Lundi 24 février 2025, SMART TECH reçoit François Candelon (Associé Value Creation & Portfolio Monitoring, Seven2) , David Lacombled (Président, La villa Numeris) , Yann Serra (grand reporter, Le MagIT) et Thibault Honegger (PDG & cofondateur, NETRI)
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00:00Bonjour à tous, à la une aujourd'hui de Smartech, on va parler d'intelligence artificielle mais
00:12surtout de nos dépendances aux technologies européennes, en particulier l'approvisionnement
00:16en puces. Ce sera vraiment notre grand dossier aujourd'hui. On aura également un rendez-vous
00:21avec une chronique sur l'économie numérique pour faire un focus sur l'agriculture, secteur
00:25en pointe comme vous le verrez. Mais d'abord je propose qu'on s'intéresse à la première usine
00:29française d'organes sur puces. Et tout de suite trois questions A.
00:32Bonjour Thibault Honegger, bienvenue dans Smartech. Vous êtes un ancien chercheur du MIT,
00:41du CNRS, vous êtes auteur de nombreux articles scientifiques et de brevets également. Un
00:46spécialiste en neuro-ingénierie micro-fluidique, vous allez nous dire ce que c'est ça.
00:50Alors la neuro-ingénierie micro-fluidique c'est la capacité à organiser des centaines de neurones
00:56entre elles pour faire des circuits neuronaux à l'identique qu'il se passe dans votre corps.
01:00Et vous êtes aussi un entrepreneur, notamment le co-fondateur de Netri,
01:04dont vous êtes l'actuel PDG. Netri, startup industrielle, je devrais dire une deep tech
01:10dans la santé qui permet de générer des mini organes humains sur puces. Ça va permettre de
01:16tester en fait les effets des médicaments en amont avant de le faire sur des patients. Alors
01:22on va peut-être commencer par le début. Qu'est-ce que ça veut dire générer des mini organes déjà
01:27sur puces ? Alors nous avons en effet développé des technologies qui permettent à partir de cellules
01:32souches, vous savez ces fameuses cellules qui sont capables de donner tous les organes du corps
01:36humain, de les mettre dans ces dispositifs et les organiser à l'identique pour former des mini
01:40organes, que ce soit des mini organes du système nerveux central ou du foie, du rein, des intestins,
01:46de façon à pouvoir anticiper l'effet d'un candidat médicament. Alors comment est-ce qu'on
01:50fait ça en quelques secondes ? Nous avons réussi à innerver chaque organe à l'identique qui se
01:56passe dans votre colonne vertébrale et dans tous vos organes humains. Et nous tirons profit de
01:59cette innervation naturelle qui est faite dans votre corps pour enregistrer l'effet d'un candidat
02:03médicament directement avec les neurones, ce qui nous permet de digitaliser la biologie, l'effet
02:08biologique pour aller maintenant après sur de l'IA. Et quand vous dites sur puces, c'est-à-dire très
02:11concrètement ces cellules souches, donc vous les posez, est-ce que vous êtes venu avec une plaque ?
02:15Tout à fait. Donc effectivement ce sont nos dispositifs qui permettent d'organiser des
02:21centaines et des milliers de cellules à l'identique de ce qui se passe dans le corps humain. Et pour
02:25aller dans le détail, dans ce dispositif, nous avons reproduit le circuit de la meule épinière
02:29vers le système nerveux périphérique. D'accord. Alors là, je n'ai pas véritablement le produit
02:34final, j'imagine, parce qu'il n'y a pas de circuit électronique. Alors il y a un circuit qui permet
02:39d'enregistrer l'activité électrique, mais effectivement le produit final est composé de
02:43ce dispositif, de ces cellules souches qui sont différenciées directement dans ce dispositif et
02:48bien évidemment du lecteur qui permet d'enregistrer l'activité électrique. Alors donc par-dessus tout
02:53cela, vous appliquez des traitements d'intelligence artificielle pour faire des simulations. Quel type
02:57de d'IA vous utilisez ? Est-ce qu'on parle beaucoup d'IA générative ? Est-ce que là vous faites de
03:01l'IA générative ou pas du tout ? Alors on va y aller, mais je vous explique en quelques secondes.
03:05Effectivement nous utilisons du deep learning qui permet de faire du sens de comment ces milliers
03:10de neurones interprètent un signal biologique qui vient d'un composé. Parce que concrètement, par
03:15exemple, nous avons reproduit le circuit de la douleur. Dans les chimiothérapies, celles-ci vont
03:19induire des effets secondaires, vous savez celles qui justement font que 8 chimiothérapies sur 10
03:22échouent en phase clinique. Et bien nous sommes arrivés à comprendre et à faire du sens de comment
03:27est-ce que votre moelle épinière va interpréter ces signes de douleur. Et comprendre comment est-ce
03:32que 10 millions de neurones parlent entre eux, c'est assez compliqué. Et c'est justement grâce
03:35à notre IA deep learning que nous pouvons faire du sens et de quantifier et d'objectiver la douleur.
