Alain Minc: «La situation en Ukraine est bien plus déstabilisante que la guerre froide»

  • il y a 2 ans
Après cinq jours de conflit en Ukraine, Vladimir Poutine a placé ses forces de dissuasion nucléaire en « alerte ». Sommes-nous revenus aux pires temps de la guerre froide ? « Il faut espérer que cette décision soit une forme de gesticulation, commente l’économiste et essayiste Alain Minc. Et il y a surtout à chercher les raisons de cette gesticulation ! Ce ne sont pas les pires temps de la guerre froide, à certains égards, c’est beaucoup plus déstabilisant que la guerre froide qui, elle, avait un mode d’emploi extrêmement précis. »

Il ajoute: « Ce qui me frappe, c’est qu’en cinq jours, nous nous sommes habitués au monde de l’inimaginable pour nous. C’est-à-dire des gens qui se réfugient dans des métros à trois heures d’avion de Paris. Mais l’inimaginable est devenu notre quotidien. Je pense que Poutine avait sous-estimé la résistance impressionnante des Ukrainiens. Et il n’avait pas imaginé une seconde que l’Europe se renforcerait en faisant un saut qualitatif exceptionnel !»

Interdiction de l’espace aérien européen aux avions russes, bannissement de la Russie de Swift, achat et livraison d’armes à l’Ukraine… Toutes ces décisions ont été prises ensemble par les 27. Assiste-t-on à la naissance de l’Europe de la défense sous la pression de Vladimir Poutine: « C’est formidable ce qui est en train de se passer, juge Alain Minc. Ce qui est dommage, c’est qu’il faille attendre un tel malheur. Mais ce qui est le plus impressionnant, c’est le basculement de l’Allemagne qui accepte de fournir des armes létales, de bloquer le gazoduc, de bloquer Swift… Ce basculement est un signe que la construction européenne vient de franchir une étape formidable. »

La guerre en Ukraine recouvre complètement la campagne présidentielle française. Allons-nous avoir une campagne sans débats, une sorte de reconduction tacite d’Emmanuel Macron ? « 40 jours, c’est beaucoup, souligne Alain Minc. Il est évident qu’il y ait un effet du drapeau, que politiquement parlant Emmanuel Macron a signé un CDI avec la Providence et il est clair que la Providence politique qui était au rendez-vous avec lui en 2017 l’est encore en 2022. »