Léa Salamé reçoit Antoine de Caunes, l'emblématique animateur, pour discuter de son ouvrage très personnel, "Il déserte" (Dargaud). À travers cette BD, l'auteur raconte une aventure incroyable vécue par son père, Georges de Caunes, en 1962, qui a vécu seul pendant un an sur une île déserte.
Retrouvez « L'interview de 9h20 par Léa Salamé » L'interview de 9h20 avec Léa Salamé sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-interview-de-9h20
Retrouvez « L'interview de 9h20 par Léa Salamé » L'interview de 9h20 avec Léa Salamé sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-interview-de-9h20
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour Antoine Decone, on est très heureux de vous recevoir ce matin sur Inter, cette
00:04antenne que vous connaissez bien.
00:06Si vous étiez une star de rock, une île et un défaut ?
00:09La star de rock, évidemment ce serait Bruce Springsteen, parce que la sensation que doit
00:15éprouver Bruce sur scène devant 70.000 personnes, à chaque fois avec son groupe avec lequel
00:19il joue depuis 50-60 ans, ça doit être totalement vertigineux.
00:23Si vous étiez une île ?
00:24Je pourrais m'en tirer par une pirouette en disant Trouve-Île.
00:30Attends, je ne l'ai pas.
00:31Trouve-Île ?
00:32Trouve-Île ?
00:33Oh oui, j'étais lente, j'étais lente, j'étais lente, il y en a un qui a trouvé à ma gauche.
00:38En fait, ce serait plutôt une île des toits motous sur laquelle est enterré Stevenson.
00:42Je rêve d'aller là-bas.
00:43Ah, justement, on va y venir.
00:46Et un défaut ?
00:47Un défaut, ça serait la curiosité.
00:50Oh là là là là là.
00:52Quoi ?
00:53C'est un vilain défaut, non ?
00:55Oui.
00:56Depuis 8 ans, j'ai perdu mon père.
00:58C'est ainsi que commence la bande dessinée dans laquelle vous racontez une aventure ahurissante,
01:02extraordinaire, vécue par votre père alors que vous aviez 8 ans.
01:05Il décide de quitter femme et enfant pour aller vivre pendant un an sur une île déserte
01:10en Polynésie française, une île où il n'y a rien ni personne que lui, lui et son chien.
01:16On est en 1962, vous avez 8 ans donc.
01:19Et le sentiment de perdre votre père ?
01:21C'est plus qu'un sentiment, c'est-à-dire que mon père me dit, voilà, je disparais
01:24de la surface de la Terre pendant un an.
01:26Moi j'ai 8 ans, un an c'est le huitième de ma vie.
01:29Ça veut dire une éternité.
01:30Et je le vois partir et je ne comprends pas surtout pourquoi il disparaît.
01:33Et il ne me l'explique pas, il me dit, je vais faire une expérience de survie sur une
01:37île déserte.
01:38Mais ça n'a pas de sens.
01:39Il ne vous l'explique pas parce que votre père ne se justifiait jamais, vous dites.
01:42Oui, enfin il avait du mal à s'expliquer en privé en tout cas.
01:45Autant il était prolixe et bavard en public puisque c'était son métier, c'était un
01:51homme de communication.
01:52En privé, il était assez mutique et fermé.
01:55On va y venir sur cette relation père-fils que vous esquissez à travers ces dessins
02:01magnifiques dans cette BD, donc, d'Argot.
02:04C'est votre première BD, c'est la première fois que vous faites une BD ?
02:07Oui, c'est la première fois.
02:08J'avais participé à des petites BD minuscules pour un journal qui s'appelait Rigolo dans
02:12les années 80.
02:13Mais c'est la première vraie BD, ça.
02:14Et donc avec les dessins de ce jeune homme qui s'appelle Xavier Coste, qui sont absolument
02:20géniaux, colorés, oniriques.
