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Il y a 25 ans elles n'étaient qu'une poignée à être élues. Dans la France des années 2000 les femmes ne représentent que 6 % des parlementaires et l'hexagone partage avec la Grèce les tréfonds des classements européens en matière de parité. Devenus majoritaires à la surprise générale en 1997, ce sont les socialistes et leurs alliés qui vont porter la parité dans la loi.
Pourquoi le Premier ministre de l'époque Lionel Jospin décide-t-il de porter un tel projet ? Quel est le bilan de cette loi plus de deux décennies plus tard ? Pourquoi malgré les progrès manifestes l'objectif de la parité n'est toujours pas atteint ? Quel plafond de verre reste-t-il à dépasser ? Et quels étaient les arguments de ceux qui ont combattu le texte à l'époque ? C'est l'histoire que nous raconte Matthieu Croissandeau dans ce nouvel épisode de «Il était une loi», l'émission documentaire d'histoire politique et parlementaire.
Année de Production : 2025

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Transcription
00:31Moi, on m'appelait La Blonde.
00:32Moi, mes adversaires, ils me surnommaient La Blonde.
00:36La première séance à laquelle je participe en tant qu'élue,
00:39les huissiers me rattrapent par le col et me disent
00:42« Mademoiselle, les assistants sont à la tribune ».
00:47Il y avait une immense banderole sur laquelle il était écrit
00:50« Édith, on t'espère meilleur au lit qu'au ministère ».
00:55En 1997, on en est encore à 10% à l'Assemblée, 6% au Sénat.
01:01Il fallait agir.
01:02Jamais ma majorité n'acceptera une loi contraignante.
01:06Moi, je voudrais bien, mais les gars ne sont pas prêts.
01:13Pour moi, la démocratie, c'est quand même que les gens choisissent celui qu'ils veulent.
01:17Sans qu'on leur impose trop de contraintes, sans qu'on leur dise
01:19« Lui, il est trop vieux, lui, il est trop grand, lui, c'est un homme, lui, c'est une femme ».
01:21Ce n'est pas le sujet.
01:22Les femmes ne sont pas une catégorie, elles sont la moitié de l'humanité.
01:27Où sont les femmes en politique ?
01:28C'est la question qui se pose en 1992.
01:31La sociologue, élue et militante féministe Françoise Gaspard
01:35apprêt une convention européenne sur les femmes au pouvoir.
01:38Partout à l'époque, sur le vieux continent,
01:40la représentation des femmes avance, sauf en France où le bilan est déplorable.
01:44Au lendemain de la guerre, lorsqu'elles sont devenues des citoyennes à part entière,
01:48le pays comptait 7% de femmes parlementaires.
01:5150 ans plus tard, Françoise Gaspard découvre effarée qu'elles ne sont plus que 6%.
01:56Alors, avec deux autres grandes voix féministes,
01:57elle va publier un livre aux allures de manifeste au pouvoir citoyenne
02:01dans lequel elle revisite la devise française
02:03pour la transformer en liberté, égalité, parité.
02:07Le mot est lâché, le débat est lancé.
02:10Les colloques, les tribunes, les appels se succèdent,
02:12au point que trois ans plus tard,
02:14le sujet devient un enjeu de la campagne présentielle
02:17qui contraint les candidats à se positionner,
02:19même si dans les partis, beaucoup traînent encore les pieds.
02:22Et il faudra attendre une alternance politique en 1997
02:26avec l'arrivée de la gauche au pouvoir
02:28pour que la parité avance dans les textes d'abord,
02:30puis dans les faits au terme de vifs débats au Parlement comme dans la société.
02:35Pourquoi la France a-t-elle dû réviser sa constitution
02:37ayant passé par une loi pour forcer les politiques à bouger ?
02:40Comment les plus conservateurs, mais aussi certaines voix féministes,
02:43ont tenté de s'y opposer ?
02:44Et qu'est-ce que cette loi majeure du gouvernement Jospin
02:46a permis de changer dans nos institutions comme dans les mentalités ?
02:50C'est l'histoire que nous allons vous raconter.
03:16Générique
03:36Bonjour Roselyne Bachelot.
03:37Bonjour.
03:38Vous avez été députée du Méné Noir, députée européenne
03:41et bien sûr plusieurs fois ministre.
03:43Et cette bataille de la parité,
03:44vous l'avez menée dès le début des années 90.
03:47Et vous, la femme de droite, notamment avec une femme de gauche,
03:50la célèbre avocate Gisèle Halimi.
03:52Il est vrai que quand je suis élue pour la première fois en 88
03:57à l'Assemblée nationale,
03:59nous sommes 5,6% de femmes à l'Assemblée.
04:03J'arrive dans un désert, un désert des femmes.
04:06Et c'est vrai que ce combat que je mène à la suite de ma mère d'ailleurs,
04:10qui était une militante féministe,
04:14va m'amener à rencontrer à ce moment-là,
04:16dès la fin des années 80, Gisèle Halimi.
04:20On va établir des liens d'amitié, de confiance, de réflexion aussi.
04:26Le féminisme et le combat pour l'égalité,
04:29ce ne sont pas des combats de café du commerce.
04:32Ça s'éteille sur une réflexion philosophique, sociologique,
04:37historique bien entendu.
04:39Et nous allons mener le combat,
04:41parfois dans des conditions assez improbables,
04:44des maisons de la culture au plafond qui vous tombent dessus,
04:48des rencontres avec quelques militants de tous bords d'ailleurs.
04:52Ça n'intéressait pas grand monde à l'époque ?
04:53Ça n'intéressait personne.
04:55Les partis défendaient des positions individuelles,
04:59des précarés, des principautés,
05:02alors que la société était en train de changer et elle poussait.
05:06Il y avait une femme politique qui avait fait parler d'elle,
05:09c'est Édith Cresson, qui était Première ministre.
05:11Oui, quand François Mitterrand m'a convoquée,
05:13j'avais créé une entreprise pour faciliter les exportations.
05:17Et nous avions des implantations dans toutes les capitales des pays de l'Est.
05:20Il me convoque et il me dit, voilà,
05:22j'ai pensé à vous pour être Premier ministre.
05:25Et je lui ai répondu du tac au tac, ils vont être furieux.
05:29Et je ne croyais pas s'y bien dire,
05:30parce qu'on arrivait à la fin du deuxième mandat,
05:34il n'y avait plus beaucoup de temps.
05:35Ils intriguaient, plusieurs d'entre eux intriguaient comme des fous
05:39pour devenir Premier ministre.
05:40Et donc, ils n'avaient qu'une idée,
05:41c'est que le Premier ministre, si c'était moi, ne dure pas.
05:45Le sort qui avait été fait par Édith Cresson était tout à fait significatif.
05:51Après son discours d'investiture qui était un peu raté, il faut dire les choses.
05:58Je suis interpellé par un des grands ténors de la droite en sortant.
06:04On peut donner les noms ?
06:06Je suis interpellé par Jacques Toubon.
06:08Et il a cette phrase terrible, il me dit,
06:11« Alors les femmes, vous êtes fiers de vous ? »
06:16Et je me suis dit, c'est ça, on est au cœur du problème.
06:20C'est qu'un homme qui rate une performance,
06:25les autres hommes ne semblent pas considérés, enfin concernés par son échec.
06:30Nous les femmes, nous portons les fautes ou les erreurs
06:34ou les insuffisances de toutes les autres.
06:38Est-ce qu'elle a été assez soutenue, Édith Cresson, à l'époque ?
06:41Elle a été liquidée par son propre parti.
06:44Je me souviens par exemple Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères.
06:50Nous avions à ce moment-là une concurrence féroce de la part des Japonais.
06:56Ils travaillaient jour et nuit, ils étaient épuisés.
06:58On les voyait à la télévision s'endormir dans les transports en commun.
07:02Et je dis à Roland Dumas, tu sais, les Japonais travaillent comme des fourmis.
07:07Il est allé dire aux canards enchaînés,
07:10Édith Cresson dit que les Japonais sont des fourmis, ce qui n'est pas la même chose.
07:14Il a fallu que notre ambassadeur à Tokyo récite la fable de Cigale et la fourmi
07:18aux dirigeants japonais.
