Lundi 24 mars 2025, retrouvez Louis de Fels (Directeur Général - Responsable de la gestion collective, Gay-Lussac Gestion), Evelyn Herrmann (Économiste Europe, Bank of America Global Research) et Kevin Thozet (Membre du comité d'investissement, Carmignac) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:003 invités avec nous chaque soir pour décrypter les mouvements de la planète marché.
00:13Evelyne Herrmann est avec nous, économiste Europe chez Bank of America Global Research.
00:16Bonsoir Evelyne.
00:17A vos côtés, Louis De Feltz, directeur général et directeur de la gestion collective de GeluSac
00:23Gestion.
00:24Bonsoir Louis.
00:25Bonsoir.
00:26Et Kevin Tauzé qui nous accompagne également, membre du comité d'investissement de Carmignac.
00:28Bonsoir Kevin.
00:29Louis, Kevin, je commence par les questions de marché et on viendra bien sûr à la macro
00:34européenne notamment avec vous Evelyne, j'ai hâte de vous entendre sur la donne budgétaire
00:40en Allemagne.
00:41Mais question de marché, Louis, on est passé par un plus 10 moins 10 entre les Etats-Unis
00:46et l'Europe, là, au cours du premier trimestre de cette année 2025, que reflète cette situation
00:54et comment est-ce qu'on la gère d'un point de vue de gestion d'actifs et d'investissements ?
00:58Europe is back, bonjour Hugo.
01:00On ne va pas gâcher notre plaisir.
01:02C'est vrai que pour la première fois depuis très longtemps, depuis 2014, les Etats-Unis
01:06sont le moteur de la croissance mondiale grâce à leur déficit et pour la première fois
01:10qu'on l'a vu, tout le monde était hyper positif sur le marché américain, personne
01:16ne voyait de surperformance de l'Europe et quand il y a un consensus qui est trop établi,
01:21c'est exactement l'inverse qui se passe, c'était la même chose sur le dollar, 1,02,
01:24tout le monde voyait une parité sous les 1 et voilà qu'on rebondit au-dessus d'un
01:280,8, 1,09.
01:29Donc voilà, on ne va pas bouder de notre plaisir et on pense sincèrement chez l'AEGUSSEC
01:33Gestion que c'est que le début, c'est vrai qu'on pense qu'en effet il y a eu plus de
01:3610% et même 15% de surperformance de l'Europe depuis 4 mois si on le remet en dollars et
01:42la maison UBS dit que souvent, c'est des périodes qui peuvent aller jusqu'à 14 mois.
01:46Vous savez, il y a eu plusieurs surperformance de l'Europe et souvent quand ça commence,
01:50là ça ne fait que 4 mois.
01:51Donc on ne va pas bouder de notre plaisir, normalement si on reprend les statistiques
01:54ça pourrait continuer encore pendant une bonne dizaine de mois et il n'y a pas de
01:57raison que ça ne continue pas parce que pour la première fois, l'Europe notamment par
02:02le fameux plan allemand, les 500 milliards plus le plan de la défense, on en parlera
02:06tout à l'heure, c'est vraiment la bonne nouvelle tombée du ciel, tout le monde nous
02:10disait mais qu'est-ce qui peut se passer pour que l'Europe surperforme ? Tout le monde
02:13attendait la BCE, voilà et finalement c'est venu l'Allemagne, l'éventuelle aussi fin
02:17de la guerre en Ukraine, c'est des vraies très bonnes nouvelles.
02:19Pour nous, c'est un peu le « whatever it takes » de Robbis de 2012, donc en tout
02:24cas nous chers, il y a une suggestion que nous sommes sur les small handicaps, les valeurs
02:27un peu locales, très domestiques, en tout cas c'est Noël avant l'heure, on ne le
02:32voit pas encore dans les flux, c'est arrivé vers les large caps et les mid-caps mais voilà
02:36comme en 2012, le temps que ça ruisselle un petit peu, il y a la rotation sectorielle
02:40qui arrive, vous en parlez, les gens sortent un peu des sets magnifiques, ça arrive sur
02:44les méga-caps, ça arrive sur les mid-caps et on espère que ça va continuer.
02:47Il n'y a pas de raison que ce mouvement-là, une fois qu'il est lancé, une fois qu'il
02:51est parti, s'arrête brutalement ?
02:52Non, non, non, parce que voilà, le fameux plan allemand, on en parlera, mais c'est...
02:56Vous avez le droit d'en parler.
02:58Ça a sauté le verrou, c'est la meilleure des nouvelles, c'est au moment où les Etats-Unis
03:02ont plutôt en contrainte budgétaire, vont être en ralentissement économique, tout
03:06le monde, il y a un momentum de révision à la baisse du PIB aux Etats-Unis, alors
03:09qu'au contraire en Europe, ce fameux plan, maintenant on peut quasiment attendre 0,9
03:13de croissance en 2025 zone euro, ce n'est pas encore énorme, mais peut-être qu'en
03:162026, on sera à 1,4, on sera peut-être mieux que les Etats-Unis.
03:20Donc voilà.
03:21Après, ce n'est pas non plus énorme, mais vous savez comment ça se passe dans les marchés
03:23financiers, c'est la dynamique, c'est...
03:24Bien sûr.
03:25La dérivée, l'impulsion qui changent.
03:28Ça fait deux ans que les Etats-Unis ont une croissance au-delà du potentiel, on pourrait
03:32passer par une phase où les croissances américaines, au moins momentanément, seraient inférieures
03:37à son potentiel.
03:38Ça m'intéresse, Small et Mid Cap en Allemagne, est-ce que c'est là où ça a le plus réagi
03:44sur des indices comme le MDAX, par exemple, Louis ?
03:47Alors clairement, au début, c'est plus localisé sur l'Allemagne.
03:50Clairement, le MDAX, c'est quasiment plus de 16% depuis l'année, les Small DAX également
03:54aussi.
03:55Après, voilà, il y a des compositions d'indices, il faut toujours faire attention, mais c'est
03:59vrai que les valeurs allemandes ont très fortement rebondi, donc c'est une bonne nouvelle
04:04et ça cancele, ça ruissele un tout petit peu sur les autres pays, notamment un peu
04:07en France et aussi sur le reste des pays du Sud, notamment les valeurs qui sont exposées
04:11à la défense.
04:12Par exemple, quand vous prenez les indices Small français, Dassault Aviation, qui est
04:15une grande partie d'Antalès, a fortement monté, il y a Exosens aussi qui a un très
04:18gros poids des indices, donc voilà, c'est vrai que les indices ont un peu monté, notamment
04:23sur la défense, mais c'est vrai que ce n'est pas encore revenu sur les valeurs un peu plus
04:27Small et encore moins sur les micro-cap, donc ça, c'est la dérivée seconde qui arrivera
04:31on l'espère dans quelques mois.