02:25On est sur cette île déserte, on est avec votre père, parce qu'il faut savoir que cette
02:28aventure qui est totalement vraie, c'est en 1962, Georges de Cône, votre père, journaliste
02:33de télé célèbre, journaliste de radio, décide donc de partir.
02:37Il la raconte dans un journal de bord qui est resté enfermé pendant des années dans
02:41votre table de chevet et vous avez décidé, 60 ans après, pendant longtemps vous n'osiez
02:45même pas la lire, ni l'ouvrir, ni rien, et 60 ans après, vous avez ouvert ce journal
02:50de bord en vous disant, mais finalement, pourquoi pas ?
02:52Oui, en fait, c'est même pas que je n'osais pas l'ouvrir, c'est qu'il était totalement
02:55illisible.
02:56On aurait dit une écriture de médecin un peu à bout de nerfs.
03:00Et je n'arrivais pas à le lire, donc je l'avais laissé fermé, je le gardais soigneusement
03:04dans un tiroir en me disant, on verra, un jour peut-être j'aurai le courage de m'y
03:08atteler.
03:09Et puis cette proposition de BD est arrivée à ce moment-là.
03:12Et évidemment, la première et la meilleure idée qui s'est imposée tout de suite, c'était
03:16raconter cette histoire, parce que c'était une histoire très personnelle, il n'y a que
03:19moi qui pouvais la raconter.
03:20Elle m'avait marqué et surtout, elle autorisait plusieurs points de vue, c'est-à-dire le
03:26point de vue du môme de 8 ans que j'étais quand ça s'est produit, le point de vue
03:30de l'homme de 40 ans qui était sur son île et qui racontait tous les soirs à la radio
03:34ce qui s'était passé pendant la journée, pendant quelques minutes.
03:37L'autre journaliste, lui, qui consigne dans son journal intime ses états d'âme, ses
03:42impressions, ses angoisses, ses inquiétudes, et puis l'homme de 70 ans que je suis aujourd'hui
03:47et qui regarde ça dans le rétro en me disant qu'est-ce qu'il allait faire dans cette galère.
03:51Et c'est ça qu'on voit, et c'est ça qu'on lit et qui est très touchant, c'est-à-dire
03:54qu'on a à la fois ces beaux dessins de cette île déserte qui n'étaient pas si belles
03:58que ça, on va y venir, mais aussi le point de vue du gamin de 8 ans que vous êtes et
04:02qui se sent littéralement abandonné, il y a un moment extrêmement déchirant où
04:05effectivement il racontait tous les soirs, sur l'ancêtre de France Inter d'ailleurs,
04:09c'était Paris Inter et France Première, je ne savais pas qu'on appelait ça comme ça,
04:15tous les soirs il racontait son journal de bord, et c'est vrai que le 1er décembre
04:19date de votre anniversaire, vous vous écoutiez ça tous les jours religieusement pour entendre
04:23la voix de votre père qui vous manquait, vous vous sentiez abandonné, et le jour de
04:27votre anniversaire vous vous écoutez et vous vous dites c'est sûr qu'il va me souhaiter
04:30mon anniversaire.
04:31J'attends impatiemment que de l'autre bout du monde, il est parti depuis 4 mois déjà
04:35et j'attends qu'il me souhaite mon anniversaire, et il ne le fait pas, il ne le fait pas parce
04:39qu'il est journaliste et qu'il considère qu'il y a le public et le privé, et que
04:44ça ça appartient à l'univers du privé, donc non, il raconte sa journée, il raconte
04:48le mouton qu'il a buté, comment il a bouffé le foie cru, des trucs invraisemblables.
04:52Et vous racontez combien le môme de 8 ans c'est déchirant pour lui ?
04:55Je suis meurtri évidemment, ça me blesse profondément, et en fait je vais découvrir
05:0060 ans après, dans le journal, qu'en fait pas du tout, il avait bien consigné que
05:05c'était mon anniversaire et qu'il espérait que j'étais en train de devenir un homme
05:08de ce nom.
