• avant-hier
Avec François Lejeune, auteur de "Dans ma tête de bipolaire" éd. Eyrolles (2019), Dominique Guillot, président de Argos 2001 et Émilie Garandel, chargée des opérations de Argos 2001

Retrouvez Bercoff dans tous ses états avec André Bercoff du lundi au vendredi de 12h à 14h sur #SudRadio.

---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry

———————————————————————

▶️ Suivez le direct : https://dai.ly/x8jqxru
🎧 Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/

———————————————————————

🔴 Nous suivre sur les réseaux sociaux 🔴

▪️ Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?...
▪️ Instagram : / sudradioofficiel
▪️ Twitter : / sudradio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr
———————————————————————

☀️ Et pour plus de vidéos de Bercoff dans tous ses états : • 😤 Bercoff dans tous ses états

##LE_FACE_A_FACE-2025-04-01##

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Sud Radio Bercoff, dans tous ses états, midi 14h. André Bercoff.
00:08Eh bien, aujourd'hui, après avoir parlé de politique et justice, on va parler santé.
00:15On va parler santé pour quelque chose, vous savez, vous avez entendu cela,
00:20vous avez peut-être des personnes qui sont atteintes de... qu'est-ce que c'est ?
00:25Alors justement, est-ce que c'est une maladie mentale ?
00:28Est-ce que c'est un trouble psychique ?
00:31Est-ce que c'est tout cela à la fois ? Et c'est quelque chose, en tout cas, qui joue un rôle,
00:34puisque des millions, des millions de personnes à travers le monde,
00:37et peut-être plus d'un million de luttes françaises en sont atteints,
00:41c'est les troubles bipolaires.
00:43Qu'est-ce que c'est que la bipolarité ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:45On va en parler, justement, pendant 7 heures, avec François Lejeune.
00:51François Lejeune, vous êtes le docteur dans ma tête de bipolaire, bonjour.
00:55Aux éditions Ayrol, un livre vraiment très très très bouleversant.
00:58On vous avait reçu à l'époque, c'était il y a 5 ans, pour ce livre.
01:02Et puis nous sommes avec Dominique Guillot, bonjour.
01:05Vous êtes président de Argos 2001.
01:07On va expliquer ce que c'est qu'Argos 2001,
01:09puisque vous êtes une association nationale de patients de proches au service des patients,
01:13justement touchée par un trouble bipolaire.
01:16C'est la bipolarité, c'est votre cœur d'activité.
01:21Et Émilie Garandelle, vous êtes chargée des opérations de Argos 2001.
01:25Alors d'abord, effectivement, je voudrais revenir à vous, François,
01:30sans refaire l'entretien que nous avions fait,
01:33mais ce qui avait eu beaucoup d'autantissement.
01:35Et je voudrais aussi signaler que le journal Le Point, de 7 semaines,
01:40sort avec une interview exclusive de Nicolas Demorand.
01:43Nicolas Demorand, c'est, avec Léa Salamé, la personne qui présente la matinale de France Inter.
01:49C'est un million d'auditeurs.
01:51Et il dit carrément, je suis un malade mental.
01:55Et il dit aussi, parce qu'il a sorti un livre là-dessus,
01:59mais il dit, je suis un malade mental.
02:01Il faut arrêter d'avoir peur de dire que nous sommes, nous, des malades mentaux.
02:06Oui, nous sommes des malades mentaux, on peut l'assumer.
02:08Il va jusqu'à dire, il serait temps de faire un Me Too des malades mentaux.
02:12Mais au-delà de ça, vous, François Lejeune,
02:14est-ce que vous, quand on dit je suis un malade mental,
02:17est-ce que c'est quelque chose qui vous paraît idoine pour représenter ce qu'est la bipolarité ?
02:22Alors, je ne suis pas un malade mental.
02:25Moi, j'ai vécu un enfer pendant 15 ans de ma vie.
02:29J'en suis revenu, pour plein et plein de raisons différentes.
02:34Par concours de circonstances, par rencontres,
02:38pour avoir rencontré un médecin qui m'a soigné.
02:41Mais 15 ans de votre vie, vous avez été...
02:44Très malade. J'ai été malade de 21 ans à 38 ans, 40 ans.
02:49J'ai toujours considéré que je n'étais pas un malade mental, contrairement à Nicolas Dambourg,
02:53qui a fait une belle démarche, parce qu'écrire un livre, c'est une vraie thérapie.
02:56Sachant que lui a une bipolarité de type 2,
03:01donc c'est une bipolarité un petit peu plus compliquée que la mienne,
03:04à soigner, en tout cas, je pense.
03:07Je crois qu'il a beaucoup de courage pour venir sur lui,
03:11en étant un personnage public, de venir en parler.
03:15J'ai cru comprendre aussi dans son article qu'il avait été,
03:19comme la plupart des bipolaires,
03:23tardivement...
03:27Il y a eu une errance diagnostique.
03:29Oui, longtemps.
03:31On l'a bourré de médicaments qui lui faisaient, qui aggravaient sa situation, c'est ça.
03:38Il parle très bien des bipolarités,
03:41il parle de ses phases complètement dépressives,
03:45des maladies psychosomatiques qu'il a développées.
03:47Mais que vous avez vécu aussi, vous ?
03:49Oui, pareil.
03:50C'est quoi l'enjeu ?
03:51La différence entre la bipolarité 1 et la bipolarité 2.
03:55Moi, je suis de type BP1, c'est-à-dire que pendant des années,
03:58j'ai ce qu'on appelle...
04:01Je suis monté très haut dans des phases maniaques.
04:03J'ai pété des câbles à force d'excès,
04:08de ne pas faire attention à moi,
04:10de croire que je pouvais faire plein de choses à la fois, etc.
04:15On est quoi ? Dans un haut état d'exaltation ?
04:18On devient dingue.
04:20André, on devient dingue, on se raconte des histoires.
