Avec Delphine O, ambassadrice pour la diplomatie féministe et secrétaire générale du Forum Génération Égalité
Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.
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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2025-03-30##
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00:00AGP, Association d'Assurés Engagées et Responsables présente
00:05Sud Radio, le grand matin week-end, la force de l'engagement, Muriel Réus.
00:10Bonjour Muriel.
00:11Et bien bonjour Jean-Marie.
00:12S'engager pour une diplomatie féministe, on va en parler avec votre invitée aujourd'hui
00:16puisqu'on reçoit avec plaisir Delphine O, qui est ambassadrice pour la diplomatie féministe
00:21et aussi secrétaire générale du forum Génération Egalité.
00:25Elle est la bienvenue sur Sud Radio évidemment, et vous c'est une cause qui vous tient à cœur.
00:29Absolument, on parle très souvent d'égalité entre les femmes et les hommes à l'intérieur des frontières,
00:33mais qu'en est-il au-delà ? Dans nos politiques étrangères, nos coopérations,
00:37nos alliances stratégiques, c'est là qu'intervient la diplomatie féministe.
00:41Un mot qui dérange parfois, mais qui pose une question essentielle.
00:45Peut-on vraiment construire un monde plus juste, plus stable, plus durable sans les femmes ?
00:49La diplomatie féministe est une vision politique à part entière,
00:52une stratégie internationale qui vise à intégrer l'égalité entre les sexes,
00:56les droits des femmes et la lutte contre les violences dans toutes ces dimensions de la politique étrangère.
01:00Coopération, développement, sécurité, aide humanitaire, négociation économique.
01:04Son ambition est clair, faire de l'égalité une priorité globale.
01:08Parce que là où les femmes sont écartées, les sociétés se fragilisent,
01:12régressent, se privent de leur plein potentiel. Là où elles sont pleinement associées,
01:16la paix, la croissance et la démocratie prospèrent. En 2019,
01:20la France a officiellement adopté cette ligne. Elle est devenue, après la Suède,
01:24l'un des tout premiers pays à porter cette vision sur la scène internationale.
01:28Depuis, elle a entraîné 17 pays dans son sillage. Le Canada, le Mexique, l'Espagne,
01:32le Chili, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Allemagne, entre autres.
01:36Ensemble, ils forment une coalition qui veut faire de la diplomatie féministe un levier
01:40de transformation mondiale. Mais ce mouvement se heurte aujourd'hui à un retour
01:44de bâton d'une rare intensité. Un backlash idéologique, politique,
01:48stratégique. Un moment de bascule brutale dont il faut prendre la pleine mesure
01:52et qui rappelle que rien n'est jamais acquis. Aux Etats-Unis, ce recul s'est institutionnalisé.
01:568000 pages web supprimées des sites officiels sur les droits des femmes.
02:00Des bombes maniées du vocabulaire de l'administration. Égalité, inégalité
02:04et même femmes. Des entreprises contraintes de renoncer à toute politique
02:08de diversité et d'inclusion pour accéder au marché public. Autrement dit, renoncer
02:12à l'égalité salariale, à la lutte contre les violences sexistes, à la justice de genre.
02:16Dans 26 États américains, l'avortement est désormais un crime. Des médecins risquent la prison
02:20pour avoir pratiqué des IVG. A l'international, l'administration Trump
02:24a initié la Déclaration de Genève, une conférence qui fédère des États alliés
02:28autour d'un même objectif, revenir en arrière sur les droits sexuels et reproductifs
02:32en échange de soutien diplomatique. Un marchandage
02:36aux conséquences redoutables qui vise à effacer
02:40des décennies de progrès, en particulier sur la santé des femmes et leurs droits fondamentaux.
02:44Face à ce recul massif, la France tient bon. Elle maintient ses engagements,
02:48tente de compenser, d'amplifier, de fédérer. Elle ne pourra pas le faire seule.
02:52Ce que nous vivons aujourd'hui est un moment critique de notre histoire collective.