05:09Antoine a 9 ans, écrit-il, Antoine a 9 ans, j'espère que loin de son papa, il se conduit
05:14comme un homme.
05:15C'est une question que je me pose encore aujourd'hui.
05:18Vous vous êtes conduit comme un homme ? Où en est-on de cette question-là ? A 71 ans,
05:24Antoine Decune, et vous faites 20 mois, on doit vous le dire tous les jours, mais quand
05:28même, vous avez 71 ans.
05:29J'ai appris ça de mon père, qu'il fallait éviter de se plaindre, il vaut mieux avancer,
05:37il vaut mieux essayer de ne jamais se contenter de ce qu'on a, c'était son grand mantra,
05:42l'important c'est pas d'arriver mais de partir, et il partait à chaque fois qu'il
05:47avait le sentiment d'avoir touché de près un but, donc j'ai appliqué ça toute ma vie.
05:51Vous êtes parti aussi ?
05:52Oui, toujours parti au moment où j'avais envie de partir.
05:54Sans aller à l'autre bout du monde, nécessairement, mais partir.
05:58Il pensait devenir un Robinson Crusoé, un personnage de l'île au trésor, mais la réalité
06:03est toute autre.
06:04Sur cette île soi-disant paradisiaque, il n'y a presque rien, il y a des moutons, des
06:07sampiés, des horribles scolopendres, des requins, et pire que les requins, les moustiques.
06:12Tout est une accumulation d'épreuves, le désenchantement est total, cette île n'a
06:17rien d'un paradis, c'est la désolation à l'état pur.
06:20Et on va l'écouter, votre père, Georges Decune, il est arrivé il y a quelques jours
06:24sur cette île qui s'appelle Eyiau, cette île de Polynésie, et ça fait quelques jours
06:30qu'il y est, donc il tient son journal de bord sur la radio, et voilà ce qu'il dit.
06:54Et en fait, ça va être atroce.
07:13L'antichambre de l'enfer, c'est quand même fort, oui, parce qu'en fait il s'est retrouvé
07:17sur une île, il avait cherché des îles désertes partout, il était parti avec cette
07:20idée de faire une Robinsonade, Robinson, c'est quoi ? C'est un lagon poissonneux,
07:24c'est des arbres auxquels font des fruits, c'est du gibier, c'est de l'eau claire,
07:29et là, ça n'existe pas, enfin ça existe, ces îles désertes, mais malheureusement...
07:33Mais parce que c'est pas Eyiau.
07:34Non, mais elles ont des propriétaires, et des propriétaires qui demandent un bail phénoménal
07:37dès qu'ils entendent parler de radio derrière.
07:40Et donc la seule île qu'il a pu trouver, que la marine nationale lui a trouvée, parce
07:45que ça a été propriété de l'état français, c'est cette île, Eyiau, qui avait servi de
07:48bagne au XIXe siècle, mais qui avait été abandonnée parce que les conditions étaient
07:51trop rudes, pour vous dire, c'était Cayenne x 10.
07:55Et effectivement, c'est Cayenne x 10, c'est-à-dire que l'eau n'est pas bleue, mais elle est noire.
07:59L'eau est saumâtre.
08:00Les animaux sont partout.
08:02Alors, il y a des moutons partout, parce que les français avaient laissé des moutons
08:04qui ont proliféré entre-temps et qui ont ravagé toute l'île, c'est-à-dire qu'il
08:08n'y a plus rien, il n'y a plus de végétation, il y a 3000 moutons.
08:10Et il n'y a personne, sauf des esprits qui hantent.
08:13Et puis, les esprits polynésiens, les fameux « tu ne vas pas au »…
08:16Et là, il les a ressentis.
