Roland Lescure, député Ensemble pour la République des Français établis hors de France, était l'invité de France Inter ce mercredi. Il publie un sondage mené auprès des Français expatriés aux États-Unis et au Canada sur leur ressenti depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.
Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50
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00:00Il est 7h49, Sonia De Villers, votre invitée est députée des Français d'Amérique du Nord,
00:06élue du groupe Ensemble pour la République et ancien ministre de l'Industrie et de l'Énergie.
00:11Bonjour Roland Lescuire, environ 600.000 Français vivent aux Etats-Unis.
00:16200.000 sont aux Etats-Unis et au Canada, en Amérique du Nord, 200.000 sont inscrits sur les listes consulaires,
00:2210.000 ont répondu à un questionnaire que vous leur avez adressé, 10.000 c'est un énorme échantillon.
00:27Le résultat est effarant, aux Etats-Unis, un Français sur cinq se demande déjà s'il ne va pas rentrer avec sa famille.
00:35Pour les universitaires, on monte à 1 sur 4.
00:38Quant à l'enquête IFOP, publiée ce matin en une délimération,
00:42elle montre que les jeunes Français sont deux fois moins qu'il y a 20 ans à vouloir partir étudier là-bas et surtout à y vivre.
00:49Est-ce que c'est la fin de l'American Dream ?
00:53Probablement. Moi, ce qui se passe, je pense, est extrêmement grave, c'est important.
00:58Parce que vous êtes cette génération qui a été nourrie par cet American Dream.
01:00Les Françaises et les Français avec qui je parle, qui sont là-bas, ils sont partis là-bas parce qu'ils rêvaient de liberté.
01:06Liberté de gagner de l'argent, ça joue souvent, mais aussi liberté d'entreprendre, liberté de chercher, on y reviendra, c'est un sujet très important de cette enquête.
01:14Et moi, j'ai beaucoup voyagé dans ma circonscription depuis le 5 novembre,
01:18je voyais les inquiétudes sourdes qui pointaient dès l'automne, dès l'élection, se transformer en stupéfaction après l'investiture.
01:27Ça fait 64 jours qu'il est investi et il a pris des dizaines et des dizaines de décisions concrètes.
01:32Et ce que montre cette enquête, moi je voulais mettre des chiffres sur ces impressions que je ressentais en échangeant avec eux,
01:37c'est que les Françaises et les Français d'Amérique du Nord, ils pâtissent déjà de l'élection de Donald Trump.
01:4324% d'entre ceux qui vivent aux Etats-Unis sont inquiets, 1 sur 10 craint de perdre son emploi là, là, dans les prochaines semaines.
01:52Et pour les chercheurs, c'est encore plus. On est à 36-37% de chercheurs, d'enseignants-chercheurs qui sont présents,
01:59qui sont inquiets sur l'impact concret de la politique de Donald Trump sur leur quotidien.
02:04Moi j'ai rencontré des chercheurs la semaine dernière à Washington, d'abord quand ils échangent avec moi, ils le font sous couvert d'anonymat.
02:10Ça dit déjà quelque chose. Aux Etats-Unis, des gens s'expriment sans me vouloir être cité.
02:16Et ils me disent, tous les vendredis, on envoie le fameux e-mail d'Elon Musk, vous savez les 5 bullet points dans lesquels ils doivent dire ce qu'ils ont fait.
02:23Et dans ces e-mails, ils s'interdisent d'y inscrire des mots. Génome, génétique, embryon.
02:31De peur que l'intelligence artificielle qui passe à la moulinette ces milliers d'e-mails, décide qu'il doit être licencié.
02:38Parce qu'après c'est un licenciement automatique.
02:40Le jour de la Saint-Valentin, ils appellent ça le massacre de la Saint-Valentin, il y a 1200 chercheurs qui ont été licenciés du jour au lendemain.
02:47Aujourd'hui, leurs cartes de crédit sont coupées, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent plus aller à une conférence à l'étranger.
02:53Et pendant trois mois, les crédits sont coupés.
02:56Il y a deux semaines, Roland Lescure, il y a un chercheur français qui a été refoulé à la douane américaine.
03:00Il a passé des heures enfermé dans un aéroport américain.
03:03Il a dû repartir en France, il a dû laisser son ordinateur et son téléphone portable.
03:08Au motif, alors il y a deux versions qui s'opposent, la version américaine et la version française.