03:41Mais sur l'IA générative, j'y reviens, puisque lorsque l'on a montré à nos partenaires que
03:47une chimiothérapie ou un composé ou un vaccin va peut-être induire des douleurs en phase clinique,
03:52nous allons aller plus loin et nous allons lui proposer qu'est-ce qu'il doit rajouter ou préparer
03:57à ce traitement pour justement éviter les effets secondaires. Ça c'est l'IA générative.
04:01Et là vous étudiez l'IA générative, donc ça vous a permis quand même cette nouvelle vague d'avoir
04:05une certaine accélération. Accélération qui se concrétise par l'inauguration d'une usine.
04:11Vous avez des clients internationaux déjà aujourd'hui ?
04:15Oui, Netri exporte pour 70% de son chiffre d'affaires à l'international. Et bien évidemment
04:19des clients français et européens. Parce que quand on regarde les deep tech et quand on regarde
04:24les belles histoires françaises, force est de constater que certaines n'arrivent pas à s'en
04:29sortir. Je pense à Insect qui a annoncé après son plan de sauvegarde un redressement judiciaire.
04:35Comment vous faites avec ce contexte ? Est-ce que la solution c'est d'avoir davantage de
04:45clients internationaux ? Comment on s'en sort aujourd'hui quand on est une deep tech ?
04:49Alors notre avantage c'est que nous avons un marché qui est tout de suite mondial puisque l'ensemble de
04:53nos clients pharmaceutiques, on dit que les big pharma, les mid-size pharma sont d'emblée avec
04:58une renommée internationale. En revanche, là où on a une opportunité à saisir, c'est avec les
05:03récents événements qui se passent aux Etats-Unis, notamment avec la FDA, vous savez l'agence
05:07régulatrice américaine, qui va selon toute vraisemblance diminuer son taux d'acceptabilité
05:12et son exigence qui était une renommée internationale. Nous allons saisir cette
05:16opportunité parce que le nombre d'entreprises qui vont venir justement en Europe faire leurs
05:19essais cliniques va à mon avis émerger énormément. Donc il faut qu'on saisisse l'opportunité de
05:25façon à pouvoir répondre à la demande et avec des exigences réglementaires qui sont à la hauteur
05:29de nos ambitions européennes. C'est parfait, c'est tout ce qu'on vous souhaite. On va à nous
05:33aussi parler de comment réagir justement à tout ce qui se passe aux Etats-Unis. On va enchaîner
05:37avec l'enjeu d'approvisionnement en puce pour l'intelligence artificielle. J'imagine que ça
05:41vous concerne également ce sujet. Merci beaucoup Thibaut Onega. Je rappelle que vous êtes le
05:46PDG et cofondateur de Netri. Qu'en est-il des restrictions américaines sur les puces pour
05:56l'intelligence artificielle ? On le sait, juste avant son départ, l'administration Biden, pour
06:00des raisons de sécurité nationale, a déposé un texte qui impose des restrictions sur l'exportation
06:05de technologies qui sont capables d'accélérer le traitement IA. Alors où en est-on et puis
06:09surtout quel risque cela fait peser aujourd'hui sur le développement de l'Europe en matière
06:14d'intelligence artificielle ? Pour en parler, Yann Serra, bonjour. Bonjour Delphine. Grand reporter
06:18au Magaïti, vous couvrez pour ce magazine les domaines des serveurs, du réseau, de la
06:23virtualisation et on vous doit très récemment un excellent article sur la menace qui court sur la
06:28production de puces pour l'IA. A côté de vous, François Candelon, bonjour. Bonjour. Operating
06:34partner chez SevenTwo. SevenTwo, c'est ex-Apex partner, ce qu'on connaît bien ici aussi dans
06:38Smartech, fonds d'investissement européen basé à Paris. Vous êtes un expert en intelligence
06:43artificielle et stratégie numérique. Je voulais qu'on commence justement par un point sur notre
06:48niveau de dépendance en matière de puces pour l'IA. Quels sont les chiffres aujourd'hui de
06:53production ? Est-ce qu'on les connaît ces chiffres de production ? On les estime. Donc on estime en
06:59fait les puces, les GPU qui servent à entraîner les LLM, les IA, sont vendues à 98% par Nvidia
07:11et on estime que Nvidia met sur le marché 2 millions de ces GPU-là par an, donc 500 milles