08:17Oui, oui, c'est-à-dire tout seul sur cette île, la nuit, avec son chien, ses poules,
08:22un chat, des cochons sauvages, des moutons qui se promènent partout, des rochers qui
08:27dévalent, le mugissement de la mer.
08:31Oui, c'était… Moi, en tous les cas, tel que je le percevais de Paris, j'imaginais
08:36que c'était un mélange d'île au trésor.
08:38Moi, j'étais déjà dans Stevenson à l'époque, c'était plus l'île au trésor matinée
08:42d'histoires de pirates, de fantômes.
08:44Enfin, j'ai totalement fantasmé cette île.
08:47Rien n'allait et donc, pour un humain, ce n'est pas possible de survivre en fait
08:53sur cette île.
08:54Et donc, son projet de rester un an, Robinson Crusoe, s'arrête brutalement, il est rapatrié
08:58en urgence au bout de quatre mois, il revient à Paris, amaigri, affaibli.
09:02Et on va écouter le journal, le 9 janvier 1963, toujours l'ancêtre de France Inter,
09:09où on annonce que George de Cône, eh bien, renonce.
09:12Hier soir, nous avons appris que le Robinson volontaire de la RTF, notre confrère et ami
09:17George de Cône, renonçait à son expérience.
09:20George de Cône a été amené à quitter l'île d'Eiau.
09:23Et il se trouve actuellement dans une autre île, celle de Taï-O, et il doit rentrer
09:29le 16 à Taïti.
09:30Pas plus de détails pour le moment.
09:32Non, pas pour le moment.
09:33Nous donnerons d'ailleurs, dès qu'il nous parviendront, des détails sur l'odyssée
09:36de notre ami exilé volontaire, nous vous le rappelons, dans le Pacifique.
09:40Il l'a échappé belle, il a perdu une vingtaine de kilos et le médecin qui l'a rapatrié
09:46lui a donné l'ordre de quitter l'île, alors que lui, par orgueil, il était prêt
09:49à aller jusqu'au bout de l'expérience.
09:51En fait, il serait resté et il serait mort, quoi, c'est sûr, c'est certain.
09:53Ouais, ouais, là, pour le coup, je l'aurais vraiment perdu, quoi.
09:55Et alors, on voit à la fin toutes les revues de presse des journaux de l'époque, puisque
10:00c'était très suivi, en fait.
10:01Ah oui, oui, bien évidemment, c'était un événement considérable.
10:03Ça a été quelque chose qui était suivi au quotidien à la radio, il y avait des articles
10:06de presse.
10:07Et puis, on vous voit, gamin, sur des photos en noir et blanc, le petit Antoine, neuf
10:11ans, attend son papa, maintenant, il va pouvoir retrouver son papa.
10:14Des interviews de votre mère, Jacqueline Joubert, qui était speakreen à la télé
10:17et qui raconte, oui, je préserve le petit Antoine.
10:20Enfin, on vit en 1960 comme si on y était et c'est très touchant, en fait.
10:27C'est quoi, ce livre ? C'est une déclaration d'amour à ce père avec qui vous avez, et
10:31vous le dites, des relations, vous avez eu tout le temps des relations assez houleuses,
10:34assez tormentées.
10:35Il est mort il y a vingt ans, on était en paix, l'un et l'autre.
10:40C'est un homme que j'admire beaucoup, toujours aujourd'hui, parce que c'était un aventurier,
10:45vraiment.
10:46C'était quelqu'un qui partait toujours, qui était totalement insaisissable.
10:50Alors ça, c'est le bon et c'est le mauvais côté des choses.
10:53Il était aussi insaisissable pour ses enfants.
10:55On ne savait jamais où il était.
10:57Il était très taiseux, il était très mutique, parfois, et donc ce n'était pas évident.
11:02Donc, ce n'est pas le meilleur des pères.