03:11Mais la version française dit au motif qu'il y avait dans son ordinateur et son téléphone les traces d'échanges totalement privées,
03:17où il disait ce qu'il pensait de Trump.
03:19Il faut avoir peur de passer la frontière américaine quand on est français.
03:23Alors moi j'ai plein de signes, de gens qui m'écrivent, parce que évidemment les français d'Amérique m'écrivent en disant
03:29« J'ai été arrêté, ma valise a été fouillée ».
03:31Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un officier de la douane américaine, c'est le cas d'ailleurs à peu près partout dans le monde,
03:37il a tous les pouvoirs quand vous êtes face à lui.
03:39Vous n'êtes pas encore aux Etats-Unis, puis vous n'êtes plus tout à fait en France.
03:42Et donc s'il souhaite, sauf si vous êtes américain, là il ne peut pas vous refuser d'entrer,
03:47même s'il peut faire un certain nombre de questionnaires, je dirais, extrêmement intrusifs.
03:51Si vous n'êtes pas américain, il peut tout faire.
03:53Il peut refuser l'entrée, il peut fouiller votre téléphone portable.
03:57Mais je vous repose ma question, est-ce qu'il faut craindre de passer la douane américaine aujourd'hui quand on est français ?
04:02Oui, il faut être plus prudent, français, allemand.
04:05Moi j'ai des allemands, il y a un chercheur allemand qui a passé deux jours en détention.
04:08Particulièrement quand on est chercheur ?
04:09Oui, bien sûr.
04:10Bien sûr, aujourd'hui, moi j'étais aux Etats-Unis la semaine dernière, je suis arrivé en costume cravate,
04:15j'avais mon passeport canadien, ce qui s'avère que je suis aussi canadien.
04:19Oui, vous avez la double nation.
04:20Et je suis entré comme dans un moulin.
04:22On ne m'a même pas posé de question.
04:23Mais souvent, vous vous retrouvez avec des gens qui se font interroger, soit sous des prétextes,
04:28est-ce que vous avez bien détaxé les choses que vous avez achetées en France,
04:30soit tout simplement un interrogatoire assez poussé.
04:34Et vraiment, on a aujourd'hui, c'est d'ailleurs dans l'enquête,
04:37un certain nombre de français qui évitent de sortir des Etats-Unis de peur de ne pas pouvoir y entrer.
04:4283% des français sondés aux Etats-Unis et 78% de ceux qui sont sondés au Canada
04:49estiment que les Etats-Unis sont un adversaire de la France.
04:52Sauf pour ce qui concerne le conflit avec la Chine.
04:55Mais pour le reste, les Etats-Unis sont un adversaire de la France.
04:59Vous, vous avez dit récemment, Roland Lescure,
05:01les Etats-Unis ne sont plus tout à fait notre allié, mais ce n'est pas encore un adversaire.
05:06Quand on vit sur place, on chicane beaucoup moins que vous avec les mots, c'est ça ?
05:10Oui, c'est ça, mais on est aussi ici, il ne faut pas l'oublier,
05:13dans une phase où on a besoin de continuer à échanger avec les Etats-Unis.
05:17Le président de la République, il échange avec le président américain,
05:19et c'est tant mieux, presque tous les jours.
05:21La guerre en Ukraine, on voit bien que le cessez-le-feu assez illusoire
05:26qui a été négocié par Donald Trump avec les Russes et les Ukrainiens,
05:30il dépend de la volonté d'Européens de lever des sanctions.
05:33Donc les Européens, ils font partie du jeu aujourd'hui.
05:36Donc on a besoin de continuer à s'engager.
05:38Et vous avez lu les informations dévoilées par notre confrère américain
05:42qui s'est retrouvé par hasard dans une boucle de discussion
05:44entre Jay Devance, vice-président américain et le secrétaire d'Etat à la Défense,
05:48où on apprend que ces gens-là qualifient les Européens, c'est-à-dire nous,
05:53de méprisables profiteurs.
05:55Mais moi j'ai vu des experts américains, y compris des démocrates,
05:59qui disent ne réagissez pas de manière hystérique à ce qui se passe aux Etats-Unis.
06:04Mais l'hystérie, elle est quel côté de l'océan ?
06:06Oui, parce qu'il y a depuis déjà quelques années aux Etats-Unis,
06:10l'idée que l'Europe, il est temps qu'elle se débrouille un peu toute seule.
06:13Donc les démocrates considèrent que nous sommes des nuisibles ?