07:20Enfin, ça a été un scandale qui était fabriqué de toutes pièces.
07:23Mais sur ce plan de la misogynie, la gauche n'était guère plus progressiste.
07:29Puisque les attaques que j'ai eues venaient très souvent des gens de mon propre gouvernement.
07:34Que les oppositions les combattent, on n'est pas dans le pays des bisounours.
07:38Il y a une opposition, elle exerce ses droits.
07:41Mais qu'elle ait été ainsi malmenée par les socialistes,
07:47et tout principalement par Pierre Bérégovoy, qui vraiment lui a tiré le tapis sous les pieds.
07:53C'est évidemment un classique de la lutte contre les femmes.
07:57Vous, vous en avez souffert personnellement du sexisme en politique au début des années 90 ?
08:03C'était terrible.
08:05Je monte à la tribune pour défendre le revenu minimum d'insertion de Michel Rocard.
08:12Et j'entends quelqu'un me lancer, tiens, voilà le concert des vagins.
08:17Je savais que j'allais rencontrer cela.
08:20Et chaque fois que cela arrivait, ça renforçait mes convictions.
08:24Donc, au contraire, je les remercie tous ces...
08:28J'allais dire connard, mais je retiens.
08:32Jacques Chirac, il vous promet toutefois la création d'un observatoire national de la parité.
08:38Ça, c'est votre idée ?
08:39Au mois de juillet 1995, après l'élection de Jacques Chirac,
08:44je suis nommé rapporteur général de l'observatoire de la parité en Conseil des ministres.
08:50Ce n'est pas une petite nomination.
08:53Je n'ai ni personnel, ni bureau, ni aucun moyen.
08:57Rien. Pas un sou.
08:59Ça veut dire que c'était un gadget pour lui, pour Jacques Chirac ?
09:02Sans doute. C'était l'idée que ça n'était pas très important.
09:09Après l'élection de Jacques Chirac, il y a un gouvernement qui s'installe,
09:11c'est celui d'Alain Juppé.
09:13Et il va compter 12 femmes ministres.
09:16Le monde va saluer l'équipe la plus féminine de l'histoire.
09:19Et Alain Juppé qui est interrogé va dire qu'il n'a pas choisi des femmes
09:22pour mettre de la couleur sur les photos de la République,
09:26mais pour l'aider à réformer le pays, à le rendre plus juste et le plus solidaire.
09:29Il était sincère à l'époque ?
09:33Je ne crois qu'Alain Juppé n'est pas quelqu'un qui se paye de mots.
09:37Elles étaient dans les derniers rangs protocolaires, il faut le rappeler.
09:40C'est précisément là que je voulais en venir.
09:45Ce sont des femmes de qualité, mais qui sont nommées,
09:48pas toutes, mais un certain nombre, dans des fonctions subalternes.
09:53La presse surnomme ses ministres femmes les Juppettes.
09:55C'est un surnom qui en dit long ?
09:56C'est un surnom qui en dit long sur le sexisme qui habite un certain nombre
10:01de structures et pas seulement dans la politique.
10:05Et puis, il y a le fameux virage qu'on a appelé non pas le virage de la rigueur,
10:09mais Jacques Chirac qui avait été élu sur la notion de fracture sociale,
10:15se rend compte que les finances de l'État vont à la dérive,
10:20qu'il y a un certain nombre d'engagements qui ne pourra pas tenir.
10:23Il demande à Alain Juppé de resserrer l'équipe et comme les femmes
10:27sont à des postes moins importants, et d'ailleurs,
10:32c'est ce qu'Alain Juppé va donner comme explication
10:36quand on va lui reprocher d'avoir liquidé huit femmes.
10:39Huit femmes sur douze ?
10:40Sur douze.
10:42Le signal, il est calamiteux ?
10:43Le signal est absolument calamiteux, évidemment.
10:48Il faisait beau ce matin de mai sur le perron de l'Elysée,
10:51douze femmes ministres ou secrétaires d'État prenaient leur service.
10:54Il faisait gris boire froid ce matin et on ne compte plus que quatre femmes rescapées.
10:58Les partantes ce matin avaient le cœur gros,
11:00elles signaient leur dernier parafeur et s'attaquaient à faire leur carton
11:04avec quelques états d'âme.
11:07C'est un coup dur pour la politique.
11:09C'est vrai que huit jupettes qui s'en rendent en même temps, ça fait beaucoup.
11:15Et nous qui venons d'installer l'observatoire de la parité
11:19pour que les femmes accèdent à la politique, à l'égalité avec les hommes,
11:22nous aurons encore beaucoup de chemin, beaucoup de travail à faire ensemble pour y parvenir.
11:27Nous, nous avançons pendant ce temps-là dans nos travaux sur l'observatoire de la parité.
11:32On reçoit les juristes, les partis politiques.
11:38On a reçu Lionel Jospa, on a reçu Le Grand Rabat, on a reçu des constitutionnalistes.
11:47Et donc, on va mener ces travaux.
11:50Elles vont aboutir au rapport qui préconise la parité.
11:54Et d'ailleurs, quand je vais aller trouver à la Juppé avec le rendu de nos travaux,
12:01je signale qu'il a beaucoup de choses à se faire pardonner après cette éviction des jupettes.
12:06Et je me souviens toujours de mon argumentation.
12:09Je lui dis, tu vois Alain, moi je t'amène une réforme qui ne coûte rien
12:13et qui ne mettra personne dans la rue bien au contraire.
12:16Et lui, qu'en pensait-il ?
12:18Il me dit, jamais ma majorité n'acceptera une loi contraignante.
12:23Moi, je voudrais bien, on n'y arrivera pas, on n'y arrivera pas.
12:28Donc, il va proposer à l'occasion du 8 mars un débat à l'Assemblée nationale, un débat sans vote.
12:35Il y a une intervention de Véronique Neyerts
12:37qui dit que l'absence des femmes, ça fragilise la démocratie.
12:42L'éviction des femmes de la représentation politique et de la conduite de l'État en France
12:48fragilise la démocratie.
12:50Elle fragilise la République.
12:52Elle facilite les dérives vers d'autres systèmes de légitimation bien évidemment.
12:58Ce fameux élitisme républicain, celui du rang, celui du sang,
13:05en tout cas celui du sexe masculin.
13:08Je partage tout à fait cette vision.
13:11La politique, c'est un miroir que la société se rend à elle-même.
13:15Et chaque fois que cette classe politique, elle est insuffisante
13:20par l'image qu'elle donne d'elle-même, par le fonctionnement erratique auquel elle procède,
13:28eh bien, la société, en quelque sorte, est légitimée dans les discriminations qui y sévissent.
13:36Est-ce que la droite aurait fait la parité ?
13:39On ne réécrit pas l'histoire.
13:41Mais la dissolution de 1997 va énormément pousser les choses.
13:49Le gouvernement Juppé n'aura jamais l'occasion de passer aux actes,
13:52car à la surprise générale, Jacques Chirac annonce la dissolution de l'Assemblée nationale.
13:56Mais rien ne va se passer comme prévu, la gauche remporte les élections.
13:59Et si c'est encore un homme qui s'installe à l'hôtel Matignon,
14:01celui-ci paraît bien décidé à faire avancer la cause des femmes.
14:05Le 19 juin 1997, le nouveau Premier ministre, Lionel Jospin,
14:08prononce sa déclaration de politique générale.
14:11Il propose aux Français de nouer un nouveau pacte républicain
14:15et s'engage sans équivoque pour la parité.
14:25Il faut d'abord permettre aux Françaises de s'engager sans entrave dans la vie publique.
14:33Dans ce domaine, le progrès passe d'abord par l'évolution des mentalités
14:38et le changement des comportements.
14:40Les socialistes et la majorité ont montré l'exemple et tracé le chemin,
14:46notamment lors des dernières élections législatives.
14:50Il faut aller plus loin.
14:52Une révision de la Constitution afin d'y inscrire l'objectif de la parité
14:58entre les femmes et les hommes sera proposée.
15:02Bonjour Lionel Jospin.
15:04Bonjour.