04:22Moi, je me suis pris pour, à un moment donné, pour Louis XIV.
04:25Je me suis pris pour l'enfant gâté de Claude Lelouch dans l'utinéraire d'un enfant gâté.
04:31On s'invente des scénarios.
04:34On part dans une histoire qui peut durer 2 à 3 semaines,
04:38des histoires que je raconte dans le livre.
04:40Et généralement, quand on est en pleine folie,
04:43on est par chance arrêté par les pompiers, par les gendarmes, par les policiers.
04:49Sinon, on n'a pas de limite.
04:51On est drogué sans drogue.
04:54C'est de la drogue naturelle.
04:56C'est comme si on prenait de la cocaïne, sauf qu'on n'en prend pas,
04:59et qu'on développe tout le côté dopamine,
05:02et qu'on est en joie, on est sociable, on est hyprasexuel.
05:09On prend des risques inconsidérés.
05:12On peut prendre sa voiture.
05:13Moi, il m'est arrivé de prendre ma voiture en peignoir,
05:15d'aller saluer les traveleurs du bois de Boulogne,
05:18et de partir à poil vers Orléans,
05:21en prenant ma douche dans une station totale de routiers,
05:24et ne payant pas l'essence.
05:26Et les flics m'ont ramené à Neuilly-sur-Seine.
05:29On peut faire vraiment des folies, on peut sauter d'un bateau,
05:32mais ce qui est important de...
05:34Pourquoi ? La thérapie du livre, comme lui l'a fait, c'est très important.
05:37Écrivez, en tout cas si vous êtes bipolaire, éditez ou pas éditez.
05:40Écrivez vos mémoires, parce que si on se rappelle de ce qu'on a fait,
05:44si on se rappelle de...
05:46Juste, François, vous parlez de cette phase très haute, très forte,
05:51et le down, c'est quoi ?
05:54Quand on descend, c'est quoi ?
05:55Quand on descend, on descend quand on arrive à l'hôpital,
05:58et qu'on va vous calmer avec une piqûre sédative ou un or leptique très fort,
06:04et qu'en fait, tout ce que vous avez imaginé,
06:07votre relation avec la nature, toute votre histoire tombe à l'eau.
06:10Vous vous retrouvez dans un milieu hospitalier très dur,
06:15une espèce de prison, c'est-à-dire un peu des prisons,
06:18les établissements psychiatriques...
06:21Moi j'ai été hospitalisé en Suisse, en Angleterre,
06:24j'ai été hospitalisé plusieurs fois à Paris, c'est très dur.
06:28Et là, vous vous retrouvez avec toutes sortes de personnes,
06:31ça peut être des autistes, ça peut être des repris de justice,
06:35ça peut être des drogués, on n'est pas du tout isolé,
06:38on est au milieu de tout le monde, et la dépression vient.
06:42La dépression vient, et la dépression chez un bipolaire,
06:45moi la plus longue, elle a duré trois ans.
06:47Trois ans ?
06:48Trois ans. Trois ans, seul, par chance...
06:51Et c'est vraiment une dépression profonde, totale ?
06:54Oui, je ne voulais voir personne, je ne pouvais pas manger sans trembler,
06:58je n'avais plus de travail, plus de femme, plus rien, plus d'amis...
07:02Et quand ça vous arrive à 33 ans, de 33 ans à 36 ans,
07:06quand vous connaissez un peu la belle vie,
07:08et que vous êtes sur une chambre avec des toilettes,
07:12grâce à mon père qui m'a alloué une petite chambre de bonne,
07:15je pense qu'il l'a fait volontairement,
07:17il aurait pu me remettre dans des conditions peut-être plus agréables,
07:20mais on subit, on crie, on est tout seul,
07:25on crie de douleur, j'en joue un peu...
07:28Nicolas Demorand, il parle de détresse totale...
07:33Il dit qu'on n'a même pas envie de se doucher...
07:35On n'a pas envie de se doucher, et puis il dit aussi,
07:37moi je me rappelle, ma mère me disait,
07:39elle me jetait le Figaro sur mon lit,
07:41il trouve un travail, tu n'as pas de travail...
07:43Ma sœur me disait, mais ce n'est pas de leur faute,
07:47on parlait de psychose maniacodépressive à l'époque,
07:50c'est une maladie dont on ne parlait jamais,
07:52donc bravo qu'il en parle, et bravo qu'on en parle,
07:55et bravo qu'on sorte du bois pour en parler,
07:57et bravo aux associations aussi...
08:00Justement, on va en parler,
08:02Dominique, justement, on entend des témoignages de François Lejeune,
08:06encore une fois, à liser son livre,
08:08dans ma tête de bipolaire,
08:11parce que ça dit bien quelque chose,
08:13et quand on ne connaît pas,
08:15on est absolument sidéré par ce qui se passe,
08:18alors, vous, Argos 2001,
08:21qu'est-ce que vous constatez,
08:23puisque ça fait maintenant 2001,
08:25ça veut dire que vous êtes écrit en 2001,
08:27ça fait donc 24 ans que vous existez,
08:31et d'abord, pourquoi ?
08:33Pourquoi vous êtes orienté vers ça ?
08:35Pourquoi vous avez choisi la bipolarité ?
08:37C'était un choix, j'imagine ?
08:39Vous parlez de moi ?
08:41Mais c'est vous aussi ?
08:43Oui, bien sûr,
08:45parce qu'on s'est rendu compte
08:47qu'en dehors du milieu hospitalier,
08:49les gens ont besoin
08:51de lieux de rencontre,
08:53d'écoute,
08:55et justement, c'est l'objet de notre association,
08:57parce qu'on s'adresse non seulement aux patients,
08:59personne qu'a un trouble bipolaire,
09:01mais on s'adresse également à leurs proches,
09:03parce que pour les proches,
09:05c'est quelque chose de compliqué...
09:07Les parents, la famille, les amis...
