
13:38autour de l'attribution de ce marché.
13:40Et là, Charles Sécal dirait non,
13:43est mis en examen pour corruption.
13:46Ils ont débarqué chez moi, ils n'ont rien trouvé.
13:50Ils ont débarqué chez ma mère, ils n'ont rien trouvé.
13:54Ils ont débarqué chez ma belle-mère, ils n'ont rien trouvé.
13:58Le juge, par commission regatoire,
14:01a découvert qu'il y avait un compte au Luxembourg
14:04sur lequel il a découvert 4 millions d'euros,
14:07un compte au nom de Joël Sécal dirait non.
14:10C'est la fille de Charles Sécal dirait non,
14:13et aujourd'hui mère de Puto.
14:15Elle a été interrogée par le juge,
14:19qui lui a demandé l'origine de cet argent.
14:21Elle a expliqué que c'était l'héritage de sa grand-mère,
14:25grand-mère Corse, qui était institutrice.
14:27Donc il y avait eu le temps, au cours de sa carrière,
14:31de placer 4 millions d'euros sur un compte au Luxembourg.
14:36Donc le juge n'y a peut-être pas cru.
14:38On en est là aujourd'hui, l'enquête se poursuit.
14:41Et donc, il y a le secret de l'instruction
14:44qui ne nous permet pas de parler davantage.
14:49Voilà. A moins de commettre un délit,
14:52ce que vous n'avez pas l'intention de faire,
14:54et moi non plus, je n'en ai jamais commis,
14:56je ne veux pas commencer aujourd'hui.
14:58Et vous non plus.
15:01Je crois que c'est le dossier le plus ancien au tribunal de Nanterre.
15:05Plusieurs juges se sont cassés les dents sur ce dossier.
15:08Certains, qui sont allés chercher peut-être un peu trop loin,
15:12se sont retrouvés...
15:16Extradés, quasiment,
15:18puisque l'un des juges a eu une promotion,
15:20il est aujourd'hui à Tahiti.
15:22Aidé par une justice inerte,
15:25le système mis en place prouve son efficacité.
15:28Il suffit d'en connaître les deux règles principales,
15:31escamoter les preuves et ne jamais avouer.
15:36Ce sont des gens qui sont des vieux routiers,
15:40qui font ça en général depuis assez longtemps,
15:44dont les mécanismes sont bien rodés.
15:46Et vous avez des mécanismes qu'on voit
15:48dans certains secteurs de la grande criminalité.
15:53C'est... Les voyous n'avouent jamais.
15:56Vous savez, dans la fraude, le fraudeur se pose deux questions.
16:00La première question, c'est est-ce que je vais me faire prendre ?
16:03Et la deuxième, c'est si je me fais prendre,
16:05combien ça va me coûter ?
16:07Seulement voilà, en 1973, avec la crise pétrolière,
16:11le trésor de la Défense risque de tarir
16:14et la manne financière du Parti gaulliste de s'envoler.
16:18Plus personne ne veut construire de tours.
16:21La quasi-totalité des promoteurs fuit la Défense.
16:25Le quartier d'affaires devient un immense chantier à ciel ouvert,
16:28à tel point que le président Giscard d'Estaing
16:30envisage en 1978 de raser les tours vides.
16:35C'est alors qu'un jeune promoteur, Christian Pellerin, entre en scène.
16:39Il rachète à bas prix les terrains à construire.
16:41Il sera le Zorro de la Défense.
16:44Le seul qui était en train de vouloir construire la Défense,
16:47c'était moi. Il n'y en avait pas d'autre.
16:49C'était un type assez extraordinaire,
16:54très dynamique, avec des quantités d'idées.
16:58Il a été très contesté pour des quantités de raisons.
17:03C'est notre problème.
17:04Mais ça n'enlève rien à ses qualités de créateur
17:11et à sa capacité d'impulser les choses.
17:14Tous les terrains que j'ai construits, une bonne partie,
17:16dans ces années-là, c'était des banques qui étaient propriétaires.
17:19Ils me les ont tous vendus à la casse.
17:21Nous avions nos propres bureaux d'études
17:23et nous dessinions nous-mêmes toute notre technologie,
17:27climatisation, tout, et on la faisait réaliser
17:30par des entreprises qui étaient celles de la Compagnie Générale des eaux.
17:33On n'a jamais fait d'appel d'offres.
17:36La Défense, avec tous les moyens dont elle dispose,
17:39sera certainement le premier centre d'affaires européen.
17:41Si vous voulez que la Défense existe,
17:43il faut que les promoteurs prennent des risques.
17:46A l'époque, ils prennent des risques, ces gens-là prennent des risques.
17:49Évidemment, à un moment donné, si le risque est bon,
17:52vous touchez un peu le jackpot.
17:54Alors, qui l'en est profité ? C'est évident.
17:58Écoute, je préférais voir l'autre.
18:00Profité ? Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
18:03Ce sera peut-être un peu basse.
18:04Vous avez été sollicité par des politiques.
18:07Oui.
18:08Il m'est arrivé, dans différentes villes,
18:11qu'on me propose des projets.
18:14Je ne fasse pas pour cette raison.
18:17Parce qu'on vous demandait de financer une campagne ?
18:19Voilà, exactement.
18:21Vous avez toujours refusé ?
18:22J'ai toujours refusé.
18:23Et jamais, alors on m'a reproché beaucoup de choses,
18:27jamais je n'étais poursuivi
18:31pour une commission, un pot de vin ou n'importe quoi.
18:33Est-ce que, par cette attitude, vous avez perdu des marchés ?
18:38Bien sûr, oui.
18:40Oui.
18:41Et vous savez lesquels ?
18:42Oui, absolument.
18:44Absolument.
18:46Et dans les Hauts-de-Seine aussi ?
18:48Oui, absolument.
18:51Vous ne pouvez pas en dire plus ?
18:52Non.
18:55Pourtant, Christian Pellerin, le Zorro incorruptible,
18:58va se trouver mêlé à une de ces affaires
19:00dont ils disent être toujours tenus éloignés.
