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Le Pays basque coule dans ses veines et nourrit les combats qui ont fini par le mener jusqu'à l'Assemblée, loin de ses camarades de la CGT. Peio Dufau est apparenté au groupe socialiste à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Sa vie est faite de combats militants qui l'ont mené loin de son Pays Basque jusqu'à l'Assemblée Nationale et loin aussi de ses camarades de la CGT.
00:09Mon invité est apparenté au groupe socialiste à l'Assemblée.
00:12Générique
00:27Bonjour Peio Dufault.
00:28Egonome, bonjour.
00:30Egonome en Basque.
00:31En Basque.
00:32C'est ma langue maternelle.
00:34Ça donne le ton.
00:35Quand on est élu député, on doit faire quelques ajustements dans sa vie.
00:38En ce qui vous concerne, vous avez dû vous mettre en disponibilité de votre métier.
00:42Vous étiez employé à la SNCF.
00:45Et puis vous avez dû renoncer à ça.
00:48Générique
01:02Les guitaristes qu'on voit sur ces images, c'est vous.
01:04On sent que vous vous donnez à fond.
01:07Oui.
01:08Ça peut paraître paradoxal pour un député d'avoir d'autres vies à côté.
01:14Mais en effet, la musique a pris une part importante dans ma vie.
01:18J'ai eu deux groupes différents.
01:21Alors, j'allais en parler.
01:23Là, c'est Isaté, c'est ça ?
01:24Isaté.
01:25Je le prononce mal.
01:26C'est ça.
01:27Et Ilouma.
01:28Et Ilouma.
01:29Avec Ilouma, on a fait notre dernier concert au mois de janvier.
01:32Et on a reformé le groupe Isaté, qui était un peu plus ancien, à la même occasion.
01:37C'était un petit clin d'œil à l'endroit de nos débuts à Saint-Jean-de-Luz.
01:40Dernier concert, ça veut dire que quand on est député, on doit renoncer à ça ?
01:44Ce n'est pas possible ?
01:45Pour Ilouma, c'était décidé avant l'élection.
01:49Pour la musique, un des premiers achats que j'ai fait arriver à Paris, c'est une guitare sèche.
01:55Parce que ça me détend et que ça me fait du bien de couper un peu.
01:59Mais les concerts comme ça ?
02:01On verra.
02:02Je ne sais pas.
02:03Pour l'instant, en tout cas, c'est en pause.
02:05C'est en pause pour quoi ?
02:06Parce que vous n'avez pas le temps ?
02:07Oui, ça prend énormément de temps.
02:09Parce qu'un député ne peut pas se permettre de faire ça ?
02:11Je l'ai fait trois jours après l'élection.
02:13J'ai ouvert les fêtes de Bayonne avec le groupe Ilouma.
02:16Donc, ça montre bien qu'en soi, c'est possible.
02:19Je ne l'arrête pas par obligation d'arrêter.
02:21Je l'arrête parce que comme je m'engage à fond dans mon mandat de député,
02:26j'ai besoin de me concentrer complètement.
02:29La musique, ça demande quand même des répétitions de trois heures ou quatre heures par semaine.
02:34Et aujourd'hui, matériellement, je n'ai pas forcément le temps.
02:37On verra si j'arrive à m'organiser, si je continue à être député dans les mois qui viennent, en tout cas.
02:43Alors, vos deux groupes de rock chantaient en basque.
02:46Vous avez aussi fait partie d'un club de danse basse.
02:48Vous avez longtemps commenté des matchs de rugby en basque à la radio.
02:52Comment est né cet engagement pour la culture basque, pour la langue basque ?
02:56Eh bien, il est né à ma naissance, je crois.
02:58Mes parents et toute ma famille sont basquophones.
03:02Et c'est vrai que je joue aussi à la pelote basque.
03:05Et notre culture est basque, tout simplement.
03:08Et le B-A-B d'une culture, c'est sa langue.
03:11Et du coup, c'est la langue dans laquelle je parle tous les jours à mes filles.
03:15Je n'ai jamais, je crois, utilisé le français avec elles.
03:18Ou alors, c'était vraiment parce qu'il y avait quelqu'un qui ne parlait pas le basque à côté.
03:21Mais voilà, c'est plus fort que moi.
03:23Ce n'est pas né.
03:24C'est juste que j'ai ça dans la peau.
03:26J'ai la culture et la langue basque dans le sang.
03:29Et c'est quelque chose qui fait partie de moi, en fait.
03:32Alors cet engagement, il a pris une dimension plus politique.
03:34En 2008, je crois, avec une première candidature au municipal, c'était à Saint-Jean-de-Luz.
03:39Ensuite, en 2020, vous êtes devenu adjoint à l'urbanisme à Sibourg.
03:43C'est-à-dire que l'engagement associatif vous suffisait plus ?
03:46La politique m'a toujours énormément intéressé, justement,
03:50parce que je pensais qu'il y avait mieux à faire que ce qui était proposé.