09:09C'est quelque chose qui fonctionne très bien
09:11depuis, justement, 24 ans,
09:13et que je souhaite voir diffuser
09:15sur tout le territoire,
09:17parce qu'à Argos de Miens,
09:19on a un certain nombre d'antennes,
09:21on est une association nationale
09:23reconnue d'intérêt général,
09:25on est agréé auprès du ministère de la Santé
09:27pour représenter les usagers,
09:29et donc dans nos activités...
09:31Vous êtes complémentaire des hôpitaux,
09:33en quelque sorte,
09:35vous ne soignez pas les bipolaires,
09:37de tout ce qui se passe autour.
09:39Et en fait, si vous voulez,
09:41la particularité de notre association,
09:43c'est qu'on a à la fois les patients
09:45et les proches.
09:47Qu'est-ce que vous avez constaté ?
09:49Alors, vous,
09:51pendant 20 ans,
09:53presque 25 ans,
09:55vous disiez, d'ailleurs,
09:57hors antenne,
09:59qu'il serait un million et demi en France
10:01d'être frappé par la maladie.
10:03On estime, en fait,
10:05que dans la population,
10:072% des personnes
10:09sont concernées.
10:11Alors, ce qui est très curieux,
10:13c'est que c'est partagé partout sur la planète,
10:15quelles que soient les cultures, les religions,
10:17et c'est également partagé dans le temps.
10:19C'est-à-dire que si on remonte à plusieurs siècles,
10:21voire peut-être plusieurs millénaires,
10:23les Romains connaissaient les troubles bipolaires,
10:25ils appelaient ça la folie circulaire,
10:27et c'est là, d'ailleurs, qu'est liée une notion
10:29en droit pénal qui est toujours en cours aujourd'hui,
10:31qui s'appelle l'irresponsabilité
10:33et l'abolition du discernement.
10:35Oui, mais ça, ça ne concerne pas que les bipolaires.
10:37Non, non, non, tout à fait,
10:39mais il peut arriver parfois, quand ils sont en crise,
10:41comme le disait François,
10:43qu'ils ne se rendent absolument plus compte
10:45de ce qu'ils font.
10:47Et donc, là, le tribunal
10:49effectue un peu du jeu irresponsable.
10:51Alors, vous avez fait, je regardais votre brochure,
10:53Argos 2001,
10:55je la montre d'ailleurs,
10:57et vous mettez quand même,
10:59vous êtes sûr qu'ils étaient les bipolaires ?
11:01Parce que, je vois Balzac,
11:03je vois Churchill, je vois Cary Grant,
11:05je vois Marilyn Monroe, je vois Van Gogh,
11:07Hemingway,
11:09Oscar Wilde, Audrey Hepburn,
11:11Vivian Leigh.
11:13Oui, parce que, si vous voulez,
11:15aujourd'hui, en 2025,
11:17les médecins peuvent faire
11:19ce qu'on appelle l'anamnèse.
11:21Je ne sais pas si ça vous parle, le mot anamnèse.
11:23En fait, c'est la biographie médicale d'une personne.
11:25Et même que personne
11:27porte depuis longtemps.
11:29En fait, si vous voulez, au travers
11:31de la vie de quelqu'un,
11:33on peut arriver, un médecin,
11:35peut adresser
11:37un tableau clinique,
11:39à partir
11:41d'éléments factuels,
11:43caractériser les troubles bipolaires.
11:45C'était le cas, effectivement,
11:47de Vincent Van Gogh,
11:49puisqu'il y a une journée mondiale des troubles
11:51bipolaires qui a lieu chaque année, le 30 mars,
11:53qui est sa date anniversaire de naissance.
11:55C'était hier, alors.
11:57C'est la journée mondiale de la bipolarité.
11:59Les troubles bipolaires.
12:01C'est Argos qui l'organise.
12:03On l'a organisé pour la 11ème année
12:05consécutive.
12:07On a commencé en 2015. Au niveau international,
12:09ça avait commencé en 2014.
12:11Et depuis 2015, Argos 2001
12:13fait cette journée mondiale.
12:15Cette année, c'était autour de la parentalité.
12:17C'est-à-dire, comment faire
12:19lorsque je suis atteint d'un trouble bipolaire,
12:21que je suis un homme, je suis une femme,
12:23est-ce que je peux envisager d'avoir des enfants ou pas ?
12:25Quand je suis enfant d'un parent
12:27qui a un trouble bipolaire, comment faire en sorte
12:29pour que ça puisse se passer du mieux possible ?
12:31On va en parler tout de suite
12:33après cette petite pause.
12:35On va parler de cette action
12:37et de ce qu'on peut faire et de ce qu'on fait,
12:39bien sûr. A tout de suite.
12:41Sud Radio Bercoff,
12:43dans tous ses états, midi 14h.
12:45André Bercoff.
12:47La bipolarité, ça concerne
12:49des millions de gens, ça concerne des millions
12:51de parents, d'amis,
12:53de gens qui sont bipolaires.
12:55Emilie Garandelle, vous êtes chargée
12:57des opérations de la gauche de Milan,
12:59mais vous-même, vous avez été ou vous êtes
13:01bipolaire. Alors pour vous,
13:03comment vous le viviez ?
13:05C'est quand même très important de parler de son vécu.
13:07J'ai vécu longtemps dans l'ignorance
13:09de ce qu'était cette maladie.
13:11J'ai été diagnostiquée au bout de 14 ans
13:13après le déclenchement
13:15de cette maladie.
13:17Je suis tombée malade à 18 ans.
13:19Première dépression, rentrée à l'université,
13:21choc émotionnel, et ensuite
13:23j'ai enchaîné les dépressions pendant longtemps.
13:25Et vous ne saviez pas ce que c'était ?
13:27Je ne savais pas.
13:29Qu'est-ce que vous sentiez ? Dépression, dépression forte ?
13:31Dépression forte, parfois dépression
13:33plus calme, mais honnêtement,
13:35je me suis accrochée à mes études.
