Vendredi 28 mars 2025, retrouvez Pierre-Henry Dodart (Chargé de mission enseignement aux enjeux environnementaux et de durabilité, CGDD), Mercedes Erra (Fondatrice et Présidente, BETC), Ariane Varale (Cofondatrice, SmartBack), Mathieu Belloir (Co-auteur, "Le chaos climatique n'est pas une fatalité") et François Taddei (Président, Learning Planet Institute) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.
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00:00Bonjour, bonjour à toutes et à tous. Bienvenue. C'est un grand format de Smart Impact que je vous propose aujourd'hui.
00:13Une heure d'émission pour creuser les enjeux de transformation environnementale et sociétale avec cette question que je pose chaque semaine
00:20à une personnalité qui compte dans notre économie. Êtes-vous prêtes ? Êtes-vous prêtes pour l'impact ?
00:25C'est la fondatrice présidente de l'agence BETC Mercedes-Era qui répondra tout à l'heure à un grand entretien de 26 minutes.
00:32Pour commencer cette émission, je reçois Mathieu Béloir, le directeur général du cabinet de conseil Conciliensco,
00:38auteur du livre « Le chaos climatique n'est pas une fatalité ». Il nous dira comment s'acheter du temps face à l'urgence écologique,
00:45notamment en plantant des arbres. Dans notre débat, on verra comment parler de transition environnementale et sociétale aux élèves,
00:52de primaires, collèges et lycées. Et puis dans notre rubrique start-up, je vous présenterai SmartBak et ses solutions de gestion des retours
01:00et du reconditionnement pour les marques vendantes du mobilier. Voilà pour les titres. C'est parti pour ce Smart Impact en format XXL.
01:09— L'invité de Smart Impact, c'est Mathieu Béloir. Bonjour. — Bonjour.
01:18— Bienvenue. Vous êtes le directeur général du cabinet de conseil en RSO et communications conciliens.
01:23Vous publiez avec Jean-François Rialt, le cofondateur de Voyageurs du monde, ce livre « Le chaos climatique n'est pas une fatalité »,
01:29qui est publié aux éditions de l'Archipel. C'est quoi, l'objet d'un tel livre ? Un message d'espoir, en quelque sorte ?
01:36— À la fois un message d'espoir peut-être et une sorte de coup de gueule contre une forme de l'inefficacité de l'action climatique
01:42entreprise depuis maintenant de nombreuses décennies. En 2025, on va fêter deux choses. À la fois les 30 ans des COP,
01:49ces grands messes annuelles qui réunissent la quasi-totalité des pays dans le monde pour parler du climat, prendre des engagements,
01:56faire des bilans, trouver des financements, etc. Et aussi en 2025, on va fêter les 10 ans des accords de Paris au cours desquels
02:04ont été pris des engagements comme celui de ne pas dépasser une augmentation de la température moyenne de la planète de 1,5°C,
02:14devenue moins de 2°C. — On sait qu'un 1,5°C, de toute façon, on ne le tiendra pas. — On n'y arrive pas. En 2024, on a effectivement
02:21enfranchi cette barre un peu symbolique. 2024 aura été l'année la plus chaude. Le niveau des mers a augmenté l'année dernière
02:29comme à peu près jamais. Donc globalement, on voit qu'on est mal engagés. Mais est-ce qu'il faut pour autant baisser les bras ?
02:35Nous ne le pensons pas. C'est la raison pour laquelle on a essayé de réfléchir aux raisons pour lesquelles, effectivement,
02:40on a des difficultés à s'inscrire sur cette trajectoire vertueuse pour limiter le réchauffement de la planète à 2%. Comment peut-on faire ?
02:48C'est tout l'objet de notre proposition. — Oui. Et on va évidemment rentrer dans le détail. François Jomène, qui est coauteur du 6e rapport du GIEC,
02:56signe la préface du livre. La référence est intéressante. Ça veut dire que vous vous inscrivez dans le constat scientifique fait par les auteurs
03:04des rapports du GIEC depuis des années ? — Alors oui, tout à fait. Comme vous le savez, le GIEC a modélisé plusieurs trajectoires.
03:12On oublie sciemment – en tout cas, c'est notre partie – la trajectoire de 1,5° pour les raisons que nous venons d'évoquer.
03:19On s'inscrit plutôt dans une trajectoire de 2° d'ici les années 2070-2075. Mais pour, effectivement, respecter cette trajectoire,
03:30il faudrait qu'on baisse nos émissions de l'ordre de 4% par an. Et on n'y est pas du tout, puisque depuis 3 ans, on est plutôt sur une augmentation de 1%.
03:38Donc il faut trouver des solutions. Et c'est ce qu'on essaie de faire avec notre proposition. — Avec cette expression, vous dites qu'il faut acheter du temps
03:44d'une certaine façon pour limiter la hausse des températures à 2°. Comment gagner ce temps ? — Voilà. Il nous faut acheter du temps, effectivement.
03:52C'est l'expression que nous utilisons. On manque de temps pour faire les efforts de maîtrise de nos émissions et pour réussir à, effectivement,
04:03maîtriser cette augmentation de la température à 2%. Pour acheter du temps, il faut trouver une... D'abord, il faut essayer d'expliquer les raisons
04:11pour lesquelles on est dans cette situation un peu stressante de manque de temps. Il y a 2 raisons à cela. La première, c'est un problème d'acceptabilité sociale,
04:20c'est-à-dire que globalement, les populations ont évidemment des efforts à faire en termes de sobriété, se déplacer différemment, s'alimenter différemment,
04:27se loger différemment, travailler différemment, etc., etc. Et aujourd'hui, on voit bien que sur l'ensemble de la planète, la majorité de la population
04:35n'est pas forcément prête à faire ces grands efforts. Ça ne veut pas dire qu'on pourra pas le faire, mais il faudra du temps. Il faudra le temps
04:40après d'une génération. Ça, c'est le constat. — C'est le disquantel vote. — Absolument. — On l'a vu aux États-Unis. On l'a vu aux élections européennes, notamment.
04:45— Absolument. Tout à fait. C'est un premier point. Le deuxième, c'est que globalement, on n'a pas encore atteint cette forme de maturité industrielle, technique,
04:52technologique qui nous permet de trouver des solutions de production d'énergie renouvelable suffisamment importantes, suffisamment conséquentes pour être
05:00un substitut substantiel à l'utilisation des énergies fossiles. Donc il nous faut du temps. On pense qu'il nous faut le temps d'une génération, 30, 40 ans.
05:09Et pour gagner ce temps, on propose effectivement de multiplier les puits carbone qui existent pour effectivement se laisser le temps de cette transition.
05:16Et pour multiplier les puits carbone... — Il y a les forêts, il y a l'océan. Alors c'est côté forêt qu'on peut agir, notamment ?
05:22— Alors c'est côté forêt, en effet. Notre idée, c'est de planter des arbres, planter à peu près le double de ce qu'on fait annuellement. On considère en moyenne
05:30que sur l'ensemble de la planète, on plante chaque année à peu près 15 milliards d'arbres. Nous, on pense, en prenant en compte évidemment les maladies,
05:37les incendies, la déforestation, etc., qu'il est nécessaire de planter à minima 18 milliards d'arbres supplémentaires au moins pendant 10 ans,
05:44pouvoir baisser pendant 25 ans à peu près d'un tiers la baisse des émissions qui est attendue en théorie pour atteindre cette neutralité carbone.
05:53— Donc ça fait 180 milliards d'arbres en 10 ans. Est-ce que c'est réaliste ? — C'est un vrai sujet. Et on pense sincèrement que oui.
06:01Et on pourrait même sans doute faire un peu plus. En réalité, pour faire ces simulations, ces modèles sur lesquels on a travaillé pendant quelques années,
06:10on s'est appuyé sur l'étude de polytechnique Zurich pilotée par le professeur Crotter, qui en 2019-2020 a regardé sur l'ensemble de la planète
06:21où est-ce qu'il serait possible de reforester ou de forester notre planète. Et il a trouvé finalement à peu près 900 millions d'hectares disponibles
06:30pour faire ces plantations sans toucher à l'agriculture, sans toucher à l'habitat, sans toucher à ce qui existe déjà comme les prairies, les bois, etc.
06:38C'est bien 900 millions d'hectares additionnels. D'une manière pragmatique et modeste, nous, on dit si on prenait simplement 20% – ça fait donc 180 milliards –
06:4520% de cette surface disponible, vraisemblablement, on arriverait à faire baisser d'un tiers les besoins de baisse d'émissions sur les 25 prochaines années.
06:55– Pour l'instant, on perd de la superficie de forêt chaque année, mondialement. – Oui, bien sûr.
