• il y a 3 jours
Il est frappant de constater à quel point la parole médiatique des économistes en France est monopolisée par les représentants du courant néoclassique. Ces derniers, partisans de l’individualisme méthodologique, considèrent que l’individu et ses préférences innées sont la clé de toute construction sociale. Cette hégémonie intellectuelle inverse la causalité entre société et individu, rendant la première incompréhensible si l’on considère que l’individu la précède nécessairement. Pourtant, la crise sanitaire de la Covid-19 a révélé avec force combien l’absence de liens sociaux affecte directement les individus. Le confinement, en brisant ces liens, a démontré que l’individu, loin d’être une entité autonome, dépend profondément d’un cadre social préexistant pour exister pleinement. [...]

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00:00Il est frappant de constater à quel point la parole médiatique des économistes en
00:13France est monopolisée par les représentants du courant néoclassique.
00:16Ces derniers, partisans de l'individualisme méthodologique, considèrent que l'individu
00:23et ses préférences innées sont la clé de toute construction sociale.
00:27Cette hégémonie intellectuelle inverse la causalité entre société et individu, rendant
00:33la première incompréhensible si l'on considère que l'individu la précède nécessairement.
00:39Pourtant, la crise sanitaire de la Covid-19 a révélé avec force combien l'absence
00:46des liens sociaux affecte directement les individus.
00:49Le confinement, en brisant ces liens, a démontré que l'individu, loin d'être une entité
00:56autonome, dépend profondément d'un cadre social préexistant pour exister pleinement.
01:02L'angle adopté par ces économistes a une conséquence majeure.
01:07Il attribue la responsabilité des crises actuelles, qu'elles soient climatiques ou
01:12sanitaires, au comportement individuel jugé inadapté.
01:16La solution consisterait donc à convaincre les citoyens de changer, plutôt qu'à remettre
01:23en question des politiques publiques et des modèles de production et de consommation.
01:27Cette vision, qui englobe tous les individus dans un « nous indifférencié », occulte
01:35les disparités sociales et les inégalités réelles d'action.
01:39Elle place ainsi sur un pied d'égalité le sans-abri et le milliardaire, ou encore
01:44l'infirmière qui manifeste sans réponse et le décideur politique qui l'ignore.
01:50En refusant de prendre en compte ces distinctions fondamentales, on se condamne à une incompréhension
01:56des causes profondes de la crise, et par conséquent à l'incapacité d'y remédier.
02:01Cette posture, qui prétend éduquer le peuple plutôt que de modifier les choix politiques,
02:08repose sur une vision paternaliste du citoyen, supposée immature et incapable de discernement.
02:14Cette approche est notamment défendue par les économistes de la théorie des incitations,
02:20qui s'appuient sur l'hypothèse de l'individu rationnel et calculateur.
02:24Leur principal objectif, en matière de politique publique ou de management, est de minimiser
02:31les rentes de situations liées aux asymétries d'informations, afin de tendre vers un modèle
02:37de marché parfait.
02:38Ils se présentent ainsi comme les architectes de mécanismes incitatifs censés aligner
02:45les comportements individuels sur les prédictions théoriques.
02:48Or, ce faisant, ils s'octroient eux-mêmes une rente de situation, en se positionnant
02:55comme les seuls détenteurs de la vérité économique dans l'espace médiatique.
03:00Ce phénomène n'est pas isolé.
03:03Comme le souligne Paola Subacci, professeure à la London's Queen Mary Global Policy Institute,
03:09au niveau hiérarchique où se prennent les décisions, les débats sur la politique économique
03:15restent dominés par un petit groupe d'hommes blancs issus des universités et think tanks
03:21américains majoritairement fidèles à l'orthodoxie.
03:24Il est donc urgent que les médias prennent conscience de leur biais en faveur d'un
03:31courant qui, loin d'avoir prouvé son efficacité, a failli à plusieurs reprises.
03:36Rappelons-nous qu'avant la crise des subprimes, ces figures les plus éminentes affirmaient
03:41que tout allait pour le mieux.
03:43Robert Lucas, prix Nobel d'économie, déclarait même en 2003 que « la prévention des dépressions
03:52a pour ainsi dire été résolue pour plusieurs décennies ».
03:55L'histoire a tristement prouvé le contraire.

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