04:32Parce que c'est vrai que les flux, ce qui est assez intéressant, c'est que même au
04:35niveau mondial, quand on regarde, ça fait dix ans que les flux mondiaux vers les États-Unis,
04:40ça s'est accéléré avec les élections de Trump, voilà, donc c'est pour ça que
04:45je pense que l'Europe, le temps que ça revienne, là, on a juste à peine corrigé les excès
04:50de novembre, décembre de l'année dernière, donc voilà, là, on est juste revenu à la
04:53normale, maintenant, le temps que ça arrive, on peut avoir, j'espère, allez, plusieurs
04:59mois, années, de flux qui reviendraient.
05:02Mais en tout cas, à ce stade, il est temps de rester positionné sur ses actifs européens
05:07et sur des valeurs de taille un peu intermédiaires.
05:12Plus que jamais, après, 4 ou 5 performances, ça va pas nous donner de plaisir, on n'y
05:15est pas encore, mais voilà, rappelez-vous, 2012, c'est arrivé, c'est pas arrivé tout
05:18de suite, ça a mis quelques mois, le temps, vous savez, cette rotation sectorielle, voilà,
05:23que les flux arrivent, reviennent, donc on reste, voilà, très positif, on a vu que
05:27les Allemands ont fait vite, c'est arrivé vite, donc il n'y a pas de raison de bouder
05:30de plaisir.
05:31Bon, et puis il y a différents types d'acteurs dans le marché, il y a ceux qui peuvent réagir
05:34très vite, les hedge funds, il y a ceux qui mettent un peu plus de temps à prendre
05:38des décisions d'investissement avec des horizons longs termes.
05:42Kévin, quand on a 15% d'écart de performance, c'est vrai qu'en plus, ramener en dollar,
05:47avec l'euro qui s'est apprécié, c'est encore plus dur pour un investisseur en dollar américain,
05:52comment on gère cette situation ? Est-ce que l'histoire peut nous enseigner que oui,
05:57la surperformance de l'Europe peut se prolonger au-delà de quelques mois et comment on gère
06:01la situation actuelle ?
06:02Pour faire écho à ce qui a été dit, on a effacé en gros les 12 mois de surperformance américaine.
06:08Bon, sur 10 ans, 12 mois, il y a potentiellement encore un peu de place.
06:14L'idée étant peut-être pas d'effacer 10 ans de surperformance américaine ?
06:17Non, non, ce n'est pas mon point, mais c'est que voilà, en effet, on a vu un rebond très
06:21fort des valorisations européennes, elles sont, on va dire, au plus haut des dix dernières
06:25années, si on met de côté ou sous cloche, quand nous on a été mis sous cloche, c'est-à-dire
06:30la période du Covid, il y a quand même, il me semble, une dynamique, un peu un front
06:36renversé entre ce qui se passe aux Etats-Unis, ce qui se passe en Europe et ce qui se passe
06:39en Chine.
06:40C'est-à-dire qu'on a clairement aux Etats-Unis, on va dire, un dosage macroéconomique moins
06:44favorable.
06:45Donc ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que sur les actifs américains, la question
06:49qui se pose, c'est plus comment est-ce qu'on va chercher à réduire le bêta ou la cyclicité
06:53de son portefeuille d'actions américaines ? Il vaut mieux le faire aujourd'hui qu'il
06:57y a six semaines.
06:58Pourquoi ?
06:59Parce qu'on arrive aujourd'hui à investir sur des actions américaines qui ont perdu
07:0315, 20, 25 %, alors même que c'est plutôt ce qu'on va appeler des actions à forte visibilité
07:09dans le secteur de la santé, par exemple, on pense à des entreprises comme Impitus Surgical
07:14qui fait des robots pour assister dans les opérations, beaucoup de revenus qui sont
07:18récurrents.
07:19C'est des valeurs qui ont fortement corrigé et ça, c'est plutôt intéressant à avoir
07:24dans un portefeuille.
07:25Il y a des grandes valeurs du secteur technologique aussi, je ne crois pas que la révolution de
07:30l'intelligence artificielle se soit arrêtée fin janvier avec DeepSeek ni avec la mise
07:34en place du Doge, sans doute des tendances de beaucoup plus long terme.
07:37Donc voilà, quand on va chercher à investir sur des entreprises un peu moins cycliques
07:41qu'aux Etats-Unis, on a aujourd'hui l'occasion de le faire sans investir sur des grandes
07:46chaînes de supermarchés qui traitent ou ont les multiples qui s'échangent sur 30 ou
07:5040 ans de résultat.
07:51Qui n'étaient pas trop chères.
07:52Exactement.
07:53Donc on retrouve un vrai confort dans le risk reward sur de grandes blue chips américaines
07:57du secteur tech, du secteur de la santé.
07:59Oui je crois et c'est vrai que ce raisonnement, un peu contrariant, c'est contrariant d'acheter
08:04de la tech américaine aujourd'hui, mais on va dire d'aller chercher un peu des creux
08:08de marché, il se vérifie très bien sur les marchés du crédit.
08:11C'est-à-dire qu'on a eu une hausse des rendements obligataires pour des raisons différentes
08:15entre les Etats-Unis avec ses craintes de ralentissement économique, on peut le dire,
08:19de récession d'une croissance économique sous son potentiel sur la deuxième partie
08:22de l'année.
08:23Et on a plutôt eu un mouvement envers, je ne sais pas, mon ami, une hausse des taux
08:27et des primes de risque sur les marchés du haut rendement européen, plutôt parce que
08:32ça reflète, on va dire, une croissance potentielle plus élevée, des taux réels plus élevés,
08:35enfin plutôt pour des bonnes nouvelles.
08:36Un avenir plus optimal pour l'Europe ?
08:37Oui.
08:38Mon point c'est qu'on va dire qu'il y a eu une hausse de 0,5, 0,6% sur ces marchés
08:43du haut rendement.
08:44Ça va effacer 2-3 mois de portage sur un horizon d'investissement de 5 ans, très largement
08:51on va dire, revenir dans les clous.
08:54Et donc, on va dire, ces difficultés qu'on a eues à court terme, ça sert quand même
08:57la performance de long terme, et je crois que sur certaines valeurs américaines, encore
09:01une fois, pas trop exposées au cycle américain, c'est plutôt des niveaux qu'on a envie
09:06d'acheter aujourd'hui.
09:07Mais ça veut dire, parce qu'on pourra peut-être se poser des questions un peu plus difficiles
09:10sur la course de l'économie américaine sous Trump et des marchés également, mais il
09:15y a quand même un confort à pouvoir déployer des investissements diversifiés aujourd'hui
09:21Kevin, là où la hausse des dernières années, on l'a raconté tous les jours ici, était
09:27ultra concentrée sur quelques méga caps américaines, ce qui rendait le métier difficile
09:31pour dire la chose.