19:04Au fait de sa carrière,
19:05le promoteur, plutôt étiqueté à gauche,
19:08doit se rapprocher du clan pasqua,
19:10qui a désormais la main sur la défense,
19:12l'un des outils du financement occulte du RPR de Jacques Chirac.
19:17Une belle occasion se présente avec la vente de la tour BP.
19:21J'ai été abordé à l'époque
19:24par un garçon qui s'appelait M. Schwartz,
19:28au nom prédestiné,
19:31et qui connaissait très bien l'environnement de Pasqua
19:35et des Hauts-de-Seine.
19:37Et donc, il est venu me voir pour partager une affaire.
19:41Je me suis donc associé avec la société de M. Schwartz,
19:46qui gérait complètement l'affaire de l'achat.
19:50Et il y a eu 12 millions qui se sont baladés de commissions.
19:53On n'a jamais su trop où ils avaient été.
19:55Moi, je ne l'ai jamais su, je n'étais même pas au courant.
19:57L'enquête révèle qu'une partie de ces millions
20:00a atterri sur le compte d'une société
20:02dirigée par l'épouse d'un certain Daniel Voiry,
20:05policier de son État.
20:07Christian Pellerin pouvait-il l'ignorer ?
20:11Il y a eu effectivement des malversations financières et fiscales
20:15qui ont affecté la vente de la tour BP.
20:18Donc, notre question légitime,
20:20c'est Christian Pellerin, le roi de la Défense,
20:23que venait-il faire avec un brigadier chef de police ?
20:27À la veille d'être entendu par la justice,
20:29le flic ripoux Daniel Voiry se suicide.
20:34Daniel Voiry travaillait à la préfecture de police.
20:37C'est là que les enquêteurs auraient découvert sa valise après son suicide.
20:40Elle contenait les comptes parallèles de sa société
20:43qui conduisent les enquêteurs à la Défense
20:45et à l'inculpation de six agents immobiliers,
20:47dont Christian Pellerin.
20:49Et la garde à vue de Christian Pellerin
20:52jette un froid glacial sur le site de la Défense,
20:56mais au-delà du site de la Défense,
20:58sur l'ensemble des entreprises qui œuvrent dans ce monde de la corruption.
21:02Christian Pellerin, à l'époque,
21:04est président directeur général de Sary-Séry.
21:07C'est une société
21:10qui est détenue à 65 % par la Compagnie générale des eaux,
21:14donc un grand groupe,
21:15qu'on va revoir après dans des affaires de corruption.
21:18J'ai le sentiment d'avoir été trompé, et plus que le sentiment.
21:24Christian Pellerin obtiendra quatre ans plus tard un non-lieu,
21:27mais personne ne saura jamais
21:28qu'elles étaient les vrais destinataires des commissions.
21:31Cette affaire qui fait grand bruit
21:33révèle une facette jusque-là inédite du système.
21:36Les magouilles qui entourent l'achat et la vente des tours de la Défense
21:40et le rôle de la Compagnie générale des eaux.
21:43Le nom de cette société reviendra si souvent
21:45dans les affaires de financement occultes
21:47qu'elle sera surnommée l'arroseuse municipale.
21:561981, la gauche arrive au pouvoir.
22:00Le clan pasqua se retrouve dans l'opposition
22:02et financièrement en danger.
22:04Mais paradoxalement,
22:05les lois de décentralisation de Gaston de Fer
22:08vont lui permettre d'accroître son emprise sur le département,
22:11car elles accordent aux élus le pouvoir de délivrer
22:14les permis de construire et les marchés publics.
22:18Désormais, les élus seront libres.
22:22Libres d'exercer pleinement leur mandat.
22:27Libres de prendre leurs responsabilités sans entrave,
22:31sans délimitation, sans détournement,
22:35imposées par les services ministériels
22:38contre leur volonté
22:39et parfois contre l'intérêt de leur commune.
22:43Dans les Hauts-de-Seine, comme ailleurs,
22:46les partis de droite comme de gauche
22:48ont aussitôt compris tout le profit qu'ils pouvaient tirer
22:51de cette situation.
22:52C'est l'époque bénie des sociétés d'économies mixtes, ou SEM.
22:57Un principe qui consacre le partenariat
23:00entre le secteur public et le secteur privé.
23:04Ces sociétés d'économies mixtes
23:06permettent de marier de façon un peu imprécise
23:10des grandes entreprises de bâtiments de travaux publics,
23:14de chauffage, d'adduction d'eau,
23:17et puis les collectivités locales.
23:19Ça permet de payer des honoraires,
23:21de faire transiter de l'argent.
23:24Mais quand ça devient une industrie,
23:28c'est-à-dire que le parti politique s'entoure de satellites,
23:31d'abord de micro-partis,
23:32de bureaux d'études et d'officines,
23:36et de cabinets de conseils.
23:39Alors là, vous rentrez dans un festival,
23:42c'est bien beau de prendre des avions,
23:44de prendre des chambres d'hôtel, de faire rouler les voitures.
23:47Autrefois, encore une fois, on nous prêtait des trucs.
23:49Nous, au RPR des années 70, nos avions, ils volaient,
23:53mais c'était des syndicats pharmaceutiques
23:57ou autres qui payaient nos factures.
23:58Le nouveau système fonctionne selon un schéma à l'ancienne bien rôdé.
24:03Le chef d'entreprise qui accepte d'entrer dans la combine
24:06doit, en contrepartie du marché obtenu,
24:09soit honorer une fausse facture pour frais d'études,
24:14soit surfacturer ses prestations
24:16et reverser la différence en liquide à son corrupteur.
24:21J'ai travaillé 22, 23, 24 ans avec Boulogne.
24:24On m'a jamais rien demandé.
24:27Surenne, on m'a jamais rien demandé.
24:29Reuil, non plus.
24:33Gennevilliers, c'était plus... On ne pouvait pas.
24:37Colombe, on ne pouvait pas.
24:39Le Valois, on ne pouvait pas.
24:41Il y avait tout un tas de...
24:43Chaque fois que j'ai répondu, j'étais non conforme.
24:45Je ne faisais pas partie des entreprises qui payaient.
24:49Ils savaient que je refuserais de payer, donc j'étais non conforme.