07:20par trimestre. Et donc aujourd'hui, ce qu'on entend quand on écoute l'écosystème, c'est on n'en a pas
07:25assez. Ben non, on n'en a pas assez. Visiblement, c'est la chasse au trésor. Ben oui, parce qu'en
07:29fait, le problème qui se pose, c'est que l'année dernière, vous aviez 75%, c'est-à-dire les trois
07:35quarts quand même de la production qui ont été avalés par les géants d'Internet, par six géants
07:41d'Internet. Donc les hyperscalers, c'est Microsoft Azure, Amazon AWS, Google GCP, ça c'est ceux qui
07:50vont revendre après des services. Et puis vous avez aussi les réseaux sociaux, donc on a XAI,
07:56on a Meta, Facebook et puis on a ByteDance qui est TikTok. Alors ces six acteurs-là ont avalé
08:03les trois quarts de la production. Du coup, il ne reste plus qu'un quart, donc ça va être un
08:09problème pour tous les petits hébergeurs. J'ai envie de dire, si je m'appelle NVIDIA, pour moi, je ne vois pas
08:16de problème. Je me dis, c'est super, j'ai un potentiel de croissance extraordinaire. Sauf qu'il
08:21faut les produire. Non mais voilà, c'est ça le problème, c'est qu'en fait, il faut les produire.
08:24Alors actuellement, il y a une seule usine à Taïwan qui va produire donc la nouvelle génération de
08:28puces. Et en fait, cette usine, elle a une production qui est finie. Depuis 2021, c'est
08:34toujours la même production. Et on estime que NVIDIA fait à peu près 3 000 waffers par...
08:41Alors les waffers sont les disques sur lesquels on grave les puces. Elle fait à peu près 3 000
08:45waffers par mois. Et en fait, ça ne sera pas suffisant. En fait, il y a 65 puces par
08:51waffer. Après, il faut faire un peu des mathématiques. Mais en fait, on se rend compte que ce ne sera
08:55pas suffisant. Alors on sait que ces deux millions de puces qu'ils mettent sur le marché, ce sont des
09:01puces pour le monde occidental. C'est très difficile d'estimer ce qu'ils vendent à la Chine.
09:07C'est à dire qu'ils vendent des puces, voilà...
09:11Des générations précédentes.
09:12Oui, alors ce n'est pas des générations précédentes, c'est moins performantes. Mais en fait, en vrai, on pense que ce sont les mêmes qui sont un petit peu
09:19bridées, si on peut dire. Et puis en fait, derrière, les Chinois peuvent très bien les débrider. On n'a pas l'info, on ne sait pas.
09:25Mais enfin bon, toujours est-il qu'il y a beaucoup trop de demandes par rapport à l'offre.
09:29François, est-ce qu'aujourd'hui, en Europe, on a cette inquiétude justement sur un manque d'approvisionnement en matière de puces IA ?
09:35Ce n'est pas encore arrivé jusque-là.
09:37Non, mais je pense qu'il y a plusieurs choses. Il y a déjà, non seulement le manque de puces, mais pour moi, le problème en Europe, c'est le manque d'appétit.
09:46C'est à dire que malgré tout ce que l'on voit et les 109 milliards qui ont été annoncés par le président Emmanuel Macron, les 200 milliards au niveau européen, etc.
09:58Je pense qu'aujourd'hui, moi, ce qui me frappe en Europe, c'est le manque de compréhension de cette révolution qui est en marche.
10:08Parce qu'aujourd'hui, si je prends même, je vais revenir sur la Chine, notamment avec DeepSeek, on sait bien que DeepSeek a utilisé quand même
10:15pour se faire tout un ensemble de GPU, donc le nombre n'est pas connu.
10:20Ce que l'on voit, c'est que nous allons arriver, et il y a encore des recherches pour des modèles de nouvelle génération qui, eux, vont demander des millions de GPU pour être entraînés.
10:30Et donc, face à ça, la question du contrôle de la distribution des GPU va être une arme géopolitique massive.
10:39Et donc, on se retrouve avec, est-ce que les Chinois vont en bénéficier ? Oui, non.
10:44Comment est-ce qu'ils vont trouver les moyens d'en chercher d'autres ?
10:48C'est ce que fait AMD, parce qu'NVIDIA, pour l'instant, est en situation quasi monopolistique, mais les autres fournisseurs de puces essaient de se déployer sur des niches un peu plus,
10:59ou de trouver des moyens d'intégrer, notamment par rapport au stockage.
