"L’Europe et vous", c'est le rendez-vous Sudinfo qui décrypte l’actualité du Parlement européen.
Au menu de ce nouveau numéro : l’agriculture européenne et le dossier du Mercosur.
Pour en discuter : Benoit Cassart, du Groupe Renew Europe.
Interview: Sabrina Berhin, depuis Strasbourg. En collaboration avec le Parlement européen.
Au menu de ce nouveau numéro : l’agriculture européenne et le dossier du Mercosur.
Pour en discuter : Benoit Cassart, du Groupe Renew Europe.
Interview: Sabrina Berhin, depuis Strasbourg. En collaboration avec le Parlement européen.
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00:00L'Europe et vous, le rendez-vous Sudinfo qui décrypte l'actualité du Parlement européen.
00:05Dans ce numéro, nous allons parler agriculture et pour en discuter, nous accueillons Benoît Cassard du groupe Renew Europe.
00:11Sudinfo présente L'Europe et vous, saison 2. Un programme au cœur de l'actualité du Parlement européen.
00:18Sabrina Bérin.
00:19Benoît Cassard, bonjour.
00:20Bonjour.
00:21Et bienvenue dans ce studio au cœur du Parlement européen à Strasbourg.
00:25Mais avant de parler agriculture qui sont des questions qui vous sont chères puisque vous êtes vous-même agriculteur,
00:30j'aimerais bien que vous me donniez une petite anecdote personnelle pour nous plonger peut-être dans l'ambiance de ce Parlement européen.
00:35Écoutez, moi je suis un tout nouveau parlementaire et pour vous dire la vérité, c'est mon premier mandat politique.
00:42Je me retrouve au Parlement européen.
00:44Une grande première.
00:45Une grande première.
00:46Et tout au début de mon mandat, je me suis retrouvé par hasard à une table de discussion dans un couloir du Parlement
00:53avec Elio Di Ruppo, Sophie Wilmins, Olivier Chastel et Adja Labib.
00:58Et là je me suis dit, quand même, des anciens premiers ministres, des commissaires et on se côtoie au quotidien maintenant.
01:05Et je suis arrivé au cœur du Parlement comme citoyen.
01:08Donc je pense qu'on a la preuve qu'un citoyen représentatif d'une catégorie sociale peut arriver dans un cercle de décideurs politiques au niveau européen.
01:19Je trouve que c'est un beau signe de la démocratie vivante.
01:22Alors je suppose qu'avant ça, vous vous intéressiez quand même aux questions européennes.
01:26Donc vous n'étiez pas là lors de la mandature passée.
01:28Par contre, est-ce que vous avez en tête une mesure qui a été prise justement par l'Europe, par le Parlement européen
01:33et qui impacte les citoyens, les Belges au quotidien ?
01:37Oui, bien sûr.
01:38Mais l'Europe nous touche tous les jours au quotidien, dans notre vie de tous les jours.
01:42Et je trouve qu'un exemple qui est très parlant, surtout pour les distraits comme moi qui oublient toujours mon chargeur GSM un peu partout,
01:48c'est cette histoire d'un chargeur universel.
01:51Depuis des années, on accumule les chargeurs dans le fond des armoires.
01:55C'est un gaspillage monstrueux.
01:57S'il y a un chargeur universel qui peut durer dans le temps et qui est interchangeable entre les appareils,
02:01ce serait très pratique et je trouve que c'est un bel exemple très concret d'une avancée européenne.
02:08Maintenant, au niveau de l'agriculture, les agriculteurs ont manifesté leur colère.
02:12Ils sont venus au Parlement européen, notamment à Bruxelles.
02:15Quelle réponse le Parlement européen leur apporte aujourd'hui ?
02:18La réponse que l'on essaie d'apporter, c'est d'essayer d'avoir de la cohérence.
02:22Parce qu'aujourd'hui, on voit qu'il y a quand même une déconnexion totale entre certaines décisions politiques et la réalité du terrain.
02:31Au niveau de l'agriculture, par exemple, c'est très bien que l'on essaie d'être plus vert, d'améliorer les choses.
02:40Mais il faut aussi tenir compte de la réalité du terrain.
02:42Les défis qui nous entourent, par exemple, ne pas oublier l'autonomie stratégique en matière d'alimentation.