13:37Je me suis accrochée à l'université.
13:39Vous faisiez quoi comme études ?
13:41J'ai un master en espagnol.
13:43J'étudiais à l'époque l'espagnol.
13:45Et c'est vrai que
13:47je me suis
13:49vraiment accrochée à ça, sachant que
13:51je n'ai pas eu d'entourage aidant.
13:53Je n'ai pas eu des parents protecteurs.
13:55Je n'ai pas eu tout ça.
13:57Mais arrête de te mettre la tête à l'envers.
13:59Pour rien. C'était ça ce que j'entendais.
14:01Donc forcément, je ne me plaignais pas.
14:03On vous disait quoi ?
14:05On me voyait prendre des médicaments
14:07parce que je voyais un psychiatre, mine de rien,
14:09mais qui n'aurait jamais su diagnostiquer
14:11suffisamment tôt
14:13la maladie.
14:15Et c'est lors d'un changement de phase,
14:17la phase hypomane que j'ai vécue en 2016.
14:19C'est quoi la phase hypomane ?
14:21La phase hypomane, contrairement à ce qu'écrivait
14:23François dans l'outil 1,
14:25moi je suis dans la bipolarité 2.
14:27C'est plutôt une bipolarité
14:29qui affecte surtout sur le côté dépressif.
14:31D'accord.
14:33Ce que l'on voit,
14:35c'est en phase haute, ça va être une phase
14:37hypomane qui va être plus légère
14:39en matière de manifestation que la phase
14:41maniaque.
14:43Vous n'êtes pas dans le haut
14:45style je vais prendre
14:47un peignoir et aller à Orléans ?
14:49Tout à fait.
14:51Non, moi c'était
14:53je suis un peu plus irritable, je parle un peu plus vite,
14:55je passe du coq à l'âne un peu trop vite,
14:57je pense très très vite.
14:59Et ce qui s'est passé en phase
15:01hypomane pour moi, c'est que
15:03le sommeil, j'ai une rupture
15:05de sommeil, ça s'est peu à peu
15:07en quelques mois, le bon sommeil s'est
15:09progressivement arrêté.
15:11Presque complètement ?
15:13Et en septembre
15:152016, j'ai été six nuits
15:17sans pouvoir dormir, de suite. C'est-à-dire qu'un être
15:19humain normalement constitué peut vivre jusqu'à dix
15:21nuits maximum, en se shootant la Red Bull,
15:23peut vivre
15:25avec
15:27comme ça. Et j'ai perdu connaissance à la dernière
15:29nuit, j'ai développé une arrhythmie cardiaque,
15:31ça a été épouvantable.
15:33Et là, vous avez été, et quand est-ce
15:35qu'on vous a dit, c'est la bipolarité,
15:37vous êtes bipolaire ?
15:39Vous avez eu connaissance, disons,
15:41C'est lors
15:43d'une annonce de divorce,
15:45où ça a été extrêmement dur,
15:47il a fallu que je sois hospitalisée d'urgence,
15:49où j'ai plongé d'un coup,
15:51et on m'a dit, ben voilà, vous manifestez des
15:53troubles bipolaires depuis quelques temps,
15:55et ce que vous, votre
15:57privation de sommeil, que moi, je demandais de l'aide,
15:59j'allais voir des médecins et tout, et on me
16:01rigolait au nez, on me disait, non mais c'est pas possible,
16:03ça n'existe pas. Et à un moment donné,
16:05j'ai arrêté de demander de l'aide.
16:07J'avais abandonné, après tout...
16:09Voilà, parce que je cherchais
16:11de l'aide, et puis j'ai pas la tête d'une bipolaire.
16:13Comme on dit souvent, Émilie, quand on te voit,
16:15on dirait pas que t'es malade.
16:17Et c'est à l'hôpital que là,
16:19on m'a dit que
16:21j'étais atteinte de troubles bipolaires.
16:23Qu'on m'a mis le seul régulateur de l'humeur qui me
16:25correspond. Parce qu'après, chaque personne
16:27a sa façon
16:29de gérer
16:31et d'accepter physiologiquement aussi
16:33un traitement. On ne met pas le même à tout le monde,
16:35c'est particulier.
16:37Et c'est vraiment en 2017, lors d'une nouvelle hospitalisation,
16:39là que j'ai compris
16:41l'ampleur de cette maladie.
16:43Et là, je me suis dit,
16:45ok, donc c'est un gros morceau que j'apporte.
16:47Oui, François ?
16:49Ta bipolarité ressemble beaucoup
16:51à celle décrite par Nicolas Demorand,
16:53c'est-à-dire pas une phase maniaque,
16:55mais une phase super en forme,
16:57pas vraiment un pétage de plomb,
16:59mais une phase ultra-sociable, je parle vite,
17:01je deviens véritable, mais
17:03tu n'es pas comme moi.
17:05Le souffre est beaucoup plus important, apparemment.
17:07Oui, c'est très important,
17:09je vais en parler un peu pour toi,
17:11une minute. Les bipolarités
17:13de type 2 peuvent,
17:15s'ils ne sont pas stabilisés,
17:17être, pour une contrariété,
17:19pour une remarque...
17:21Peuvent aussi
17:23aller jusqu'au suicide, ça c'est
17:25la phase terminale de la dépression,
17:27mais elle peut être,
17:29quand elles ne sont pas stabilisées,
17:31on peut être submergé par des émotions
17:33dépressives,
17:35être d'un coup extrêmement triste,
17:37et s'isoler, toute seul,
17:39et c'est une bipolarité
17:41différente de la mienne,
17:43où moi je m'installe dans la dépression,
17:45je m'installe un an, deux ans,
17:47c'est la même,
17:49avec la phase maniaque en plus.
17:51Oui, je comprends.