07:02– Donc il faut déjà inverser la tendance. – On a intégré effectivement dans nos calculs ces éléments. Et on pense que 18 milliards d'arbres, comme vous l'avez rappelé,
07:12c'est quelque chose qui est à notre portée. On plante un peu partout sur la planète. – Mais on plante quoi ? Il faut bien choisir les espèces.
07:20– Il y a eu beaucoup d'entreprises qui se sont parfois achetées une conscience en pratiquant la reforestation. Je ne dis pas de toutes, certaines,
07:29mais parfois en plantant n'importe quoi. Donc on plante quelles espèces ?
07:33– On plante des espèces qui sont adaptées. Et on essaye de prévoir la façon dont on s'organisera la forêt, là où on la plantera.
07:39Vous savez qu'il y a trois types de forêts, tropicales, boréales, tempérées, etc. Les plus efficientes en matière de captation carbone sont évidemment
07:46les forêts tropicales. Mais il ne faut pas exclure que les forêts boréales, à cause de cette augmentation de la température, deviennent un jour des forêts tempérées,
07:55donc avoir une capacité de stockage supérieure à ce qu'elles sont aujourd'hui. On a bien fait tourner le modèle. On est assez convaincus
08:02des propositions que nous formulons. – Comment on finance un tel programme ? C'est de l'argent public, c'est de l'argent privé, les deux ?
08:08– Je pense que si on veut être pragmatique et efficient, il vaut peut-être mieux compter sur de l'argent privé. Quelques grands mécènes,
08:16africains, américains, internationaux, etc. pourraient trouver un intérêt dans cet investissement. D'autant plus que ce n'est pas forcément
08:23un investissement à fonds perdus. La forêt génère aussi des ressources, ne serait-ce que par les crédits carbone.
08:30Et on a évalué le coût de cette opération à quelque chose qui tourne autour de 550 milliards de dollars. Alors le chiffre peut un peu…
08:39– Sur 10 ans ? – Sur 10 ans, en one shot, bien sûr. 550 milliards de dollars, ça représente en fait une somme assez modeste, puisque ça
08:48représente l'équivalent de 0,5% du PIB mondial. Ça représente moins d'une année de chiffre d'affaires d'Amazon, moins d'une année
08:55de chiffre d'affaires d'Apple. Ça représente le PIB de la Belgique ou de l'Australie, de l'Autriche, pour vous donner un ordre dit.
09:05Donc c'est quelque chose qui nous semble vraiment à notre portée, si on le veut vraiment. Parce qu'il ne faut quand même pas oublier que
09:10l'enjeu, c'est ni plus ni moins la sauvegarde de l'humanité. Est-ce que ça vaut 0,5% du PIB mondial ? On en est convaincus.
09:17– Je pense que tout le monde en est convaincu, sauf que pour l'instant, on ne le voit pas apparaître. Alors c'est une très bonne idée.
09:24Est-ce qu'elle est portée par d'autres que vous ? Vous voyez ce que je veux dire ? Parce qu'il y a un moment où…
09:29C'est un projet planétaire dont vous nous parlez. – Oui, bien sûr. Alors il y a pas mal de initiatives qui existent du côté
09:35entreprise privée, qui ont conscience du fait qu'elles ont une pierre à apporter à cet édifice. Les États également.
09:42Mais l'idée, c'est peut-être de mettre en place une coordination mondiale pour fédérer tous ces efforts qui sont faits au niveau privé
09:49et au niveau public. Et peut-être rajouter ce supplément qui manquerait éventuellement pour réaliser le projet que nous avons.
09:55– Les COP peuvent servir à ça, d'ailleurs. Parce que ça reste quand même… Elles sont imparfaites. Vous l'avez dit en préambule.
10:02Bon, finalement, elles aboutissent souvent à des engagements, mais pas forcément suivis d'actes. Mais il n'empêche que ce sont
10:08des rendez-vous internationaux qui pourraient permettre de porter un tel projet, d'après vous ?
10:13– Alors, elles pourraient. Mais honnêtement, on aurait plutôt confiance dans une gouvernance privée qui embarquerait bien sûr les États.
10:21Parce que les terres sur lesquelles l'afforestation pourrait être envisagée ne sont pas forcément des terres libres de droits.
10:27Donc il faudrait effectivement ce soutien des pouvoirs publics. Mais le pilotage, le financement, confié à des structures privées,
10:35quelques grands mécènes pilotés par un team de scientifiques, de quelques prix Nobel et quelques chefs d'État très engagés,
10:41nous semblent être une bonne façon de piloter un tel projet.
10:44– Et donc, il y a ce acheter du temps en plantant 180 milliards d'arbres en 10 ans.
10:51Et donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire revoir aussi le calendrier de la décarbonation ?
10:55Peut-être qu'il est un peu trop ambitieux aujourd'hui ?
10:56– C'est exactement le constat que nous avons fait.
10:59Donc notre idée, effectivement, c'est de faire cette plantation qui nous permet de disposer de puits carbone additionnels.
11:05Pour justement, pendant les 25 années qui viennent, pour avoir une diminution de nos émissions,
11:11une capacité de captation carbone meilleure que celle que nous proposent en théorie les trajectoires du GIEC,
11:20pour accélérer, une fois que cette captation additionnelle est faite, à partir des années 2050,
11:25et rejoindre, in fine, l'objectif de décarbonation en 2070.
11:28– Mais il y a un petit risque de procrastination, quand même.
11:30On va se dire, finalement, c'est dans longtemps, on n'a pas besoin.
11:33À côté de ça, il y a des efforts de sobriété, vous l'avez dit, qu'on doit collectivement faire.
11:38– On est plutôt optimiste sur le sujet.
11:40D'ailleurs, on a fait une petite liste dans notre bouquin,
11:42de toutes les bonnes raisons de ne pas suivre notre projet.
11:45On en a exploré une bonne douzaine.
11:47Il y en a sans doute d'autres, mais finalement, si on ne fait pas ça, qu'est-ce qu'on fait ?
11:51On a d'ailleurs ouvert une plateforme qui s'appelle www.jai-une-meilleure-idée.com
11:55et on attend l'arbre au pied que d'autres nous donnent de meilleures idées que celles que nous proposons.
11:59Et pour l'instant, on est loin de faire tomber le serveur.
12:02On n'a pas beaucoup d'idées alternatives, mais on y croit.
12:04– Merci beaucoup Mathieu Béloir.
12:06Votre livre co-écrit avec Jean-François Rialt,
12:08« Le chaos climatique n'est pas une fatalité », aux éditions de l'Archipel.
12:13On passe à notre débat, les jeunes, face à la transition.
12:16Générique
12:22Comment parler de transition environnementale et sociétale
12:25aux élèves, aux élèves de primaire, collège et lycée ?
12:27Voilà le thème de notre débat avec François Talléhy.
12:30Bonjour.
12:30– Bonjour.
12:31– Bienvenue, vous êtes le président du Learning Planet Institute.
12:35Pierre-Andy Dodard, bonjour.
12:36Bienvenue à vous aussi.
12:37Vous êtes chargé de mission d'enseignement aux enjeux environnementaux et durabilité
12:41au service de la recherche et de l'innovation du commissariat général au développement durable.
12:46Allez, des questions de présentation pour démarrer le Learning Planet Institute.
12:50C'est une association, c'est ça ?
12:51– C'est une association où nous cherchons à comprendre
12:54comment est-ce qu'on peut apprendre à prendre soin de soi, des autres et de la planète.
12:58Comment on peut faire de la recherche sur ces sujets ?
12:59Comment est-ce qu'on peut former les jeunes mais aussi leurs enseignants et même les décideurs ?
13:04Comment est-ce qu'on peut utiliser des réseaux internationaux
13:07pour ne pas réinventer la poudre ?
13:08Comment est-ce qu'on peut utiliser le numérique,
13:11et en particulier l'intelligence artificielle pour faire ça à la bonne échelle ?
13:13Comment est-ce qu'on peut arriver à accompagner la transformation des organisations humaines
13:18qui sont elles-mêmes un peu bloquées face à l'ampleur des enjeux et leur complexité ?
13:24Parce qu'il y a quand même des crises qui s'enchaînent les unes dans les autres
13:27et arriver à prendre le recul personnel et collectif pour déjà aller soi-même mieux
13:33et pouvoir accompagner des jeunes à aller mieux.
13:34Parce qu'aujourd'hui, il y a énormément d'éco-anxiétés et de difficultés face à une actualité
13:38qui, avouons-le, n'est pas exactement celle qu'on aurait pu souhaiter pour leur génération.
13:42– Oui, effectivement.