15:05En 1997, vous voilà donc Premier ministre
15:07et cette question de la parité fait partie de vos engagements.
15:10Vous l'avez souligné dans votre déclaration de politique générale.
15:13Qu'est-ce qui vous a convaincu d'avancer sur ce sujet ?
15:17Le retard français.
15:19Déjà, le droit de vote a été accordé aux femmes
15:22bien après la plupart des pays européens en 1944.
15:27Général Legault, gouvernement provisoire.
15:30Et ensuite, quand elles ont eu le droit de vote,
15:32on ne les présentait pas aux élections.
15:35En 1997, on en était encore à 10% à l'Assemblée, 6% au Sénat.
15:41Il fallait agir.
15:43Quand j'ai été élue, je crois que nous étions 14 sur 321.
15:51Premier jour de la première séance à laquelle je participe en tant qu'élue,
15:58les huissiers me rattrapent par le col et me disent
16:01« Mademoiselle, les assistants, c'est à la tribune ».
16:07Bon, je crois qu'à l'époque, le règlement du Sénat prévoyait encore
16:11qu'on n'avait pas le droit, que les femmes ne devaient pas porter de pantalons.
16:17Il y avait toutes sortes de choses comme ça.
16:19Comment il s'expliquait ce retard français ?
16:22Le rapport au pouvoir en France a souvent été conçu, vécu comme masculin.
16:32Les figures héroïques de la France, sans parler de leurs empereurs,
16:38c'est eux qui occupaient la scène politique.
16:41Il y a aussi le fait que la France n'est pas simplement un pays du Nord.
16:45Elle est aussi un pays du Sud, de la culture méditerranéenne,
16:50où les hommes, pendant longtemps, ont dominé.
16:52Mais nous étions quand même plus en retard que les autres,
16:55puisque les Espagnols, par exemple, ont voté avant nous.
16:58Même les Turcs, avant nous, les femmes, je veux dire.
17:02Dans les années 90, il y a des féministes qui se mobilisent,
17:05il y a des appels, des colloques, des tribunes qui sont lancées.
17:08Il y a un appel des dix qui est publié dans l'Express en 1996.
17:12Est-ce que vous les avez rencontrés, ces féministes ?
17:14Est-ce qu'elles vous ont aussi fait avancer ?
17:16D'abord, j'ai vécu la parité, comme M. Jourdain l'approse, sans le savoir.
17:21J'ai vécu dans une famille où le père et la mère étaient deux personnalités égales.
17:26Et puis, plus tard, quand je suis devenu moi-même premier secrétaire,
17:30j'ai été interpellé vigoureusement par des femmes.
17:35Yvette Roudy, Édith Cresson, Véronique Neyerts.
17:40Interpellé, mais j'ai envie de dire aussi stimulé, instruit.
17:45Vous avez sans doute oublié un nom, c'est celui de votre épouse,
17:48Sylviane Agazinsky, qui publie un essai remarqué en 1998,
17:52Politique des sexes, dans lequel elle fonde philosophiquement
17:56la revendication de la parité sur le plan politique, sur le plan économique.
17:59Est-ce que son engagement à elle a pesé aussi sur votre réflexion ?
18:02Elle publie un livre, Sylviane Agazinsky, pas mon épouse.
18:07C'est Sylviane Agazinsky qui publie un livre.
18:10Si quelqu'un est un époux aujourd'hui, puisqu'elle est devenue académicienne,
18:13vous vous rendez compte, c'est moi qui suis un époux d'académicienne, si vous voulez.
18:18Alors le débat intellectuel, oui, il comporte un certain nombre de figures.
18:23Elisabeth Bannater, pour qui j'ai beaucoup de respect,
18:27Régis Dobré, que j'admire.
18:30Mona Ouzouf.
18:32Oui, même Mona Ouzouf.
18:33Elisabeth Rodinesco, Caroline Eliachef,
18:36ce sont des figures qui vont se prononcer contre le principe de parité au nom de l'égalité.
18:40Ils disent qu'au fond, c'est un mauvais outil, que le vrai sujet, c'est l'égalité,
18:43que ça ne permettra pas de résoudre cette situation.
18:45Non, non, non.
18:46Je ne suis pas sûr que ce soit au nom de l'égalité.
18:49C'est plutôt au nom du principe de l'universalisme républicain.
18:54Et surtout, elles ont cet argument étrange,
18:58malgré leur brio, qui est de dire que les femmes sont une catégorie.
19:02Il y a même l'une ou l'un d'entre elles qui dit
19:05mais après les femmes, on mettra les Corses et les Bretons.
19:08Et donc, dans ce débat en face, Sylviane Agazinsky vous en a parlé,
19:11mais Blandine Kriegel ou bien Michel Perrault vont dire
19:17mais attendez, les femmes ne sont pas une catégorie, c'est la moitié de l'humanité.
19:24Elles traversent toutes les catégories humaines et souvent même animales.
19:28Donc cet argument ne tient pas.
19:31Si vous croyez vraiment à l'universalisme,
19:35alors il vaut mieux que les femmes puissent voter d'abord, puissent être représentées.
19:40Donc ce débat intellectuel, je pense qu'il va plutôt se conclure,
19:45je veux dire du point de vue de la force des raisonnements, en faveur de la parité.
19:50L'humanité est mixte, eh bien que nos assemblées le soient davantage.
19:56La parité faisait-elle l'unanimité au Parti socialiste ?
19:58Je me souviens de cette réunion du groupe socialiste,
20:01sénateurs et députés ensemble,
20:04où je dois dire qu'est-ce que c'est la parité concrètement ?
20:08Et ils m'attendent et je dis pour moi la parité c'est 50-50.
20:14Et je peux vous dire qu'il y a eu un frémissement de terreur à l'intérieur de cette assemblée.
20:20Mais tous les partis de gauche et les écologistes étaient quand même convaincus
20:26et donc ils ont suivi.
20:29Alors pour changer la loi, vous allez choisir une démarche en deux temps.
20:32D'abord une révision constitutionnelle.
20:35Mais le terme de parité, il ne va pas figurer dans les textes de loi que vous allez proposer. Pourquoi ?
20:42Alors ça reste pour moi un peu incompréhensible.
20:45Pour être clair, c'est une histoire de façon non polémique,
20:48c'est Jacques Chirac qui ne veut pas que le terme parité figure dans la loi constitutionnelle.
20:56C'est bizarre parce qu'il a créé un observatoire de la parité
20:59dont il a confié la présidence à Roselyne Bachelot.
21:03Donc il a bien utilisé le mot parité.
21:05En fait, je crois que ses soutiens n'étaient pas très favorables à la parité, en tout cas à cette époque.
21:13– La droite. – La droite.
21:15Si je cherche à lui trouver une bonne excuse en quelque sorte,
21:20je dirais peut-être s'est-il inquiété aussi de ce que pourrait faire le conseil constitutionnel
21:26qui déclare en 1982 que « provoir des dispositions particulières pour les femmes dans la constitution
21:33serait contraire aux principes d'universalité et aux principes d'égalité selon le genre ».
21:39Alors finalement, comme on avait besoin au Congrès d'un accord entre la gauche et la droite
21:45pour faire passer la réforme constitutionnelle,
21:48on a transigé sur une formule moins belle, moins simple,
21:54mais qui disait les choses.
21:57« Légal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives »,
22:02ou quelque chose comme ça.
22:04Et il était précisé dans un deuxième article réformé de la Constitution
22:11que c'était les partis politiques par la loi qui auraient la mission de la réaliser.
22:17Au fond, cette parité.
22:20Et c'est pourquoi il a fallu une loi ordinaire qu'a portée Jean-Pierre Chappellement.
22:24Il a eu raison de faire cette loi.
22:26Parce qu'on est en France et donc on ne peut pas comparer avec d'autres pays.
22:30Et il faut prendre vraiment des grands moyens pour faire aboutir l'égalité.
22:35Je pense qu'il a eu raison.
22:36Ça peut choquer, mais je pense qu'il a eu raison.
22:39C'est Elisabeth Guigou qui monte à la tribune en tant que garde des Sceaux
22:44et elle va voir une extrême élégance.