17:53Dominique Guillaume,
17:55vous avez donc rencontré,
17:57puisque,
17:59effectivement, ce que vous dites,
18:01et je vous entends tous les trois,
18:03c'est-à-dire qu'il n'y a pas une bipolarité,
18:05il y a peut-être des centaines de bipolarités,
18:07voire des milliers de bipolarités,
18:09évidemment il y a des points communs,
18:11sinon ce ne serait pas qualifié,
18:13il y a des éliminateurs communs,
18:15mais vous diriez que ce que vous
18:17recueillez, et aussi je voudrais
18:19voir, puisque vous vous occupez
18:21des parents et des familles,
18:23comment s'est ressentie cette bipolarité
18:25par les proches ?
18:27Qu'est-ce que vous recevez comme témoignage de ce point de vue là ?
18:29Si vous voulez, c'est quand
18:31les proches sont,
18:33on va dire,
18:35confrontés,
18:37soit à leur conjoint,
18:39soit à leur enfant, qu'on leur dit
18:41qu'il y a un trouble bipolaire,
18:43c'est un choc, parce que
18:45souvent on ne s'y attend absolument pas.
18:47Est-ce qu'ils savent ce que c'est
18:49quand vous leur parlez ?
18:51Est-ce que quand les parents, je ne parle pas d'eux-mêmes, découvrent ça ?
18:53Et bipolaire, ils savent ce que c'est ou pas du tout ?
18:55Non, non, pas du tout,
18:57parce que souvent, dans le langage courant,
18:59on dit, parfois, oui, de toute façon,
19:01tu as des variations d'humeur, tu es bipolaire comme tout le monde,
19:03mais en fait, non, les variations d'humeur,
19:05ce n'est pas que...
19:07Ça peut être très très grave.
19:09C'est comme la cyclotimie.
19:11On dit déjà que vous êtes cyclotimique.
19:13Tout à fait, alors si vous voulez, la cyclotimie, ça fait partie
19:15des troubles de l'humeur, mais en fait, ce sont des troubles
19:17légers, et ce n'est pas considéré comme
19:19un trouble psychiatrique.
19:21C'est une question d'intensité
19:23aussi de curseur,
19:25et en fait, nous, on est là pour informer
19:27aussi bien les patients
19:29que les proches, voir comment
19:31ça peut évoluer dans le temps,
19:33et qu'est-ce qu'il faut mettre en place pour arriver à...
19:35Alors, aujourd'hui, on ne guérit pas,
19:37mais en revanche, on peut se rétablir,
19:39et avoir une vie quasi normale.
19:41Mais c'est quelque chose
19:43qui nous accompagne toute la vie,
19:45pour les bipolaires, mais on peut stabiliser.
19:47Tout à fait, oui.
19:49Moi, je connais des personnes, quant au bipolaire, qui sont stabilisées
19:51depuis des années et des années.
19:53Qui évitent les
19:55grands sursauts.
19:57Oui, parce que si vous voulez,
19:59le patient acquiert, je pense que
20:01François et Emilie pourront confirmer,
20:03mais au cours des années, en fait, une expérience.
20:05Et on voit arriver ce qu'on appelle les prodromes,
20:07c'est-à-dire les signes avant-coureurs,
20:09soit quand ça va monter, soit quand ça va
20:11descendre. Et donc là, à ce moment-là,
20:13le patient va
20:15prendre contact avec son
20:17psychiatre, pour ajuster
20:19son traitement. Et du coup,
20:21on va éviter une rechute.
20:23Alors, on va continuer à parler de tout ça
20:25après cette petite pause. Je voudrais que
20:27François et comme Emilie, parlent de ça,
20:29de ces signes, et justement
20:31aussi, est-ce qu'il y a
20:33une
20:35discrimination sociale, une
20:37distanciation avec les bipolaires ? Je crois qu'il ne faut pas aussi
20:39parler de ça. Ils sont malades, on sait très bien,
20:41on sait que les malades, oui, il faut
20:43s'éloigner ou pas. Il n'y a pas que pour les bipolaires
20:45que ça joue, mais ça joue aussi.
20:47On en parle tout de suite avec vous trois,
20:49après cette petite pause.
20:51Sud Radio Bercoff,
20:53dans tous ses états, midi 14h,
20:55André Bercoff.
20:57Et que sont les états
20:59de la bipolarité ? De quoi la
21:01bipolarité est-elle le nom ? On en discute
21:03avec François Lejeune, je rappelle,
21:05auteur d'un livre remarquable, Dans ma tête
21:07de bipolaire, qui est paru il y a 5 ans
21:09aux éditions Ayrolles, mais que vous pouvez trouver
21:11et que je vous recommande. Dominique
21:13Guillot, qui est président de Argos 2001,
21:15cette association qui s'occupe
21:17depuis 25 ans, pratiquement,
21:19des troubles bipolaires.
21:21Et d'ailleurs, encore une fois, je rappelle,
21:23je le dis, écoute, vous vérifierez
21:25mais que dans votre brochure
21:27que, encore une fois, de Balzac
21:29à Churchill, en passant par Hemingway
21:31et Oscar Wilde,
21:33beaucoup, beaucoup, beaucoup de bipolaires.
21:35Et puis,
21:37Émilie Garandelle, chargée des opérations
21:39d'Argos 2001, qui nous disait aussi
21:41qu'elle était bipolaire,
21:43mais que, Émilie, vous avez trouvé
21:45depuis quelques années
21:47un équilibre, parce que tout ça peut se stabiliser.
21:49C'est bien ça ?
21:51Oui, c'est tout à fait ça. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de choses
21:53qui jouent, justement, dans la stabilisation des troubles
21:55bipolaires. En effet, il y a
21:57l'aspect médicamenteux,
21:59donc on utilise dans les troubles bipolaires
22:01les thymorégulateurs,
22:03régulateurs de l'humeur, mais il n'y a pas que ça.
22:05Ce sont des médicaments, les régulateurs de l'humeur.
22:07Voilà.