11:04Il y a des difficultés, ce qu'on appelle en anglais des bottlenecks, qu'ils essaient de résoudre pour pouvoir être beaucoup plus efficaces.
11:15Je pense que ce marché de la puce est un marché qui est en pleine évolution.
11:20Ça demande du temps, parce que n'oublions pas que nous sommes sur le physique.
11:23Quand on parle des data centers en Europe, et en France en particulier, on parle d'une mise en œuvre, au mieux, en 2027.
11:33Donc, il se passe du temps, on est dans un monde physique, on l'a un peu oublié.
11:39C'est pour ça que la Silicon Valley, qui a été fondée là-dessus, réussit à se développer encore mieux et à être extrêmement active.
11:47Pour moi, le problème en Europe, c'est celui de l'appétit, de la compréhension.
11:51On n'est pas assez morts de faim pour se bagarrer ?
11:54On n'est pas d'un côté assez morts de faim, mais de l'autre côté, il y a une phrase qui avait été dite par un professeur de stratégie à Harvard, Michael Porter, dans les années 90,
12:05qui disait que la compétitivité d'un pays dépendait de la capacité de son industrie à innover et à se moderniser.
12:10Je pense qu'aujourd'hui, avant même de penser GPU et autres, nous avons une vraie difficulté,
12:16qui est la capacité et la volonté de nos industries, de nos PME, de nos ETI, de nos grands groupes, à effectivement embrasser cette nouvelle révolution.
12:28On en est où des restrictions américaines sur l'exportation des puces ?
12:34On en est toujours au même point que l'année dernière, où Joe Biden, à une semaine de partir, a décidé de poser des quotas,
12:42et de dire qu'il n'y avait que 18 pays dans le monde, qui ont le droit d'acheter autant de puces qu'ils veulent.
12:50La globalité des autres pays ne peuvent en importer que 50 000, tous les deux ans, ce qui n'est pas beaucoup.
13:03La Russie, la Chine, tous ces pays-là n'ont pas du tout le droit, c'est zéro, mais ils arrivent tout de même à en importer par des faits contrôlés.
13:12Il y a quand même des conséquences pour la France.
13:14Le problème qu'on va avoir en France, c'est que si on peut en importer autant qu'on veut, on n'a pas le droit d'en réexporter.
13:23Typiquement, on va penser à des acteurs français du cloud, OVHcloud par exemple, qui veulent s'installer ailleurs,
13:30ne peuvent pas non plus emmener trop de GPU.
13:32Mais même au-delà du cloud, on a aussi des industriels, l'armement, Thales, qui met des puces d'intelligence artificielle,
13:40des centres de contrôle super high-tech.
13:44Ça, typiquement, ça fonctionne avec ces puces-là.
13:46Ils ne pourront plus les vendre à l'Arabie Saoudite par exemple.
13:50Ou alors, il faut demander la permission à Donald Trump.
13:54Après, on ne sait pas si Donald Trump va l'accorder.
13:57C'est un petit peu le souci.
13:59Ce que j'aimerais dire, c'est que ça va un peu au-delà de l'Europe versus les Etats-Unis.
14:04Il faut comprendre qu'à l'heure actuelle, les gros acteurs de l'IA, de l'infrastructure d'IA, ce sont les gens du cloud.
14:11Ce sont véritablement les 6 acteurs dont on a parlé juste avant, mais qui sont même contre le gouvernement américain.
14:17Aujourd'hui, Microsoft, par exemple, n'est pas du tout dans cette histoire de Stargate.
14:25Alors, s'ils y sont, ils ont donné leur nom.
14:27Mais en fait, quand on leur demande, parce qu'il y avait une histoire, un problème d'investissement sur Stargate.
14:30Vous savez, c'est 500 milliards, mais personne n'a compris d'où allaient venir ces 500 milliards.
14:34Alors, on a dit, Microsoft, vous qui avez beaucoup d'argent, il y a votre nom, c'est vous qui allez tout apporter.
14:38Microsoft a dit, nous, on joue notre jeu à nous.
14:41Donc, nous, on fait nos data centers et nous, on va continuer à acheter des GPUs pour les vendre partout dans le monde.
14:47En fait, ce qui va se passer, c'est que demain, a priori, quand nous, les Français, on va vouloir faire de l'IA,
14:53on sera obligé d'acheter du service chez Microsoft pour pouvoir utiliser ces fameuses puces.
14:59Parce qu'elles ne seront pas disponibles sur le marché.
15:01Parce que les entreprises, même les grands industriels, ne pourront plus avoir leur propre data center.