02:49Il y a vraiment des réponses concrètes pour relancer l'agriculture.
02:52Aujourd'hui, on a un grand défi, c'est que l'agriculture a besoin de se renouveler.
02:57Parce que les agriculteurs ont en moyenne plus de 55 ans et il n'y a que 6% des agriculteurs qui ont au moins de 35 ans.
03:06Donc il y a vraiment un défi urgent à relever, c'est le renouvellement des agriculteurs.
03:10Et pour ça, on doit leur donner de la cohérence des décisions et du bon sens dans le long terme.
03:15Et c'est vraiment le job de l'Europe.
03:16Et vous, en tant qu'agriculteur, vous venez porter ces messages directement au cœur du Parlement européen ?
03:20Directement, je viens ici avec vraiment mon âme de paysan, mon bon sens de paysan.
03:26Et j'essaie de confronter la réalité du terrain aux décideurs pour essayer de les faire évoluer de manière pragmatique.
03:33Vous avez des pistes, qu'est-ce qu'on pourrait mettre en place justement pour essayer de remobiliser cette jeune génération ?
03:39Déjà, leur donner des perspectives de moyen et de long terme.
03:43Parce que souvent, les politiques changent et évoluent très rapidement.
03:46On le voit avec le Green Deal, on le voit avec la réforme de la PAC.
03:49Et les jeunes agriculteurs ont difficile de voir sur le long terme.
03:53Or, quand on reprend une exploitation agricole, c'est des sommes colossales que l'on doit emprunter à la banque.
03:59On doit faire des business plans, comme toute entreprise.
04:03Et on a besoin de planification sur le long terme.
04:05Et on ne sait pas toujours à quelle sauce on va être mangé.
04:06On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé.
04:08Donc les gens, évidemment qu'ils hésitent d'aller à la banque, emprunter des centaines de milliers d'euros pour acheter du matériel,
04:13acheter des terrains, acheter un troupeau.
04:16Alors que dans 5 ans, on ne sait pas exactement ce que l'on voudra demander aux agriculteurs.
04:20C'est ça le défi du moment.
04:23Et ça se joue au niveau du Parlement européen ici ?
04:25Bien sûr, parce que le Parlement européen, il travaille sur des textes qui sont proposés par la Commission et qui sont amendés.
04:33Mais évidemment qu'il y a des choses qui ne vont pas, on doit le signaler.
04:37C'est le rôle du Parlement justement.
04:40qui permet aux citoyens, aux travailleurs de ses élus, de réagir aux propositions de la Commission.
04:45Justement, parmi les points dénoncés, il y a le Mercosur aussi par les agriculteurs.
04:49Il y a un accord qui est tombé en décembre dernier.
04:52C'est quoi les marges de manœuvre justement alors du Parlement européen par rapport à ça ?
04:55Ah mais la marge de manœuvre du Parlement européen par rapport au Mercosur, elle est vitale.
05:00En ce sens qu'on va dire oui ou non.
05:02Et là vraiment, cet accord, on doit le dénoncer parce qu'il n'est pas bon au niveau écologique.
05:08Il n'est pas bon au niveau économique parce qu'il condamne des filières entières chez nous.
05:13Il n'est pas bon au niveau stratégique parce que notre autonomie alimentaire est en danger.
05:19Et il n'est pas bon en termes de santé parce qu'on a des normes qui sont beaucoup plus exigeantes que ce qui se passe ailleurs dans le monde.
05:26Si on choisit en tant que citoyen d'avoir de la viande sans antibiotiques, sans hormones, d'avoir des céréales sans résidus de pesticides, etc.
05:36On doit être cohérent et on ne doit pas accepter d'importer des produits de ces pays-là.
05:41Vous savez par exemple que l'Argentine vient de quitter l'Organisation mondiale de la santé.
05:46Or, l'Organisation mondiale de la santé, c'est celle qui détermine les taux de tolérance pour les pesticides, tout ça.
05:52Il y a vraiment un enjeu majeur qui dépasse de loin le revenu des agriculteurs.
05:57C'est un enjeu de société pour lequel je suis très motivé de faire triompher la vérité déjà.
06:02Et ici, vous pouvez prendre le pouls. C'est quoi la tendance ? Comment vous le sentez au niveau du Parlement européen par rapport à cette décision qui va devoir être jugée ?