22:47Elle va se tourner vers moi
22:49et elle va me dire « Nous savons, madame, tout ce que cette loi vous doit ».
22:54C'est tellement rare en politique.
22:57Je salue l'élégance d'Elisabeth Guigou
22:59parce que finalement la loi que propose Lionel Jospin,
23:03peut-être aussi parce que cette loi résultait d'un travail
23:07que nous avions mené de manière non-partisane avec une femme de gauche,
23:13moi une femme de droite, elle une femme de gauche,
23:15a permis de surmonter cette frontière, de surmonter ces divisions.
23:24Et la loi, d'ailleurs, de Lionel Jospin,
23:26c'est la loi que nous avions proposée avec Gisèle.
23:29Une fois la révision de la Constitution adoptée,
23:31votre gouvernement va déposer très rapidement ce projet de loi ordinaire
23:34pour fixer le mode d'emploi de la parité.
23:37Il y a eu deux façons d'agir.
23:39L'une était simple, nous avons posé le principe dans la loi
23:43que dans tous les scrutins de liste, les partis devraient présenter,
23:48seraient obligés de présenter un nombre égal de femmes et d'hommes.
23:53Ça concernait donc les communes au-delà d'un certain montant, disons, de population.
24:02Ça concernait les assemblées régionales.
24:05Ça concernait aussi notre présentation au Parlement de Strasbourg.
24:10Donc ça, c'était simple. Et ça s'est imposé.
24:13Et donc tous les partis l'ont respecté parce qu'ils respectent la loi, naturellement.
24:16Alors on avait un gros problème, c'était qu'à l'Assemblée nationale,
24:22le scrutin est uninominal. Alors là, on ne peut pas partager, disons.
24:27Et donc l'instrument que nous avons recherché, c'est celui de la sanction financière.
24:33On le sait, en France, les partis politiques reçoivent un financement public,
24:38disons, pour les aider dans leur mission.
24:41Et donc les partis qui ne respecteraient pas le fait de présenter autant de femmes que d'hommes
24:51à l'Assemblée, voire au Sénat, seraient sanctionnés financièrement.
24:56Et là, on a vu quand même qui était convaincu.
24:59Parce qu'en règle générale, et malgré les prises d'opposition favorables
25:03de grandes personnalités de droite, enfin rattachées à la droite, disons,
25:07malgré cela, les partis de droite ont préféré payer les sanctions financières au plus exactement,
25:13recevoir moins de financement public plutôt que de présenter des femmes,
25:18alors que dans l'ensemble, les partis de gauche et les écologistes ont bien davantage respecté la loi.
25:26Et donc la féminisation s'est quand même faite à l'Assemblée,
25:30et dans une certaine mesure au Sénat, à travers les partis de gauche quand même.
25:38Pour certains agriculteurs, ceux qui avaient la voix la plus forte cet après-midi,
25:42Dominique Voineux aurait dû comprendre que le saccage de son bureau n'était qu'un avertissement.
25:46Pour ces agriculteurs-là, le ministre de l'Environnement était indésirable porte de Versailles.
25:50Bonjour quand même !
25:52J'espérais voir des animaux.
25:54Ben j'en vois.
25:59Elle est gonflée de venir au Sénat, croyez-moi.
26:01Et pourquoi elle est gonflée ?
26:03Elle emmerde les paysans, elle emmerde le monde.
26:06La parité avance dans la Constitution, mais le sexisme demeure dans certaines têtes.
26:11Tire ton slip, salope !
26:12C'est avec ces mots ahurissants, au printemps 1999,
26:16que la ministre de l'Environnement de l'époque, Dominique Voineux, est accueillie au Salon de l'Agriculture.
26:20Trois jours plus tard, des féministes scandalisées riposteront
26:24en lançant un mouvement de défense des femmes contre les injures publiques à caractère sexiste
26:28qu'elles baptisent les chiennes de garde.
26:30Pendant ce temps-là, au Parlement, une fois le verrou constitutionnel levé et le principe acté,
26:34c'est au tour de la loi de fixer la règle du jeu pour les élections à venir.
26:38Et la droite, majoritaire au Sénat, va batailler pied à pied
26:41pour que la parité ne vienne pas trop bousculer ses vieilles habitudes.
26:45Bonjour, Zoli Badré.
26:46Bonjour.
26:47Vous avez été maire de Ville d'Avray pendant 22 ans,
26:49vous avez été sénateur centriste des Hauts-de-Seine pendant 16 ans.
26:52Et vous faites partie de ces sénateurs qui vont batailler contre le projet de loi
26:58sur l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux.
27:01Pour vous, la sous-représentation des femmes dans la classe politique à l'époque,
27:05ce n'était pas un problème ?
27:07Je la vivais localement, pas du tout, parce que mon mère sortant était une femme,
27:13celle à qui j'ai succédé était une femme,
27:14donc je n'avais pas le sentiment d'une sous-représentation.
27:16Localement, ça n'apparaissait pas.
27:18Au Sénat, en revanche, il n'y avait que 5% de femmes.
27:20En 2000, au Sénat, effectivement, il n'y avait pas beaucoup de femmes.
27:23Et les présidents de commissions et les présidents de groupes étaient quasiment tous,
27:25les vice-présidents étaient quasiment tous des hommes, ça c'est clair.
27:28Et alors, qu'est-ce qui vous choquait dans ce projet de loi ?
27:30Ce qui me gênait, pratiquement, c'est que j'avais plus de femmes que d'hommes
27:34dans mon équipe municipale, j'y étais arrivé tout naturellement,
27:37je ne m'étais pas forcé, je n'avais pas respecté d'une règle,
27:42je n'avais pas peur des sanctions, c'était comme ça.
27:45Et c'est ce que vous allez expliquer quand vous prenez la parole dans l'hémicycle ?
27:48Absolument.
27:49La parole est maintenant à M. Denis Badré.
27:53Monsieur le Président, Madame la Ministre, mes chers collègues,
28:0018-15.
28:0418-15, c'est la répartition femmes-hommes,
28:09je dis bien 18 femmes, 15 hommes, du Conseil municipal, que j'ai l'honneur,
28:16et du coup aussi le bonheur, de présider.
28:19Bravo !
28:23S'il est voté, le projet de loi que nous examinons m'amènera
28:29à remercier des femmes.
28:32Paradoxe de la pensée unique.
28:35Comment suis-je arrivé à cet état de choses alors qu'en 1995,
28:39aucune loi ne guidait mes pas ?
28:43Eh bien, le plus naturellement du monde, la démocratie a fonctionné.
28:49Comme n'importe quelle maire, j'ai cherché à réunir des personnes compétentes
28:54et prêtes à donner de leur temps à la chose publique,
28:58des personnes capables d'être élues et de mettre en œuvre un programme.
29:03Vous dites au fond que la démocratie a fonctionné.
29:06Elle a fonctionné à Ville d'Avray, mais à l'époque,
29:07elle ne fonctionne pas forcément ailleurs.
29:09Non, mais pour moi, la démocratie, c'est quand même que les gens choisissent
29:11celui qu'ils veulent, sans qu'on leur impose trop de contraintes,
29:14sans qu'on leur dise, lui, il est trop vieux, lui, il est trop grand,
29:16lui, il est trop beau, lui, il n'est pas beau, lui, c'est un homme,
29:18lui, c'est une femme, ce n'est pas le sujet.
29:20Le sujet, c'est, je me présente, est-ce que les gens reconnaissent en moi
29:24quelqu'un qui va pouvoir être leur maire ?
29:27Pour vous, c'était une restriction à la liberté de se présenter,
29:29d'une certaine façon, ou à la liberté de choisir ?
29:31C'est à la fois une restriction à la liberté,
29:34pour le maire de construire son équipe à sa main,
29:36et pour l'électeur de choisir l'équipe qu'il souhaite.
29:39Et par ailleurs, ça a été beaucoup dit à l'époque,
29:42ça a été dit depuis, progressives à la parité en donnant des quotas,
29:47c'est finalement un peu désobligeant pour les femmes qui seront des femmes quota
29:52plutôt que des femmes qui seront les meilleures.