02:56Une lutte entre régression et progrès, entre une vision du monde où les femmes ont toute leur place
03:00et une autre où elles sont priées de se taire, de s'effacer, de rentrer dans leur rang.
03:04La diplomatie féminine, ce n'est pas un luxe, c'est un rempart, un l'envie et une boussole, et surtout
03:08une exigence que nous devons porter haut, à chaque instant, dans chaque instance et dans chaque décision.
03:12Parlons-en avec votre invitée, la première concernée en quelque sorte,
03:16que nous accueillons Delphine Ho sur Sud Radio. Bienvenue à vous. Vous êtes ambassadrice pour la
03:20diplomatie féministe et aussi secrétaire générale du forum
03:24Génération Égalité. Vous êtes l'invitée de Muriel Reus.
03:28Bonjour Delphine. Bonjour Muriel. Je suis ravie de vous accueillir ce matin. Jean-Marie a donné certains de vos titres.
03:32Nous ne sommes pas les seuls. Normaïenne, diplômée de Havre, ancienne députée,
03:36plus jeune ambassadrice de France. Vous avez occupé des fonctions
03:40de haut niveau en politique, en diplomatie et vous avez aussi, et c'est très important me semble-t-il,
03:44utilisé une expérience directe du terrain, notamment en Afghanistan, où vous avez travaillé
03:48sur les droits des femmes et leur participation à la vie publique et en Iran,
03:52où vous avez d'ailleurs vécu. Alors, moi j'ai une première question
03:56assez simple, qui vous concerne un peu à titre personnel.
04:00Avez-vous affronté du scepticisme, voire des résistances
04:04dans les cercles, y compris dans les cercles diplomatiques, face à ce qu'on appelle
04:08aujourd'hui la diplomatie féministe ? D'abord, merci beaucoup
04:12pour cette invitation et je voulais vous dire que votre présentation était excellente de la diplomatie
04:16féministe, je ne ferais pas mieux. Mais pour répondre à votre question,
04:20évidemment, le monde diplomatique, comme tous les milieux professionnels, ne sont pas exsents
04:24de sexisme, de discrimination. Et il faut savoir que quand ce concept, cette idée
04:28de diplomatie féministe a été inventée par la Suède en 2014, le mot a été
04:32suivi de nombreuses critiques, de moqueries, de rires. On disait que c'était une diplomatie
04:36par les femmes, pour les femmes. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de bonnes femmes, en gros.
04:40Mais je crois qu'aujourd'hui, le concept a fait du terrain. Déjà parce que, vous l'avez dit, il y a de plus en plus de pays
04:44qui ont adopté cette terminologie. Et parce qu'en fait, la définition, elle est très simple
04:48et vous l'avez dit, qu'est-ce que ça veut dire une diplomatie féministe ? Ça veut dire simplement faire en sorte
04:52que les droits des femmes et des filles soient une boussole, une priorité, quelle que soit
04:56la crise, le terrain sur lequel nous intervenons dans le cadre de notre politique internationale
05:00et c'est faire en sorte aussi que cette perspective de l'égalité, elle infuse
05:04dans toutes les composantes de notre action internationale. C'est-à-dire évidemment dans la coopération
05:08et le développement, l'accès à la santé, à l'éducation, etc. Mais aussi dans
05:12les questions de sécurité, de désarmement, dans les questions commerciales, de négociations
05:16internationales, dans les questions environnementales et climatiques, dans les questions numériques,
05:20dans les questions économiques, etc. Et donc, c'est vraiment
05:24infuser une sorte de culture de l'égalité dans l'ensemble de notre action extérieure.
05:28Alors, vous rentrez de New York. Une grande commission française était
05:32à New York. C'est un moment un peu essentiel avec l'administration Trump
05:36qui nous pose quand même de grosses difficultés aujourd'hui. Vous étiez
05:40au CISW qui est la commission sur le statut des femmes à New York.
05:44C'était une session qui s'est tenue évidemment dans un contexte troublé.
05:48Quel bilan tirez-vous de cette session ?
05:52Quelles ont été d'après vous les annonces ou les tensions
05:56les plus marquantes ? De quoi devons-nous avoir peur ?