13:43Pierre-Andy Dodard, vous êtes l'un des responsables
13:45de la plateforme d'éducation au développement durable qui est dédiée aux enseignants, c'est ça ?
13:49Qu'est-ce qu'on y trouve ? De quoi on parle ?
13:52À quoi ont-ils accès en quelque sorte ?
13:53– Eh bien, les enseignants ont accès à beaucoup de choses grâce à nous,
13:57mais grâce à d'autres acteurs, on est assez nombreux sur le sujet.
14:01Nous, sur cette plateforme, on a décidé de mettre à disposition
14:05les contenus proposés par le ministère et ses opérateurs.
14:10Ça veut dire qu'on s'est basé sur les objectifs de développement durable,
14:14donc les objectifs de développement durable principalement environnementaux,
14:16parce que c'est un peu l'activité du ministère de la transition écologique,
14:20et donc ça va du climat à la biodiversité,
14:23en passant par la gestion des ressources en particulier.
14:26Et donc, on a pas mal d'opérateurs qui vont travailler sur des sujets précis,
14:29donc par exemple, quand on parle de la biodiversité,
14:31l'Office français de la biodiversité produit des contenus disponibles pour les enseignants
14:36qui leur permettent d'intégrer des contenus, on va dire, fiables dans leurs cours.
14:42– Et ça veut dire qu'il y a des contenus, j'imagine,
14:43qui sont adaptés en fonction de l'âge des élèves ?
14:47– Alors oui, il y a des contenus pour tout type d'élèves,
14:50du primaire au collège et au lycée principalement.
14:55Certains sont même utilisables au-delà,
14:58parce que s'inscrivant dans un programme pédagogique plus complet,
15:02nos contenus ne sont pas autosuffisants, on va dire.
15:07Il y a besoin de les inscrire dans un programme plus complet,
15:11mais ils ont cette particularité d'être fiables.
15:14– Le Festival Learning Planet s'est tenu au mois de janvier dernier,
15:19à l'occasion d'ailleurs de la journée mondiale de l'éducation.
15:21Alors déjà, c'est un programme international dont on parle ?
15:24– Oui, on a eu des participants dans 183 pays, plus de 100 000 personnes.
15:27– Ça, ça s'appelle un programme international.
15:29Et en France, il y avait un intitulé qui était le Festival de l'apprendre, c'est ça ?
15:33– Exactement, on invite chacun à célébrer ce qu'on a appris,
15:37et pourquoi et comment on a appris, et grâce à qui.
15:39Donc on peut remercier ceux qui nous ont aidés à apprendre,
15:42et on peut aussi partager ce qu'on souhaiterait apprendre, et mutualiser ça.
15:46Puisqu'on est dans des dynamiques où on peut apprendre les uns des autres aujourd'hui.
15:50Il y a évidemment des programmes,
15:51mais il y a aussi plein d'autres endroits où on peut apprendre d'autres choses.
15:53– Quel bilan vous faites de cette édition 2025 ?
15:55Et puis, quel message ou quel contenu vous portez à destination des plus jeunes ?
16:02– En fait, ce qu'on essaie de leur dire, c'est qu'ils peuvent être des acteurs et des auteurs
16:06de leur propre vie et du monde de demain.
16:09Et donc plutôt que de s'angoisser face à l'actualité,
16:12et de s'interroger sur le bien fondé de ce qu'ils apprennent,
16:16parce qu'il y a des fois où ils voient un petit peu de décalage,
16:19on les invite à plus être dans une logique de compétition sur les savoirs d'hier,
16:25mais dans une logique de coopération sur les défis d'aujourd'hui.
16:28Et on essaie de leur dire que, évidemment, seuls, ils ne peuvent pas faire grand-chose,
16:32mais s'ils bâtissent un collectif, au moins à l'échelle de la classe,
16:35mais éventuellement à l'échelle de l'établissement, à l'échelle du territoire,
16:37à l'échelle de la France ou à l'échelle de la planète,
16:39ils peuvent relever des défis sans précédent, comme d'autres générations l'ont fait avant eux.
16:43Et le fait d'agir, d'être dans l'action, ça fait baisser les co-anxiétés dont on parlait ?
16:47Exactement. Et donc cette capacité, le pouvoir d'agir, déjà, c'est une bonne chose en soi,
16:52mais si en plus on agit collectivement, alors il y a aussi la force du collectif qui nous porte.
16:56On a l'impression qu'on vit une aventure humaine et pas juste une dépression individuelle.
17:00Et cette logique d'action, elle est extrêmement importante,
17:04et c'est là où c'est important d'apprendre à se centrer sur soi et à se reconnecter à soi,
17:09pour se reconnecter aux autres et se reconnecter à l'environnement,
17:12et enfin prendre soin de soi, des autres et de la planète.
17:15Est-ce que c'est un contenu facile à transmettre aux élèves, finalement,
17:19ces enjeux de transition environnementale ? Parce qu'ils sont demandeurs ?
17:23Alors, ils sont demandeurs, certains, pas tous, ça, il faut l'avoir en tête.
17:27Il ne faut pas idéaliser la génération.
17:31Après, c'est difficile de répondre à la question, est-ce que c'est facile de transmettre un contenu ?
17:36Parce qu'il n'y a pas un contenu, mais des contenus, en fait.
17:38Ça répond à des logiques territoriales, des logiques individuelles et collectives,
17:42et donc les contenus qu'on va proposer, notamment via la plateforme,
17:46encore une fois, ils vont s'adosser à des programmes qui sont plus globaux et qui peuvent s'inscrire.
17:52Pour donner un exemple très concret, parce que c'est toujours plus facile quand on illustre,
17:58on a des contenus spécifiques, comme la boîte à risques, sur les risques inondation ou sur les risques incendie,
18:04qui permettent à l'ensemble de la jeunesse de pouvoir s'équiper en cas d'inondation.
18:08Par exemple, savoir qu'après 50 cm d'eau, ce n'est plus possible d'ouvrir une porte,
18:13ou qu'à partir de 30 cm d'eau, la voiture est emportée, donc il ne faut pas prendre la voiture,
18:17on pense que ce sont des connaissances de base.
18:19Pour autant, si on adresse la question du changement climatique,
18:23là, il peut y avoir des enseignants qui veulent connaître la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère
18:28et la transmettre à leurs étudiants, mais il y en a d'autres qui vont préférer regarder sur une zone spécifique,
18:33sur un territoire spécifique, idéalement aux alentours de l'école, quels impacts concrets.
18:38Vous voyez, ce ne sont pas forcément les mêmes mécaniques, et donc les contenus,
18:41et c'est pour ça que nous on propose une diversité de contenus,
18:43sont des contenus qui peuvent être intégrés de manière plus large dans la manière d'apprendre.
18:50Ça veut dire, ce que je comprends, c'est que les enseignants vont l'intégrer à un corpus scolaire général, c'est ça ?
18:58Ce n'est pas une bulle quand on parle d'environnement ?
19:01Non, c'est exactement ça. L'enseignant reste au cœur du sujet,
19:05c'est lui qui aura la capacité ou non à se saisir du sujet, qui aura la capacité ou non à le porter,
19:11et nous on veut vraiment proposer une diversité de contenus, parce qu'on a aussi bien des vidéos, des dossiers, des jeux,
19:16pour que l'enseignant, en fonction de sa pratique pédagogique, de sa pratique professionnelle, puisse l'intégrer au mieux.
19:22Mais ça ne concerne pas que les profs de SVT d'une certaine façon ?
19:27Non, c'est une bonne question, mais globalement, dans l'éducation et le développement durable,
19:33ça fait des années qu'on a quitté la partie juste approche scientifique et mécanique des enjeux environnementaux.
19:40Ça concerne finalement aujourd'hui toutes les disciplines.
19:43Si vous prenez le référentiel international de compétences porté par l'Europe qui s'appelle le Green Comp,
19:47ça dit développer des compétences pour agir, penser, planifier avec empathie pour la planète et la santé publique.
19:56Dès qu'on commence à parler d'empathie, vous vous doutez bien qu'il y a très peu de contenus qui permettent de développer l'empathie.
20:03Pour autant, ce n'est pas parce qu'on va être posé sur une chaise pendant dix ans qu'on va avoir de l'empathie,
20:10pour autant les modalités pédagogiques qui vont être utilisées, la façon de transformer les matières d'enseigner et d'apprendre sont au cœur.
20:17Donc les enseignants sont bien au cœur du dispositif et nous, on les équipe.
20:20François Taddeï, est-ce qu'il y a beaucoup de disparité en termes de...
20:24Parce que là, je disais, on idéalise peut-être une génération, c'est-à-dire que tous ne sont pas forcément concernés, tous...