22:09Moi, ça m'a sauvée la vie, vraiment.
22:11J'ai une grande reconnaissance
22:13des régulateurs de l'humeur.
22:15Mais après, il y a beaucoup de choses qu'il faut
22:17apprendre à connaître la maladie,
22:19il faut comprendre comment soi-même
22:21on fonctionne, parce que chaque
22:23personne est différente. Moi, honnêtement,
22:25j'ai mis beaucoup de choses en place.
22:27Je fais très attention à l'hygiène de vie,
22:29je fais très attention
22:31au cycle sommeil-veille,
22:35je suis très prudente,
22:37je remplis ce qu'on appelle
22:39un tableau de l'humeur
22:41qui me permet de voir s'il est fou.
22:43Un tableau de l'humeur.
22:45C'est ça. Et surtout, ça permet
22:47d'avoir un recul, par exemple, de dire
22:49il y a trois semaines, un mois, finalement,
22:51j'étais plus fatiguée que ce que je pensais.
22:53Et ce recul-là est très important.
22:55Vous le mesurez comment, concrètement ?
22:57Vous faites un graphique ?
22:59C'est tout à fait ça. C'est un graphique.
23:01Je note les heures de sommeil, je note
23:03les moments où je me suis sentie
23:05un peu plus mal. Pourquoi ?
23:07Par exemple, on peut parler des signes
23:09annonçateurs des troubles bipolaires.
23:11Chez moi, on va dans ce qu'on appelle les prodromes.
23:13C'est quoi, concrète, par exemple ?
23:15Chez moi, en fait,
23:17par exemple, je vais
23:19commencer à sentir que je monte un petit peu
23:21quand je vais commencer à
23:23devenir hypersensible au niveau
23:25auditif, hyperacousique,
23:27et hypersensible à la lumière. Là, je me dis
23:29attention, pause. Donc j'éteins tout.
23:31Radio, télé, écran, j'éteins tout.
23:33D'accord. Quand vous sentez auditivement
23:35du point de vue de la lumière.
23:37Et ça, chez moi, c'est un signe annonçateur.
23:39Et j'ai appris à connaître ça, en fait.
23:41C'est une maladie qui nécessite de se comprendre
23:43et c'est une maladie qui nécessite d'être
23:45acteur de sa maladie. On dépend pas
23:47du psychiatre, on dépend pas de quelqu'un
23:49d'autre. C'est soit, on doit
23:51vivre avec et apprendre avec.
23:53C'est une très belle leçon d'autonomie. Tout à fait.
23:55D'apprentissage de l'autonomie. Et je pense
23:57qu'apprendre ça,
23:59moi, honnêtement, ça fait 8 ans que je suis
24:01stabilisée, ça me permet
24:03d'avoir une très très grande liberté dans
24:05ma vie. Écoutez, en tout cas,
24:07c'est passionnant. François Lejeune,
24:09hors antenne, vous disiez
24:11j'ai même rencontré
24:13des bipolaires heureux, moi, par exemple.
24:15Alors,
24:17on est toujours un peu bipolaire,
24:19bien sûr, quand on l'a été pendant 30 ans.
24:21Mais je ne me considère pas
24:23comme à la mentale et je suis un garçon
24:25très heureux de 57 ans.
24:27J'ai cette chance de rire,
24:29souvent, j'ai cette chance de partager,
24:31j'ai cette chance de vouloir encore plus
24:33travailler, en faisant attention,
24:35parce que quand on travaille trop,
24:37ça peut revenir, et il faut le savoir aussi,
24:39il faut le détecter, ou quand on boit trop,
24:41ou quand on ne veut plus se coucher.
24:43J'ai un signe chez moi, quand je ne veux plus me coucher,
24:45je vais enchaîner sur une deuxième boîte de nuit,
24:47il y a un petit problème,
24:49et alors je bois un dernier verre et je vais me coucher,
24:51je vais dormir, le sommeil c'est primordial,
24:53c'est pour ça que...
24:55Ce que je veux dire aussi, c'est que
24:57je suis heureux, et c'est un message
24:59que j'ai voulu développer
25:01en racontant ma maladie dans ce livre,
25:03et bientôt, dans le futur film
25:05qu'on est en train d'écrire avec
25:07Juliette Lambeau, je répète deux fois
25:09parce qu'elle aime bien Juliette, et Laurent Djunga
25:11qui est dans le cinéma et dans le théâtre.
25:13Vous faites un scénario de film, vous voulez en faire un film.
25:15Exactement, et on va faire un film
25:17sur la bipolarité,
25:19beaucoup plus coloré que ce qu'on voit
25:21en ce moment dans le cinéma français,
25:23où c'est surtout le bipolaire avec sa famille et ses enfants,
25:25et ça tourne en rond, et nous on veut raconter
25:27l'histoire d'un jeune homme qui n'avait rien,
25:29qui est votre histoire,
25:31qui n'avait rien pour être bipolaire.
25:33La vie a fait qu'il soit devenu
25:35bipolaire à 23 ans,
25:37et à 42 ans,
25:39il s'en est sorti,
25:41et depuis ça va très bien. Quel bonheur !
25:43En tout cas,
25:45c'est une très bonne chose
25:47de raconter qu'on peut
25:49s'en sortir à sa manière,
25:51mais c'est-à-dire qu'on peut arriver à un état
25:53effectivement de vie,
25:55et de vie pleine, parce que c'est ça.
25:57Il faut vivre comme un sportif.
25:59Je m'entends. Il y a un moment donné,
26:01il faut une hygiène, une discipline de vie,
26:03alors moi je bois, je mange,
26:05mais il y a un moment donné, le week-end, je vais partir marcher,
26:07je vais nager, je m'équilibre.
26:09Quand on sent un peu l'excitation monter,
26:11il faut redescendre. C'est les montées qui sont dangereuses.