06:00Ces négociations, elles se tènent chaque année depuis 69 ans. C'est la 69ème commission sur le statut
06:04de la femme. Mais évidemment, cette année, c'est un contexte un peu particulier.
06:08Il faut dire qu'on a quand même connu ce contexte. Ce n'est pas la première présidence Trump, c'est la deuxième.
06:12Mais je crois que nous-mêmes qui avons vécu cette première présidence Trump
06:16sommes même surpris de l'ampleur et de l'impact des premières décisions
06:20qui ont été prises en moins de deux mois de mandat. Alors, l'ambiance à New York,
06:24j'en reviens, vous l'avez dit, elle était ambivalente.
06:28D'un côté, vous avez énormément de préoccupations. A juste titre, évidemment,
06:32à cause des régressions qui sont impulsées par l'administration Trump et qui ont des impacts directs.
06:36Les coupes de l'aide publique au développement américaine. Tous les jours, j'entends des ONG
06:40et j'entends des organisations internationales qui me disent que je dois arrêter tel ou tel programme
06:44de soutien à la lutte contre les violences faites aux femmes, de soutien aux droits sexuels et reproductifs,
06:48d'autonomisation économique, etc. parce que nous n'avons plus de financement américain.
06:52Donc l'impact, il est direct, il est immédiat, il est très clair. Mais il y avait aussi un certain espoir
06:56et moi j'en suis ressortie quelque part un peu regalvanisée
07:00du fait de se retrouver avec toutes ces féministes du monde entier.
07:04Donc c'est ça qui est extraordinaire, c'est que vous avez 193 États, vous avez plus de 14 000 personnes
07:08de la société civile, il faut imaginer 14 000 féministes de tous les pays du monde, de tous les recoins
07:12qui se retrouvent et qui se sont retrouvées aussi un peu réénergisées
07:16par l'idée que finalement, nous sommes encore la majorité.
07:20Mais nous sommes devenues une majorité silencieuse. Et c'est ça pour moi qui a changé, c'est que
07:24le discours, le narratif qui, me semble-t-il, malheureusement a gagné
07:28c'est un discours réactionnaire, c'est un discours conservateur, c'est ce discours masculiste
07:32qui a impulsé Trump mais qui est suivi d'un Elon Musk, d'un Zuckerberg
07:36et on voit aujourd'hui de plus en plus de personnalités du monde politique et économique qui suivent.
07:40Donc oui, il faut être extrêmement inquiet, l'impact il est direct aujourd'hui
07:44ça veut dire qu'il va y avoir des millions de femmes partout dans le monde qui n'auront plus accès à ces programmes-là
07:48qui n'auront plus accès à des moyens de contraception, qui n'auront plus accès à un avortement sécurisé
07:52donc des femmes qui vont mourir, c'est ça en fait ce que ça veut dire. C'est des femmes qui meurent
07:56c'est des femmes qui n'ont pas accès aux soins et qui n'ont pas accès évidemment à l'égalité auquel
08:00elles ont droit. Mais en même temps, il y a un mouvement inverse et la diplomatie féministe
08:04c'est une réponse, c'est une réponse directe à ce que fait Trump et ce que font d'autres pays aujourd'hui
08:08c'est dire, nous réaffirmant notre soutien à des valeurs qui sont universelles
08:12qui ne sont évidemment pas contingentes à une religion, une culture, un pays, etc
08:16et nous allons redoubler de soutien, de financement, de mobilisation
08:20de plaidoyer pour ces femmes-là.
08:22Alors la France s'est positionnée comme l'un des fers de lance de cette diplomatie féministe
08:26en empêchant cette volonté d'entraîner d'autres nations
08:30j'ai dit ça tout à l'heure. Est-ce que cette démarche
08:34démontre une vraie volonté ? Est-ce que concrètement
08:38on va réussir à contrebalancer les effets de ce que vous avez évoqué
08:42et qui provient des Etats-Unis ?