24:52C'est une commission sur le montant du marché.
24:53Ça peut être 0,5 %, 1 %, 3 %, 2 %.
24:57Ça dépend du montant du marché.
25:00Il y a des maires qui sont plus malins, d'autres qui sont moins malins.
25:05Mais la pompe, je peux dire, la pompe Afrique des marchés publics,
25:09c'est les entreprises générales.
25:11C'est le système qui est identifié et qui va servir de fil,
25:17de conducteur pour faire passer le financement politique.
25:21Le but de prendre un département comme les Hauts-de-Seine,
25:24c'est la même chose que de prendre la ville de Paris.
25:27On conquiert un échelon local
25:31pour vous propulser au niveau national.
25:34Partant de cette stratégie, Chirac, Pasqua et le RPR
25:38assoient définitivement leur autorité sur les Hauts-de-Seine
25:41aux élections municipales de 1983.
25:45Alors que la gauche tient le pouvoir central,
25:47Charles Pasqua lance une nouvelle génération d'hommes politiques
25:51à l'assaut des villes rouges.
25:54Ces cow-boys sont issus pour la plupart de l'UJP,
25:57les jeunesses gaullistes,
25:59mais aussi, comme Patrick Devetjian, de l'extrême-droite.
26:04J'avais regardé autour de nous
26:06et j'avais sélectionné un certain nombre de gens
26:11dont je pensais qu'ils avaient les qualités
26:17pour représenter
26:22le mouvement gaulliste, etc.
26:25Et on a, avec une alliance avec les centristes,
26:28fait en sorte de récupérer un certain nombre de communes
26:32sur la gauche.
26:33Et donc, c'est cette équipe de jeunes gens, à l'époque,
26:37qui ont été lancés à la conquête de bastions de la gauche,
26:43qui ont été appelés par la presse,
26:46mais pourquoi pas, les Pasqua Boys.
26:51Parmi eux, Patrick Balkany reçoit la tâche la plus ardue.
26:54Conquérir le Valois,
26:56ville tenue par les communistes depuis près de 20 ans.
26:59Charles Pasqua lui-même a par deux fois échoué
27:02devant le maire, sortant par fégences.
27:04Cela n'effraie pas les jeunes époux Balkany.
27:07Non seulement il y a des moyens financiers, pourtant,
27:10des moyens en hommes, et je dois dire,
27:14ils sont très actifs,
27:15et elle, en particulier, fait des spaghettis à 3h du matin
27:18pour les colleurs d'affiches.
27:20C'est une conjonction d'argent, d'énergie, de cœur, de tripe.
27:24Ils veulent la prendre.
27:26La permanence de Balkany était devenue une 2e mairie.
27:29Ils organisaient des fêtes,
27:31des voyages pour les personnes âgées, etc.
27:34Ils ont financé leur campagne, mais il leur a manqué de l'argent.
27:38Donc ils étaient contents de trouver une aide.
27:41Balkany, je lui avais trouvé un vieil ami chasseur
27:45qui était en même temps promoteur dans le Loir-et-Cher, je crois.
27:49Contre toute attente,
27:51les Balkany emportent la mairie dès le 1er tour.
27:54C'est un véritable exploit.
27:56C'est pour ça que j'éclate de rire
27:58quand, le soir de l'élection, nous arrivons à la mairie,
28:01puis on embrasse Isabelle, Patrick,
28:03et là, avec, elle aussi, son accent inimitable,
28:07Isabelle Balkany dit,
28:08« C'est pas tout, mais il va falloir que ça rapporte. »
28:12Le succès des Balkany aiguise les appétits de la nouvelle garde.
28:16Un mois après leur élection, Achille Peretti, maire de Neuilly,
28:19et grande figure gaulliste du département, meurt subitement.
28:23Charles Pasquois est son successeur naturel,
28:26mais un jeune homme de 29 ans, simple conseiller municipal,
28:29vient défier le shérif Pasquois.
28:33J'ai appris la mort de Peretti
28:36par Balkany et Sarkozy,
28:39qui sont venus me voir à la clinique.
28:41Ils m'ont dit, « Peretti vient de mourir.
28:43Il faut que vous vous préparez à prendre la tête de la chose.
28:49Il va être maire de Neuilly. »
28:50Je rentre chez moi à minuit, et je trouve sur la moquette de l'entrée
28:54« Appelez Charles Pasquois d'urgence tout de suite chez lui. »
28:57Je me dis, « Tiens, qu'est-ce que c'est ? »
28:59Je l'ai laissé à 6 heures,
29:00prêt à être opéré demain matin à la clinique Hartmann,
29:02et voilà qu'il est chez lui.
29:04Je téléphone, et c'est là qu'ils m'ont dit,
29:05« Charles Pasquois, Achille Peretti viennent de mourir.
29:09Nicolas, Sarkozy et Patrick Balkany sont venus me chercher en voiture,
29:13remettre le costume sur le pyjama,
29:15et je suis rentré à la maison. Venez tout de suite. »
29:18Ils m'ont accompagné à la maison, chez moi,
29:21et ils m'ont dit, « Il faut qu'on voit tout de suite,
29:25qu'on pointe la liste des conseils municipaux,
29:28sur lesquels on peut compter. »
29:30J'ai dit, « Écoutez, faites-le. »
29:32Bon.
29:33Et Nicolas a dit, « Je vais m'en occuper. »
29:35Il s'en est occupé, mais pour lui.
29:38« M. Nicolas Sarkozy est élu maire de Neuilly. »
29:45« Nicolas Sarkozy est élu maire de Neuilly. »
29:49Même si plus tard, il dira,
29:51« Non, je ne voulais pas devenir maire, c'est moi qui l'ai fait.
29:54Nicolas, maire. » Non, non, non.
29:56Il s'est passé un truc, les uns appelleront ça une trahison,
29:59les autres appelleront ça une sortie majeure,
30:06un coup de poker, un coup d'état, mais rapide de Nicolas.
30:11Mais maintenant, 30 ans après,
30:12j'ai la conviction que quelqu'un l'aidait dans la coulisse.
30:15Par la suite, je sais que c'est Jacques Chirac, Bernadette et Bernard Ponce.