06:10Voilà. Mais la tendance, à mon avis, il va y avoir match entre les deux parce que d'un côté, il y a aussi des avantages au Mercosur.
06:21Certains pays ont une industrie qui est demandeuse de nouveaux marchés, par exemple, surtout avec les réflexes protectionnistes que le président Trump met en avant pour le moment.
06:35Mais d'un autre côté, on ne peut pas faire tout à n'importe quel prix.
06:38Donc, je crois qu'il y a des sensibilités différentes et que justement, le débat démocratique qui aura lieu par exemple demain sur le sujet va être utile pour faire évoluer les mentalités.
06:49L'agriculture, elle enchaîne les crises aussi quand ce ne sont pas les inondations, c'est la sécheresse, les maladies. Il y a urgence ? Il faut agir là aujourd'hui ?
06:56Il faut agir parce que l'agriculture, elle est d'abord victime du changement climatique, mais elle fait aussi partie de la solution.
07:03Par exemple, si on prend nos prairies qui sont des puits à carbone, mais l'élevage aide au changement climatique d'une certaine manière.
07:14On doit vraiment remettre l'agriculture au centre du jeu. C'est un outil et ce n'est pas quelque chose que l'on doit combattre.
07:21Mais justement, on parle souvent agriculture, c'est prôné, mais d'un côté, on prône exigence environnementale. C'est vraiment compatible alors pour vous ?
07:28Pour moi, c'est compatible et on doit vraiment travailler dans les deux sens en ayant une autonomie stratégique qui répond aux défis climatiques et aux défis environnementaux.
07:37Mais pour ça, on a besoin de cohérence et on a besoin de protéger notre marché. On ne sait pas en même temps être les moins chers en ayant la meilleure qualité.
07:47Ce n'est pas possible ça. Si on veut faire quelque chose comme il faut, il faut être protégé et on doit être cohérent par rapport à ça.
07:54Pour le changement climatique, par exemple, je plaide pour un fonds qui permet d'avoir une transition climatique et d'indemniser quand on doit le faire.
08:03Par exemple, les agriculteurs aujourd'hui sont victimes de la maladie de la langue bleue qui est une catastrophe économique dans les élevages.
08:10Ce sont des maladies, ce sont des accidents de la vie pour lesquels les agriculteurs doivent savoir être aidés.
08:18Et ça, l'aide, elle peut venir de l'Europe ?
08:20Elle peut éventuellement venir de l'Europe. Ici, on a eu la chance d'avoir Anne-Catherine Dalk qui a débloqué des fonds au niveau du gouvernement Wallon.
08:27Au niveau de la politique vaccinale, on a eu le soutien de David Clarinval.
08:31Mais au niveau européen aussi, dans le long terme, on doit recréer un fonds de crise pour ce type d'événement qui n'est pas prévisible directement.
08:39On a parlé de l'alimentation de qualité. Le Parlement européen avait développé une stratégie,
08:45enfin en tout cas a lancé une stratégie lors de la législature passée de la ferme à l'assiette.
08:49Ça prévoyait une réduction des pesticides de 50%, des engrais de 20% d'ici 2030, donc c'est demain.
08:55Est-ce qu'on va y arriver ?
08:57On peut y arriver, mais il faut quand même se rendre compte qu'on ne doit pas se précipiter pour faire les choses bien.
09:06Parce qu'une chose que je crains, c'est que l'Europe, en voulant aller trop vite, passe à côté de l'objectif.
09:13En ce sens que si on va trop vite, on va condamner une agriculture ici qui ne saura plus être compétitive,
09:19parce qu'on va avoir des coûts de production qui vont exploser.
09:22Et en même temps, on va remplacer notre alimentation aux produits localement par des denrées importées qui ne répondent pas à notre cahier de charges.
09:29Donc en fait, le danger, c'est que l'on doit éviter la délocalisation.
09:35L'objectif de décarbonisation, il doit être global.
09:40Donc si on délocalise notre agriculture dans des zones où on ne fait pas attention, on n'a rien gagné.
09:45C'est pour ça que moi je plaide pour que ces changements, cette diminution des pesticides se fassent en douceur,
09:51et au fur et à mesure que l'on trouve des solutions de rechange.