09:32L'expression qui a été utilisée, c'est ne pas bouder son plaisir, on peut enfin trouver
09:37des vertus dans la diversification, en Europe sans doute aussi, il y a d'autres moyens
09:43d'aller faire de la sélection de valeurs, on va dire en dehors de l'armement, en dehors
09:47de la construction qui ont une trajectoire de performance quasiment exponentielle dans
09:51l'espace de quelques semaines, on a là aussi des acteurs européens qui sont, on va dire,
09:57moins favorisés aujourd'hui et qui bénéficieront à terme de ces plans de relance.
10:01Le à terme est important parce que là aussi les plans de relance ne se verront pas dans
10:04les résultats des entreprises avant l'année prochaine et encore je suis optimiste sans
10:07doute l'année suivante et puis après pour regarder ce qui se passe en Asie, là aussi
10:14il y a la réalisation que l'innovation ce n'est pas une exclusivité américaine, il
10:19y a des acteurs chinois qui innovent dans l'intelligence artificielle, on a beaucoup
10:23parlé de dits psychiques, vous avez vu la semaine dernière B-Widing où l'autre grand
10:27constructeur de véhicules électriques nous dit qu'ils arrivent à recharger des véhicules
10:30en 5 minutes.
10:31C'est quoi ? 500 km d'autonomie en 5 minutes c'est ça ?
10:34C'est ça.
10:35La biotech aussi, on parle beaucoup de la biotech chinoise.
10:38Il y a des téléphones qui marchent mieux que les téléphones favoris des américains
10:44et qui sont faits en Chine, l'innovation peut se faire ailleurs.
10:46Et aujourd'hui on apprend que Hand Financial, filiale de Alibaba, utilise des puces chinoises
10:51pour entraîner ces modèles d'intelligence artificielle et que tout ça permet de réduire
10:55les coûts de 20% dans le sillage de ce qu'on a vécu avec dits psychiques fin janvier.
11:01Comment modère-t-on donc tout cet enthousiasme Evelyne ? Je me tourne vers l'économiste
11:08allemande de surcroît je le rappelle Evelyne, j'attends de vous parler depuis le 4 mars
11:12dernier.
11:13C'est vrai que cette date du 4 mars je l'ai inscrite dans la lignée du 26 juillet 2012,
11:17le « whatever it takes » originelle de Mario Draghi, je l'ai inscrit dans la lignée
11:22du 18 mai 2020 qui était le discours Emmanuel Macron-Angela Merkel à l'époque qui ouvrait
11:27la voie à « Next Gen EU », il faut mettre en commun nos ressources plus que jamais disait-on
11:34à l'époque et donc le 4 mars dernier « whatever it takes to protect freedom and peace » nous
11:40dit Frederic Schmerz, ce qui débouche sur un virage budgétaire historique en Allemagne.
11:45Je ne veux pas gâcher le plaisir du toit, je suis très contente des annonces que vous
11:49avez faites.
11:50Vous avez le droit de modérer l'enthousiasme.
11:51Schmerz d'ailleurs il a utilisé exactement « whatever it takes » même en allemand,
11:56enfin il l'a dit en anglais, il a repris le label Draghi.
12:02Les allemands n'ont pas aimé la période Draghi mais on aime bien utiliser les bazookas
12:06et les « whatever it takes » pour les réponses budgétaires quand il y en a.
12:10Donc voilà, on ne s'étonnera pas.
12:11Non, je pense qu'il y a quelques points qui ont déjà été évoqués là.
12:14Donc le changement de la politique budgétaire allemande, il n'était pas attendu, surtout
12:18pas avec ce résultat d'élection même.
12:21Le contexte mondial joue probablement un rôle assez significatif dans la vitesse avec laquelle
12:26ça s'est produit et c'est pour ça aussi que je… enfin voilà, ça reste un scénario
12:31un peu compliqué y compris pour les marchés.
12:33Vous l'avez déjà évoqué, c'est un stimulus qui est donc sur la défense potentiellement
12:39immédiat mais si on veut augmenter les dépenses de défense à très court terme, ça viendra
12:43probablement avec beaucoup d'importations.
12:45Donc du coup, je prendrai plus l'exemple des 100 milliards qui ont été décidés en 2022.
12:50Côté Allemagne qui ont eu un effet de croissance plutôt de zéro, est-ce qu'il y a beaucoup
12:55de choses qui ont été importées ?
12:56À très court terme, on ne pourra probablement pas produire autant pour remplacer donc le
13:01soutien américain en Ukraine.
13:02Donc du coup, ça se fera probablement un peu plus à travers les importations.
13:06Après, si vraiment on continue à dépenser dans les 3-3,5% du PIB pour la défense au
13:13niveau allemand et potentiellement à terme aussi en Europe, les choses peuvent se développer.
13:19Donc les multiplicateurs budgétaires au début proche de zéro peuvent se gonfler si vraiment
13:24on arrive au point où le secteur privé répond positivement et envoie donc tous les titres
13:31autour de certaines entreprises.
13:32En tant qu'économiste, je n'ai pas trop le droit de nommer un, mais du coup, il y a…
13:37Il y a eu un enthousiasme boursier sur les valeurs concernées.
13:40Il peut y avoir une certaine réallocation des ressources à l'intérieur de l'économie
13:44où on refonctionne une partie du secteur automobile qui était en voie de, je ne vais
13:48pas dire disparition, mais de croissance zéro voire négative pendant très longtemps.
13:53On peut les refonctionner ailleurs et ça aidera.
13:55Donc ça, c'est pour le moyen terme.
13:57Et après, il y a le plan de relance infrastructure de 500 milliards, ce qui est quand même 12%
14:02du PIB allemand de 2024, c'est géant, c'est sur 10-12 ans et c'est là que ça devient
14:07compliqué parce que la beauté du truc, c'est que c'est vraiment un plan structurel.
14:11Donc, on parle d'un plan de long terme.
14:13C'est très différent par rapport à la réponse de… à une récession.
14:19Donc, du coup, récession typiquement, c'est une réponse immédiate avec un impact sur
14:22la croissance immédiate.
14:23Donc là, on doit d'abord travailler… enfin, on sait très bien pourquoi il faut
14:28dépenser cet argent et dans quel projet, mais ça prendra du temps pour vraiment se
14:32mettre en route.
14:33Et en attendant, on a un choc d'incertitude au niveau européen qui est quand même géant.
14:38Donc du coup, on a aujourd'hui un niveau d'incertitude de la politique de commerce,
14:45notamment au niveau mondial et au niveau européen, qui est bien au-delà de ce qu'on a vu en
14:482018-2019.
14:49Et on sait très bien ce que ça fait avec les investissements dans une économie.
14:54Donc, du coup, d'un point de vue marché, ce qui est étrange et curieux aujourd'hui,
14:57c'est que les annonces allemandes nous font pour un cycle un peu prévisible.