20:30Vous voyez ce que je veux dire ? Est-ce qu'on ne part pas du même niveau de connaissance ?
20:35Parce que c'est souvent ça le défi, c'est déjà d'avoir un corps de connaissances, d'informations communes et validé par tout le monde.
20:44Oui, je pense que l'éducation nationale joue son rôle pour arriver au maximum à égaliser les connaissances de base.
20:54Ce qui reste à faire, c'est justement cette capacité à agir une fois qu'on a les connaissances.
20:59Parce que c'est bien beau d'avoir compris qu'il y avait un problème, mais si on a l'impression qu'on ne peut rien faire, ce n'est pas très facile.
21:04Je vous pose la question, pardon, je reprends la main, parce qu'il y a encore du climato-scepticisme et on peut même dire que dans certaines régions du monde, il est en train de progresser.
21:11Il y a la mise en doute de la parole scientifique, enfin voilà, je ne vous apprends rien.
21:16Donc il y a peut-être ce défi-là à relever avant de se mettre en action. Vous voyez ce que je veux dire ?
21:23Je vois très bien ce que vous voulez dire, mais j'essaie de dire... En fait, c'est clair qu'il y a ce que j'appelle un néo-obscurantisme, néo-impérialisme.
21:31Grosso modo, l'héritage des Lumières, avec l'éducation, la science, la démocratie, le débat, la philosophie, les arts, la citoyenneté.
21:38C'est un package qui est attaqué assez systématiquement par des forces obscurantistes.
21:42Il y en avait en Afghanistan et il y en a même en Occident.
21:45Et je ne voudrais pas le citer parce qu'on le sait tous.
21:47Donc ça, c'est une réalité.
21:49La question, c'est en fait, comment est-ce que les Lumières ont été inventées ?
21:52Elles ont été inventées après l'imprimerie, mais entre temps, il y a eu les guerres de religion.
21:56Donc, ce n'est pas juste plus d'informations.
21:58C'est un art du débat, mais un débat qui fait autorité, c'est-à-dire un débat, pour reprendre le mot de Michel Serres, qui fait grandir.
22:05Qui fait grandir tous ceux qui débattent.
22:06Et qui n'a pas, moi je sais et toi tu ne comprends rien, qui n'est pas le débat des plateaux télé trop souvent, excusez-moi, ni des réseaux sociaux comme on le voit.
22:15Donc, c'est un débat où, in fine, on a tous l'impression qu'on a appris quelque chose et qu'on a grandi en humanité et en compréhension de soi, des autres et du monde.
22:25Ça, c'est le rôle de l'éducation.
22:27Mais malheureusement, ce n'est pas juste de la transmission verticale, un débat bien construit.
22:32C'est un lieu, comme dans les salons des Lumières, comme dans les académies depuis toujours, y compris chez les Grecs, puisqu'on avait déjà le même prisme avait été inventé autour de l'Agora.
22:44Donc, aujourd'hui, il faut le réinventer, mais à l'échelle de la planète.
22:46Comment est-ce qu'on organise des débats locaux, des débats régionaux, des débats nationaux et des débats planétaires sur le fait qu'on a des ressources finies et qu'on n'est plus là pour défendre les murs de la cité en tant que citoyen d'Athènes?
22:57On est là pour défendre les limites planétaires collectivement.
23:00Et ça, ça s'apprend et ça s'apprend à l'école si l'école sait elle-même se transformer et elle-même prendre la responsabilité non pas de chercher à avoir le meilleur élève de la classe ou le meilleur de la France,
23:14mais le meilleur pour la planète et le meilleur pour le monde de demain.
23:18Et alors, on se projette aussi vers le monde du travail, évidemment.
23:21Et je vous propose ce sondage réalisé en juin 2023 pour 82% des 18-30 ans.
23:28Avoir un emploi qui respecte l'environnement est un critère important.
23:3270% pourraient renoncer à postuler, 57% quitter leur emploi s'ils considèrent que l'entreprise ne prend pas suffisamment en compte ces enjeux environnementaux.
23:40Vous disiez tout à l'heure les associés finalement être co-constructeurs de leur avenir.
23:46Est-ce que c'est des questions que les élèves posent souvent aux enseignants?
23:50Quel métier? Quels seront les métiers de demain?
23:52Finalement, les métiers d'aujourd'hui, à quoi ça sert que je m'y prépare puisque tout va changer?
23:57Vous voyez ce que je veux dire? Oui, alors ce qui est vraiment intéressant, c'est que quand on parle de transition écologique, il y a la partie écologique et la partie transition.
24:06Ça veut dire qu'il y a plusieurs nécessités.
24:09Nous, ce qu'on cherche à faire avec les jeunes enfants, c'est de développer une pensée exploratoire, une pensée systémique, une pensée critique qui permettent d'imaginer, on va dire, un monde de demain.
24:18Mais surtout d'être assez résilient face aux transformations qui vont s'opérer.
24:22Après, si on va sur l'apprentissage professionnalisant, on a d'autres enjeux.
24:26Aujourd'hui, on doit développer les énergies renouvelables parce que le monde est comme il est et que si on veut décarboner, on a besoin d'énergie renouvelable.
24:34Il y a des choses très concrètes. Un couvreur, aujourd'hui, doit savoir poser des panneaux photovoltaïques.
24:40Vous voyez, il y a différents niveaux d'apprentissage. Il y a des apprentissages, on va dire, un peu transverses de compréhension qui permettent d'être adaptés en tant qu'individu et en tant que collectif pour cette transition écologique.
24:51Mais il y a aussi tous les métiers dont on a besoin pour la réussir et franchir les différentes étapes, s'il y en a, pour arriver à, on va dire, une planète habitable durablement et en paix.
25:04Merci beaucoup. Merci à tous les deux et à bientôt sur BeSmart 4Chainz. On passe tout de suite à notre rubrique Start-up.
25:11BeSmart.
25:15Prête pour l'impact, c'est la question que je pose chaque semaine à une personnalité qui compte dans l'économie française. Je reçois aujourd'hui Mercelle Serra. Bonjour.
25:23Bonjour.
25:24Ravie de vous accueillir ici. Vous êtes la cofondatrice, la présidente de l'agence BETC qui fête ses 30 ans.
25:30Depuis quand les questions de RSE ? On va évidemment beaucoup parler de ça ici. L'émission s'appelle Smart Impact. Depuis quand c'est stratégique ?
25:37Je crois que c'était stratégique avant qu'on parle de RSE.
25:40Sans utiliser ces mots-là.
25:42Oui, bien sûr, parce que BETC, en fait, on est nés, on était dans les équipes de Havas et on est sortis pour aller rejoindre le dixième, pour habiter Passage du Désir,
25:57qui est quand même un nom assez génial pour une agence, mais dans le dixième, il n'y avait personne. Je me souviens, tout le monde nous disait « qu'est-ce que vous allez faire là-bas ? »
26:05Et là, c'est très, très, on va dire, c'est devenu très mode, mais ça n'était pas du tout à l'époque.
26:12Donc c'était déjà une démarche RSE d'une certaine façon ?
26:15Oui, notre obsession, c'était d'aller d'abord de créer un lieu, de créer un lieu quelque part où ça pouvait être utile, de créer un lieu intéressant pour nos équipes.
26:26On était très sensibles à leur donner du beau, à rénover, on parlait de rénovation à l'époque, tout le monde parlait de tours, création de lieux et tout.
26:36Nous, on a rénové, on a rénové dans le dixième un lieu qui était le premier grand magasin parisien.
26:46Quand on a gratté les murs, il y avait marqué « haut classe laborieuse », on s'est dit « c'est vraiment pour nous ».
26:51Et donc, on est arrivé dans ce dixième, les voisins nous ont mis « merci BETC » parce qu'il n'y avait personne qui s'installait là.
26:59Et d'ailleurs, les grands magasins, c'est devenu un lieu culturel, de coopération, il y a plein d'événements ou quoi ?
27:05Non, alors dans le dixième, on a déjà créé ce qu'on appelait le passage du désir, qui était un lieu de culture ouvert à tous.
27:13L'idée, c'était d'investir dedans et pas de faire de l'argent et nos démarches pro bono, nos démarches d'engagement, elles ont commencé à ce moment-là.
27:23Mais ça, c'est d'un point de vue extérieur.
27:25Notre vision de la com, c'était déjà une vision très RSE, nous, on pensait que la com, c'était là pour faire bouger les entreprises.
27:35Souvent, les entrepreneurs, les patrons nous disaient « mais on n'est pas prêts à parler », etc.
27:41Et on a toujours expliqué que le langage, il était fondamental, il fallait d'abord dire où on allait, et même si on n'était pas prêts, ça donnait un chemin.