30:19Dans les Hauts-de-Seine,
30:21il faudra désormais compter avec ce Nicolas Sarkozy,
30:23qui s'est imposé par la ruse et la détermination.
30:27La conquête de l'Ouest est pratiquement achevée.
30:30Seuls quelques îlots de gauche,
30:31comme Malakoff, Nanterre, Clichy, Gennevilliers,
30:34résistent à la vague bleue.
30:36Jacques Chirac, patron du RPR et maire de Paris,
30:39peut maintenant s'appuyer sur le 92,
30:41qui dispose d'une machine à cash pratique, discrète et lucrative.
30:46L'office départemental des HLM,
30:48dont Patrick Balkany est le président,
30:51et Didier Choulaire, le directeur.
30:53Patrick Balkany a décidé de suivre mes conseils,
30:56et donc, il a appelé le Conseil général
30:59à mettre enfin, enfin, de l'argent dans la rénovation
31:04et la reconstruction d'une partie des logements sociaux.
31:08On a changé la vie de plusieurs dizaines de milliers.
31:11On a rénové la vie de plusieurs milliers d'habitants
31:14dans les Hauts-de-Seine, en leur apportant le minimum de confort
31:18dont ils étaient privés, puisque tous ces logements sociaux
31:21n'avaient jamais été réhabilités.
31:23Via l'office HLM,
31:24ce sont désormais des centaines d'appels d'offres qui sont lancés.
31:28Le système ne peut que s'emballer, entraînant commissions occultes,
31:32ententes illicites, enrichissements personnels
31:35et autres compromissions.
31:37Il y a 5 ou 6 ou 7 ou 10 entrepreneurs,
31:39patrons d'entreprises, qui se réunissent autour d'une table
31:42et qui disent, voilà, toi, t'es copain avec les socialistes,
31:46donc, les HLM du Nord, c'est pour toi.
31:49Toi, t'es copain avec les socialistes de Marseille,
31:52donc, Marseille, c'est pour toi.
31:54Toi, t'es copain avec Pasqua, donc, c'est pour toi.
31:57C'est comme ça que ça se passait.
31:59C'est ce qu'on appelle un pacte de corruption.
32:02Quatre entreprises, A, B, C, D,
32:04répondent à un appel d'offres de l'office HLM.
32:09Officiellement, le choix se fait en toute transparence.
32:14En réalité, les décideurs et les quatre entrepreneurs
32:17se sont mis d'accord pour choisir l'entreprise B.
32:21Les autres sociétés auront la priorité, à tour de rôle,
32:24lors des prochains marchés.
32:26En contrepartie, la société B choisie devra, par exemple,
32:30salarier des militants qui ne mettront jamais les pieds à l'office HLM.
32:33C'est ce qu'on appelle des emplois fictifs.
32:36On avait, je crois, 850 ou 900 fonctionnaires.
32:39On a employé jusqu'à 7, 8 personnes
32:43qui n'avaient rien, qui ne travaillaient pas à l'office,
32:47mais qui travaillaient...
32:49Il y avait la secrétaire d'un personnage politique
32:51extrêmement important.
32:54Il y avait des...
32:57Il y a eu, à un moment donné, des collaborateurs de M. Blondel,
33:00la force ouvrière, etc.
33:02Ça aussi, ça se faisait partout.
33:05Cette pratique des emplois fictifs
33:07sert à rémunérer le personnel des partis politiques.
33:10Mais la tentation est grande d'en faire un usage plus personnel,
33:14comme les cow-boys balkanis, sans scrupule aucun.
33:17La propriété est belle et, comme toute belle propriété,
33:20elle demande de l'entretien.
33:21Pendant 9 ans, de 1984 à 1995,
33:25Patrick Balkany, alors maire de Levallois, et sa femme,
33:28ont employé 2 personnes pour leur résidence secondaire,
33:30un jardinier et une employée de maison.
33:33Quand on est dans un système de financement politique,
33:37certains ont déjà pensé à un enrichissement personnel.
33:40Puisque...
33:42On ne peut jamais déconnecter totalement
33:44le financement politique de l'enrichissement personnel.
33:47On a quand même quelques exemples très précis
33:50dans les Hauts-de-Seine.
33:52Les Balkanis, l'office des HLM,
33:55ce sont les meilleurs exemples de ce système-là.
34:00Vous aurez du mal à me faire une liste de gens
34:03qui ont été rattrapés par des affaires dans les Hauts-de-Seine.
34:06M. Balkany a été condamné de manière un peu vaignelle
34:13sur un certain nombre de choses.
34:15Tout ça a été réglé, etc.
34:17Moi, j'attends toujours de voir l'affaire scandaleuse
34:21qui défraie la chronique.
34:22Je ne la vois pas. On en parle beaucoup,
34:25mais il ne se passe jamais rien.
34:26Rien ? Vraiment ?
34:29Les juges s'intéressent pourtant de près à la Semarel,
34:32la société qui gère le patrimoine privé de la ville de Levallois.
34:36Son nom apparaît dans plusieurs affaires,
34:38notamment celle des résidences réelles ou supposées des Balkanis.
34:44Un appartement à Levallois,
34:47la Villa Pomplemousse sur l'île de Saint-Martin,
34:49un riad à Marrakech, intriguent les juges.
34:52Officiellement, il ne passait de rien.
34:53Il ne payait pas d'impôts sur la fortune, ni l'un ni l'autre.
34:56La Villa des Antilles,
34:58elle ne l'appartenait à personne,
35:01si ce n'est à une société du Liechtenstein, etc.
35:04Et la maison du Maroc appartient à M. Jean-Pierre Aubry,
35:11directeur général adjoint de la Semarel.
35:13Il a fait venir de l'argent depuis un compte à Singapour,
35:18qu'il a versé en Suisse, dans une fille suisse.
35:23Et c'est la fille suisse qui a versé l'argent au Maroc.
35:27Vous avez eu à manipuler beaucoup d'argent liquide ?
35:30Vous vous foutez de mémoire, franchement.