09:54Parce qu'on ne doit certainement pas oublier notre autonomie alimentaire.
09:58C'est très important que l'Europe reste productive.
10:01Si l'agriculture devient propre en termes d'émissions de CO2, mais qu'elle ne produit plus la nourriture dont les Européens ont besoin,
10:08on passe à côté de l'objectif.
10:10N'oublions pas que cette année, en 2024, on a eu 82 millions de bouches à nourrir en plus sur la planète.
10:19Il y a un vrai défi alimentaire au niveau mondial, on ne doit pas l'oublier.
10:24Vous l'avez évoqué avec l'explosion des coûts, on a l'impression aussi pour les citoyens,
10:29à chaque fois qu'on veut une alimentation de qualité, il faut payer plus cher.
10:33Donc ça a un impact sur le portefeuille.
10:35C'est une question qui interpelle ici aussi au niveau du Parlement européen ?
10:38Oui, ça interpelle, mais je voudrais quand même dire par rapport à ça qu'on a beaucoup de chance en Europe,
10:42parce qu'on a depuis les années 50 instauré la politique agricole commune,
10:46dont l'objectif justement est de concilier une alimentation de qualité qui répond à des normes les plus strictes au niveau mondial,
10:54mais aussi avec un système de soutien à l'agriculture qui a permis de produire à un prix compétitif.
11:00Donc on a la chance en Europe d'avoir une alimentation saine pour tout le monde,
11:05alors que dans d'autres pays comme aux États-Unis par exemple, il y a clairement cette agriculture à deux vitesses,
11:12une agriculture de qualité pour les plus nantis, une agriculture low cost, de mauvaise qualité,
11:17qui donne le diabète, le surpoids, etc. pour les gens qui n'en ont pas les moyens.
11:21Ça on doit absolument éviter, et c'est pour ça que la politique agricole commune,
11:26qui est la politique la plus ancienne au niveau européen, doit rester vraiment au cœur des préoccupations
11:32et doit rester aussi largement soutenue financièrement.
11:36Et il faut éviter que les nouvelles exigences ne contraignent les agriculteurs à devoir augmenter les coûts,
11:42et donc il faut pouvoir être soutenu aussi pour répondre à ces nouvelles exigences.
11:45Exactement, donc si on demande plus de choses aux agriculteurs, des choses qui dépassent leur rôle de production alimentaire,
11:52évidemment il faut les soutenir, sinon on les met dans une situation intenable,
11:55les agriculteurs vont cesser leur activité, l'activité agricole va être délocalisée dans d'autres continents,
12:01et on aura tout perdu.
12:02Le bio, c'est un autre enjeu dont on parle beaucoup.
12:05Est-ce que c'est aussi une question sur laquelle se penche le Parlement européen ? Vous en parlez ?
12:09Bien sûr, mais là aussi on doit être raisonnable et modéré.
12:13Il y a un pourcentage de la population qui a envie et qui a les moyens de manger bio,
12:18on doit répondre à leur demande, mais on ne doit pas croire non plus que le bio est le seul moyen de faire de l'agriculture de qualité.
12:26Et le danger aujourd'hui, avec les choix qui ont été faits au cours de ces dernières années par l'Union européenne par rapport au bio,
12:33c'est de créer de la surproduction.
12:35On a des objectifs de bio à 25% par exemple, si on produit 25% d'alimentation bio,
12:41mais qu'il y a 5% des consommateurs qui achètent bio, la demande ne suit pas aujourd'hui.
12:47Et donc si on crée un décalage entre une surproduction de produits bio et un manque de consommation de produits bio,
12:54on crée un effondrement du prix des produits bio et donc les agriculteurs bio se cassent la figure.
13:00Donc on arrive au contraire de l'objectif recherche et au départ.
13:03Ils abandonnent parce que ce n'est plus assez rentable pour eux.
13:05Exactement. En tenant compte de la réalité du marché, en tenant compte des objectifs climatiques,
13:11en tenant compte des besoins des revenus des agriculteurs, on doit construire une agriculture durable sur base de trois piliers,
13:17l'environnement, l'économie et le social, et ne pas se focaliser sur un pilier à la fois.
13:24Merci Benoît Cassard.
13:25Avec grand plaisir.