11:04Oui, j'ai retrouvé dans VSD, en 2006, avant sa mort, vous dites, c'était un excellent
11:09journaliste, mais ça a été un mauvais père, vous dites carrément ça, ça a été un
11:14mauvais père.
11:15Je t'empère un peu aujourd'hui, non, je ne sais pas si c'était un mauvais père.
11:18C'est tellement difficile d'être père, moi je le suis à mon tour, j'ai trois enfants,
11:21donc je sais à quel point c'est un job, et compliqué.
11:24C'était un père pas comme les autres, voilà, et je suis ravi d'avoir eu cet homme-là pour
11:29père.
11:30Vous dites qu'il était insaisissable et énigmatique.
11:33D'ailleurs, jusqu'à maintenant, est-ce que vous avez compris pourquoi il est parti ? Pourquoi
11:37il a voulu faire ce travail ? Alors qu'il explique lui-même qu'il allait très bien,
11:40qu'il adorait son boulot, que son boulot lui donnait l'espace de solitude suffisante
11:45qui lui allait.
11:46Enfin, je veux dire, tout allait bien, on part quand on va mal.
11:49Il y a plein de raisons, en fait.
11:50C'est un homme qui a eu une enfance compliquée, il était enfermé dans un collège jésuite
11:55à Toulouse où il a beaucoup souffert, qu'il considérait comme un emprisonnement.
11:58Il a perdu son père quand il avait 16 ans, ce qui était très tôt, son père qui lui-même
12:02était assez absent.
12:03Et puis, il est parti à la guerre en 1939, il avait 20 ans en 1939.
12:07Donc, toute son enfance, son adolescence, sa jeunesse lui ont été volées.
12:10Et il avait ce besoin de compenser d'une certaine manière, c'est-à-dire d'aller,
12:16de partir.
12:17De partir, d'exploser les cadres et d'aller se frotter à la liberté.
12:21Vous dites qu'il était insaisissable, est-ce que vous, vous êtes saisissable ?
12:24Ah ah, écoutez, une table nous sépare.
12:26Non mais est-ce que vous n'avez pas ce trait peut-être amoindri de caractère de votre père ?
12:32Si, certainement.
12:33Ça peut être un peu énigmatique, vous dites vous-même que vous fuyez.
12:36Oui, oui, on fuit tous.
12:37Je pense qu'on fuit tous dans la vie, mais là, on est, je ne sais pas, moi j'ai en commun
12:42avec lui de m'en tirer souvent par des pirouettes et de ne pas affronter les choses directement,
12:47plutôt contourner les obstacles.
12:48Lorsque votre père est parti en 1962, donc, à la radio, il y avait ça.
13:02Vous le citez, je vous citais Love Me Do et que vous entendiez ça à la radio.
13:13Les Beatles, capital dans votre vie, dans ce que sera votre vie, ça a été un rendez-vous.
13:18D'ailleurs, on l'entendait juste avant que vous entriez dans le studio, Sylvie Vartan,
13:21très important aussi pour vous, c'est-à-dire que votre cousine vous emmène en 1964, deux
13:25ans après, voir Sylvie Vartan à l'Olympia, en première partie, à qui ?
13:28Bah, les Beatles.
13:29Et là, vous dites, ça a été un choc.
13:31Les Beatles, Trini Lopez, Pierre Vassiljur, un spectacle de music-hall et oui, alors je
13:35découvre, non pas Sylvie Vartan, mais les Beatles et il y a une espèce de choc, choc
13:40à la fois esthétique, musical, je ne comprends pas ce qu'il se passe.
13:45Je vois la lumière, comme disent les chrétiens, c'est tellement surprenant, c'est tellement
13:51moderne, c'est tellement joyeux, parce que c'était extrêmement joyeux les Beatles
13:54sur scène, ils s'amusaient comme des gamins, que je suis, mais alors, voilà, emporté
13:58par ça, et ça a été ma pire de rosette à moi dans la musique.