15:06Même si on veut mettre 109 milliards sur la table, on n'est pas sûr de pouvoir les peupler, ces data centers.
15:12Donc, il faudra passer par les gens du cloud.
15:14Dans ces investissements, on retrouve les Américains dans ces 109 milliards.
15:17C'est pour ça que je pense que le terme « souveraineté » n'est pas le bon.
15:20Je pense qu'il faut parler d'autonomie stratégique.
15:22On n'a pas encore employé, vous noterez.
15:24C'est pour ça.
15:26Mais enfin, en effet, on y allait assez rapidement.
15:29Je pense à l'autonomie stratégique parce qu'il faut que l'on réussisse à travailler avec ces hyperscalers
15:35pour pouvoir effectivement trouver une capacité de notre côté à pouvoir être autonome.
15:42Mais on ne sera pas dans une question…
15:44Je pense que l'idée de se dire « tout est européen, on ne travaille qu'entre Européens, etc. »
15:48est une idée qui ne va pas fonctionner.
15:51D'abord parce que le niveau de compétitivité ne sera pas là.
15:55C'est-à-dire que Mistral, c'est super…
15:58On sera toujours sous dépendance, de toute façon.
16:01Je pense qu'il faut qu'on réfléchisse à la manière d'interagir et quels sont nos leviers pour interagir.
16:07Il faut qu'on danse avec ces loups technologiques.
16:11L'autre question, parce que je vous ai entendu parler d'Ipsy,
16:15qu'il y avait des puces moins performantes, moins rapides, moins puissantes.
16:18Mais finalement, on a besoin de quoi exactement aujourd'hui en matière de puces
16:21pour faire tourner ces grands modèles, pas que de langage puisqu'aujourd'hui…
16:26Multimodo, oui.
16:27Il y a deux étapes dans l'IA.
16:30Il y a l'entraînement, qui a besoin de ces puces très performantes.
16:33Et puis après, il y a l'utilisation, qu'on appelle l'inférence.
16:35C'est là où on a l'IA générative, où on a la reconnaissance de motifs sur des vidéos.
16:40Effectivement, dans le catalogue de NVIDIA, on a deux types de puces.
16:42On a ces fameuses puces pour l'entraînement, qui ne sont livrées qu'à 2 millions d'exemplaires.
16:45Et on a d'autres, qui sont plus proches des puces graphiques qu'ils faisaient auparavant,
16:49qui là, ont l'air d'être disponibles.
16:51Mais ça reste quand même du NVIDIA.
16:54L'idée, c'est qu'effectivement, peut-être que nous, demain, on n'aura pas besoin…
16:59C'est compliqué.
17:01Au départ, on s'était dit, finalement, l'entraînement, on va entraîner des langages.
17:05Une fois que tous les langages auront été entraînés, on n'aura plus besoin d'en entraîner.
17:10L'IA aura la connaissance universelle et on n'aura plus qu'à l'utiliser.
17:13Ça, c'était le point de départ.
17:15Et puis, grâce à des gens comme Mistral, grâce à des gens comme DeepSeek,
17:19on a compris que finalement, on était mal parti.
17:22Il vaut mieux avoir des petits modèles.
17:24Alors, on a dit, du coup, c'est frugale, ça a besoin de moins de puissance de calcul.
17:28Mais en fait, ce n'est pas vrai, parce que si vous avez 10 petits modèles
17:31qui sont 10 fois plus petits qu'un gros, ça revient exactement au même.
17:34On finit par avoir le même résultat.
17:37Donc, on s'est dit, finalement, on va devoir continuer à acheter ces puces très puissantes.
17:41Par ailleurs, on s'est rendu compte aussi que pour utiliser l'IA,
17:46il y avait, c'est un peu technique, pardon, mais en l'occurrence,
17:49il faut une mémoire intégrée à la puce.
17:52Or, les mémoires intégrées à la puce, elles ne sont pas dans les puces
17:56qui sont censées faire de l'inférence.
17:58Elles sont dans les fameuses, toujours, puces, les grosses puces.
18:01Du coup, les gens du cloud ont très bien compris qu'en fait,
18:05il fallait faire des réserves de ces grosses puces-là
18:07qui n'allaient pas du tout les remplacer tous les ans et tout
18:09pour sauver la planète, gagner, consommer moins d'énergie
18:13au fur et à mesure des nouvelles générations.
18:15Non, ils vont les garder pour continuer à faire des services d'utilisation.
18:19Donc, on est toujours sur ces fameuses grosses puces-là
18:22qui ont cette fameuse mémoire.
18:24Donc, ce qu'il faudrait faire, c'est qu'on arrive à créer des puces
18:29qui n'ont pas besoin d'autant de calcul, mais qui ont ces mémoires dedans.