15:01Donc, c'est un cycle qui aujourd'hui commence, comme vous l'avez évoqué, peut-être avec
15:06un taux de croissance de 0,9 au niveau euro… enfin, zone euro cette année.
15:11En Allemagne, c'est probablement très proche de zéro, qui peut s'accélérer donc vers
15:15la fin de 2026 et 2027, ce qui est très difficile pour les marchés de presse.
15:20Et comment…
15:21Bien sûr.
15:22Pour l'instant, le marché regarde un peu à travers, en fait.
15:25Et juste pour finir, parce que vous l'avez évoqué, la comparaison avec « whatever
15:29takes the drag » et MGEU, là, on n'y est pas encore.
15:32Pour l'instant, on sait ce que…
15:33Il n'y a pas l'échelle européenne, vous voulez dire, c'est ça, Évine ?
15:35On sait ce que vont faire les Allemands, on sait ce que font certains pays de l'Europe
15:41de l'Est et les Scandis, les Scandinaves.
15:44Par contre, au-delà de l'Allemagne, pour l'instant, on n'a pas grand-chose.
15:49Alors, Kévin, et puis…
15:50Pour reprendre des termes d'économistes, toute la problématique, c'est qu'on fait
15:54R, donc le taux d'intérêt, et puis on soustrait ça à la croissance AG.
15:58Et on va dire, le choc positif à la croissance, c'est une très bonne nouvelle, c'est pour
16:022026-2027.
16:03Par contre, le choc des taux d'intérêt sur le R, c'est maintenant.
16:07Et donc, pour, en effet, des acteurs endettés…
16:11Alors, j'imagine que dans les petits témoignes de capitalisation, il n'y a pas que des
16:14acteurs qui sont endettés.
16:16Mais pour des acteurs endettés, que ce soit des entreprises et des Etats, ça peut venir
16:20vite faire mal, et faire plus mal que ce qu'il y aurait à gagner sur le front des relances
16:24allemandes.
16:25Et on pense notamment à l'Italie.
16:26Si l'Italie doit, on va dire, se mettre au niveau des 2%, je mets même de côté
16:32les 3,5% de dépenses d'armement, ça envoie le ratio dette sur PIB allemand à 140%.
16:39Avec des taux à quoi ? 4, 4,5 ?
16:41Oui, 4, 4,5.
16:43On fait plus que complètement effacer les bénéfices du plan de relance allemand.
16:48Donc, il y a un choc un peu asymétrique, là, en fait.
16:51C'est pas bien réparti.
16:53C'est tout le risque aujourd'hui.
16:54Donc, là aussi, comme vous le disiez, je crois que les marchés regardent au travers
16:57de ça, les agences de notation aussi.
16:59On voit la France AA.
17:02Bon, vous me donnerez un autre, on va dire, acteur économique avec les niveaux d'endettement
17:08de la France et une notation AA.
17:10Mais c'est bien.
17:11Je ne sais pas, la Grèce, ils sont à quoi quelques bips de nous sur le 10 ans, mais
17:15ils sont combien de crans en dessous dans les agences ?
17:17Exactement.
17:18On va pas relever beaucoup plus la Grèce.
17:20Et c'est toute cette difficulté-là.
17:22C'est-à-dire qu'on va avoir un passage de relais entre, quand même, ce consommateur
17:25européen qui va aider, on l'espère, la croissance européenne.
17:29Ensuite, une croissance explosive, j'ai envie de dire.
17:33Et il y a ce passage de bâton-là avec, entre les deux, l'épée de Damoclès ou ce bras
17:38de fer entre les tarifs douaniers et les plans de relance budgétaires.
17:41C'est mal réparti, vous disiez, Évelyne.
17:43Il y a une mauvaise...
17:44Non ?
17:45Dans quel sens ?
17:46Non, c'est juste que c'est très...
17:48Le plan de relance, il impactera...
17:50Le plan de relance annuel, il impactera la croissance probablement à partir de la deuxième
17:54moitié de 2026, sinon 2027.
17:56Donc, du coup, il faut attendre, quand même, un an.
17:59Et dans un an, un an, un an et demi.
18:01Et dans ce temps-là, il y a beaucoup de défis qui nous attendent.
18:05Donc, on fait face aujourd'hui à une croissance à un point de départ en Europe qui est plutôt
18:09anémique, avec une croissance qui reste sujet à beaucoup de risques à la baisse.
18:13Il y a tout le sujet douanier...
18:15Oui, oui, qui arrive, bien sûr.
18:17On n'en sait rien.
18:19Je n'ai pas de boule de cristal, mais la chose qu'on peut quantifier, c'est le choc d'incertitude
18:23qu'on est en train de subir.
18:25Il y a tout le complexe d'incertitude géopolitique.
18:29Les décisions sur la défense, ça ne vient pas tomber du ciel.
18:33Donc, du coup, ça fait un contexte qui, d'un point de vue investissement du secteur privé
18:39et d'un point de vue consommation des ménages, reste très complexe.
18:45Ce qui fait qu'aujourd'hui, on fait face à un creux qui peut devenir assez peu confortable,
18:51déconfortable même, avant que les bonnes nouvelles côté croissance vont vraiment se matérialiser.
18:57Je suis complètement d'accord avec ce qui est dit au niveau économiste.
19:00Mais c'est ça qui fait souvent la grande différence.
19:02Ce qui est très compliqué dans votre métier, c'est entre ce que le marché anticipe et l'économie.
19:08Mais c'est vrai qu'en tant que moi, je suis plus un homme de marché qu'économiste.
19:12En tout cas, on ne va pas bouder notre plaisir.
19:14Le problème de l'Europe, c'est un choc de confiance.
19:16Il fallait quelque chose de confiance.
19:18Pourquoi les Américains ont épargné toute leur épargne Covid, ou un taux d'épargne au plus bas,
19:22alors que nous, Européens, sachant que les salaires réels sont positifs,
19:25déjà depuis, je crois, neuf mois ou un an, et au lieu de le consommer, ce qu'on fait, on l'épargne.
19:29Pourquoi ? Parce que tous les jours, en ouvrant les journaux, on nous dit que c'est la fin du monde, etc.
19:33Ne boudons pas notre plaisir, c'est un vrai choc de confiance.
19:36On a vu que le taux d'épargne en zone euro est, pour la première fois, arrêté de monter,
19:39même un tout petit peu diminué.
19:41Une relance de la consommation.
19:43L'inflation est en train de baisser plus qu'aux Etats-Unis.
19:45Les salaires sont encore assez élevés.
19:47Pour la première fois, si la confiance revient, la consommation devrait repartir.
19:52Les esprits animaux, ça peut exister aussi en Europe.
19:55Ça peut exister.
19:56C'est vrai que tout ce qui a été dit, ça va peut-être prendre du temps.
20:00Mais il suffit aussi que ça va venir baisser la prime de risque.
20:05En faisant baisser la prime de risque, automatiquement, ça remonte un peu.
