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00:00Consacré ce matin à la démographie française, l'INED, l'Institut national des études démographiques, a publié cette semaine
00:07ses projections pour la population française. Bonjour Baptiste Morin.
00:11Bonjour Dimitri, bonjour à tous. Chef du service économie d'Europe 1, Baptiste, alors ce que dit l'INED, c'est qu'entre la crise des berceaux
00:17d'un côté et la hausse de la mortalité de l'autre, la démographie française est sur le point de connaître un effet ciseau.
00:24Oui, la pyramide des âges est en passe de s'inverser.
00:27L'année dernière, 663 000 bébés sont nés, 646 000 personnes sont décédées, soit un solde naturel à 17 000.
00:35Cet écart n'a jamais été aussi faible depuis la fin de la seconde guerre mondiale et d'après les projections de l'INED, donc, en
00:432027, dans moins de deux ans, les courbes vont se croiser.
00:46Il y aura plus de décès que de naissances en France, c'est du jamais vu. Alors on en connaît les raisons, le nombre de
00:52personnes âgées augmente, le baby-boom est en train de devenir un papy-boom. Comment on explique cependant, Baptiste, la baisse de la
00:59natalité, le fait qu'on fasse moins d'enfants ?
01:01Alors, il y a une chose qu'il faut comprendre, ce n'est pas une question d'envie. Les Français veulent des enfants. C'est ce que nous
01:07rappelle Maxime Zbahie, économiste et auteur du livre Les balançoires vides, aux éditions de l'Observatoire.
01:12Quand on demande aux Français, en moyenne, combien d'enfants ils voudraient, c'est plutôt 2,3, 2,4 enfants. Or, le taux de fécondité vient de
01:19tomber à 1,59, quand on prend simplement la France métropolitaine. Les Français veulent faire plus d'enfants qu'ils n'en font aujourd'hui.
01:24Quelque part, ils sont empêchés de réaliser pleinement leurs projets familiaux.
01:27Alors, qu'est-ce qui les empêche ? Eh bien, vous savez, on entend parler de la peur du changement climatique, de l'angoisse de l'avenir.
01:33On serait trop nombreux sur Terre. En fait, le premier obstacle, c'est l'argent. Une étude belge parue cette semaine estime qu'il faut environ
01:42250 000 euros pour élever un enfant jusqu'à ses 25 ans.
01:45C'est beaucoup d'argent. Dans le détail, il y a le logement. Les jeunes générations ne peuvent plus s'acheter des biens
01:51aussi grands que leurs parents. Et puis, il y a le mode de garde aussi.
01:56Trouver et payer une place en crèche ou chez une assistante maternelle,
02:00c'est loin d'être évident. Encore aujourd'hui, avoir un enfant, ça veut souvent dire travailler moins, voire
02:06arrêter de travailler. La conséquence de tout cela, Baptiste, c'est une société vieillissante
02:11avec les défis économiques que cela comporte.
02:14Oui, ça a déjà commencé. Il y a déjà plus de personnes de plus de 60 ans que de jeunes de moins de 20 ans en France.
02:19Et à l'horizon
02:212065, tenez-vous bien, Dimitri, il y aura plus de centenaires que d'enfants de moins de trois ans dans notre pays.
02:26Cette nouvelle donne, elle, interroge notre modèle social. Moins de bébés, ce sont moins d'actifs, moins de
02:33contribuables, qui vont pourtant devoir financer
02:35plus de soins, plus de pensions. Notre système de retraite ne tiendra pas le coup très longtemps.
02:41De ce point de vue, le débat récurrent autour de l'âge légal de départ à la retraite, c'est vrai qu'il apparaît
02:46complètement dérisoire. Voilà pour le constat, Baptiste. Bon, qu'est-ce qu'on peut faire ? Quelle solution face à cette
02:53situation démographique pour le moins inquiétante ? Il y en a deux. À court terme, l'immigration pour compenser le manque d'actifs.
02:58Mais c'est une vision purement comptable. La relance de la natalité, c'est du long terme et c'est un choix politique.
03:05Trois axes principaux se dégagent. Le premier, c'est celui de la politique familiale, comme l'explique le sociologue Julien Damon,
03:11auteur des batailles de la natalité aux éditions de l'Aube. Aujourd'hui, c'est le premier enfant qui est le plus difficile à faire
03:18survenir. Donc, on doit pouvoir
03:20reconfigurer nos allocations familiales, de manière à ce qu'il y ait une allocation familiale aux premiers enfants.
03:25Julien Damon propose, par exemple, de verser une aide de 70 euros par mois dès le premier enfant. Le deuxième levier,
03:32c'est la garde d'enfants. Il faut plus de crèches, plus de places dans ces crèches, et plus d'assistantes maternelles.
03:38Le troisième levier, c'est l'accès au logement pour les jeunes.
03:42Mais quand on voit le peu d'intérêt du Président de la République pour le sujet du logement ou pour celui de la démographie
03:48depuis 2017, ça ne pousse pas forcément à l'optimisme.
03:52L'enquête du vendredi de la rédaction d'Europe 1, signée du chef du service économie d'Europe 1, Baptiste Morin. Merci beaucoup Baptiste.