29:54Et alors, les arguments étaient surréalistes,
29:57parce que c'était vraiment au cœur du pouvoir,
29:59c'était à l'Élysée, en période de cohabitation,
30:02et les arguments étaient multiples.
30:05Par exemple ?
30:06Alors, par exemple, on m'expliquait qu'à droite,
30:09les femmes ne votaient pas pour des femmes.
30:12Voilà, parce que les femmes n'étaient pas féministes à droite, bien évidemment.
30:14Une femme de droite, elle est à la cuisine, elle s'occupe des enfants,
30:18donc elle ne vote pas pour une femme.
30:19Argument qui, évidemment, me faisait bondir.
30:22Le deuxième argument, c'était,
30:23mais de toute façon, nous, les femmes, on n'en trouvera pas,
30:26parce que la femme de droite ne veut pas se mettre en avant,
30:28ne veut pas être élue.
30:30Enfin bref, c'était des arguments extrêmement machistes,
30:33extrêmement ancrés, mais sincères.
30:36C'est-à-dire que vraiment, ceux qui les portaient y croyaient.
30:40Ça voulait dire qu'on allait soupçonner les femmes d'être à leur poste,
30:43à leur fonction, parce qu'elles étaient des femmes ?
30:45Pour des raisons qui n'étaient pas les meilleures.
30:47Pas parce qu'elles n'étaient des bonnes politiques,
30:49mais parce qu'elles étaient des femmes.
30:50D'abord, il se trouve, et il apparaît clairement,
30:53qu'elles ont très souvent été des bonnes politiques,
30:54comme il apparaît quelquefois que les hommes d'avant
30:56n'étaient pas des bons politiques.
30:57Donc ça, ce n'est pas le sujet.
30:59Mais je pense que la contrainte dans ce genre, dans la démocratie,
31:03ne doit avoir, en tout cas, qu'un rôle passager.
31:06Il ne faut pas que ça dure.
31:08Le projet de loi, il établit une égalité obligatoire des candidatures
31:11pour les scrutins de listes,
31:13associées à une alternance des candidats de chaque sexe sur les listes.
31:16Donc un homme, une femme, ça c'est pour les élections à un tour,
31:19ou six par six pour les élections à deux tours.
31:23Ce dispositif, il est surnommé le shabada.
31:27Le doyen Gellard, votre collègue Patrice Gellard,
31:29va juger que ce shabada, c'était un apartheid.
31:33Le shabada, ou le tic-tac intégral ou par tranche de six,
31:37ne favorise pas l'égal accès, mais impose en fait la parité,
31:41ce qui est parfaitement contraire à l'esprit et à la lettre
31:45de la révision constitutionnelle du 8 juillet 1999.
31:49Le shabada ou le tic-tac, c'est en fait l'apartheid.
31:53C'est la mise en place de quotas contre lesquels vous-même
31:56et d'autres membres du gouvernement,
31:58c'était formellement élevé préalablement.
32:01C'est un mot fort, apartheid ?
32:02Oui, mais parce que Gellard avait le sens des mots forts.
32:06Il était assez carré, il forçait qu'elle couvre un peu le trait.
32:10Et c'était en plus un fin juriste, donc il le disait en juriste.
32:15Ses mots étaient posés en même temps.
32:17Et ses obligations, elles se doublaient de pénalités financières
32:21dans le cadre des élections législatives pour les partis
32:23qui n'investissaient pas autant d'hommes que de femmes.
32:26Pour vous, toutes ces contraintes, c'était une restriction de la liberté ?
32:29Oui, je pense qu'il faut quand même que la démocratie puisse respirer
32:34sans être trop contrainte.
32:35Un peu de contrainte temporaire, oui,
32:37mais pas trop de contraintes trop fortes et permanentes.
32:39C'est mauvais à tout point de vue.
32:42Je prends un autre exemple.
32:44En lisant l'histoire, ça vous a peut-être échappé,
32:46on n'en parle pas, on en parle peu,
32:48c'est la modification du scrutin départemental.
32:51On est passé, on a regroupé les cantons deux par deux,
32:54en en faisant des cantons deux fois plus grands
32:56et en demandant dans ces cantons deux fois plus grands
32:58qu'un homme et une femme se présentent, pour créer cette fois la parité.
33:01Donc c'était une manière de tourner la situation précédente
33:05où on avait deux cantons avec deux hommes sortants,
33:07les deux hommes sortants se représentent, il n'y a jamais de femmes.
33:09Mais ça m'a fait réfléchir à l'époque.
33:11Jusqu'où faut-il pousser la parité ?
33:13Si on fait ça, pourquoi demain on n'aura pas un maire
33:15qui est à la tête d'une municipalité, un homme et une femme ?
33:19Pourquoi on n'aura pas à la présidence de la République un homme et une femme ?
33:21Donc le responsable lui-même, il ne peut être qu'unique.
33:24Et donc, tant qu'on bricole pour essayer de tourner des difficultés
33:29pour avoir plus de femmes que d'hommes, on risque de faire du dégât.
33:33Et pour autant, s'il n'y avait pas eu ces contraintes,
33:35est-ce que les choses auraient avancé ?
33:38Non, je pense qu'il fallait le faire, très objectivement.
33:41Avec le recul, vous pensez qu'il fallait le faire ?
33:42Oui, je suis très détendu là-dessus.
33:44Mais de façon temporaire ?
33:45Il fallait le faire, mais je pense qu'on ne donne jamais assez de latitude locale.
33:49Il faut toujours laisser localement, quand il y a une bonne raison de faire autrement,
33:52la possibilité de faire autrement.
33:54Aujourd'hui, nos jeunes, nos enfants, ils ne voient que des femmes.
33:57À l'éducation sociale, 80% des enseignants sont des femmes.
34:02S'ils tournent mal à l'âge de 15 ou 20 ans, ils voient la justice,
34:05ils sont jugés uniquement par des femmes.
34:07Et ça, ce n'est pas bon.
34:07Ils ne voient pas un homme de toute leur adolescence et de leur croissance.
34:11Ce n'est pas bon, ça.
34:12Il faut qu'ils comprennent, non pas parce qu'ils respecteront moins ou qu'ils respecteront plus,
34:16mais il faut qu'ils comprennent qu'ils vivent dans une société où il y a des hommes et des femmes.
34:19Et où les hommes et les femmes sont appelés à travailler ensemble et à le faire pour le bien commun.
34:25Est-ce qu'il y avait aussi, chez les sénateurs, la peur de perdre leur précarité ?
34:28Tu as semblé très masculine.
34:31Non, ça, je ne pense pas.
34:32En fait, on était très respectueux des quelques femmes qui étaient là, au Sénat.
34:36C'était très peu nombreuses.
34:36C'était peu nombreuse, mais on a été respectueux d'elles.
34:39Madame Luc, la présidente du groupe communiste, a été respectée par les sénateurs de tous les groupes.
34:44C'était sans aucun problème.
34:47Sur Eternum, c'était pareil.
34:48Il n'y avait pas de sexisme chez les sénateurs ?
34:50Beaucoup moins que dans une équipe municipale, par exemple.
34:53Ce n'était pas des machos ?
34:55Pas tellement.
34:57Dans votre argumentaire à l'époque,
34:59vous redoutez que les têtes de liste soient dépossédées de toute leur marge de manœuvre
35:02et que l'électeur soit privé de sa liberté de choix.
35:05Est-ce que c'est ce qui s'est passé ?
35:06Non, la tête de liste a été quand même un peu contrainte
35:10lorsqu'elle constitue son bureau municipal, par exemple, les adjoints.
35:14Les adjoints doivent être aussi à moitié-moitié.
35:17Et c'était difficile, c'est encore difficile de trouver des femmes ?
35:19Non, mais c'est idiot quand on se dit, j'ai une femme dans mon équipe
35:24qui serait une excellente adjointe, je ne peux pas la prendre parce que j'ai déjà trop de femmes.
35:28C'est dommage.
35:28Alors que je suis obligé de prendre un homme qui sera moins bon.
35:31Ce n'est pas ce qui arrive le plus souvent.
35:32Ça arrive.
35:34Vous n'êtes pas dans le secret de l'humeur qui est en train de constituer son équipe,
35:37mais toutes les contraintes qui lui sont imposées ne sont pas forcément positives.