08:44La partie n'est pas gagnée aujourd'hui. Comme je l'ai dit, le retrait des financements
08:48américains est massif et aujourd'hui la France seule ne peut pas compenser ce manque gagné
08:52d'ailleurs même la France avec la plupart des pays européens ne serait pas en mesure financièrement
08:56par contre c'est vrai que depuis 5 ans, depuis que nous avons notre diplomatie féministe
09:00nous avons lancé de nombreuses initiatives, de nouveaux programmes qui sont extrêmement concrets
09:04qui ont un impact très direct sur les femmes sur le terrain
09:06et on entend aujourd'hui beaucoup de critiques sur l'aide publique au développement
09:10sur tous ces programmes de financement de l'Agence Française de Développement
09:14et on a des tas d'exemples de programmes hyper concrets qui ont un impact
09:18direct sur les droits des femmes. Je peux vous en donner un ou deux exemples
09:22l'initiative Marianne pour les droits de l'homme, chaque année ce sont 15 défenseurs des droits humains
09:26ce sont des personnes qui sont des militants extraordinaires qui au péril de leur vie
09:30défendent notamment les droits des femmes, pas que les droits des femmes, les droits des enfants
09:34les droits des personnes LGBT, les droits environnementaux, les droits civils et politiques
09:38qui sont accueillies en France, logées, nourries, blanchies, qui ont accès à toutes les institutions françaises
09:42qui déposent un réseau et qui parfois vont rester en France derrière. Nous avons lancé
09:46aussi le fonds de soutien aux organisations féministes et je tiens vraiment à en parler
09:50250 millions d'euros sur 5 ans, c'est la France et le premier bailleur international
09:54qui soutient des organisations féministes de terrain dans les pays en développement
09:58ça veut dire quoi ? Ca veut dire que ces petites organisations qui sont le premier rempart
10:02dans la lutte contre les violences, le premier rempart dans la lutte contre les discriminations
10:06qui sont un peu partout sur les 5 continents, ces organisations sont financées par la France
10:10elles peuvent survivre grâce à la France et nous avons financé plus de 1400 associations
10:14dans 74 pays, donc c'est très très concret
10:18et ce sont elles qui souvent sont le premier rempart et qui tirent la sonnette d'alarme
10:22en disant attention, on voit que les forces réactionnaires sont en train de se mobiliser
10:26d'être financées, de s'organiser, de gagner des victoires électorales aussi
10:30attention au backlash. Alors tout ça c'est très concret, alors moi ce qui me fait peur
10:34c'est que je pense qu'on est confronté à un péril très insidieux, celui de la fatigue
10:38et celui de l'indifférence de l'opinion publique internationale, parce qu'à force de crises
10:42successives, on oublie un peu, et même assez souvent, les droits des femmes
10:46et tout ce que vous avez évoqué. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut maintenir la mobilisation
10:50il faut faire plus de sensibilisation, comme ce que vous faites aujourd'hui, pour réexpliquer
10:54réellement à quoi servent ces fonds ? En réalité, la plupart des sondages
10:58en France, auprès des Françaises et des Français, montrent qu'ils sont tous, elles et ils, très attachés
11:02à la question de l'égalité femmes-hommes. On l'a vu l'an dernier, l'inscription de l'IVG et du droit à l'IVG
11:06dans la Constitution était extrêmement consensuelle. Je crois qu'il y avait plus de 75% des Français
11:10qui la soutenaient. Donc, on n'est pas dans un pays où il y a eu un recul sur la question
11:14des droits des femmes. Par contre, c'est vrai qu'il y a un discours, une petite musique
11:18qu'on entend beaucoup, qui consiste à dire qu'on est allé trop loin, qu'on en a trop fait
11:22En fait, c'est un discours masculiniste, qui consiste à dire que peut-être que
11:26les femmes ne seraient pas si mal à s'occuper des enfants, la maternité, etc.