27:49Donc on a toujours dit de nos communications, que ce soit sur Air France, sur Danone, où moi, j'ai recommandé la santé,
27:57bien avant que ce soit à la mode, qu'on était concerné par le fond des entreprises.
28:04Mais je crois qu'on a la publicité pour Air France, qui est une des plus belles que j'ai vues depuis que je suis en âge de comprendre ce qu'est une publicité.
28:13On va en voir les images de cette pub pour Air France.
28:18Elle est sublime et en même temps, elle ne répond pas à la question, mais ce n'était sans doute pas ce que vous avez demandé,
28:24mais qu'est-ce qu'on fait de l'aviation, est-ce qu'on continue de prendre l'avion, est-ce que l'aviation pollue trop la planète, etc.
28:30Est-ce que cette pub-là, aujourd'hui, vous la feriez de la même façon ?
28:33Oui, parce qu'il y a deux choses dans l'entreprise, c'est d'ailleurs les consommateurs, le public,
28:39moi j'ai beaucoup de respect pour le public parce qu'il est beaucoup plus brillant que nous tous.
28:43Lui, ce qu'il pense dans les entreprises, c'est que la première chose, c'est de bien faire son métier.
28:48Et il n'a pas aimé les entreprises qui ont inventé une RSE avant même de mettre la RSE dans leur propre métier.
28:56Je vous donne un exemple, moi je fais de la publicité, la première chose que je dois faire, c'est vous expliquer pourquoi la publicité, c'est formidable.
29:02Si je pense que la publicité, c'est pas bien, il ne faut pas que je fasse ça.
29:06Donc l'aviation, d'abord, ça a un rôle, et il y avait un enjeu, un très très important, faire du ciel le plus bel endroit de la Terre.
29:14Je vous rappelle qu'aujourd'hui, on pourrait, si on était toujours l'agence d'Air France, faire du ciel le plus bel endroit de la Terre,
29:21en donnant des éléments de RSE, d'environnement, etc.
29:26Mais là, l'enjeu, c'était de positionner Air France et de faire que tout le public d'Air France, c'est-à-dire les gens qui travaillent dans Air France,
29:34soient fiers de travailler dans Air France. Et ça, c'est aussi de la RSE. Créer de la fierté française au jour d'aujourd'hui, c'est encore plus important que jamais.
29:45Je dirais créer de la fierté européenne face à ce qui arrive dans le monde, c'est quand même une chose importante.
29:51— Oui, évidemment. BETC, qui est devenue l'an dernier l'agence la plus créative au monde, c'était une première pour une agence française ?
29:59— C'est extrêmement dur. Vous imaginez... Vous savez comment ça se passe. En fait, c'est tous les prix du monde, tous ceux qu'on a reçus, qui sont cumulés.
30:07La vérité, c'est que la France, c'est petit, et que les Américains, c'est gros. Donc en général, ils donnent des prix à eux-mêmes, parce qu'ils aiment bien.
30:17Donc pour qu'une agence française franchisse ce nationalisme qui existe et cumule les prix au point d'être nommée la meilleure agence créative du monde, oui, on est fiers.
30:29On est fiers. Et c'est important que la France et l'Europe réagissent en se disant qu'on est formidables en Europe.
30:38On arrête de dire des choses négatives sur la France et l'Europe. On construit de la force. Il n'y a que ça qui va nous défendre dans nos démocraties.
30:46L'importance de l'imaginaire. On va y consacrer de longues minutes dans cette interview. Ça me semble essentiel par rapport à ces enjeux de transformation environnementale et sociétale dont on parle.
30:57Et alors, c'est justement le sens de la question de celui qui était à votre place la semaine dernière, Cyril Pouet, le DG de SPI Facilities. On écoute tout de suite Cyril Pouet.
31:07Dans mon métier, le RSE est présent partout. Les clients nous attendent sur des engagements RSE. Et si jamais ce n'est pas le cas, on fait des propositions de manière instinctive sur ces données-là.
31:20Dans votre monde de la publicité, je suis intéressé de savoir si c'est quelque chose qui est systématiquement en demande de vos clients ou si même vous, systématiquement,
31:32vous en faites un sujet pour eux, pour les alerter sur ces sujets-là. Et je pense que dans le monde de la publicité, ça peut effectivement avoir changé les choses. Voilà. Merci.
31:42— C'est une grande question parce qu'en fait, il y a beaucoup de niveaux dans cette question. Il y a le niveau de... Nous, on est souvent montrés du doigt comme si on était responsables de tout.
31:53C'est facile de nous montrer du doigt parce qu'en gros, il n'y a personne qui vient nous défendre. Quand vous embêtez des journalistes, on peut avoir une bonne réaction.
32:01Vous embêtez des publicitaires, c'est pas un problème. Pas de publicité, merci, dit mon associé avec son livre. Donc c'est facile. La vérité, c'est que... Et c'est ce que j'ai essayé d'expliquer.
32:15Il y a plusieurs niveaux, la RSE. Il y a le niveau qui est... Est-ce que BETC est RSE ? BETC, c'est pire que la RSE. C'est une ONG. C'est-à-dire je rentre dans ce... De temps en temps, je leur dis
32:26« Mais calmez-vous, quoi ! ». Il va falloir qu'on fasse aussi notre métier. Après, il y a la filière de la communication. Elle est très engagée au niveau de la RSE.
32:37Donc globalement, on est très engagés. On a pris des engagements. On surveille la logique de qu'est-ce qu'on peut faire en impact climat. On en rend compte.
32:46— Ça veut dire qu'on tourne un peu moins de publicités à l'autre bout de la Terre quand on peut les tourner près de chez nous ?
32:51— Non, non. Ça veut dire qu'on évalue. On évalue une campagne. Non seulement la production mais les médias, parce que les médias, c'est beaucoup plus lourd que la production.
33:00Donc on évalue l'impact des campagnes. On a mis au point des calculateurs, des choses très précises pour rendre compte de ça. Franchement, on est peanuts dans l'histoire de l'environnement.
33:13Mais ce peanuts nous intéresse. — Sûr que vous pesez moins que le bâtiment. Mais bon. Il n'empêche que vous agissez. — Ça nous intéresse. Et après, il y a une problématique hyper simple.
33:22Quand on fait de la production, si c'est plus cher de produire en France, c'est rarement une solution qu'adorent nos clients. Donc il faut être raisonnable. Il faut dire la vérité.
33:35On a toujours des propositions RSE. Elles ne sont pas toujours acceptées. Et moi, je pense qu'il faut réfléchir autrement la communication.
33:45La vraie réflexion sur la communication – et qui m'importe –, c'est de dire que ça suffit d'agresser des gens avec des pubs imbéciles qui sont trop présentes, trop nombreuses.
34:00Ça sert à rien. Il faut leur parler correctement à des moments clés. Donc moi, je crois à une communication qui serait moins fatigante, à une communication moins présente mais plus qualitative.
34:15Et ça, ça va pas exactement dans le sens du monde d'aujourd'hui. Mais je crois que par exemple, des campagnes peuvent durer très longtemps. Donc la question de la production,
34:25très bien. Mais moi, je pourrais sortir des campagnes Air France, des vieilles maintenant. J'ai déjà sorti des vieilles campagnes Evian qui avaient 8 ans d'âge. Et vous croyez qu'elles n'ont pas fait vendre ?
34:36Elles ont fait vendre. Tout se laissant trop vite. Alors que la tête des gens, ça marche pas comme ça, la tête des gens. Les gens, ils aiment les choses pour longtemps. Ils se lassent pas.
34:48Donc je pense qu'il y a vraiment des enjeux de communication différents à planter pour que la RSE devienne chaque jour plus importante.
34:58— Pour en vous parler, on revoit justement l'une des campagnes Evian qui est... — Eh bien, c'est celle-là que j'ai remise à l'antenne. — C'est tellement magique, quoi.
35:04— Eh bien, ça s'est très bien passé. Parce que vous croyez que ça, ça a changé, que le fait qu'on vieillit pas... Nous, on n'est pas vieux. On a juste un bébé en nous qui dit qu'on n'est pas vieux.
35:15— Voilà. Donc qu'est-ce qu'on nous raconte ? Donc c'est des campagnes qui font du bien, que les gens aiment. Vous pouvez les ressortir.