18:34Pourquoi je vous dis ça ?
18:35Parce qu'on a en France un acteur qui s'appelle Seapearl.
18:39Bon, pour l'instant, il ne vende pas, il ne produit pas pour l'instant.
18:43Mais en fait, c'est le seul qui va créer une puce qui, comme ça,
18:47ne va pas beaucoup calculer pour entraîner,
18:51mais va avoir cette mémoire qui va permettre, normalement à pas cher,
18:55et en plus qui est européenne.
18:57Et c'est un projet qui est financé par des projets européens.
19:02Voilà, tout à fait.
19:04Donc, ça, c'est une option qui vous semble rassurante ?
19:08Oui, qui est excitante.
19:10Bon, d'accord.
19:11Mais je pense, en revanche, qu'il y a un point que je voudrais faire
19:14qui est édyptique.
19:16Ce n'est pas une rupture de génération.
19:18C'est-à-dire qu'en termes de performance, c'est un peu la même chose,
19:22mais c'est comme vous aviez les mêmes ingrédients
19:24et ça a été un super cuisinier qui a réussi à faire.
19:26Mais l'IA, en général, est toujours en mouvement.
19:30C'est-à-dire que la qualité des LLM, des LMM,
19:34donc Large Multimodal Models et autres,
19:37fait que nous allons aller vers une autre génération.
19:40C'est-à-dire que là, on n'est plus sur uniquement les modèles qui ne résonnent pas.
19:43On arrive aussi à des modèles qui résonnent.
19:45On va avoir des questions sur quel est le niveau d'intelligence
19:48dont on a besoin en fonction de la tâche que l'on donne.
19:53On n'a pas besoin de la même voiture pour amener ses enfants à l'école
19:56et puis pour faire la route, partir en vacances.
20:00C'est un petit peu ça qui va arriver.
20:01Et ça, on est dans une nouvelle étape de recherche
20:04qui va nécessiter énormément de ces puces très sophistiquées.
20:10Pour ajouter un point là-dessus, en fait, vers quoi on va ?
20:12On va vers ce qu'ils appellent l'IA agentique.
20:15Alors l'IA agentique, qu'est-ce que ça va être ?
20:17Vous allez poser votre question à une IA
20:19et en fait, l'IA, plutôt que de vous répondre, plutôt que d'avoir un très gros modèle,
20:22elle va chercher elle-même, toute seule, sur Internet,
20:26les autres agents qui sont spécialisés
20:29et elle va découper votre prompt en dix parties
20:31et chaque partie va être traitée par un agent,
20:35par une autre IA, quelque part, hébergée chez quelqu'un d'autre.
20:38Donc ça va beaucoup là-dedans.
20:40Et alors, du coup, ça va, effectivement, vous avez raison,
20:42ça va aller au-delà d'avoir des puces,
20:44il va falloir avoir des réseaux très rapides pour que ces IA communiquent.
20:48J'étais chez Cisco la semaine dernière, donc ils travaillent beaucoup là-dessus,
20:51et ils m'ont dit, alors il y a un truc extraordinaire,
20:53c'est que le Web3, vous savez, le machin qui n'a jamais marché,
20:58en fait, grâce à cette IA agentique où les agents vont communiquer entre eux,
21:01ils vont devoir communiquer, ils vont devoir s'identifier avec des blockchains,
21:04et donc ça va être la renaissance du Web3.
21:06Alors ça, vu qu'il y a plein de gens en France
21:08qui ont investi là-dedans pour rien,
21:10et bien peut-être totalement inorganique,
21:12et principalement inorganique,
21:14c'est-à-dire que c'est quelque chose,
21:16ils vont créer leur Web3 à eux, les agents, entre guillemets.
21:18Oui, c'est ça.
21:20Bon, alors après, selon Cisco, il faut que ce soit ouvert.
21:22Est-ce que là, on s'aperçoit, comme vous l'avez dit,
21:24François, qu'on a vraiment un problème très physique,
21:27très matériel aujourd'hui dans l'IA ?
21:29Est-ce que vous êtes quand même optimiste
21:31avec les 109 milliards, et on doit rajouter quand même
21:33les 200 milliards aussi d'euros au niveau
21:35de la Commission européenne ?
21:37Est-ce que vous dites, là, on avance,
21:39parce que c'est justement pour des infrastructures
21:41physiques.
21:43Oui, absolument.
21:45Je dirais, est-ce que je suis optimiste ?
21:47C'est très bien qu'il y ait ces annonces.