35:32Alors ça, c'est des sommes relativement importantes,
35:36qui correspondent d'ailleurs, en partie,
35:40avec les versements qui ont pu être faits
35:43sur cette fameuse société du Liechtenstein,
35:45qui appartenait à Patrick Balkany,
35:47et notamment les 32 millions de francs de l'époque
35:51que Patrick Balkany avait utilisés
35:55pour racheter l'entreprise de son père,
35:57alors que l'entreprise de son père valait zéro.
36:01Donc c'est ce qu'on appelle du blanchiment.
36:04Et ça a été fait, c'était dans les documents policiers.
36:07Ça n'a jamais été évoqué, ni pendant l'instruction,
36:10ni au procès.
36:12En effet, un rapport de police daté de 1998
36:15détaille le mécanisme mis en place
36:17pour dissimuler la provenance de l'argent.
36:20On y lit, noir sur blanc,
36:23le fait qu'une société de droit suisse
36:25ait acheté pour 31,5 millions de francs
36:28des actions d'une société en difficulté financière
36:30depuis plusieurs années,
36:32actions qui ont fini par être revendues un franc symbolique,
36:35permet d'établir le caractère fictif de cette transaction.
36:40Et en dessous, on lit...
36:44Cette vente d'actions peut avoir servi
36:46à masquer le versement de fonds à Patrick Balkany,
36:49alors président de l'office HLM du 92.
36:53On était sur une piste, en fait, de blanchiment,
36:56et ça a été consigné dans le rapport.
36:59Manifestement, la justice n'a pas tenu compte
37:03de nos explications et de notre analyse.
37:07Mais que fait la justice ?
37:09Les juges sont-ils aveugles, incompétents,
37:13aux ordres ?
37:161992.
37:18Michel Rocard, Premier ministre,
37:19décide par une loi de mettre de l'ordre
37:21dans le financement occulte des partis politiques.
37:25Jamais la vie publique n'a été correctement financée en France.
37:29Il y avait une espèce de timidité des assemblées
37:32à convenir que l'exercice de la démocratie
37:34pouvait se financer partiellement sur fonds publics.
37:37Alors, bien entendu, on se finançait
37:40par le privé, clandestinement,
37:42et en franchise d'impôts, le plus souvent.
37:44Tout ça était inadmissible.
37:47Les partis sont désormais subventionnés par l'Etat
37:49en fonction de leurs résultats électoraux.
37:52Ils peuvent bénéficier aussi de dons privés.
37:54A l'époque, 4 500 euros maximum pour les particuliers,
37:5875 000 pour les entreprises.
38:00Mais comme en matière de dopage,
38:03les fraudeurs auront toujours un coût d'avance.
38:06La loi Rocard prévoyait qu'une entreprise
38:08pouvait donner jusqu'à 500 000 francs maximum.
38:13Bon, mais imaginez qu'une entreprise
38:15décide de donner 5 millions.
38:18Donc c'est 10 fois 500 000.
38:20Cette entreprise peut parfaitement avoir 10 filiales.
38:24Et donc, les 500 000 peuvent être multipliées par 10.
38:27C'est des centaines et des centaines et des centaines
38:30de filiales, évidemment,
38:32pas exclusivement basées en France,
38:34mais basées dans le monde entier,
38:36notamment dans des paradis fiscaux.
38:38Comment voulez-vous que, même s'il y passait toute sa vie,
38:42et même s'il était extrêmement compétent,
38:44comment voulez-vous qu'un enquêteur,
38:46dans ce flux de dizaines et dizaines de millions,
38:50voire de milliards d'euros,
38:52arrive à distinguer des flux
38:55de quelques dizaines ou centaines de milliers d'euros
38:58sur des centaines de pays ?
39:01C'est impossible.
39:02Pour le coup, les partis étaient contraints.
39:04Ils ne l'ont pas toujours fait,
39:05parce qu'ils ont pris un peu de retard à l'allumage.
39:07Ils ne sont pas toujours rentrés dans le moule.
39:11Et les pratiques étaient plus compliquées,
39:14plus encadrées.
39:15Ça n'empêche pas que, quand vous avez une brebis galeuse,
39:18elle a toujours tendance à retrouver un système
39:21pour reprendre de l'argent aussi.
39:23Mais bien sûr, c'est d'abord au profit des partis politiques.
39:26Pour brouiller les pistes, depuis la loi Rocart,
39:30l'argent passe par exemple d'un compte au Luxembourg
39:32à un autre aux îles Caïmans,
39:35puis à Singapour, très à la mode,
39:37aux îles Vierges,
39:39et finit sa course dans une banque de Genève
39:41où il suffit d'aller puiser dans le Badelaine
39:44au gré des besoins en argent liquide.
39:46Patrick Balkany m'avait fait savoir
39:50que Jacques Chirac a besoin d'une somme de 2 millions de francs.
39:55Donc je fais revenir cet argent.
39:57Pour être certain qu'il ne soit pas volé,
40:01je l'enterre dans la forêt à côté de ma maison.
40:06Et puis, il se trouve que j'avais mis cet argent
40:09dans du Tupperware.
40:11Les sangliers ont déterré. Ils ont joué un peu au football avec.
40:15Donc j'ai retrouvé les récipients
40:18qui contenaient les sommes en question
40:20à 50 ou 70 mètres de l'endroit où elles avaient été placées au départ.
40:24À force de jouer avec le feu, on finit par se faire prendre.
40:29Ainsi, en 1994, Didier Schüller et l'office HLM des Hauts-de-Seine
40:34se retrouvent à l'épicentre d'un séisme politique.
40:38La France vit alors sous le régime de la cohabitation.
40:40Un président de gauche, François Mitterrand,
40:43un Premier ministre de droite, Édouard Balladur,
40:45et un ministre de l'Intérieur, Charles Pasquoie.
40:49À la suite d'une expertise fiscale
40:50lancée par le ministre du Budget, Nicolas Sarkozy,
40:53le juge d'instruction, Éric Alphen,
40:55met au jour des marchés truqués
40:57impliquant la mairie de Paris et les réseaux Chirac.
41:00Et de fil en aiguille, son enquête le mène dans les Hauts-de-Seine.
41:04Il se heurte alors au shérif Pasquoie et à ses cow-boys.