26:13Si la montée,
26:15c'est-à-dire l'excitation, la surexcitation,
26:17et puis après le début d'hypomanie,
26:19pour moi la folie,
26:21si je ne la vois pas venir, si je n'ai pas l'équilibre du temps,
26:23on part ! Et dès qu'on part, il faut le savoir.
26:25Et je dis ça pour tous les bipolaires qui sont en ce moment stabilisés.
26:27Parce que les bipolaires
26:29qui sont dépressifs en ce moment, ils ne vont pas m'entendre.
26:31Les bipolaires qui sont en phase EAP en ce moment,
26:33ils ne vont pas m'entendre.
26:35Mais un tiers des bipolaires sont en phase
26:37euthymique, donc stabilisés.
26:39C'est maintenant qu'ils doivent faire attention.
26:41Que ce soit en BP2 ou en BP1.
26:43C'est maintenant
26:45qu'ils doivent aller sur la durée.
26:47C'est très important. Et repérer ce qui les a fait chuter
26:49pour ne plus jamais rechuter.
26:51Donc ça veut dire, vous n'êtes pas un pilotage automatique,
26:53vous êtes un pilotage contrôlé
26:55par vous-même.
26:57Avec l'aide des psy.
26:59Les outils qu'on nous donne.
27:01Je voudrais revenir à l'entourage,
27:03Dominique Guillot.
27:05Puisque c'est aussi une des tâches
27:07et une des activités de Argos 2001.
27:09En fait,
27:11comment les gens réagissent ?
27:13Est-ce que les gens réagissent en disant
27:15je ne dis pas maladie honteuse,
27:17mais qu'est-ce que c'est ?
27:19Qu'est-ce qui peut arriver ? Je parle de l'entourage.
27:21Est-ce qu'ils peuvent devenir violents ?
27:23Comment c'est vécu ?
27:25Parmi les témoignages
27:27très nombreux que vous avez.
27:29En fait, l'entourage est assez
27:31désemparé au début, quand il ne connait pas
27:33du tout cette maladie.
27:35Il se demande comment il faut
27:37se comporter vis-à-vis de la personne.
27:39Parce que
27:41quand on est en phase basse,
27:43souvent on dit, allez,
27:45bouge-toi, tu vas y arriver. Quand on veut, on peut.
27:47En fait, non, ça ne marche pas.
27:49Il ne s'épargne pas.
27:51Allez, vas-y, remets-toi.
27:53C'est ça.
27:55Quand on est en phase,
27:57quand la personne est en train de monter,
27:59à un moment donné, parfois, on n'a pas d'autre choix
28:01que de faire hospitaliser la personne
28:03pour la protéger
28:05d'elle-même.
28:07Ce qu'on appelle une hospitalisation, on la demande d'un tiers.
28:09Le tiers, en général,
28:11c'est la famille.
28:13Oui, le plus souvent, c'est la famille.
28:15Ce n'est pas des amis.
28:17On a lancé, depuis l'année dernière,
28:21des séances de psychoéducation
28:25pour les patients et pour les proches.
28:27C'est-à-dire, comment
28:29vivre du mieux possible
28:31avec cette pathologie
28:33de troubles bipolaires.
28:35Et ça fonctionne très bien.
28:37Le paradoxe du Covid,
28:39parce qu'on n'en a pas parlé,
28:41le Covid, d'un autre côté, a été un révélateur
28:43de certaines pathologies.
28:45D'un autre côté aussi,
28:47on a basculé toutes nos activités
28:49de groupe de parole
28:51et d'accueil personnalisé
28:53et également de conférences
28:55en numérique,
28:57en visioconférence.
28:59Oui, parce que confinement oblige...
29:01Et donc, nos séances de psychoéducation
29:03sont conduites
29:05par un trinôme,
29:07un médecin psychiatre de l'hôpital Ferdinand Vidal,
29:09à Paris,
29:11une psychologue de cet hôpital,
29:13et une bénévole pour les patients
29:15et une bénévole pour les proches.
29:17Et c'est quelque chose qui fonctionne très bien.
29:19Et c'est également
29:21prouvé que
29:23lorsque les patients
29:25et également les proches, mais surtout les patients,
29:27connaissent le fonctionnement
29:29de cette pathologie, ça va diminuer
29:31de manière importante les rechutes.
29:33Oui, vous voulez dire
29:35la connaissance change tout.
29:37Tout à fait.
29:39Et quelque chose, François en a parlé,
29:41qui est très important, Émilie aussi,
29:43le plus important, c'est le sommeil.
29:45Dès lors que vous commencez à ne plus dormir,
29:47la CSL, ça devient très inquiétant.
29:49Oui, vous voulez dire le manque de sommeil
29:51ou l'absence de sommeil, c'est un signal fort.
29:53C'est un signal
29:55qui revient permanent.
29:57On devrait faire ce France Inter le soir.
29:59C'est mieux pour lui et pour Nicolas.
30:01Oui, ce que vous disiez,
30:03vous donnez un conseil à Nicolas Demorand,
30:05qu'il abandonne le matin et qu'il fasse l'émission du soir.
30:07Il va être beaucoup mieux.
30:09Il va se sentir beaucoup mieux.
30:11Parce qu'il se lève à 3h du matin.
30:13A moi aussi, de bien dormir à 3h,
30:15ça veut dire que si on est un peu insomniaque,
30:17on va se coucher à minuit, à 3h on va se réveiller fatigué
30:19et on n'a pas dormi.
30:21Je pense, très sincèrement,
30:23je crois que c'est un grand journaliste
30:25et ça, je ne le suis pas,
30:27mais au niveau de la maladie, je m'y connais un petit peu.
30:29Si je devais lui donner un conseil, Nicolas,
30:31dormez plus et faites une émission du soir.
30:33Conseil de France le jeune Nicolas Demorand.
30:35Et je vais acheter votre livre, pourtant.
30:37Ce que je voulais dire aussi,
30:39c'est que Michel Barnier avait décrété,
30:41l'année 2025 pour la France,
30:43l'année de la santé mentale.