21:49Maintenant, entre les annonces de la coupe aux lèvres,
21:51il se passe pas mal de choses,
21:53donc j'espère simplement que la coupe atteindra les lèvres.
21:56Bon, en fait,
21:58il faut un peu se méfier de ces annonces.
22:00On met de l'argent sur la table,
22:02est-ce que c'est pour investir et puis après
22:04en tirer des dividendes de ce qui va créer
22:060 PIB, ou est-ce que c'est pour véritablement
22:08construire quelque chose ? Si on n'a pas les puces,
22:10on ne va pas construire grand-chose.
22:12Moi, j'aime bien l'approche européenne qui a été un peu différente
22:14de ce qu'on a fait, nous, en France, et de ce qu'ont fait
22:16les Etats-Unis, qui est de dire,
22:18nous, en fait, on ne va pas investir que dans les GPU,
22:20on va aussi investir dans le stockage
22:22de données, dans les réseaux, parce que
22:24c'est ça, demain, en fait,
22:26le détail technique sur lequel
22:28l'IA va reposer.
22:30Parce que le stockage,
22:32c'est hyper important. Vous avez des puces
22:34qui traitent très vite vos
22:36informations, mais les entreprises, elles veulent
22:38donner à manger,
22:40elles veulent injecter leurs propres données
22:42pour que l'IA leur réponde sur leurs besoins métiers.
22:44Mais si elles sont incapables d'injecter
22:46les données très rapidement, finalement, vous avez des puces
22:48très puissantes qui tournent à vide.
22:50Donc, en fait, on ne se rend pas compte,
22:53le stockage, c'est véritablement le nerf de la guerre
22:55après les GPU.
22:57Mais c'est pour ça, je pense qu'il y a la partie
22:59technique, la partie physique,
23:01mais la partie, et moi, ce qui me frappe,
23:03c'est le retard que prennent nos entreprises
23:05dans l'adoption. Et ça, c'est
23:07un vrai souci, et c'est pour ça
23:09que je trouve que...
23:11Elles font partie du maillot de la chaîne.
23:13Elles sont au cœur, parce que, d'une certaine manière,
23:15ce sont à elles de créer de la valeur,
23:17au-delà d'avoir des puces, si les puces tournent à vide,
23:19si on ne sait pas les utiliser,
23:22si on n'a pas de cas d'usage,
23:24ou si on ne crée pas de valeur avec,
23:26je ne suis pas sûr que les cas d'usage soient la bonne option,
23:28mais je pense qu'il faut redessiner
23:30davantage les processus, il faut moderniser
23:32nos entreprises, et c'est un gros
23:34travail de mise en oeuvre de connaissances,
23:36de s'assurer que
23:38chacun réussit
23:40à effectivement redessiner ses processus,
23:42le fait qu'on ait moins
23:44de frustrations et de
23:46frais de restructuration.
23:48Ça fait quand même beaucoup de conditions, tout ça. Moi, je vous invite
23:50à découvrir la dernière couverture
23:52de Diplomatie Magazine,
23:54son grand dossier. Son grand dossier parle
23:56de géopolitique des migrations.
23:58Vous y trouverez aussi un dossier sur
24:00la cyber et lié au cœur des enjeux.
24:02Voilà, excellente magazine pour comprendre
24:04tous ces enjeux géopolitiques aujourd'hui,
24:06notamment autour du numérique.
24:08Merci beaucoup à tous les deux, Yann Serra
24:10et François Cornélon.
24:13Et on termine avec David Lacomblede.
24:15Bonjour David. Bonjour Delphine.
24:17Président de la Villa Numéris, le Think Tank.
24:19Aujourd'hui, vous allez nous parler d'agriculture
24:21et de technologie. C'est un clin d'œil
24:23qu'on va faire au Salon International
24:25de l'Agriculture qui se tient à Paris.
24:27Vous nous rappelez surtout que c'est un secteur de pointe.
24:29Un secteur de pointe qui nourrit
24:31le monde. Alors, le Salon d'Agriculture,
24:33ce n'est pas encore vivatec, mais on s'en
24:35rapproche. Alors, il faut voir que les humains
24:37utilisent la technologie.
24:39Ils utilisent la technologie pour
24:42que les humains utilisent leur milieu
24:44naturel et le transforment depuis
24:4612 000 ans. Donc, autant dire
24:48que les techniques et technologies,
24:50ils les ont toujours prises en main
24:52quand elles sont arrivées, si on songe
24:54aux machines, puis aux machines-outils
24:56et désormais la technologie
24:58et les données.