35:42Ce que je dis, c'est que ça aurait été mieux que ça arrive spontanément
35:44et que ça aurait fini par arriver, mais probablement au bout de beaucoup plus longtemps.
35:48Ça, c'est clair.
35:50Les arguments de la droite ne font pas fléchir le gouvernement
35:52et encore moins certaines sénatrices.
35:53Elles ne sont qu'une poignée à l'époque,
35:55mais elles vont donner de la voix dans cette bataille
35:56qui ne se limite pas pour elle à la seule question de la parité en politique,
35:59mais tout simplement à l'égalité dans la société.
36:02Bonjour Daniel Porteau.
36:04Bonjour.
36:05Vous êtes socialiste, ancienne sénatrice de Paris.
36:08Vous allez être désignée rapporteure au nom de la délégation des droits des femmes
36:11du fameux texte sur l'égal accès des femmes et des hommes
36:15aux fonctions électives, aux mandats électoraux.
36:16Il y avait une forme de consensus ?
36:19Oui.
36:19Il y avait eu un progrès dans l'opinion publique qui était assez important
36:23puisqu'on en était à 80% je crois d'opinion favorable
36:28aux dispositions sur la parité.
36:30Les débats ont été vifs au Sénat ?
36:32Ils ont été toujours houleux.
36:35Le sujet qui était irritant et qui a amené le blocage des sénateurs
36:41sur cette loi d'application, si je puis dire,
36:45c'était le fait que l'Assemblée nationale avait rajouté une disposition
36:50qui n'était pas dans le texte du gouvernement,
36:52qui consistait à baisser le seuil d'application du scrutin de liste
36:58aux élections municipales, aux communes de 2000 habitants,
37:03alors que le mode de scrutin en vigueur c'était 3500.
37:07Juste une petite précision parce qu'on ne le sait pas beaucoup,
37:11mais il n'y avait que 2000 communes qui avaient plus de 3500 habitants
37:16et sur les 500 000 conseillers municipaux,
37:21ça en faisait 400 000 qui étaient en dehors du champ.
37:25Donc évidemment, il n'était pas indifférent de baisser le seuil.
37:28Ça faisait entrer quelques 100 000 conseillers municipaux de plus
37:33dans le champ d'application.
37:34Vous, vous y étiez favorable à cet abaissement du seuil à 2000 ?
37:37Oui, parce qu'il faut bien voir que ce sont les conseillers communaux
37:43et les conseillers généraux qui sont les grands électeurs pour le Sénat.
37:46Si on abaissait le seuil électoral, on modifiait le corps électoral.
37:51Le corps électoral du Sénat et donc le Sénat accusait
37:55l'Assemblée nationale de majorité de gauche
37:58d'avoir pris cette mesure pour influer sur la composition politique du Sénat.
38:07Mais finalement, c'est ce texte avec cet abaissement du seuil qui a été voté.
38:13La motivation des sénateurs de droite, si je vous écoute,
38:17c'était de conserver leur siège ?
38:19C'était bien sûr de conserver leur siège.
38:21À partir du moment où vous voulez faire élire une femme
38:24dans une assemblée où il n'y a que des hommes.
38:28Il n'y a pas 36 solutions, ça veut dire enlever un homme pour mettre une femme.
38:34Lors des débats dans l'hémicycle,
38:35certains vont redouter les conséquences d'une révolution trop rapide
38:38comme la sénatrice Anne Hennis par exemple.
38:41Et en l'occurrence, ce n'est pas du tout une question de compétence,
38:44et là je suis ultra féministe.
38:46Elles en ont autant que les hommes.
38:48Ce qui leur manque sûrement le plus,
38:50c'est sans doute le goût et la volonté de s'investir
38:52dans le monde politique tel qu'il est.
38:54Alors on objectera, on objectera justement.
38:58Elles vont le changer et que ce sera une bonne chose, certes.
39:01Mais ce qui m'inquiète, c'est la brutalité du changement
39:05qui risque de provoquer de graves désordres dus à l'arrivée en nombre
39:08de femmes insuffisamment motivées et expérimentées,
39:11car ce sont elles qui en feront les frais.
39:14Et vous le savez très bien.
39:16Les femmes étaient supposées insuffisamment expérimentées,
39:20insuffisamment formées ?
39:23Pardonnez-moi, mais moi je trouve assez triste
39:26que ce soit une femme qui dise ça.
39:30Il y en a eu quelques-unes, nous ne m'étions pas nombreuses,
39:33mais il y en a eu quelques-unes qui effectivement ont pris ce genre de position.
39:37Il était urgent d'attendre, il fallait d'abord former les femmes.
39:41C'était quand même une position majoritairement exprimée
39:44par mes chers collègues masculins.
39:47Toute ma génération qui s'est battue pour accéder aux responsabilités,
39:51que ce soit dans le monde du travail ou dans le monde politique,
39:55j'ai l'impression qu'on a eu toujours besoin de prouver notre...
40:00Vos capacités.
40:01Plus que les hommes, nos capacités.
40:03On ne demande jamais à un parlementaire homme
40:05s'il se sent compétent, s'il se sent au niveau.
40:09Les sénateurs de droite avaient souvent une attitude
40:14qui m'était presque plus odieuse qu'une opposition de front.
40:20Une espèce de gentil paternalisme.
40:24Donc, un peu des propos du même genre.
40:30Il faut laisser aux femmes le temps de se former,
40:32le temps d'apprendre la vie politique.
40:35On n'en trouve pas, disaient d'autres.
40:37Et alors, l'autre argument tout aussi paternaliste et tout aussi exaspérant.
40:43Ma chère collègue, je ne demande que ça d'avoir des femmes sur ma liste,
40:46mais je n'en trouve pas.
40:50En fait, l'histoire a montré qu'avec un peu de volontarisme, on en trouvait.
40:57Et qu'elles n'étaient pas spécialement plus incompétentes
41:01que leurs collègues masculins.
41:03Lors de votre intervention dans l'hémicycle,
41:05vous allez attirer l'attention des sénateurs sur un autre point.
41:09La cinquième et dernière recommandation est de porter plus général.
41:13Il est nécessaire de mettre en œuvre,
41:15outre la réforme du statut de l'élu,
41:17des moyens supplémentaires pour permettre aux femmes
41:19de concilier activité professionnelle, vie familiale et engagement politique.
41:24Nous savons bien que la politique ne se fait aujourd'hui que le soir et le week-end.
41:27Difficile pour les femmes quand c'est encore à 80% sur elles
41:30que repose l'essentiel des tâches domestiques et des responsabilités familiales.
41:35Pour vous, la bataille de la parité en politique,
41:37elle devait s'accompagner d'une bataille de la parité dans tous les champs de la société ?
41:41Absolument. C'était une bataille vraiment sociale et culturelle.
41:46Pour moi, peut-être une des vertus les plus essentielles
41:50de cette révision constitutionnelle et de cette loi,
41:53c'était l'exemplarité et donc l'incitation pour les femmes
41:59à entrer dans tous les champs de la vie sociale.
42:04Une bataille politique, une bataille culturelle, une bataille systémique.
42:10Jean-Luc Mélenchon le dit à l'époque.
42:12Non, nous ne sommes pas en train de faire entre nous
42:15un arrangement galant de circonstances.
42:18Nous sommes en lutte contre un système implicite
42:22et qui a pour lui la force de millénaires de traditions.
42:26Et ce système s'appelle le patriarcat.
42:28Sa puissance est si fantastique qu'elle aujourd'hui a fait entendre,
42:34oui encore, ses échos et sa force d'aliénation,
42:38puisqu'il arrive qu'on entende des femmes défendre des arguments du pire machisme
42:43avec la conviction, j'en suis sûr, et la sincérité
42:47de dire des choses utiles à leur propre cause.
42:50Alors, puisque le patriarcat n'a pas pu être bousculé
42:53par l'évolution progressive des mœurs,
42:56c'est donc par la force de la loi
42:59que nous ferons droit à une exigence de justice et de démocratie.
43:04C'est une bataille contre le patriarcat ?
43:06C'était un terme que vous employiez à l'époque ?