14:02Le début de votre vie, puis les Enfants de Rock, et votre passion, et puis vous les
14:06avez interviewés, vous avez rencontré Macartney, vous les avez vus.
14:10Les années passent, Canal a eu 40 ans, vous avez connu toutes les époques de Canal, beaucoup
14:16d'historiques, presque tous sont partis, Michel Deniso, Les Nuls, José Garcia, vous,
14:21vous restez, restez vous et Groland, malgré les patrons, malgré tout, vous restez, vous
14:27n'oubliez pas, là, sur Canal.
14:28Et Mouloud, avec son clic aussi, c'est-à-dire qu'en fait, moi j'ai une relation assez
14:32compliquée avec Canal, c'est-à-dire qu'il me laisse une liberté complète, c'est-à-dire
14:36que je peux partir faire quelque chose d'autre, si j'ai envie, et puis revenir, et j'aurai
14:40toujours un rond de serviette là-bas.
14:41Donc j'ai fait des quotidiennes, j'ai fait des hebdos, j'ai fait des mensuels, j'ai
14:45fait des documentaires, j'ai fait du reportage, j'ai fait de la musique, en fait, toutes
14:50les gammes de jeux me sont offertes là-bas, donc voilà, je serais malvenu de m'en
14:56plaindre.
14:57– C'est vrai, parce que de toutes les manières, je fais un métier où il n'y a pas de retraite,
14:59je m'arrêterai quand je serai mort.
15:00– Exactement.
15:01– C'est ce que vous avez déclaré.
15:02– Est-ce que j'ai l'intention de mourir, c'est ça ?
15:03– Non, est-ce que vous avez… Non, surtout pas, surtout pas, mais vous ne comptez pas
15:07prendre votre retraite, jamais.
15:08– Mais non, on ne prend pas de retraite dans ces métiers, moi j'ai encore mille
15:11choses, mille histoires à raconter, j'ai envie de faire du cinéma, de revenir au
15:14cinéma, de faire du théâtre, d'écrire, ouais, j'en ai pas fini.
15:17Enfin, vous n'en avez pas fini avec moi, je vous rassure.
15:20– On l'espère.
15:21Et de lancer des magazines.
15:22Le cinéma, vous avez un projet d'organisation ?
15:24– Ouais, on est en train d'écrire.
15:25– Vieux, c'est un magazine, un mensuel que vous avez lancé, qui s'appelle Vieux.
15:33– C'est aussi un constat.
15:34– Oui, parce que vous êtes… À quel âge on est vieux ?
15:37– Il paraît qu'on est vieux biologiquement à 70.
15:40– Ah, donc ça vous est foutu pour vous.
15:42– Oui, moi j'ai passé le cap, j'ai 71, mais je ne me sens pas vieux, et comme la
15:46plupart des gens de mon âge, ou de la génération juste avant, qui ont 50-60 ans, on ne se sent
15:51pas vieux.
15:52Alors, sauf maladie épouvantable, ou drame, évidemment ça arrive, ou misère, quand on
15:59vit dans la misère, c'est une autre relation quand même à l'âge, je ne me sens pas
16:03vieux, et je me sens, comme la plupart des gens de ma génération, on a envie de faire
16:07plein de choses, on ne se sent pas du tout laissés pour compte.
16:09– Et donc Vieux, c'est pour les vieux, c'est pour les plus de 70 ans, c'est pour tout le monde ?
16:12– Non, non, c'est pour, on peut le dire, à partir de 40 ans.
16:14– On est déjà allés à 40.
16:15– C'est le journal qu'on finira tous par lire, c'est la baseline.
16:18– Et là, en couverture, il y a Eddie Mitchell, comment il va d'ailleurs ?
16:21– Quand je l'ai interrogé, il allait bien, il était toujours question de faire la tournée
16:25qui a été annulée hier ou avant-hier, je vais donc prendre de ses nouvelles tout à l'heure.