35:22— Et alors... Donc il y a tous ces leviers que vous avez détaillés. Et il y en a un qui est intégré à tout ça. Mais c'est le rôle de la publicité pour rendre la transformation
35:35environnementale et sociétale acceptable, parce que c'est ça, l'enjeu d'aujourd'hui. Qu'est-ce qu'on voit ? On a vu un certain nombre d'élections, que ce soit en Europe,
35:42que ce soit aux États-Unis ou même en France, d'ailleurs, où les candidats ou les candidates qui disent qu'il faut appuyer sur le frein, sur la transformation
35:51environnementale, il y en a marre, il y a trop de contraintes, etc., ils remportent des voix. Bon. Est-ce que c'est pas parce que nous, médias,
35:58mais peut-être aussi publicitaires, on a pas su donner envie de cette transformation ? — Mais moi, je pense qu'il n'y a pas de problème. Moi, je pense que si vous écoutez
36:05les Français, les consos, ils sont beaucoup plus impliqués qu'on ne dit. Je pense qu'on leur dit trop de choses désagréables, qui sont pas bêtes.
36:14Eux, ils ont une vision de la consommation très précise. Par exemple, ça les énerve quand vous leur dites « Ah, on consomme trop », etc. Celui qui va chez Leclerc et qui,
36:26le 14 du mois, n'achète plus de viande, plus de légumes. Vos histoires de riches, là, ça les énerve. Quand vous faites le pétrole, il y en a marre, etc., les Gilets jaunes se disent
36:38« Mais de quoi ils nous parlent, ces gens-là ? ». — Moi, je peux pas faire autre chose que prendre ma voiture. — Mais voilà. Donc je pense qu'il faut être raisonnable.
36:44C'est-à-dire qu'eux sont beaucoup plus raisonnables. En revanche, quand vous leur dites « Est-ce que vous pensez que les entreprises doivent faire un effort d'un point de vue
36:52environnemental, ça leur paraît évident, doivent le communiquer ? », oui. Quand vous leur dites « Est-ce que vous, vous faites des efforts ? », oui. Quand vous leur demandez
37:02en quoi la notion de durabilité, c'est important, le fait de réutiliser des produits, des vieux produits, c'est important. Mais si vous regardez maintenant ce qu'ils font, alors parfois,
37:15c'est un peu contradictoire. Il y a plein de gens qui achètent de la fashion pas cher. Mais il faut toujours... — Oui, mais on a tous nos contradictions, en fait.
37:22— Il faut toujours... C'est normal. C'est logique. Mais en revanche, si vous regardez que les galeries Lafayette, le printemps, ils ont aujourd'hui des étages consacrés
37:34à des produits de seconde main. Quand j'appelle mon grand garçon, qui, lui, alors là, me dit « Mais pourquoi tu grognes ? ». Moi, j'ai jamais acheté un vêtement neuf
37:43à ma fille. C'est moi qui achète les vêtements neufs. Lui, il habille de vêtements vieux. Eh ben ça le gêne pas du tout. Il adore sa fille. Donc je pense qu'il faudrait être plus respectueux
37:55sur ce que font les gens, parce qu'ils font déjà beaucoup, et après prendre les grandes décisions comportementales de façon lourde au niveau politique.
38:04— Est-ce que, quand vous discutez évidemment avec des très grandes marques, mais est-ce que cette question-là, la question de comment on parle de ce qu'on fait bien,
38:16c'est vous qui le mettez sur la table des discussions ? Parce que moi, j'ai vu beaucoup d'entreprises venir ici et nous dire « Ah, on n'ose pas trop communiquer
38:26sur ce qu'on fait bien, parce qu'on va venir nous chercher sur ce qu'on fait moins bien ». — Oui. Je passe du temps à ça. Je passe du temps à expliquer que les gens
38:34demandent des comptes. Donc ils sont clairs. Ils demandent d'abord des comptes sur le métier. Mais ensuite, ça les intéresse. Qu'est-ce qui les intéresse ?
38:43De comprendre comment une entreprise fait des efforts pour aller sur des problèmes environnementaux importants. Ils lui demandent pas de tout régler.
38:52Et aussi des efforts d'un point de vue sociétal. Parce que si vous gagnez beaucoup d'argent, peut-être que vous devez rendre un peu à la société.
39:00C'est ce que nous, on fait chez BETC. C'est ce qu'ils doivent tous faire. Et dans ce cas-là, ils leur demandent de parler, parce que sinon, comment ils le savent ?
39:08Et le silence n'est pas d'or, aujourd'hui. Le silence est soupçonné. Donc c'est pas du caritatif. — Donc vous poussez à une forme de transparence.
39:15— Mais bien sûr. Bien sûr. — Sans que ce soit la dictature de la transparence, mais vous poussez à une forme de transparence.
39:18— Mais je voudrais vous dire une chose sur un client difficile qui est le mien, pour qui je travaille un peu, qui est Total. Je travaille pas assez, mais qui est...
39:26Total, c'est pas sérieux, ce qu'on leur dit. C'est pas courageux. Ils font du pétrole. Mais aujourd'hui, c'est la seule entreprise pétrolière qui investit lourdement sur le soleil, sur l'électricité.
39:43Mais lourdement. Et on dit non, mais plus de pétrole. — Oui. Ça représente encore 95 ou 96 % du chiffre d'affaires de Total, le fossile.
39:53— Non. L'investissement, il est à 50 %. — Ah oui. Je parle du chiffre d'affaires, pas... — Voilà. Et moi, je vous parle de l'investissement.
39:59Et je vous parle du fait que je pense que Pouyanné ne va pas craquer sous le diktat. Beppe a craqué, a dit c'est fini. C'est fini. On va faire que du pétrole.
40:10Vous inquiétez pas, etc. C'est pas du tout le cas. Mais si vous l'écoutez aussi, comment est-ce qu'on fait aujourd'hui ? C'est-à-dire on arrête un total sur le pétrole en France
40:20et on va racheter le pétrole ailleurs. Faut être un peu intelligent. C'est quoi la transition ? C'est quoi la réflexion autour de la transition ?
40:27Après, je voudrais parler de la France, de nos dictates. Et il faut quand même qu'on fasse attention. C'est pas nous, là, qui détériorerons tous la planète.
40:37La France, c'est pas mal. D'un point de vue écologique, la France, c'est pas mal. — Oui. On voit d'ailleurs... Si on regarde les baisses
40:42d'émissions de gaz à effet de serre depuis quelques années... — Il faut qu'on ait un équilibre qui nous permette d'avoir une économie solide. Là, c'est moins bien.
40:50La France, c'est moins bien sur l'économie solide. Et pourquoi l'économie solide, elle est importante ? Parce que pour les gens, le chômage, c'est important.
40:57Pour les gens, ce qu'ils gagnent, c'est important. Et pour le monde, dans l'écologie... Moi, j'aime beaucoup l'écologie. Mais la défense de la démocratie, j'adore ça.
41:06— Donc là, il nous faut aussi être solides en France, être solides en Europe pour défendre notre démocratie. — Sur la défense de la démocratie.
41:13L'une des publicités pro bono dont on peut parler... Alors « pro bono », ça veut dire évidemment que vous n'êtes pas payés pour les faire.
41:20C'est pour Reporter sans frontières. On va la voir. Je sais pas de quand elle date, cette campagne, puisque c'est un Vladimir Poutine très jeune.
41:26— Oui, oui. À un certain moment. — Il n'a pas encore été botoxé. Sans liberté de l'information, pas de contre-pouvoir.
41:33Et on voit un Poutine qui nous fait un très joli droit d'honneur. Pourquoi... Bon, vous nous avez proposé un certain nombre de pubs pro bono comme celle-là.
41:43Voilà, il y a eu le discours de... On enregistre cette émission quelques heures après le discours de Donald Trump devant le Congrès, où il part en guerre
41:51contre le wokisme, ce qu'il a fait pendant... Enfin bon, c'est un combat pour des valeurs qu'on est en train de mener, là ?
41:56— Bien sûr. C'est pour le droit. Un truc incroyable. — Déjà, le droit, oui. — Il n'y a plus d'État de droit, bientôt. On a l'Inde, les grands pays, la Chine, l'Inde, la Russie,
42:08et maintenant les États-Unis, qui font comme si le droit n'existait pas. Ça nous intéresse pas. Donc c'est ce combat-là.
42:15Et ce combat-là, nous, il y a longtemps qu'on le mène, dans les pro bono qu'on mène, on choisit nos combats. Les femmes, vous le savez,
42:23— On va en parler. — Un combat important. Mais les droits humains, un combat essentiel, qui d'ailleurs rejoint le droit des femmes.
42:29— Bien sûr. — Et dans le droit des humains, pour nous, le combat pour la liberté, pour la liberté des journalistes, pour le droit à une parole de vérité,
42:40elle est importante. D'où Reporters sans frontières. — Oui. Sur les droits des femmes, tiens, on a déjà reçu plusieurs fois Sista ici.