11:30Et ce discours-là, on l'entend aussi, malheureusement, sur de plus en plus
11:34des médias français. Et donc ça, il faut vraiment, moi, faire attention
11:38parce qu'il y a ce narratif-là qui a imprégné
11:42un certain nombre de débats publics, et notamment parmi la jeune génération des hommes
11:46On voit que dans les sondages aussi, il y a un fossé qui est en train de se creuser entre les jeunes femmes
11:50qui sont totalement convaincues qu'il est hors de question de revenir
11:54sur les droits acquis au cours des 40 dernières années, et les jeunes hommes qui s'estiment
11:58spoliés, discriminés, etc. Donc, il faut faire très attention
12:02Mais il faut continuer d'appeler aussi l'attention sur la situation des femmes dans le monde
12:06Le monde n'est pas la France. Vous avez parlé de l'Afghanistan, vous avez parlé de l'Iran, on pourrait
12:10parler de l'Ukraine, du Soudan, de la République démocratique du Congo, du Myanmar
12:14La multiplication des crises, oui, entraîne une fatigue. Et en même temps
12:18elle a entraîné une sensibilisation accrue à la question, par exemple, des victimes
12:22de violences sexuelles dans les conflits.
12:25Alors, des médias français qui, comme on vous le dit, nous inquiètent aussi parce que cette perte d'indépendance
12:29de ces médias nous inquiète. Chez Sud Radio, on a une vraie liberté
12:33de parole, donc aujourd'hui on peut se dire qu'on peut dire tout ce que l'on veut
12:37ici, et c'est vraiment fondamental. Vous, vous avez vécu plusieurs mois en Iran
12:41Vous avez d'ailleurs confondé un média d'information sur ce pays. Vous connaissez très bien la société iranienne
12:45et les combats des femmes qui, au périple de leur vie, défient un régime théocratique
12:49Vous avez travaillé en Afghanistan, notamment au sein de l'ONG
12:53Action Aid. La situation
12:57des femmes est un cauchemar absolu. On sait, plus d'école, plus de droits de travailler, plus de droits
13:01de sortir, plus de droits de s'exprimer ou même d'être vue à un aparté de genre pur
13:05et simple. En tant que diplomate féministe, qu'est-ce qu'on peut faire pour ces pays ?
13:09Est-ce qu'on a réellement des marges de manœuvre ?
13:12Ça dépend des pays. La situation est assez différente en Afghanistan et en Iran. En Afghanistan, la France n'a plus de représentation
13:16diplomatique, n'a plus aucun lien avec le régime taliban. Très précisément parce que
13:20le Conseil de sécurité de l'ONU a fixé 5 critères, 5 conditions
13:24pour reprendre les relations diplomatiques et une des conditions est le respect des droits humains
13:28et notamment des droits des femmes et le retour à la constitution d'avant le retour des talibans.
13:32Aujourd'hui, les talibans n'ont fait aucun effort, n'ont montré aucune bonne volonté
13:36allant dans ce sens. C'est même le contraire. Les législations, les régulations s'accumulent
13:40visant jusqu'à complètement... Ce n'est même pas de la ségrégation
13:44c'est carrément la suppression des femmes de l'espace public. Les femmes n'existent plus dans l'espace public
13:48Elles ne peuvent plus être là, même être accompagnées par un homme
13:52Elles ne peuvent plus chanter, ne peuvent plus aller à l'école, ne peuvent plus aller dans les hôpitaux, se faire soigner, travailler, etc.
13:56En fait, elles vont être complètement cantonnées à la maison. Les moyens d'action
14:00sont du coup assez limités. Il faut le reconnaître puisque nous n'avons pas de relations commerciales, économiques
14:04ni diplomatiques. La France continue de soutenir un certain nombre d'organisations
14:08sur le terrain avec lesquelles nous avons une relation de confiance depuis des dizaines
14:12d'années, puisque la France était là depuis très très longtemps, qui vont
14:16pouvoir justement travailler sur les questions d'éducation, de santé de la mère et de l'enfant
14:20etc. Ça reste assez précis, ça reste assez ciblé, mais nous savons
14:24aussi que ce sont des ONG de confiance. Parce que le problème, c'est que lorsqu'on finance
14:28des grosses organisations en Afghanistan, le risque est aussi que d'une certaine manière
14:32ces financements-là n'atterrissent pas dans la poche des bénéficiaires, de celles
14:36qui sont censées aider. Et donc on veut faire très attention. Et par ailleurs, c'est une position de
14:40principe qui me semble de bon droit et de bon sens, c'est qu'il est
14:44hors de question d'entrer en relation avec ce régime taliban tant qu'il ne reconnaîtra pas
14:48les droits des femmes. Si nous le faisons, ils n'auront plus d'incitation à faire des efforts.