43:09Je l'ai employé spontanément tout à l'heure,
43:12en parlant de l'attitude de mes chers collègues de la droite parlementaire.
43:17Je pense qu'on a beaucoup évolué depuis,
43:20mais je crois qu'on était dans cette culture, c'était vraiment culturel.
43:25Et mes chers collègues ont tout de suite trouvé la parade.
43:33Si vous aviez deux sortants d'une famille politique,
43:35si vous deviez faire une liste alternée, il y en avait un plus une femme.
43:41Celui qui n'était pas retenu, montait sa propre liste.
43:44Se présenter en dissident.
43:45Voilà, avec une étiquette pas très éloignée.
43:49Et comme les collèges électoraux étaient encore très majoritairement masculins...
43:54Les deux sortants étaient réélus et jamais la femme, c'est ce que vous voulez nous dire.
43:58Pour les législatives, la loi est prévoyée des pénalités financières
44:01pour les partis qui n'investiraient pas autant de femmes que d'hommes.
44:06Que n'avons-nous pas entendu ?
44:08Cet outil-là, pour vous, il était pertinent ?
44:10Écoutez, en tout cas, on n'en a pas trouvé d'autre.
44:14Et il fallait trouver la solution pour que les partis soient contraints
44:20de mettre en œuvre ce que la Constitution leur confiait.
44:26C'était inévitable, mais à mon avis, pas suffisamment contraignant.
44:30Nous voulions aller plus loin.
44:32Pour les législatives, notamment ?
44:34Pour les législatives, effectivement, tout ça est adossé sur des sanctions financières.
44:40Sanctions financières que, souvent, les partis acceptent de payer
44:45pour garder en place les chapeaux à plumes des différents partis.
44:49Moi, ce que je voulais, et je le disais légalement,
44:53c'est qu'ils soient procédés à la même chose
44:55que ce qui a été fait pour les conseils départementaux maintenant.
44:58C'est-à-dire de diviser les circonscriptions par deux
45:01et, dans chaque circonscription, de présenter un binôme, homme-femme,
45:05qui aurait assuré l'égalité parfaite des hommes et des femmes
45:10au Parlement.
45:11On n'est pas allé jusque-là, mais après tout, la voie est ouverte.
45:16Certains partis vont préférer, dans les années qui suivent,
45:18payer des amendes que de jouer la parité dans les investitures.
45:23Moi, j'avais même proposé, ça n'a pas été retenu,
45:28que la partie qui, donc, ne serait pas versée aux partis qui n'auraient pas respecté,
45:34soit versée à ceux qui...
45:37En bonus à ceux qui la respectaient.
45:39Mais bon, là, du coup, j'ai tout entendu.
45:41La prime à la femme, pourquoi pas la prime à la vache ?
45:44Enfin bon, c'était...
45:47Là aussi, l'imagination et la verve parlementaire se sont déchaînées.
45:53L'opposition du Sénat n'empêchera pas la loi d'être adoptée après deux lectures.
45:56Le Conseil constitutionnel, saisi par des députés et des sénateurs de droite,
46:00censurera le texte à la marge, mais il en validera les principes et les règles.
46:04La parité peut enfin s'appliquer.
46:07Dans les années qui suivent, la législation sera complétée par d'autres dispositions
46:10qui concernent notamment la composition des exécutifs locaux
46:13ou encore les élections départementales.
46:1625 ans après, la loi semble avoir atteint en partie ses objectifs.
46:19Jamais la France n'a compté autant de femmes élues.
46:22Mais la bataille de la parité est-elle pour autant achevée ?
46:25Pour les femmes politiques d'aujourd'hui, il reste encore des étapes à franchir.
46:29Bonjour Valérie Pécresse.
46:30Bonjour Mathieu Croissando.
46:31On va conclure cette émission avec vous,
46:33essayer de tirer un bilan de cette loi sur la parité, 25 ans après.
46:38En 1998, vous êtes une jeune haut fonctionnaire,
46:41vous êtes maître des requêtes au Conseil d'État.
46:42Vous n'êtes pas encore, à proprement parler, une femme politique,
46:44mais vous travaillez à l'Élysée auprès de Jacques Chirac.
46:48Sans dispositifs contraignants, on n'aurait pas fait évoluer les mentalités de cette façon ?
46:51On n'aurait surtout pas fait évoluer les résultats de cette façon.
46:54Parce qu'en réalité, la loi Cota a eu une efficacité tangible, vraiment.
46:59Elle a contribué à faire arriver les femmes.
47:01Je pense que cette question de faire de la norme sur tout,
47:06de faire des quotas, de faire de l'arithmétique avec la politique,
47:09je pense que c'est vraiment un mode de raisonnement, je vais dire, de gauche.
47:14Malheureusement, la réalité me force à dire,
47:16et l'expérience de ces années, de ces 30 années,
47:21me pousse à dire que grâce au Cota, on a vraiment fait progresser les choses.
47:26Aujourd'hui, on se vante du fait que dans les conseils municipaux, départementaux et régionaux,
47:30on a beaucoup de femmes.
47:32Mais la vérité, c'est que c'est lié à ces quotas obligatoires.
47:35Moi, aujourd'hui, si je devais faire une liste régionale sans les lois paritées,
47:40j'aurais une pression pour prendre trois quarts d'hommes.
47:45Donc la vérité, c'est qu'aujourd'hui, la parité protège beaucoup les femmes.
47:50Il n'y a pas que la loi parité qui a permis l'ascension des femmes.
47:53Il y a une deuxième loi, c'est celle sur le non-cumul des mandats.
47:57Parce qu'elle a ouvert le jeu ?
48:00Parce qu'elle a obligé les députés maires à quitter leur fauteuil de maire.
48:03Donc on a vu arriver toute une génération de premières adjointes
48:06qui étaient en fait les femmes de confiance des maires et qui étaient dans l'ombre,
48:12qui faisaient souvent tout le boulot dans l'ombre
48:13et qui sont devenues, grâce à cette loi sur le non-cumul des mandats,
48:16qui par ailleurs a plein d'autres défauts,
48:19mais qui a permis cette arrivée au pouvoir de femmes maires
48:21qui étaient évidemment tout aussi capables que les hommes qu'elles remplaçaient,
48:24simplement, qui étaient numéro deux.
48:27Et le vrai problème de la femme en politique, c'est ce que j'appelle l'école du vice.
48:31L'école du vice, c'est qu'on est toutes vice-quelque chose,
48:33vice-présidente, vice-ci, adjointe, voilà.
48:38On est toujours numéro deux, on est rarement numéro une.
48:41Et ça s'explique par plein de choses.
48:44Il reste à mon avis deux retards, quand même, qui subsistent.
48:50Le premier concerne les collectivités territoriales, mais leurs exécutifs.
48:54Même s'il y a des parités pour les présidences, la région, enfin bon.
48:59Donc ça, on peut avoir autant de femmes que d'hommes dans des communes,
49:04mais il y a plus de maires, beaucoup plus de maires hommes que femmes,
49:08et même chose pour les régions, les conseils départementaux, tout ça.
49:13Donc ça, c'est une étape que ceux qui nous suivent devront franchir, je l'espère.
49:21Et le deuxième retard, c'est quand même les assemblées nationales,
49:25où la progression est sensible, mais 36%, c'est pas 50%.
49:31Moi, j'ai eu la chance de bénéficier de la parité une fois dans ma vie,
49:34c'est quand Nicolas Sarkozy a décidé
49:36qu'il ferait le premier gouvernement paritaire de la République.
49:40Donc il a décidé qu'il y aurait sept hommes, sept femmes ministres
49:42dans son gouvernement en 2007.
49:46Et du coup, il fallait sept femmes.
49:49Et moi, qui étais chiracienne, donc enfant adoptée de la Sarkozy,
49:53tolérée en bout de table, vous voyez,
49:55et bien finalement, on m'a confié le portefeuille dont personne ne voulait,
50:00l'université avec la réforme la plus compliquée à mener,
50:03mais on me l'a quand même confiée.