16:29– Et Valérie Lemercier, qui n'est pas vieille, mais qui est en couverture.
16:33– Oui, qui est en couverture et…
16:37– Et qui vous raconte ses insomnies, et comment elle gère ses insomnies grâce aux chatons.
16:44– Oui, grâce aux chatons, voilà, en fait, elle m'a montré sa chatte
16:47qui lui permet de vaincre ses insomnies, et en fait, c'est un très bon remède.
16:54Alors, ça ne marche pas très bien avec moi, parce que moi, j'ai deux chats,
16:56mais je suis toujours insomniaque quand même.
16:57– Vous êtes insomniaque, c'est ce que j'allais vous demander ?
16:59– Oui, oui, je suis insomniaque, profondément insomniaque.
17:00– Vous dormez, quoi, combien d'heures par nuit ?
17:02– Oh, 4-5 heures, mais je me relève, je bouquine, je me recouche.
17:06– Depuis toujours ? – Depuis toujours, oui.
17:08– Les impromptus, pour terminer, Antoine Decaune,
17:11il vous a dit qu'il était fier de vous, votre père, un jour ?
17:13– Oui. – Avant de mourir ?
17:15– Oui, oui, il m'a dit qu'il m'aimait surtout,
17:17ce qui était quand même la chose la plus importante.
17:19– Et qu'il a mis du temps à vous dire ? – Oui.
17:21– Foot ou rugby ?
17:23– Rugby, parce que Toulouse, le berceau de la famille,
17:27et que je trouve ça plus rigolo, le rugby, que le foot.
17:30– Les Beatles ou les Stoles ? – Les Beatles.
17:32– John Lennon ou Paul McCartney ? Allez, dure celle-là.
17:35– McCartney.
17:37– Michel Deniso ou Michel Drucker ?
17:41– Jean-Michel, à peu près.
17:43– Pierre Lescure ou Philippe Gildas ?
17:45– Philippe Gildas.
17:47– Nulle part ailleurs ou Le Grand Journal ?
17:49– Ah, nulle part ailleurs.
17:51– Qu'est-ce qui vous indigne ?
17:53– Qu'est-ce qui m'indigne ? Ouh là !
17:55Ben l'arrivée de Charlene Vanhoenacker dans ce studio,
17:58à l'instant même, alors qu'on était tranquilles tous les deux.
18:00Qu'est-ce qu'elle vient faire là, celle-là ?
18:02Non, la liste...
18:04– Mettez-lui le micro, sinon elle va créer la censure.
18:07– La liste sera un peu longue, les indignations.
18:09– Vous votez ?
18:11– Je vote, bien sûr.
18:13– Toujours ? – Toujours.
18:15– La notoriété, ça rassure ou ça angoisse ?
18:17– Alors, ni l'un ni l'autre.
18:19– Depuis votre naissance ?
18:21– Oui, j'avais des parents qui étaient très célèbres.
18:23J'ai un semblant de notoriété assez vite,
18:25avec les émissions de rock.
18:27Honnêtement, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre.
18:29– La dernière fois que vous avez pleuré, Antoine Decaune ?
18:31– Hier soir.
18:33– Vous préférez aimer ou être aimé ?
18:35– Les deux.
18:38– Qu'est-ce qu'il fout celui-là ?
18:40Où il est passé ?
18:42– Le livre s'appelle, la BD s'appelle
18:44« Il déserte » mais « il » c'est sans « e »
18:47donc « il » mon père déserte, je traduis.
18:49« Georges ou la vie sauvage ?
18:51Une histoire vraie et intime »
18:53par Antoine Decaune.
18:55C'est chez Dargaud, c'est très très beau.
18:57– Xavier Coste !
18:59– Et les illustrations de Xavier Coste
19:01qui sont magnifiques.
19:03Avec des photos aussi d'époque.
19:05Merci très belle journée.
19:07– Merci Léa.