20:09Avant, vous disiez qu'on était entre 11 et 12 fois pour le marché large cap.
20:12Ça y est, ça mérite un peu une prime, parce qu'on va commencer à l'acheter en 2026.
20:18Et on se dit que le président Trump a complètement secoué l'Europe.
20:23C'est dans le bon sens.
20:25Même si les discussions patinent un peu avec l'Ukraine,
20:28si la fin de la guerre en Ukraine se termine, ça redonne, je sais, c'est hypothétique,
20:32encore un surcroît.
20:34C'est des catalyseurs potentiels devant nous, bien sûr.
20:38Je vous rappelle qu'un investisseur américain, tous les flux sont partis aux Etats-Unis.
20:41Ils ne savent pas du tout où est l'Ukraine.
20:43Sur une map de l'Europe, ils pensent que l'Ukraine, c'est en Europe.
20:46Tout ça, ça pourrait venir continuer le momentum européen.
20:50On l'attendait depuis longtemps.
20:52Oui, mais moi, je suis dans votre camp, Louis, je suis d'accord.
20:55Non, non, mais il n'y a pas de quoi.
20:57Ce que je dis, c'est que quand vous regardez la réaction du 10 ans sur le Bund,
21:01on a fait un overshoot qui était quand même assez important.
21:04On est arrivé à 3 aujourd'hui, on est à 2.
21:06215.
21:08Donc du coup, il peut y avoir des flux.
21:10Ça ne sera pas une trajectoire sur la liste.
21:12Et il peut y avoir beaucoup de...
21:14Et dans l'intervalle, Evelyne, ça veut dire que la BCE conserve un rôle essentiel,
21:21une clé indispensable.
21:23Avant de se poser la question du taux d'équilibre,
21:26une fois que l'Allemagne aura commencé à dépenser pour ses infrastructures et pour sa défense.
21:31Là, il y a 12-18 mois où la BCE va devoir continuer d'être active.
21:34Oui, totalement.
21:35Du coup, nous, on part sous l'hypothèse.
21:37Je pense qu'on avait discuté ça ici avant.
21:39On avait un taux terminal sur la BCE de 1,5 depuis 2 ans,
21:43au point que ça commence à nous ennuyer d'en parler.
21:46Mais on le maintient.
21:47Du coup, on pense toujours qu'il y a ce...
21:50Comme je le disais, ça fait vraiment pour un cycle prévisible.
21:52Ce n'est pas quelque chose dont on a l'habitude
21:54parce que typiquement, vraiment, les plans de relance,
21:57ça vient avec un but d'effet immédiat, moins partiel.
22:02Et voilà un truc qui a pour but vraiment le moyen terme.
22:07Et donc, du coup, ça fait pour un cycle prévisible.
22:11En attendant, la BCE doit gérer le choc d'incertitude.
22:15Il doit gérer l'impact sur les taux réels
22:18qui ont quand même grimpé en fonction
22:20de quel point de référence on prend.
22:22Mais la courbe, elle a grimpé de 20 points de base
22:24à peu près depuis le 3 mars.
22:26Exactement, c'est ce que nous dit Pieroci, polonais.
22:29Ça fait partie des arguments.
22:30Les taux réels sont plus élevés.
22:32Depuis la dernière prévision de la BCE,
22:34c'est significatif quand même.
22:36Donc, du coup, ça, c'est quelque chose
22:38que la BCE va devoir gérer et accompagner.
22:41Aujourd'hui, il n'y a pas l'impact du plan de relance
22:44sur l'économie encore visible.
22:46Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, les taux neutres
22:48dans l'économie ne sont pas encore impactés.
22:51On peut en parler.
22:52Peut-être que le taux neutre dans l'économie grimpe
22:54une fois que vraiment on aura toutes ces dépenses.
22:57On aura vraiment la matérialisation
22:59de tous les effets secondaires aussi qui viennent avec.
23:01À ce moment-là, peut-être, les taux neutres en zone euro
23:04seront plus proches de 2,5 %,
23:06tel que les faucons veulent nous expliquer aujourd'hui.
23:09On n'y croit pas trop, mais...
23:11Donc, du coup, ça fait que la BCE peut baisser les taux aujourd'hui,
23:14devrait baisser les taux aujourd'hui,
23:16et à terme, ils peuvent les remonter.
23:18Voilà, c'est comme ça.
23:19Mais on ne peut pas dire qu'on est dépendant
23:22des données qui arrivent et, dans le même temps,
23:25dire, ah bah oui, mais non, parce que l'Allemagne va relancer,
23:28donc ma baisse de taux sera plus limitée.
23:31Il y en a sans doute qui vont le dire.
23:32Oui, mais il faut être cohérent de ce point de vue-là.
23:34J'entends, Kévin.
23:35Sur les données, si on regarde les indices composites
23:37qui sont utilisés par la BCE sur les matières premières,
23:40il y a un élément gaz important dedans.
23:42On baisse.
23:43On a un euro qui est plutôt en hausse.
23:46Il y a les taurelles qui sont montées.
23:48Il y a aussi les anticipations,
23:49qui ne sont pas les mêmes aujourd'hui par rapport à la région mars.
23:51Il y a moins d'anticipation de baisse de taux dans le marché aujourd'hui.
23:54Donc, quand on met tout ça bout à bout,
23:56plus, eh bien, là aussi, cette hausse des taux longs,
23:59elle pose question sur les plus endettés d'entre nous, disons.
24:02Ça veut dire que la BCE,
24:04elle doit continuer, sans doute, sur son chemin
24:06de baisse de précaution pour la réunion d'avril.
24:09C'est peut-être un peu technique,
24:11mais le fait que l'envolée des rendements allemands
24:14ait aspiré également toute la courbe euro,
24:17est-ce que ça redonne de l'intérêt
24:20à la politique de gestion de bilan de la BCE ?
24:24Pour l'instant, c'est vraiment géré séparément.
24:27On a de plus en plus de questions au sujet du QT.
24:30Est-ce que la BCE va ralentir ou pas ?
24:33On n'a pas la réduction de son bilan.
24:35Pour l'instant, on a vraiment l'impression
24:37que pour eux, c'est un sujet complètement à part.
24:39D'accord.
24:40Donc, sauf vraiment perturbations significatives
24:42sur les marchés, des réactions.
24:44Enfin, je ne prendrai pas l'exemple de l'Allemagne
24:46le jour des annonces.
24:48Non.
24:49Parce que là, il y avait une raison véritable.
24:51Mais sauf s'il y a vraiment une réaction très rapide,
24:53très extrême sur certains segments,
24:55on pense que c'est peut-être un peu trop avancé
24:57de vraiment parler d'une fin de la réduction.
24:59Du point de vue de la BCE, on n'est pas dans le cadre
25:01d'une correction obligataire qui serait non souhaitée,
25:03non voulue, qui irait au-delà des fondamentaux.