06:16Un certain nombre de démocrates, non, considèrent qu'il est temps que l'Europe se débrouille.
06:20Et je ne voudrais pas rappeler, si je vais le faire quand même,
06:23que ça fait 8 ans que le président de la République française, il le rappelle,
06:26que la souveraineté et l'indépendance européenne sur la défense, sur l'industrie,
06:30c'est un élément essentiel de notre avenir.
06:33Parce que le désengagement américain, il date, il y a maintenant 4 mandats,
06:37ça a commencé sous Barack Obama, et là il s'accélère avec un président caricatural
06:42qui se comporte un peu comme un chef de gang aujourd'hui,
06:45utiliser des boucs WhatsApp ou des boucs Signal pour échanger avec ses affilés,
06:49c'est pas très professionnel.
06:51En tout cas, ça fait pas très président de la première puissance mondiale.
06:54Mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui il y a un certain mépris pour l'Europe
06:58et qu'il faut transformer ça en opportunité.
07:00Parce que je ne voudrais pas non plus qu'on sorte de cette interview complètement déprimé.
07:03Il y a des choses à faire.
07:05Vous avez longtemps travaillé au Canada, vous avez la nationalité canadienne,
07:08on va dire d'un mot sur ce qui attend les Canadiens,
07:11parce qu'ils sont extrêmement angoissés.
07:12Là on est à quelques jours de l'instauration des barrières douanières.
07:16Donc les Canadiens s'attendent à un choc énorme,
07:19en tout cas les Français qui vivent au Canada, oui.
07:21Oui, la première inquiétude des Français qui vivent au Canada, c'est leur pouvoir d'achat.
07:26C'est vraiment l'impact concret que va avoir cette politique,
07:30notamment les tarifs sur leur pouvoir d'achat, sur leur job, etc.
07:33Ce qui se passe au Canada quand même est très intéressant.
07:35Parce qu'il y a un rassemblement aujourd'hui des démocrates, des progressistes, des libéraux,
07:40derrière un nouveau Premier ministre, Marc Carnet,
07:42qui est en tête dans les sondages.
07:43Assez inattendu.
07:44Totalement inattendu.
07:45D'abord parce que les Canadiens ne sont pas très cocardiers.
07:47Ce ne sont pas les plus nationalistes de la bande, j'allais dire.
07:50À part en hockey, en général, ils sont plutôt assez calmes
07:54quand il s'agit de lever le drapeau canadien.
07:57Et là, ils se sont tous rassemblés.
07:58De manière anecdotique, ils ont retiré les vins américains de tous leurs vendeurs de vins.
08:03Et tant mieux pour le vin français, ils se vendent mieux au Canada.
08:05Mais derrière aussi, il y a un Premier ministre extrêmement reconnu.
08:09Il a été banquier central en Angleterre, au Canada.
08:12Et qui réagit de manière très ferme.
08:14Et ça, ça plaît aux Canadiens.
08:15On ne se laisse pas faire là-bas.
08:17Et je pense que c'est aussi une notion pour nous.
08:18J'ai une autre question sur les vins.
08:20Est-ce qu'à votre avis, il faut retirer au plus vite le bourbon
08:24des produits américains surtaxés par l'Union Européenne
08:28en représailles des menaces de barrières douanières brandies par Trump ?
08:33Parce que là, Trump menace à son tour de surtaxer à 200% nos vins, nos champagnes, nos spiritueux.
08:40Ce serait dramatique pour les villes agiticoles françaises.
08:43Alors, le bourbon américain ?
08:45En tout cas, il ne faut pas hésiter à répondre.
08:47Y compris sur des choses un peu symboliques.
08:49Le bourbon américain en France, ce n'est pas un chiffre d'affaires énorme pour les Américains.
08:53Mais oui, je pense qu'il faut s'attaquer à des choses qui comptent symboliquement.
08:58Le bourbon du Kentucky, le Coca-Cola et le Pepsi, pourquoi pas.
09:03Tant pis si Trump s'attaque à nos vins et à nos champagnes.
09:06Non mais ce n'est pas ça.
09:07C'est qu'on est aujourd'hui, le Canada le fait très bien,
09:10à un moment où malheureusement, face à quelqu'un qui joue le bras de fer,
09:13il faut montrer les muscles.
09:15Merci Roland Escure.
09:16Merci à vous.
09:17Et merci Sonia, il est 7h58.