42:47Donc on va vraiment voir cette pub que vous faites pour Sista. Pour lever des fonds, faut-il devenir un homme ? Et on voit une jeune femme
42:53qui s'appelle Tatiana Jama, qui est entrepreneure, que vous avez transformée en garçon. — Bah ça marche. Vous voyez ?
43:00— Bah ouais. Et quand elle est un garçon, elle va beaucoup... — Elle reçoit beaucoup de fonds. — Et elle va lever plus facilement des fonds.
43:05— Pas plus facilement. 95%. — Voilà. C'est hallucinant. Alors ça a un petit peu changé.
43:11— Non, non, non. Ça n'a presque pas changé. — Un tout petit peu. Mais bon. — Elle est à quoi ? 80% ? — Voilà. Oui, ça, c'est sûr qu'on n'est pas à 50%.
43:19Ça, on est bien d'accord. Il y a quand même eu un certain nombre de... — Donc Sista, on l'accompagne. — Oui, bien sûr. Et il y a eu un certain nombre
43:26de leviers réglementaires qui ont été activés, notamment sur la place des femmes dirigeantes. Et on voit que la France est plutôt bien placée, là aussi.
43:34Vous disiez qu'il faut qu'on arrête de battre sa coupe en permanence. Donc la loi, l'aiguillon réglementaire, il peut faire bouger les lignes ?
43:42— Bah évidemment. En fait, on n'a pas l'égalité, parce qu'on la veut pas. Si on la voulait, on peut faire beaucoup de choses.
43:50— Donc il faut des quotas. — Donc la France n'a pas imposé des quotas. Nous avons tout fait pour qu'il y ait des quotas. Et il y a des quotas.
43:58Les quotas du Conseil d'administration, avant ces quotas, il n'y avait pas de femmes quasiment au Conseil d'administration. C'est pas admissible.
44:06Et cette histoire de l'égalité femmes-hommes, c'est pas un petit sujet. C'est pas un petit ministère qui change trop souvent de femmes.
44:14C'est un grand sujet, parce que je pense que le jour où on arrivera à l'égalité, on sera beaucoup plus sûrs de la logique des droits humains.
44:23Et je pense que l'équilibre femmes-hommes... Les hommes vont changer. Les femmes vont changer pour un monde meilleur. Je pense que c'est fondamental.
44:30— Tiens, une citation extraite d'une interview que vous aviez donnée au mois de novembre dernier à France Info.
44:36« Quand vous vendez des yaourts, vous n'allez pas faire un discours féministe. Vous prenez les femmes telles qu'elles sont aujourd'hui ».
44:40En revanche, on peut utiliser la pub pour changer le monde. Ça rejoint tout ce qu'on est en train de nous dire.
44:44Je pense que l'État doit réfléchir à ça. C'est ça qui m'intéresse. Est-ce que vous avez été contacté par un ministère,
44:51les services de l'Élysée, que sais-je, Matignon, pour une grande campagne sur les droits des femmes ?
44:56— On fait des choses. On fait des choses avec le SIG. On a fait avancer des choses, etc., sur le droit des femmes.
45:04Je pense que le sujet doit être pris très sérieusement. Il doit être pris dans l'école. Vous connaissez le problème des femmes et de la science.
45:11— Bien sûr. — Les gamines, elles n'ont aucun problème culturel. Elles sont très douées.
45:17— Donc on peut leur faire des sciences. J'avais rencontré le proviseur de Louis-le-Grand, qui m'avait dit...
45:23« Vous savez qui est responsable de tout ça ? ». J'ai dit « Ben non, je ne sais pas ». Les parents et les professeurs.
45:30C'est-à-dire la vision que les parents... Et c'est pas qu'ils aiment pas leurs filles. C'est qu'on a des kilos de stéréotypes.
45:37Le monde, il vient à peine de changer pour les femmes. Donc il faut lutter autour de ça et que si on veut, si l'éducation veut,
45:44elle se met dans l'idée qu'elle va arriver à une égalité de la présence des filles et des garçons dans les sciences, qui est fondamentale,
45:53parce que la science a besoin des femmes. Donc c'est pas qu'une histoire de... Non, on est plus forts quand les femmes scientifiques sont là. On est plus forts.
46:03— Et donc cette campagne, elle existe pas encore ? Elle pourrait exister ? — Ah non. On a fait des campagnes dans ce sens.
46:09Par exemple, il y a un travail de L'Oréal sur « Women and science », qui est très intéressant. C'est pas suffisant.
46:17D'abord, il faut avoir une politique à long terme. Vous avez vu le nombre de ministres à l'éducation. À long terme, ça existe pas de changer sans arrêt d'actes, de points.
46:29Si les entreprises faisaient ça, elles iraient très mal. Donc c'est des plans à long terme. Si on veut l'égalité, il faut le prévoir et voir.
46:38Et comment est-ce qu'on enlève aussi les stéréotypes, le manque de confiance des filles ? Rendez compte qu'à l'agence... Pourtant, c'est moi la patronne avec Rémi.
46:46Donc on fait ce qu'on veut. Donc on est arrivés à, en tout cas, établir une égalité. Mais quand je regarde l'état des jeunes femmes au même moment
46:56que l'état des jeunes hommes, il y a 10% de plus de stress pour les femmes. Et quand vous les analysez, c'est très simple. Elles font tout.
47:04Quand vous tenez la maison quasiment seule, que les garçons...
47:09— Ça change pas quand même, avec la génération des 20, des 35... — Non, non, non. Prenez des chiffres. Voyons dans les statistiques.
47:16Ah, c'est une catastrophe. C'est-à-dire... Non. C'est-à-dire on va se féliciter. Oui, ça a changé. Avant, ils avaient honte de pousser un landau. Non.
47:23Alors maintenant, ils sont fiers. Donc nous avons évolué. Ils accompagnent parfois les enfants à l'école. Ils vont faire des courses avec des lisses, des mamans.
47:32Mais qui s'occupe des enfants malades ? Mais qui s'occupe de la réalité ? — Comment on change ça ? Parce que comme vous dites, c'est ancré dans nos...
47:38Je sais pas, dans nos cortexs profonds depuis des générations. — On ne prend des mesures qu'égalitaires. C'est quoi, une mesure égalitaire ?
47:45Le congé paternité, c'est une mesure égalitaire. Il faut que les papas, qui sont merveilleux, vont s'habituer à l'enfant. Et vous allez voir, ça va très bien se passer.
47:54Ils ne vont pas tout d'un coup ne pas y arriver. Ils vont y arriver. Et là, il y a des règles. Si vous les mettez en même temps que les femmes,
48:01c'est les femmes qui font tout, mais si vous les mettez successivement, le monde bouge. Il va bouger. Les garçons, ils sont pas non plus responsables
48:10de ce qui arrive complètement. Le monde va bouger. — Il nous reste les 3 minutes. C'est passé beaucoup, beaucoup trop vite.
48:16Mais je voudrais qu'on les consacre à un autre thème. Vous êtes présidente du Musée national de l'histoire de l'immigration. Pourquoi...
48:23— Alors je suis plus présidente... — Oui. Alors pardon. — ...parce que j'ai atteint ma limite d'âge.
48:28— Ah ah ah ! Allons, bon ! Ça se voit pas. — Mais je continue à faire toute la communication et tout, parce que les titres ne sont pas la chose
48:36la plus importante de ma vie. — Oui. Et oui, effectivement, on est bien d'accord. La question que je me posais, ça rejoint ce qu'on disait tout à l'heure
48:43sur les élections. Pourquoi la voix de celles et ceux qui disent que l'immigration, c'est une chance pour la France...
48:49— Parce qu'on a dit n'importe quoi aux Français. — Elle pèse de moins en moins dans... — On a dit n'importe quoi depuis 10 ans aux Français.
48:54On a joué le jeu du Front national. Je suis désolée. Moi, je pense qu'il vaut mieux dire la vérité. Moi, je me suis...
49:01Ça fait 14 ans que je travaille pour ce musée. Pour une seule raison, c'est Jacques Toubon qui m'a appelé, qui a été un défenseur des droits
49:07incroyables, qui m'a appelé. Et on a pu raconter un peu de l'histoire de la vérité, quoi, de ce qu'y a fait la France.
49:16La France, c'est un des grands pays de l'immigration. Dès le XVIIIe siècle, on a eu besoin des autres. Et c'est un pays intéressant
49:24parce que ça a créé un vivre-ensemble. Ce vivre-ensemble, il est un peu cassé. C'est ça qu'il faut se poser en question.
49:30Après, faut pas raconter qu'ils envahissent la France. Y a plus personne qui a envahi la France. Donc il n'y a pas...