25:08Non, mais je pense que c'est ce qu'il y a plein d'analyses,
25:11y compris qui sortent de l'Allemagne.
25:13Parce qu'en Allemagne, on a quand même des économistes
25:15qui disent que c'est la fin de la soutenabilité
25:17de la dette de l'Allemagne.
25:18Bien sûr, le AAA et tout ça.
25:20Mais il y a une très grosse partie de cette réaction
25:22qui se voit dans les marchés,
25:24qui est justifiée par les perspectives de croissance
25:26qui, à moyen terme, ne sont peut-être plus
25:28dans cette économie à zéro.
25:30Et donc, du coup, c'est un contexte très différent.
25:33Parce que, comme vous disiez, on voit une réaction positive
25:35sur le marché de l'action.
25:37On voit une réaction positive côté euro.
25:39Donc, du coup, ça met un peu un contexte très différent
25:42par rapport à la hausse des taux.
25:45Oui, oui. Ce que je disais un peu tout à l'heure,
25:48depuis 2014, les déficits publics US,
25:50ça y est, il y a 6,5.
25:52Voilà, toute la croissance US depuis 2014,
25:54c'était ce déficit.
25:56On a 3,4% en zone euro.
25:59Donc, il y a de quoi faire.
26:02Normalement, il suffit que ça se réinverse.
26:05Et c'est des politiques de flux, comme on disait tout à l'heure.
26:07C'est pour ça que nous, on est assez positifs sur l'euro.
26:09Et clairement, dès que l'euro...
26:11À tous les coups, il va peut-être passer un 10, un 12.
26:13Après, je ne suis pas non plus des experts
26:15sur le changeur au dollar.
26:17Mais quand on regarde dans le passé,
26:19à chaque fois que l'euro a surperformé le dollar,
26:21l'Europe a surperformé les États-Unis.
26:23Je parle sur le marché d'action.
26:25Maintenant, la vraie question que tout le monde se pose,
26:27c'est le taux d'intérêt entre les US et l'Europe.
26:29Voilà, il n'y a pas de raison.
26:31Nous, on ne pense pas vraiment que le taux allemand
26:33va remonter au-dessus de 3.
26:35Mais clairement, les États-Unis vont être en ralentissement économique.
26:37Ils sont un peu en bout de cycle.
26:39Donc, la vraie question, c'est à quelle vitesse ils vont ralentir.
26:41On a vu les 2 mois consécutifs,
26:43les retail sales qui étaient en baisse,
26:45même prévues en baisse.
26:47Ceux de la semaine dernière, flat en volume,
26:49plus 0,2 en prix.
26:51Donc, voilà, tous les pains de Covid
26:53consommés par les Américains.
26:55Voilà, nous, on pense qu'au contraire,
26:57on en parlait tout à l'heure de taux réels,
26:59l'autre solution, sinon même sur les marchés d'action,
27:01c'est d'acheter de la duration américanogeante
27:03puisque les taux réels sont assez élevés.
27:05Ça vous donne une protection énorme
27:07contre un éventuel ralentissement américain.
27:09D'ailleurs, Trump en fait son KPI.
27:11C'est la baisse des taux longs
27:13qui doit marquer, en tout cas,
27:15sa crédibilité sur le début de son mandat.
27:17Parlons de Trump.
27:21Combien il a coûté déjà ?
27:23Au marché, le calcul est assez facile,
27:25mais à l'économie américaine,
27:27Kevin, et qu'est-ce que vous comprenez
27:29de la stratégie ?
27:31On s'est tous un peu remis à jour.
27:33Moi le premier, en tout cas, sur Trump 2.0
27:35par rapport à Trump 1.0.
27:37Ceux qui avaient bien bossé
27:39avaient peut-être déjà en tête
27:41que Trump 2.0 serait sans doute un peu plus agressif,
27:43brutal et peut-être dogmatique
27:45également que Trump 1.0.
27:47On est en plein dedans
27:49avec en plus la perspective du 2 avril.
27:51Ce qu'il a coûté,
27:53on a dit le mot, je pense,
27:55dix fois au moins aujourd'hui,
27:57c'est l'incertitude. L'incertitude, ça fait plus mal
27:59que les tarifs douaniers.
28:01Parce que si on est un ménage ou une entreprise,
28:03on arrive à gérer avec des tarifs douaniers.
28:05On arrive à trouver des alternatives.
28:07Tant qu'on ne sait pas,
28:09on attend.
28:11Chaque jour qui passe ou mois qui passe,
28:13il fait mal, a fortiori, quand on a des taux réels
28:15à 2% aux Etats-Unis.
28:17Sur toute la question qui se pose,
28:19c'est-à-dire qu'on parlait en introduction,
28:21c'est-à-dire qu'on a l'Europe et la Chine
28:23qui relancent,
28:25qui vont avoir des déficits plus importants
28:27que ce qu'on pouvait anticiper.
28:29Ce n'est pas le cas aujourd'hui
28:31aux Etats-Unis.
28:33Toutes choses égales par ailleurs,
28:35ce qu'on a apporté, ce que vous soulignez,
28:37cette corrélation forte entre des déficits
28:39importants et de la croissance économique.
28:41Si on va enlever des déficits, ça se voit
28:43sur la croissance économique.
28:45C'est le pivot.
28:47Il va faire procéder
28:49à de la relance budgétaire.
28:51Nous, on a plutôt tendance
28:53à penser que oui,
28:55via les baisses d'impôts.
28:57Ça se fera
28:59via les baisses d'impôts,
29:01via sa big beautiful bill,
29:03comme il aime à l'appeler.
29:05Mais ça ne se fera pas tout de suite.
29:07Ça ne se fera pas avant juin ou juillet.
29:09On est en train de découvrir
29:11le mécanisme de prix,
29:13pas de marché,
29:15de Donald Trump.
29:17Sans doute,
29:19le niveau d'exercice
29:21de ce pivot-là,
29:23on n'y est pas encore.
29:25On va l'apprendre,
29:27on va le découvrir avec lui.
29:29Mais sans doute qu'in fine,
29:31c'est ça qui se joue, mais ça ne veut pas dire
29:33plus de dommages aujourd'hui
29:35que par le passé.
29:37Scott Besant nous dit le 2 avril,
29:39les tarifs, le jour de libération de l'Amérique,
29:41ce sera le point de départ
29:43de la grande négociation.
29:45Ce que je comprends, c'est que
29:47les tarifs, la menace, va être permanente,
29:49je les enlève, je les remets, etc.
29:51Le temps d'accompagner une négociation
29:53qui aboutisse
29:55à des conclusions satisfaisantes
29:57pour Trump et son équipe.
29:59L'incertitude va durer
30:01au-delà du 2 avril, c'est ce que je veux dire.
30:03On ne va pas régler l'incertitude
30:05le 2 avril avec les annonces.