41:08En fait, il y avait plusieurs, ce qu'on appelait sociétés taxis,
41:13c'est-à-dire des sociétés qui n'ont pas de réelle activité,
41:15qui n'ont une seule raison d'être, c'est de faire de la facturation.
41:18Et quand on a fait le rapprochement entre les sociétés et les marchés,
41:21on s'est rendu compte que toutes ces sociétés qui payaient des factures
41:24obtenaient parallèlement des marchés avec l'office d'HLM du 92.
41:28En allant dans le département du 92,
41:30qui était contrôlé par Charles Pasquoie,
41:32à l'époque, je vous rappelle, mon ministre de l'Intérieur,
41:35c'est-à-dire que les policiers qui agissaient selon mes instructions
41:40en exécution de ma commission régatoire,
41:42en même temps, tous les soirs, ils rendaient compte à leur hiérarchie
41:46qu'ils rendaient compte immédiatement au ministre de l'Intérieur.
41:49La justice soupçonne l'existence d'un système de commissions occultes.
41:53Pour obtenir des marchés,
41:55les entreprises payaient des pages de publicité à des tarifs prohibitifs
41:59dans Le Clichois, le journal de campagne de Didier Schouler.
42:03La permanence de Didier Schouler, conseiller général de Clichy,
42:06est perquisitionnée par le juge Alphen.
42:09L'étau se resserre sur le clan Balkany, Schouler, Pasqua,
42:12qui organise une riposte dans l'urgence.
42:15Il faut à tout prix écarter le juge Alphen,
42:17qui vient d'obtenir des preuves du financement illicite du RPR
42:21à travers les HLM du 92.
42:24Vingt ans plus tard, nous ne savons toujours pas
42:27si la manœuvre relève d'un traquenard de Charles Pasqua
42:30tendu à Éric Alphen ou d'une banale tentative d'escroquerie,
42:34comme il le prétend aujourd'hui.
42:36C'est une tentative d'extorsion de fonds
42:41qui a été conduite par quelqu'un
42:47qui était apparenté à un juge
42:51qui, en même temps, instruisait une affaire à Levalois.
42:56Vous parlez de l'affaire Schouler-Maréchal.
42:58Oui, exactement.
43:00Bon, et de la tentative de l'époque
43:05d'extorsion de fonds
43:08de Maréchal sur Schouler.
43:14Là-dessus,
43:17il y aurait beaucoup à dire.
43:19Oui, beaucoup à dire.
43:21Un, que Didier Schouler et Jean-Pierre Maréchal
43:23sont tous deux militants RPR.
43:25Deux, que Maréchal est médecin.
43:27Trois, que par le hasard de la vie, il soigne la mère de Didier Schouler.
43:32Enfin et surtout, qu'il est le beau-père du juge Alphen
43:35et qu'il prétend pouvoir le détourner de son enquête sur les Hauts-de-Seine.
43:40Son beau-père, qui était le docteur Maréchal,
43:44qui était le médecin de ma mère,
43:47je le connaissais personnellement,
43:49qui m'a appelé et qui m'a demandé de me voir d'urgence
43:52et qui m'a proposé, qui m'a dit,
43:55je peux sauver le RPR, je peux empêcher
43:58la mise en examen de X et Y, etc.,
44:02mais je veux de l'argent.
44:05On a répondu positivement à sa demande.
44:07Donc, il est venu à un rendez-vous que nous nous sommes fixés.
44:11Il avait demandé 20 millions.
44:13Il avait demandé une boîte de gâteaux, 20 gâteaux.
44:16Le premier million de francs lui a été remis.
44:20En présence de la police judiciaire, il a été arrêté en flagrant délit.
44:23Coup de tonnerre.
44:25Vraiment, coup de tonnerre dans ma vie professionnelle et sentimentale.
44:29J'apprends que mon beau-père, c'est-à-dire le père
44:32de celle qui était à l'époque ma femme et la mère de mes enfants,
44:36est en garde à vue et qu'on lui reproche
44:39d'avoir eu des relations d'argent avec Didier Schouler.
44:42C'est ce qu'on a appelé l'affaire Schouler-Maréchal.
44:44Et il y a des preuves.
44:46Car les conversations téléphoniques entre Didier Schouler
44:48et le docteur Maréchal sur la contrepartie financière
44:51demandée par le médecin ont été enregistrées par la police.
44:55Le ministre de l'Intérieur, Charles Pasquois,
44:57demande donc le dessaisissement du juge.
45:03Nous sommes en 1994, à quelques mois de l'élection présidentielle.
45:07Le président Mitterrand, qui veut barrer la route
45:10à son Premier ministre, Balladur, candidat soutenu par le clan Pasquois,
45:14saisit le Conseil supérieur de la magistrature,
45:17qui déclare les écoutes téléphoniques illégales.
45:20Au total, la procédure a été annulée.
45:23Mon beau-père n'a jamais été poursuivi.
45:26Schouler a pris la fuite.
45:28Charles Pasquois n'a plus été ministre.
45:30Édouard Balladur n'a pas été élu président de la République.
45:34En fait, c'est l'arroseur arrosé.
45:36À savoir qu'ils ont voulu trop en faire.
45:39Ils, les gens du clan Balladur, et en particulier Charles Pasquois,
45:44sont allés trop loin.
45:45Ils ont voulu peut-être arriver vers la perfection,
45:47et du coup, la personne contre qui cette affaire a été montée,
45:51c'est-à-dire Jacques Chirac, s'est retrouvée présidente de la République.
45:54Il y avait la bagarre Chirac-Balladur dans cette période-là.
45:58Vous ne pensez pas que c'est un coup fourré du clan Chirac ?
46:01Non, non, non, ça n'a strictement rien à voir.
46:05Ça, je sais de ce dont je parle.
46:07Je sais comment ça s'est passé,
46:09je sais qui était à la manœuvre,
46:12je n'ai pas envie de le dire,
46:13mais je sais parfaitement qui tirait les ficelles,
46:16parfaitement qui tirait les ficelles du côté de Mitterrand.
46:19– Parce que Schouler, après, est parti en exil,
46:22il a été incité par qui ? Par vous ou par qui ?