49:36On a menti sur les chiffres, sur les données. On n'a pas mis en perspective. Donc ça finit par créer... C'est tellement facile
49:44d'inventer qu'il y a quelqu'un qui est responsable et que ça va tout changer. Je vous promets que ça changera pas grand-chose.
49:49— C'est déjà une technique politique d'inventer un bouc émissaire. Ça, c'est sûr. — Bah en tout cas, c'est pas ça qui va changer grand-chose.
49:55L'industrie, ça va changer quelque chose. Changer l'école, parce que l'école, aujourd'hui, elle est pas bonne pour les immigrés,
50:01mais elle est pas bonne pour les Français non plus. On a des problèmes sur l'éducation. On a des problèmes sur l'intégration.
50:07Et il faut être honnête. On a aussi des problèmes qui sont liés à l'islam et à cette culture qui veut pas non plus inventer un vivre-ensemble.
50:19Mais avant, c'était les catholiques qui avaient fait ça. Donc on doit pouvoir y arriver. On doit pouvoir expliquer qu'on peut penser
50:26une religion, mais considérer qu'au centre de la France, il y a une laïcité qui est possible.
50:32— Et le rôle de la publicité là-dedans ? On va terminer là-dessus. Sur l'image, la diversité qu'on expose, il y a eu des progrès, quand même ?
50:39— Ça, il y a eu énormément de progrès. Il y a un retour en arrière, là, parce qu'aux États-Unis, ça hurle tout d'un coup à l'envers.
50:46Je pense qu'il faut être calme. C'est-à-dire qu'il y a un moment donné où c'était presque excessif. C'est un peu ça qu'on a appelé...
50:55C'est-à-dire non à chaque fois... Moi, je pense qu'on peut pas résumer les gens par des Noirs, des Jaunes, des Blancs.
51:01Et donc à chaque fois que vous faites une pub, un Noir, un Jaune, un Blanc, un truc, c'est un systématisme.
51:06Quand on est arrivé à dire qu'on pouvait pas traduire quand on était un Blanc un livre fait par un Noir, non mais attendez, c'est pas possible.
51:15Mais la diversité, c'est une immense richesse. Donc comment est-ce qu'on lui donne son vrai rôle d'immense richesse et qu'on continue,
51:24malgré tout ce qu'on entend, et ce retour tout d'un coup sur... Et beaucoup d'entreprises ont été courageuses.
51:30Elles ont dit qu'elles retourneraient pas en arrière, que la diversité était intéressante. Vive l'Europe !
51:35Merci beaucoup, Mercedes Serra. C'est une belle dernière phrase. A bientôt sur BeSmart4Change. On passe tout de suite à notre rubrique Start-up.
51:43Smart Ideas, la bonne idée du jour, elle est signée Ariane Varal. Bonjour.
51:53Bonjour.
51:54Bienvenue. Vous êtes la cofondatrice de SmartBag. Vous l'écrivez fin 2021 avec Olympe Chabert. Et avec quelle idée ? Racontez-moi tout.
52:01Avec Olympe, du coup, on était encore en école à ce moment-là, dans le Master Entrepreneur d'HEC. Et on avait envie de créer une entreprise
52:08dans le secteur de l'économie circulaire avec l'idée de pouvoir sauver un gisement de déchets et lui donner une seconde vie.
52:15On avait envie d'aider des entreprises à bouger vers de nouveaux modèles, d'aider les acteurs existants à évoluer et être un peu la petite
52:22startup qui vient titiller les gros acteurs pour les faire évoluer. Et alors quel secteur vous avez choisi ? On a choisi le secteur de la distribution
52:30du mobilier, B2C, le secteur de la maison, dans lequel on s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de gaspillages liés notamment aux retours,
52:38les retours e-commerce, donc tous les cas de rétractation, réclamation, qui font que les produits doivent être repris au domicile des particuliers
52:45et sont ramenés en entrepôt sans vraiment pouvoir leur trouver facilement une seconde vie. Ces produits, il y a bien sûr une partie quand même qui peut être
52:54remise en stock, mais l'autre c'est des produits qui sont récupérés, qui ont souvent un petit défaut et que les marques ne savent pas forcément bien gérer.
53:01Donc il y a un peu de revente à des soldeurs dans des gros camions à l'aveugle, il y a un peu de dons à des associations, il y a beaucoup de recyclage aussi
53:07parce que les produits sont parfois abîmés et on ne sait pas vraiment quoi en faire. Et on a décidé du coup d'intervenir là-dedans pour mettre en place
53:14un système de reverse logistique local qui fait que les produits n'ont pas besoin de remonter en entrepôt et sont traités directement depuis chez le particulier.
53:22Alors c'est quoi ? C'est une plateforme ? Qui mettez-vous en contact ? Parce que j'ai bien compris que c'était ça le principe.
53:27Complètement. Nous, on est intermédiaires, mais on offre un service de gestion clé en main des retours aux marques de meubles.
53:33D'accord.
53:34Et ce qu'on fait, c'est qu'on prend du coup la demande de retour du particulier, on s'occupe de faire une qualification de l'état du produit avec les photos,
53:43le défaut qu'on a reçu et les infos sur le produit neuf. Et ensuite, on les envoie à tous nos partenaires de la région qui sont des partenaires de seconde vie,
53:49des magasins d'occasion, des trocs, des dépôts-ventes, des acteurs historiques de l'occasion et aussi des associations pour lui trouver la meilleure seconde vie en local.
54:00Et ensuite, on mandate un transporteur qui vient au domicile du particulier pour récupérer le produit et le relivrer directement chez cet acteur.
54:07Et votre modèle économique, c'est quoi ? Qui vous paye ?
54:09Notre client, c'est vraiment le distributeur du meuble. Lui, il a un sujet, c'est gérer ce retour. Il y a un sujet de satisfaction client, il y a une obligation de reprendre ce produit.
54:17Et il y a tout un tas d'étapes qui sont pénibles pour lui et qu'on remplace par du coup ce service clé en main. Ceci dit, on revend quand même aussi deux tiers des produits à des acteurs de l'occasion.
54:27Et donc là, on prend une commission sur cette revente et on reverse les bénéfices à la marque.
54:32Alors vous avez fait le choix de l'économie sociale et solidaire, vous êtes ESUS, entreprise solidaire d'utilité sociale. Pourquoi ce choix ?
54:39C'est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur depuis le début avec Olympe. On monte une entreprise parce qu'on a envie d'avoir un impact sur la société,
54:47un impact environnemental via le fait de sauver des produits de la benne et donc toutes les émissions évitées par le nouveau produit qui n'est pas fabriqué.
54:55Et puis c'est juste trop bête de jeter un produit qui est en bon état. Et puis l'impact social aussi. Et là-dedans, notamment le local est important en fait.
55:04Comme on agit toujours au plus près de chez le particulier, on permet de faire de la revente et du don dans des zones qui ne sont pas forcément très actives
55:11et donc de redynamiser aussi un petit peu ces territoires. Et c'est notamment grâce aux dons qu'on fait aux associations qu'on a pu acquérir l'agrément ESUS.
55:19Et c'est vraiment une partie importante de notre modèle. C'est un tiers des produits qu'on reçoit qui sont donnés à ces assos.
55:25— Et je reviens aux entreprises. Alors j'ai bien compris ce que vous faites et qu'elles ne faisaient pas. Mais qu'est-ce qu'elles y gagnent ?
55:31Par exemple de la place en entrepôt, du matériel perdu dormant. C'est quoi l'idée ?
55:38— Elles y gagnent économiquement. Ça, c'est important parce qu'avant, il y avait tous ces coûts cachés liés à la gestion des retours.
55:45Donc le transport retour jusqu'à l'entrepôt, globalement, on l'identifie bien. Mais derrière, il y a du traitement. Donc en général, il faut récupérer le produit, le dépaler.
55:52Il y a tous les coûts de fourche en entrepôt. Il y a la place que ça prend, le stockage, la gestion de la seconde vie pour déstocker, donner.
56:00Et donc c'est tout ça, nous, qu'on vient remplacer et qui, du coup, finalement, leur revient moins cher et leur enlève une bonne grosse épine du pied.
56:06— Oui, effectivement. C'est du temps de main-d'œuvre aussi qu'elles y gagnent. — C'est aussi énormément de temps de main-d'œuvre, complètement.
56:10— Oui, bien sûr, qu'elles peuvent consacrer à autre chose. Merci beaucoup, Ariane Varal. Et bon vent à SmartPak. Voilà, c'est la fin de ce numéro de SmartPak.
56:18Merci à toutes et à tous de votre fidélité. Abyssmart4Change à la chaîne des audacieuses et des audacieux. Salut et à demain.
56:25— Sous-titrage Société Radio-Canada