30:45Sachant que la psychiatrie, le parent pauvre
30:47de l'hôpital, est-ce que tu as senti
30:49des changements, des donations,
30:51des actions ? Est-ce qu'on est vraiment en santé mentale ?
30:53On va en parler juste, mais on a justement
30:55un auditeur.
30:57Une auditrice, Anne, qui appelle de Châlons-sur-Saône.
30:59Bonjour Anne.
31:01Oui, bonjour.
31:03Bonjour Anne, on vous écoute.
31:05Je voulais témoigner
31:07du fait d'avoir vécu
31:09pendant pas mal d'années avec un homme
31:11qui a été décrété
31:13bipolaire à l'âge de 70 ans.
31:15Il se trouve que
31:17je l'ai rencontré en 1999.
31:19C'était un homme extrêmement jovial,
31:21gai,
31:23très créatif, architecte,
31:25peintre. Et pendant 15 ans,
31:27il est resté dans cet état-là,
31:29tout le temps en position
31:31haute, très enthousiaste.
31:33Et tout d'un coup,
31:35au moment où il a pris sa retraite,
31:37il s'est écroulé.
31:39Il a été hospitalisé deux fois.
31:41Et là, les médecins m'ont dit
31:43qu'il avait une bipolarité.
31:45Je me suis dit que ce n'était pas possible.
31:47Vous le connaissiez à ce moment-là depuis longtemps ?
31:49Depuis 15 ans.
31:51Ah d'accord, c'est au bout de 15 ans
31:53qu'ils vous ont dit qu'il avait une bipolarité ?
31:55Parce qu'il était hospitalisé
31:57et il a été écroulé d'un coup.
31:59Les médecins et le psychiatre
32:01m'ont expliqué que ça pourrait arriver,
32:03une bipolarité sur du long terme.
32:05Il était tout le temps
32:07en position haute et quand il s'est écroulé,
32:09il avait fait des achats
32:11compulsifs, acheté des appartements,
32:13il ne voulait plus rien vendre.
32:15Et là, il était pris à la gorge
32:17et il menaçait
32:19de se suicider, il pleurait toute sa nuit.
32:21C'est pour ça qu'il a été hospitalisé.
32:23BP2 ? Oui.
32:25Parce qu'il a très peu de phases maniaques ?
32:27BP2.
32:29Oui, Anne, allez-y.
32:31Vous aviez voulu y ajouter quelque chose ?
32:33Ce que je voulais dire, c'est que c'était extrêmement
32:35compliqué pour l'entourage.
32:37Parce qu'en fait, les psychiatres bondissent
32:39tout de suite, c'est la bipolarité, c'est très bien.
32:41Mais par contre, heureusement
32:43qu'Argos était là.
32:45J'étais avec lui.
32:47Argos était présent.
32:49Donc on y est allés tous les deux.
32:51Et je croyais qu'il continuait
32:53parce que depuis 7 ans, on s'est séparés.
32:55C'est moi qui l'ai quitté
32:57parce que ça me donnait un vivant.
32:59Et en fait, il voulait être seul.
33:01En plus, j'avais un fils à supérieur
33:03donc je ne pouvais pas assumer les deux.
33:05Et en fait,
33:07il a besoin d'être seul.
33:09Et il vit maintenant, il est stabilisé, il est sous lithium.
33:11Et il est très heureux.
33:13Et j'ai l'impression qu'il y a beaucoup
33:15moins de phases hautes. Il est arrivé
33:17à réguler cette bipolarité
33:19qui était
33:21absolument
33:23subite.
33:25Pas subite, elle existait depuis longtemps
33:27mais vous l'avez su à ce moment-là.
33:29C'est ça.
33:31Merci beaucoup Anne.
33:33Merci pour vos témoignages.
33:35Justement,
33:37on va en parler.
33:39C'était un de vos patients
33:41ou clients,
33:43Dominique Guillaume.
33:45Les âgés, on dit.
33:47Moi ça ne me gêne pas, le mot client.
33:49Une chose quand même,
33:51il parle du lithium.
33:53C'était rare, c'était pour
33:55les portables, pour tout ça.
33:57Le lithium joue un rôle non négligeable
33:59dans le traitement de la bipolarité.
34:01Pas chez tous les patients
34:03mais chez les patients
34:05chez qui il fonctionne, c'est effectivement
34:07un médicament
34:09princeps, comme on dit, vraiment important.
34:11Emile, tu peux en parler plus facilement que moi.
34:13Mais il existe depuis
34:15une cinquantaine d'années.
34:17C'est intéressant parce qu'on ne le connaissait pas.
34:19Pour ceux qui ne sont pas au courant.
34:21Je vais vous raconter quelque chose.
34:23Si vous me permettez une anecdote.
34:25Le nom commercial, c'était Ralit.
34:27Il y a un jour dans une conférence,
34:29on organise des conférences mensuelles depuis des années
34:31avec des psychiatres.
34:33Il y a un psychiatre qui dit comme ça,
34:35si vous êtes patient et que vous arrivez dans une ville
34:37que vous ne connaissez pas,
34:39allez à la pharmacie du coin et demandez
34:41qui prescrit, quel médecin psychiatre
34:43prescrit du lithium.
34:45Et là vous êtes sûr que ce psychiatre
34:47va connaître, connaît la pathologie.
34:49Vous allez gagner du temps.
34:51Conseil à tous les auditeurs
34:53qui soit sont victimes
34:55soit connaissent
34:57des personnes qui...
34:59C'est vraiment intéressant.
35:01Le lithium ne va pas à tout le monde.
35:03Il peut avoir des effets secondaires.
35:05Après on joue avec d'autres médicaments
35:07parce que ça peut toucher les reins.
35:09On fait des lithiémies.
35:11Moi je fais des lithiémies tous les trois mois.
35:49Abonnez-vous !

Recommandations