46:27– Non, moi, je n'avais pas de contact avec Schouler,
46:30on était au milieu déjà un peu d'un-d'un.
46:32Bon, Schouler est parti,
46:38ça a été une connerie de sa part,
46:40parce qu'il serait resté, rien de tout ça ne se serait produit.
46:44Quand on vous dit,
46:46ce serait bien que tu prennes quelques vacances,
46:48bon, ben, vous prenez vos vacances.
46:51On m'a fait peur, on m'a fait partir, on m'a menacé de mort, etc.
46:54Et puis derrière, tout le monde se planque,
46:58et puis après, il y a quelques vagues, et puis l'eau revient plate,
47:04et les brochets ou les requins replongent en eau profonde.
47:11– Didier Schouler va rester 7 ans au Bahamas
47:13et à Saint-Domingue avec sa famille.
47:16Mais en 2001, il décide de rentrer en France pour s'expliquer.
47:21– L'avion le dépôt sur une piste isolée,
47:24aussitôt, sous bonne escorte policière,
47:26il prend la direction de Créteil.
47:28Dans quelques minutes, l'ancien conseiller général des Hauts-de-Seine
47:31va se retrouver devant un juge d'instruction.
47:34– Dans le procès des HLM qui suivra,
47:36Didier Schouler sera le seul condamné.
47:39Son patron à l'office, Patrick Balkany,
47:43sera, lui, relaxé.
47:46Quant à Charles Pasqua, son nom sera à peine prononcé.
47:49D'ailleurs, dans toutes ses affaires de marché public,
47:52il n'a pas vu d'irrégularité.
47:54– Moi, je n'ai pas vu de dérapage, non, non.
48:00Il y avait des cailles d'écharpe, non, non.
48:06– Il n'y a jamais eu d'argent liquide qui circulait, de trucs comme ça ?
48:10– Vous m'avez bien regardé.
48:14Je suis le petit-fils d'un berger corse.
48:20Pour nous, mettez-vous une chose dans la tête,
48:23l'argent n'est pas la valeur principale.
48:28Et ce qu'il faut que vous sachiez, c'est que je suis aujourd'hui
48:33beaucoup moins pourvu en argent
48:36que je l'étais avant de me lancer dans la politique.
48:39Moi, je me suis appauvri en politique.
48:42Je suis peut-être le roi des cons, c'est possible, mais c'est comme ça.
48:47Personne n'est jamais venu me proposer d'argent.
48:51Parce que le premier qui m'aurait proposé de l'argent,
48:53ça serait retrouvé au trou, voilà. Personne.
48:57– Et l'argent pour financer un parti politique ?
49:01– L'argent pour financer un parti politique ?
49:05Oh, allô ! Je n'ai jamais vu !
49:09– L'incorruptible Charles Pasqua est resté 15 ans
49:13président du Conseil général des Hauts-de-Seine
49:16sans savoir comment était financé son parti.
49:19Curieux, non ?
49:21D'autant plus qu'il a jonglé durant toutes ces années
49:23avec des projets colossaux,
49:25développement de l'immobilier d'un côté
49:27et résorption des quartiers insalubres de l'autre.
49:31Sans dogmatisme aucun,
49:32il sollicite même l'urbaniste vedette de la gauche caviar.
49:38– J'apprends que Castro avait démissionné de son poste auprès de Mitterrand
49:44parce que Mitterrand venait de recruter Tapie au gouvernement.
49:48Et finalement, on déjeune ensemble.
49:50Et au cours du déjeuner, je lui dis,
49:54vous vous êtes toujours préoccupés de réorganiser les espaces,
50:00les trucs, etc.
50:02Moi, j'ai de grands projets dans le département.
50:05Pourquoi ne viendrez-vous pas travailler dans le département ?
50:08Il me dit, mais moi, je suis communiste.
50:11Je lui dis, moi, je m'en fous complètement que vous soyez communiste.
50:13Je voulais que ça me fasse.
50:14Vous êtes un super technicien, vous avez réalisé beaucoup de choses.
50:20Si ça ne vous gêne pas de venir travailler dans le département de l'Haut-de-Seine
50:24parce que je suis un père,
50:25il me dit, moi, je m'en fous, ça n'a rien à voir, etc.
50:28Alors bon, à l'issue d'un déjeuner,
50:32une rencontre, on frappe dans la main.
50:36Ça se termine sur la vieille tendresse des communistes et des gaullistes.
50:41Ça me vaudra des torrents de boue de ma famille politique.
50:45Ce qui m'a valu de la part de mes propres amis,
50:48une volée de bois vert.
50:50Ils étaient fous de rage, ils m'ont dit,
50:52il n'y a pas assez de james valables de notre côté.
50:55Il faut que t'ailles chercher les james de gauche,
50:57les communistes ou les socialistes.
50:59J'ai pris un quartier qui s'appelle la Caravelle, à Villeneuve-les-Garennes.
51:04On l'a entièrement transformé.
51:06C'était une barre de 3,5 mètres.
51:09On l'a ouverte, on l'a démembrée,
51:12on l'a désenclavée, on l'a embellie.
51:15Et donc, on a entièrement transformé ce quartier.
51:19Ça a été homérique, homérique.
51:24On a investi plus d'un milliard et demi dans cette affaire,
51:28mais on a réussi.
51:31C'est une catégorie d'hommes politiques dont on...
51:34Je ne parle même pas de sa couleur politique.
51:36Je parle d'une catégorie d'hommes politiques
51:38qui sont issus de la Résistance
51:40et qui ne sont quand même pas inféodés à l'ère du temps
51:43et au dernier coup médiatiques et à la mode.
51:46La dernière bêtise médiatique et à la mode.
51:49Voilà, c'est tout.
51:51Le shérif a pris du galon.
51:53Voilà Charles Pasqua, devenu gouverneur des Hauts-de-Seine,
51:56dont le PIB est, dit-on, le dixième du monde.
52:01Il prétend même exercer ses prérogatives
52:03en matière de politique extérieure
52:05à travers la SEM Coopération,
52:07une société d'économie mixte
52:09chargée de venir en aide aux pays africains.