25:00Si vous ajoutez à l'agriculture la nourriture,
25:02Agritech et Foodtech,
25:04on peut considérer qu'on a 200
25:06start-up en France. On ferait mieux
25:08d'ailleurs de parler de jeunes pousses.
25:11En l'occurrence, qui sont particulièrement
25:13dynamiques et elles sont 40 au Salon
25:15d'Agriculture. Vous pouvez nous en dire plus ?
25:17Quelques exemples, peut-être.
25:19En matière de capteurs, en matière
25:21de drones. Alors, les capteurs, c'est utile
25:23pour aller détecter les maladies
25:25chez les animaux, par exemple.
25:27Les drones, pour surveiller
25:29ses champs et pâturage
25:31et optimiser les récoltes.
25:33Une société, par exemple,
25:35Isagri, qui vient de racheter la solution
25:37Synchrope, développe des
25:39stations météorologiques particulièrement
25:41précises et en temps réel
25:43qui permettent aux agriculteurs
25:45d'adapter leurs travaux.
25:47Les capteurs en matière
25:49d'irrigation, par exemple, c'est un gain d'eau
25:51de 20%.
25:53Par des temps de sécheresse
25:55à répétition, on voit bien
25:57l'intérêt pour les
25:59agriculteurs. Parce que
26:01effectivement, la multiplication
26:03des données, là aussi
26:05pour les animaux, prévenir
26:07plutôt que guérir, ça marche un peu
26:09comme pour les humains. Je continue la moisson.
26:11NioTech, par exemple, vient
26:13de fêter les 10 ans de ses robots agricoles.
26:15Alors, ils s'appellent Ted,
26:17Joe, Oreo
26:19et ils désherbent automatiquement.
26:21Et qui dit désherbage automatique, dit
26:23emploi de moins d'herbicides.
26:25Et quand on voit
26:27les polémiques sur le sujet,
26:29c'est toujours ça de gagner.
26:31On est sur un marché qui devrait
26:33atteindre les 20 milliards d'euros
26:35au niveau mondial
26:37en 2025, cette année.
26:39C'est 4 fois plus qu'en 2020,
26:41en moins de 5 ans.
26:43Dans les travées du salon,
26:45vous pourrez échanger avec les fondateurs
26:47de Foodpilot.
26:49C'est une plateforme de collecte de données.
26:51Avec les fondateurs de Mimosa,
26:53avec Dozy, qui est une plateforme
26:55de financement participatif.
26:57Ou encore avec les fondateurs de
26:59Mikofito, qui proposent d'aller chercher
27:01au plus près des plantes,
27:03leur nourriture, pour les nourrir
27:05à la racine, en quelque sorte.
27:07On le voit bien avec beaucoup de ces projets,
27:09on est sur une approche de décarbonation,
27:11d'économie solidaire,
27:13de régénération
27:15des sols, et pas uniquement
27:17sur des objectifs économiques
27:19de performance. Il faut dire que ce sont aussi
27:21des jeunes qui les portent.
27:23Je vous ramène un petit peu sur l'économie
27:25parce que tout ça a un coût très important
27:27le développement de ces technos.
27:29L'agriculture est plutôt réputée pour
27:31s'appauvrir face à la concurrence
27:33internationale. Est-ce que ce contexte
27:35ne va pas avoir raison
27:37de votre enthousiasme ?
27:39Effectivement, qui dit drone, capteur
27:41dit coût d'acquisition élevé
27:43en dépit
27:45des gains potentiels à long terme.
27:47Néanmoins, en France,
27:49aujourd'hui, vous avez un agriculteur sur deux
27:51qui est équipé d'un GPS
27:53par exemple, pour affiner
27:55ses travaux et les apporter
27:57de manière très précise. Alors c'est vrai
27:59que pour les start-up, et vous avez prononcé le mot
28:01magique, c'est l'international
28:03pour repasser l'échelle.
28:05Vous avez quand même de très grands territoires
28:07à travers le monde, en Afrique,
28:09en Asie et en Amérique
28:11du Sud en particulier
28:13qui sont autant de territoires
28:15de conquête. Si vous regardez en Inde,
28:17il y a une application qui s'appelle eShupal
28:19qui a permis à
28:214 millions d'agriculteurs répartis
28:23dans 40 000 villages
28:25de désintermédier tous ceux qui voulaient
28:27vendre leurs produits et d'avoir
28:29en moyenne une économie de gains de 20%
28:31par an.
28:33Merci beaucoup David Lacoumet, président de la Villa
28:35Numéris, donc secteur porteur
28:37vous nous dites. Aujourd'hui,
28:39l'agriculture était aussi à la une
28:41de Smartech. A très bientôt sur la chaîne
28:43Bsmart for Change.