50:05Et je pense que s'il n'y avait pas eu cette injonction paritaire
50:10que Nicolas Sarkozy avait bien intégrée, il voulait être moderne,
50:15je pense que, sans doute, il y aurait eu beaucoup plus d'hommes
50:18qui se seraient battus pour le poste.
50:20Quels sont les prochains verrous à faire sauter ?
50:23Moi, j'avais fait faire une étude, parce que j'ai un petit centre
50:26qui s'occupe de l'égalité femmes-hommes en Ile-de-France,
50:28et qui finalement bosse un petit peu pour le gouvernement aussi,
50:32parce qu'il est un peu unique en son genre,
50:33ça s'appelle le centre Hubertine Auclair,
50:35et je leur ai demandé de me lister les Everest.
50:40Alors les Everest, c'est quoi ?
50:42C'est tous les sommets que les femmes n'ont pas encore conquis.
50:45Et donc, voilà, chef de l'état-major des armées,
50:49il y avait présidente de l'Assemblée nationale,
50:52le Premier ministre s'était déjà fait président du Conseil constitutionnel.
50:55Aujourd'hui, nous n'avons jamais eu de femme présidente du Conseil constitutionnel.
50:59Est-ce que les mentalités ont changé au sein de votre famille politique ?
51:03Je dis ça parce qu'aux législatives de l'été 2024,
51:06votre parti, LR, a investi 100 candidates femmes pour 224 candidats hommes.
51:13Mais c'était aussi le cas en 2022.
51:16LR a payé des pénalités financières parce qu'il n'avait pas présenté autant de femmes que d'hommes.
51:20Oui, mais on a une difficulté, un, de vivier,
51:25et deux, quand on est dans l'opposition,
51:27quand on est dans un parti qui ne va pas gagner,
51:31on attire quand même beaucoup moins de talent.
51:33Et les vieux réflexes reviennent assez vite ?
51:35Les vieux réflexes, mais aussi la peur des femmes,
51:38parce que les femmes ont quand même aussi une forme d'autocensure à se présenter.
51:43Là, en ce moment, au moment où je vous parle,
51:45moi j'ai trois mairesses dans trois villes qui sont des villes compliquées,
51:50trois femmes de poignes qui ont conquis leur ville,
51:53qui les gèrent à Dancy, à Aubervilliers et à Jouy-en-Josasse.
51:57Trois femmes qui sont en burn-out.
51:59Trois femmes dont deux ont dit qu'elles se retiraient pour quelques semaines
52:02pour reprendre leur souffle,
52:04et une qui a carrément démissionné de son poste.
52:06Les trois, pour des raisons de harcèlement, de violence, du mandat.
52:13C'est-à-dire qu'en fait, elles sont tellement agressées,
52:16c'est tellement dur qu'elles sont en burn-out.
52:20Ça arrive très peu avec les hommes.
52:22La loi sur la parité a fait progresser les chiffres de la représentation des femmes,
52:26mais est-ce qu'elle a fait pour autant disparaître le sexisme en politique ?
52:29Moi, on m'appelait la blonde.
52:30Moi, mes adversaires, ils me surnommaient la blonde.
52:34Je suis désolée, c'est quand même totalement indigne.
52:38Et quand je me suis présentée à la présidentielle,
52:40j'ai eu un journaliste qui m'a dit
52:42« Mais enfin, seriez-vous à l'aise pour commander l'armée ?
52:46Qu'est-ce qui donne le droit à un journaliste de penser
52:49que je serais moins bonne pour négocier une paix avec un président russe
52:55dont je parle la langue et dont je connais le pays
52:58qu'un homme qui ne connaîtrait ni la Russie, ne parlerait pas le russe,
53:02n'aurait jamais rencontré Poutine et ne serait rien de l'amoureuse ? »
53:06Vous avez la crainte d'un retour en arrière ?
53:09Oui, j'ai la crainte d'un retour en arrière.
53:12Et je dois dire que ce qui est en train de se passer aux États-Unis me terrifie.
53:17Le masculinisme, l'homme fort,
53:20l'image qui est donnée des femmes autour de Donald Trump,
53:26les religions, le retour du fait religieux,
53:30alors que toutes les religions sont des religions qui infériorisent les femmes.
53:37Pendant cette dernière présidentielle, il y a eu quatre femmes candidates,
53:40dont trois pour des partis qu'on disait majeurs.
53:44Marine Le Pen pour le Rassemblement Rational,
53:46Anne Hidalgo pour le Parti Socialiste et donc vous-même pour LR.
53:49C'est quand même un signe que quelque chose est en train de changer ?
53:52Ce que je crois, c'est que les Français, eux, ne sont pas du tout misogynes.
53:57Moi, je pense que les Français sont beaucoup plus évolués
54:01que la classe politique dans son ensemble.
54:04D'ailleurs, les Français, c'est une majorité de Françaises, il faut quand même le dire.
54:08Donc je pense qu'aujourd'hui, il n'y a pas cette réticence qu'ont une partie des médias,
54:15une partie de la classe politique au pouvoir au féminin.
54:17Pourquoi ? Parce que peut-être aussi on a prouvé dans l'exercice du pouvoir,
54:22alors chacune avec nos tempéraments et chacune avec nos bilans respectifs,
54:27mais on a prouvé qu'on était capable de gérer, moi, la première région d'Europe,
54:31Anne Hidalgo, la capitale de la France, voilà, et Marine Le Pen, un grand parti.
54:37Une femme présidente de la République, c'est possible ?
54:40Oui, j'espère que c'est possible.
54:42J'espère que c'est possible.
54:43Malheureusement, aujourd'hui, toujours le même sujet.
54:45Le vivier est très mince.
54:47J'ai lu une interview de Martine Aubry,
54:48qui est une femme de pouvoir qui va lâcher la mairie de Lille,
54:52malheureusement au profit d'un homme, comme d'ailleurs Anne Hidalgo.
54:57Donc le sujet aujourd'hui, c'est que même ces femmes de pouvoir qui sont des féministes,
55:04Anne et Martine, ne passeront pas le témoin, en tout cas à des femmes.
55:10C'est un peu dommage que faire émerger des successeurs femmes n'ait pas fait partie du job.
55:17C'est le prochain défi ?
55:18Oui.
55:1925 ans après son adoption, la loi sur la parité s'est imposée et a produit ses effets.
55:24La classe politique s'est considérablement féminisée
55:27et personne aujourd'hui n'envisage de revenir sur cette avancée majeure du gouvernement Jospin.
55:31Et pourtant, le bilan de cette loi reste contrasté.
55:34Si tous les gouvernements sont désormais paritaires sur le papier,
55:37la répartition des portefeuilles ministériels entre les femmes et les hommes l'est souvent moins.
55:41Et si la parité est quasiment atteinte chez les élus locaux,
55:44au Parlement, en revanche, on en est encore très loin.
55:48Ironie du sort, le Sénat, qui avait beaucoup fait railler contre ce texte,
55:51fait aujourd'hui sur ce sujet légèrement mieux que l'Assemblée.
55:55C'est dire s'il reste des efforts à faire, des plafonds de verre à repousser.
55:58En ce printemps 2025, le Parlement a fini par faire sauter le dernier seuil qui résistait à la parité.
56:04Celle-ci s'appliquera désormais pour les élections municipales
56:07aux communes de moins de 1 000 habitants.
56:09Une ultime retouche pour faire avancer encore ce long combat inachevé.
56:14Sous Lionel Jospin, on a quand même fait avancer à une vitesse incroyable,
56:21dans tous les secteurs, l'égalité.
56:24Progressivement, les choses s'améliorent.
56:27Le bilan est éminemment positif de cette loi paritaire.
56:32Je ne voudrais pas toutefois qu'on considère que le chemin est terminé.
56:36Il y a toute une série de postes de responsabilité
56:40sur lesquels on n'a jamais fait le choix d'une femme.
56:44Il y a plus de mères, beaucoup plus de mères hommes que femmes.
56:48Donc ça, c'est une étape sur qui nous suivent, devront franchir.
56:55Ce que je dis, c'est que ça aurait été mieux que ça arrive spontanément
56:58et que ça aurait fini par arriver, mais probablement au bout de beaucoup plus longtemps.
57:02Ça, c'est clair.

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