30:07D'où notre point de vue,
30:09il n'y a que le pivot,
30:11il n'est pas pour tout de suite.
30:13Ce qui motive
30:15le fait
30:17qu'il favorise
30:19le Main Street
30:21par rapport à Wall Street,
30:23on a quand même
30:25ce mariage toxique aux Etats-Unis
30:27entre le niveau des marchés d'action
30:29et la croissance économique américaine.
30:31Vous le soulignez, les taux d'épargne sont très bas,
30:33le portefeuille
30:35d'action d'un ménage médian
30:37aux Etats-Unis est de l'ordre
30:39de 150 000 $,
30:41principalement investis sur des grandes valeurs américaines
30:43où, j'imagine pour les plus jeunes
30:45des Américains, sur des crypto-devises
30:47qui sont en baisse de 15-20-25 %.
30:49Il y a un moment
30:51où ça se voit, et ça se voit
30:53dans la croissance économique.
30:55Combien est-ce que Trump
30:57a déjà coûté à l'économie américaine
30:59au reste du monde ?
31:01Evelyn, et comment
31:03chez Bank of America Global Research
31:05on réfléchit à la suite
31:07à ce qui peut se passer à partir du 2 avril ?
31:09En fin de vue
31:11économie américaine, mes collègues
31:13continuent à croire que l'économie
31:15américaine est quand même assez résistante
31:17comme point de départ, mais ils ont quand même
31:19baissé leurs prévisions de taux de croissance
31:21pour la fin de l'année
31:23puisqu'on aime bien exprimer
31:25en T4 sur T4 glissement 1.
31:27Du coup, ils ont baissé
31:29le T4 de 50 points de base
31:31en glissement, donc on retombe en dessous
31:33des 2 % et après ça se restabilise
31:35vers les 2. Là où ça devient vraiment compliqué
31:37aussi d'un point de vue marché, c'est qu'on a
31:39pris l'habitude du Powell Put
31:41donc dès qu'il y a un truc qui se passe mal
31:43côté marché d'emploi et ou action
31:45ou économie réelle
31:47la Fed ignore la dynamique
31:49d'inflation et y fonce.
31:51Cette fois-ci, ça commence à être un peu plus
31:53compliqué, on l'a vu dans les enquêtes des ménages
31:55les anticipations d'inflation de moyens long terme
31:57ont grimpé de façon assez
31:59significative, donc du coup ça complique
32:01cette fois-ci la fonction de réaction de la Fed.
32:03Powell a plutôt balayé
32:05en l'occurrence l'enquête du Michigan
32:07en disant que c'est un outlier.
32:09Oui, par contre, on a vu aujourd'hui
32:11dans la mise à jour des prévisions
32:13de nos collègues qu'on est plutôt en voie d'avoir
32:15un taux d'inflation sous-jacent
32:17aux Etats-Unis, le fameux COP ici
32:19qui serait plus proche de 3 % que de 2,5 %
32:21dans la deuxième moitié de l'année.
32:23Donc ça devient tous un peu plus
32:25l'arbitrage, il y est encore
32:27on ne va pas dire que la Fed va toujours
32:29ignorer les faiblesses de l'économie réelle
32:31mais l'arbitrage, il est moins évident
32:33aujourd'hui qu'il était dans le passé.
32:35Après, comment quantifier
32:37le mal qu'il y a dans l'économie
32:39mondiale ? Encore une fois,
32:41c'est l'incertitude qu'on peut
32:43quantifier. On prépare
32:45un Trade Policy Uncertainty Indicator
32:47donc du coup c'est la fréquence
32:49des mots-clés affiliés avec
32:51l'incertitude
32:53commerciale dans la presse internationale
32:55et on voit très bien que
32:57aujourd'hui, ou il y a dix jours, on était
32:59à quatre écarts-types au niveau européen
33:01au-delà de la moyenne de long terme.
33:03Au niveau mondial, on était à cinq écarts-types.
33:05C'est le double
33:07triple de ce qu'on a vu en pique
33:09en 2018-2019. Et les
33:11élasticités standards, et encore une fois avec tous les
33:13KVA qui s'appliquent,
33:15un choc persistant d'un écart-type
33:17est l'équivalent d'à peu près
33:1980-90 points de base sur la croissance
33:21d'investissement. D'accord, et
33:23à cas de l'investissement, c'est...
33:25À quatre écarts-types, oui,
33:27ça peut encore monter, bien sûr.
33:29Oui, mais c'est via
33:31l'investissement, c'est ça,
33:33via la baisse des perspectives d'investissement
33:35et la baisse des CAPEX
33:37que cette incertitude se
33:39traduit et se matérialise. Oui, voilà.
33:41C'est le mécanisme
33:43de transmission auquel
33:45on peut se préparer, même s'il n'y en a pas,
33:47de décisions effectives ou de
33:49hausses significatives
33:51des douanes eux-mêmes.
33:53Le marché, il est prêt ? Parce qu'il y aura
33:55des annonces le 2 avril. Enfin, je crois qu'on l'a tous compris
33:57là, maintenant. C'est vrai que c'est
33:59très compliqué de savoir, mais c'est vrai que
34:01sur votre question de savoir qu'est-ce que coûte
34:03Trump, c'est vrai que pour moi, ce sera peut-être un cas d'école
34:05derrière. C'est vrai qu'avant qu'il soit élu, vous prenez
34:07la production. Le pays américain, c'était
34:09le leader de très très loin. Tout était
34:11huilé à la perfection.
34:13Tout était parfait. Et pour une partie
34:15des Américains, c'était la pire économie
34:17ever. Voilà, maintenant, tout revient
34:19sous-optimisé. Ils vont
34:21repayer les importations plus chères,
34:23devoir tout le localiser avec une main-d'oeuvre
34:25forcément plus chère, parce que là, ils font tout un
34:27programme aussi contre l'immigration, donc forcément
34:29au coût de main-d'oeuvre plus chère. Donc là,
34:31la beauté de la machine et qu'une productivité
34:33historique par rapport à l'Europe et tout,
34:35d'un coup, tout est en train
34:37d'être un peu remis en cause. Donc c'est vrai que ce sera peut-être un cas
34:39d'école derrière, que dans quelques années, on pourra se dire
34:41mais comment on a pu annoncer tout ça ?
34:43Donc voilà, je ne sais pas combien ça va coûter,
34:45mais en tout cas, la seule chose, c'est le
34:47coût, peut-être pour les Etats-Unis,
34:49indirectement, est bénéfique pour l'Europe, comme on a parlé
34:51tout à l'heure. Ça permet de
34:53ressouder un peu l'Europe, de reprendre
34:55les décisions, et merci les Allemands.
34:57Est-ce que ce sera
34:59inflation... Cette histoire
35:01de tarifs, est-ce que c'est intéressant ?