14:52Déjà qu'ils n'en font absolument aucun, ils ne sont pas du tout allés dans le bon sens. Et donc aujourd'hui
14:56on soutient les femmes dans la mesure où on le peut en Afghanistan, à l'intérieur du pays, et on soutient
15:00aussi les femmes exilées dans les pays limitrophes.
15:02Alors quand on parle de diplomatie féministe, on parle souvent des femmes.
15:06Peut-être à tort, parce que dans certains pays du Sud, on a
15:10des hommes engagés qui parfois jouent un rôle clé en sensibilisant
15:14d'autres hommes aux violences sexistes, comme l'abandon des mutilations génitales
15:18féministes ou les mariages précoces. Comment vous
15:22imaginez ou comment vous intégrez ces hommes dans cette diplomatie féministe ?
15:26Il n'y a pas que des pays du Sud. En France, la diplomatie féministe a été
15:30lancée par un homme président, Emmanuel Macron, et par un homme ministre des Affaires étrangères,
15:34Jean-Yves Le Drian. Et elle a été reprise à leur compte par les différents ministres des Affaires
15:38étrangères. On a eu entre-temps une femme, Catherine Colonna, mais depuis on a eu
15:42quand même deux autres hommes ministres des Affaires étrangères qui en ont fait une grande cause également.
15:46Justin Trudeau, le premier ministre canadien, s'est déclaré le premier
15:50ministre féministe, et le Canada a aussi une diplomatie féministe.
15:54Donc je pense qu'effectivement, ce n'est pas du tout une question d'hommes et de femmes, et heureusement qu'on a des hommes
15:58qui portent cette cause-là au sein des institutions, des organisations internationales,
16:02mais aussi sur le terrain. Maintenant, comme je disais tout à l'heure, il faut faire attention parce qu'il y a ce
16:06fossé qui est en train de se creuser entre une génération d'hommes qui s'estiment
16:10liés de ces droits discriminés. Mais heureusement, on a aussi énormément
16:14d'hommes qui ont compris que ce n'était justement pas uniquement pour les femmes, mais que
16:18déjà la moitié de l'humanité, c'est pas mal. Et par ailleurs, chacun avait
16:22quelque chose à y gagner, parce qu'on parle beaucoup aujourd'hui de la question de la masculinité, de la virilité,
16:26de même la place des hommes dans la société. Et les hommes en ont énormément souffert
16:30de la masculinité toxique. Et c'est intéressant, vous parlez de pays du Sud, l'Afrique du Sud
16:34aujourd'hui, qui a la présidence du G20 cette année, fait un gros travail
16:38sur la question des masculinités aussi, dans le contexte culturel, religieux,
16:42etc. Donc en France et dans d'autres pays, effectivement, il faut continuer à
16:46travailler là-dessus. Mais dans les institutions, c'est porté peut-être
16:50pas autant par autant d'hommes que de femmes. Mais nous avons beaucoup d'hommes
16:54ambassadeurs, ministres, secrétaires d'État, qui portent le sujet à la fois
16:58par intérêt pour la France, mais aussi par conviction.
17:01On retient que le combat pour l'égalité est un défi permanent. Je rappelle que vous avez écrit
17:05que la diplomatie féministe est un sport de combat. Un ouvrage dont je vous recommande
17:09fortement la lecture. On va se retrouver dimanche prochain.
17:13On en profite pour remercier notre invitée Delphine O, ambassadrice pour une
17:17diplomatie féministe et secrétaire générale du forum Génération Égalité.
17:21Merci à vous. A dimanche prochain, Muriel Réus.
17:25A dimanche et excellente journée à tous.
17:35C'est engagé et responsable.