52:14Moi, j'avais une ambition
52:16qui était peut-être un peu déraisonnable.
52:18C'est de faire à mon niveau
52:20ce que voulait faire le général de Gaulle.
52:23Or, de Gaulle avait voulu
52:27faire une action importante
52:31sur le plan de la coopération
52:34envers les anciennes...
52:38les anciennes colonies françaises.
52:41Et moi, je m'étais dit que de même
52:43que nous allons essayer de transformer les choses pour nous,
52:46il nous faut consacrer une partie de notre budget
52:50à la coopération.
52:53Voilà.
52:54Et je m'étais assigné comme objectif
52:58d'affecter à ce secteur 1 % du budget.
53:04Je n'y suis jamais arrivé.
53:05Mais je suis arrivé à 0,55.
53:08Je pense que Charles Pasqua était quelqu'un de très altruiste.
53:11Il était très intéressé par les relations africaines.
53:15Il aimait beaucoup les Africains.
53:16Il y a un lien très fort, indécissablement.
53:19On a été mettre des pompes pour de l'eau.
53:22On a été construire un hôpital.
53:24C'est des choses, à mon avis, qui ne sont pas attaquables.
53:28Je me suis aperçu, en discutant avec certains acteurs associatifs,
53:32que certains projets n'avaient pas été menés à bien.
53:36Je me souviens notamment d'un projet d'irrigation au Mali,
53:40où nous étions censés financer des puits.
53:43J'apprenais quelques mois plus tard
53:47que le ministère malien de l'Hydraulique
53:49engageait lui aussi, et sur le même territoire,
53:52un projet de cette nature,
53:54sans avoir connaissance des activités de la SEM Coopération 92.
53:57Il est bien clair, pour moi en tout cas,
54:00que l'ensemble des fonds votés par le Conseil général des Hauts-de-Seine,
54:03en l'occurrence, à peu près 4,5 millions d'euros par an,
54:08que l'ensemble de ces sommes n'étaient pas toutes totalement dépensées.
54:13J'ai décidé de démissionner de cette SEM Coopération 92
54:16en envoyant quasiment dans le même temps
54:19une lettre à la Chambre régionale des Comptes
54:22pour lui demander d'investiguer davantage
54:24et de faire la lumière sur la réalité des fonds dépensés.
54:28Je n'ai malheureusement jamais eu de retour.
54:30La SEM Coopération avait sans doute défrayé la chronique.
54:35Moi, je n'en ai pas connu le fonctionnement,
54:38puisque quand je suis devenu président du Conseil général,
54:42elle coûtait fort cher, avait peu d'efficacité de mon point de vue,
54:46et donnait lieu à des polémiques interminables.
54:49Je l'ai donc fermée...
54:53Je ne l'ai pas mis en sommeil, je l'ai fermée, je l'ai dissoute.
54:56– Patrick Deveggian, quand il est arrivé président du Conseil général des Hauts-de-Seine,
55:01a dit « Je vais nettoyer les écuries d'Augias ».
55:03Qu'est-ce que ça veut dire, ça ?
55:04– Il faut lui demander.
55:06C'est à lui qu'il faut demander, c'est pas à moi.
55:11Peut-être est-il spécialiste des écuries d'Augias.
55:15Pas moi.
55:17– Le nom de Charles Pasqua a été cité dans plusieurs affaires,
55:25il a été entendu par de nombreuses instructions,
55:28il pourrait faire quasiment le gomillot des meilleurs tribunaux de France.
55:32Mais toujours est-il que finalement,
55:34les sanctions qu'il a reçues, elles sont infimes.
55:37Il n'a jamais été en prison,
55:40il n'a jamais eu à s'expliquer réellement
55:42sur le financement auquel il a pu procéder.
55:45On n'a jamais su ce qu'il en était,
55:48on n'a jamais découvert ses archives, il n'a jamais parlé.
55:50Il s'est toujours réfugié derrière « c'est pas moi, c'est les autres ».
55:54J'en sais rien, je suis de bonne foi,
55:56je fais confiance à la justice de mon pays.
55:58– Pourquoi la justice s'est-elle tant intéressée à vous ?
56:01– Je pense que je gênais beaucoup de monde.
56:04J'ai eu plus d'ennuis avec les gens de droite qu'avec les gens de gauche.
56:12Je gênais davantage les gens de droite,
56:15c'est évident.
56:16La plupart du temps, ça s'est terminé un an au bout d'un an.
56:20– Comme dans les Hauts-de-Seine, nous avons encore d'ailleurs
56:25des personnalités fortes, des hommes d'État.
56:28La justice a manifestement fléchi sous le poids de ses personnalités
56:36et des enjeux politiques qu'elle représentait donc.
56:41– Il est vrai que parfois, il y a eu des nominations de procureurs
56:45ou de hauts magistrats à Nanterre qui étaient un peu bizarroïdes.
56:50– Mais pendant très longtemps, les procureurs successifs
56:54qui ont oeuvré à Nanterre ont systématiquement enterré les affaires.
56:59Et du coup, effectivement, ça encourage les politiques à y aller.
57:05– Est-ce qu'il y a eu des preuves de tout ce qui est avancé ?
57:08Rien du tout, voilà, parce qu'il n'y a rien.
57:11Mais ça les emmerde, ça les emmerde qu'on ait pu faire ce qu'on a fait.
57:15De toute façon, si je n'avais pas existé,
57:18beaucoup de choses ne se seraient pas faites.
57:20Et le département des Hauts-de-Seine ne saurait pas ce qu'il est.
57:25– Charles Pasqua est fier de son œuvre, pas vu, pas pris.
57:31D'autres lui ont succédé à la tête des Hauts-de-Seine.
57:34L'un d'entre eux, Nicolas Sarkozy, usant de ce tremplin,
57:38est devenu président de la République.
57:4050 ans après la création du département,
57:43le système, même s'il s'est parfois grippé, a rempli son office.
57:48Faire de ce territoire le coffre-fort du RPR, devenu l'UMP.
57:53Quant à savoir si les pratiques frauduleuses se poursuivent aujourd'hui,
57:57rendez-vous dans 10 ans.
58:29– Sous-titrage ST' 501