35:03Quand on a vu la baisse
35:05des taux longs arriver,
35:07plus Trump parlait des tarifs, plus les
35:09taux longs baissaient. C'est oulala, le marché obligataire
35:11voit les tarifs comme
35:13avant tout récessifs, en tout cas plus récessifs
35:15qu'inflationnistes.
35:17Comment elle bouge, cette histoire ?
35:19Je ne suis pas sûr.
35:21Le narratif de marché, il y a encore
35:23un gros mois et demi
35:25ou deux mois, c'est que M. Trump
35:27n'aboyait plus qu'il ne mordait.
35:29C'était l'incertitude qui pesait sur la croissance
35:31économique infinie.
35:33Vous le disiez,
35:35M. Powell a indiqué que
35:37pour lui, l'inflation liée aux tarifs
35:39était transitoire.
35:41Je pensais que le mot était terminé à la fête,
35:43mais visiblement pas.
35:45Il l'a dit.
35:47Pour autant, on a vu
35:49d'autres papiers sortis
35:51par d'autres membres
35:53de la réserve fédérale ou des réserves fédérales
35:55locales qui tentent à indiquer
35:57que l'impact des tarifs douaniers
35:59est plus que transitoire, c'est-à-dire que
36:012, 3, 4 ans après, on le sent encore.
36:03Pourquoi ? Parce qu'il y a toute une question,
36:05une problématique autour des biens intermédiaires
36:07dont les prix
36:09restent élevés.
36:11C'est quand même un facteur important.
36:13Le deuxième, c'est quand même
36:15que d'essayer de calquer les tarifs
36:17de 2018 sur 2025,
36:19c'est un peu délicat. Pourquoi ?
36:21Parce qu'il y a quand même eu beaucoup d'ajustements
36:23qui se sont faits dans le siège de 2018.
36:25Si je regarde les exportations
36:27du Mexique ou du Vietnam
36:29vers les Etats-Unis et puis de la Chine
36:31vers ces pays-là,
36:33ça montre quand même qu'il y a déjà eu
36:35cette forme d'adaptation des entreprises
36:37et des pays auxquels on faisait allusion
36:39tout à l'heure.
36:41Cet exercice-là, il a déjà été fait.
36:43Le point de départ, aujourd'hui,
36:45c'est un peu l'évidence de le dire,
36:47mais c'est important, ce n'est pas tout à fait le même
36:49qu'en 2018. Et donc, potentiellement,
36:51il y aura des prix qui seront
36:53plus élevés, infinés
36:55et a fortiori dans une économie
36:57comme vous le disiez,
36:59qui globalement tient bien.
37:01Le taux de chômage, il reste quand même
37:03sur des niveaux extrêmement bas,
37:05les taux de démission, etc.
37:07On vient choquer
37:09plus l'offre
37:11que la demande et ça, ça a tendance à faire monter
37:13les prix. Dans l'idée
37:15où l'Europe se montrerait ferme,
37:17et c'est vrai que dans les grandes zones économiques,
37:19alors là, on est dans la grande phase de négociation,
37:21tout le monde va aller négocier avant
37:23le 2 avril, les échanges vont être
37:25intenses, mais on voit par exemple le UK
37:27de Kirstarmer aujourd'hui qui envisage, pourquoi pas,
37:29d'abaisser la taxe sur les
37:31GAFA, voire de la supprimer.
37:33L'Europe, dès le départ, dès qu'on a eu
37:35des taxes sur la sidérurgie, sur l'acier,
37:37l'aluminium, tout de suite, on a ressorti
37:39les listes de produits de 2019,
37:41les Harley Davidson, le Bourbon du Kentucky,
37:43etc. Dans l'idée
37:45de se montrer ferme et de montrer qu'on allait
37:47réagir tout de suite, assez automatiquement,
37:49face
37:51au risque tarifaire de Trump.
37:53Ce risque d'escalade,
37:55il va coûter économiquement aussi,
37:57Evelyne, j'imagine, et est-ce qu'il y a
37:59d'autres manières de répondre avec un
38:01coût économique, à l'arrivée, peut-être moins important
38:03pour des partenaires ?
38:05Ou plus important ?
38:07Pour l'instant, j'aurais tendance à dire que
38:09l'Europe a répandu quand même de façon assez
38:11chirurgique qu'elle. Comme la Chine,
38:13nous coïncidons un peu les secteurs qui sont
38:15peut-être avec des
38:17élasticités de demande inférieures,
38:19on a encore de la marge,
38:21les tarifs réciproques, il y a de la marge de dire
38:23qu'aujourd'hui, en Europe,
38:25on a un taux d'importation, un taux
38:27de douane qui est de 10% aux côtés
38:29américains, c'est 2,5.
38:31Si on baisse à 2,5,
38:33ça va bénéficier les BMW,
38:35les Volkswagen, c'est pas non plus...
38:37Il y a de la marge encore de la négociation,
38:39après, je pense que ça dépend aussi du
38:41point de départ ou de la négociation côté
38:43américain. Si c'est les tarifs réciproques,
38:45pour l'Europe, il y a
38:47vraiment beaucoup de marge de négociation,
38:49si vraiment le tarif réciproque inclut
38:51par exemple quelque chose comme la TBA
38:53en Europe, ça devient soudainement
38:55beaucoup plus compliqué.
38:57Et donc, du coup, là,
38:59oui, je pense que personne
39:01n'a envie
39:03d'une escalade.
39:05Du côté européen, au moins, il n'y a pas
39:07cette incitation.
39:09Il n'y a pas l'intention de se renchérir.
39:11Par contre,
39:13si ça devient inévitable,
39:15il y a des moyens,
39:17et on a regardé ça
39:19dans un autre contexte, mais
39:21le compte-courant déficitaire des
39:23Etats-Unis est quand même un peu
39:25l'image miroir du compte-courant
39:27excédentaire de l'Europe. Donc, du coup,
39:29c'est pas seulement les flux de biens, mais c'est les flux
39:31de capitaux qui compensent derrière.
39:33Il y a de quoi faire.
39:35Sur la partie services,
39:37flux de capitaux, l'Europe
39:39a de quoi se défendre, peut-être, par rapport
39:41aux Etats-Unis. C'est l'Europe, aujourd'hui,
39:43qui achète des treasuries pour faire les
39:45fins de mois des Etats-Unis. Ce n'est plus la Chine,
39:47c'est moins le Japon.
39:49Donc, il y a un pouvoir de négociation, quand même,
39:51peut-être plus équilibré qu'est-ce qu'on croit.
39:53Allez, on va se dire ça, et on va en rester là
39:55en attendant le 2 avril. Merci en tout cas
39:57à vous trois d'avoir été des invités de Planète Marché ce soir.
39:59Évelyne Herrmann, économiste Europe chez Bank of America
40:01Global Research. Kévin Thauzet, membre
40:03du comité d'investissement de Carmignac.
40:05Et Louis de Fels, directeur général et directeur
40:07de la gestion collective de Gay-Lussac Gestion.