03:54Et puis, je suis, je pense, engagé de nature.
03:57Et donc, quand il y a un défi qui se propose à moi, c'est vrai que j'ai tendance à avoir envie de le relever.
04:02Et dans les années 2010, cet engagement, il s'est fait aussi au service de la paix, du processus de paix aux Pays-Basques.
04:09Oui, c'est un engagement très particulier, parce qu'aux Pays-Basques, on a beaucoup été fustigé par le conflit armé.
04:20Là, on vous voit dans le cadre de Paquebidea, c'est ça ?
04:23Oui, c'est le chemin de la paix.
04:25Et c'était une association citoyenne pour faire avancer le processus de paix.
04:30Ça n'a pas été simple, parce que les États français et espagnols n'étaient pas prêts à prendre part à cette paix,
04:36malgré la conférence où Kofi Annan avait participé, notamment.
04:40Mais on a travaillé avec des experts internationaux.
04:43On a réussi à ce que la société civile basque désarme l'ETA.
04:47Et aujourd'hui, on peut dire que le conflit armé est derrière nous aux Pays-Basques,
04:51même s'il reste toujours des conséquences de ce conflit qui restent à régler.
04:55Quand on parle de la défense d'une langue, d'une identité, d'une culture,
04:58il y a une question qui se pose rapidement, c'est le degré d'autonomie politique que vous revendiquez, en l'occurrence pour le Pays-Basque.
05:05Il y a le choix, il y a les régionalistes, les autonomistes et les nationalistes, les indépendantistes.
05:09Vous vous situez où, vous ?
05:11Alors, mon parti, Oshkaleria Baye, on le voit sur la photo.
05:15Nous, on a présenté une proposition de statut d'autonomie pour le Pays-Basque, en effet.
05:21Alors, ça veut dire quoi, concrètement ?
05:23Concrètement, c'est que le Pays-Basque puisse décider d'une partie des sujets qui le regardent.
05:30Tout simplement, aujourd'hui, on est quand même dans un État français
05:33qui est le seul en Europe à être aussi centralisé qu'il ne l'est.
05:36Et on souffre tous les jours des difficultés de l'éloignement du pouvoir.
05:40On voit qu'il y a une défiance du monde politique à cause de ça.
05:43Et c'est vrai que, malheureusement, le constat du macronisme,
05:46c'est que les décisions ont beaucoup été prises à Paris.
05:49Et au détriment des territoires, ça a créé la crise des gilets jaunes.
05:54On voit aujourd'hui une montée du rassemblement national parce que les gens ne se sentent pas entendus.
05:59Ils sont prêts à arriver à l'extrême.
06:01Donc, nous, on est pour dire qu'il faut que les décisions se prennent au plus près des citoyens.
06:05Et pour le Pays-Basque, au Pays-Basque.
06:07Plus d'autonomie, c'est-à-dire que l'indépendance du Pays-Basque, ce n'est pas votre rêve ultime ?
06:11L'indépendance du Pays-Basque, moi, j'y suis pas opposé.
06:14Mais aujourd'hui, on n'en est pas là.
06:16Aujourd'hui, on est vraiment plutôt...
06:18On travaille en consensus sur notre territoire à construire ensemble l'avenir du territoire.
06:23C'est ce qui s'est fait avec la création de l'agglomération Pays-Basque.
06:26Et il y a d'autres étapes qui vont certainement arriver dans les années à venir.
06:29Et nous, on donne un cap qui est l'autonomie.
06:32Alors, si je vous dis qu'en tant que député, vous êtes représentant de la nation française, ça vous va ?
06:37Ah ben oui.
06:38Ça a du sens pour vous ?
06:40Oui. Aujourd'hui, revendiquer d'être basque, ce n'est pas forcément en opposition.
06:45C'est vrai que les gens font ce raccourci-là.
06:48Et aujourd'hui, on a une double culture.
06:50Et je pense que c'est une énorme richesse.
06:52On parle deux langues qu'on maîtrise parfaitement.
06:55Et c'est une double culture, un peu comme les Québécois parlent le français au Québec.
07:00Certains en demanderaient son indépendance, d'autres pas.
07:03Ils sont malgré tout canadiens.
07:06Aujourd'hui, moi, je suis basque et je suis dans la nation française, en effet.
07:10Alors, on vous présente souvent comme le premier député abertzalé.
07:13Abertzalé, c'est ça.
07:14Ça veut dire quoi ?
07:15C'est patriote, si on parle en langage littéral,
07:18mais issu d'une tendance patriotique basque ou régionaliste ou autonomiste.
07:24Et à l'Assemblée, vous êtes apparenté au groupe PS,
07:26sauf que quand on voit vos votes, notamment sur les différentes motions de censure
07:30contre le gouvernement de François Bayrou,
07:32on peut se demander pourquoi vous n'êtes pas à LFI.
07:34Parce que vous avez voté toutes ces motions de censure comme LFI, contrairement au PS.
07:38Alors, moi, je n'ai pas une logique de parti hexagonale.
07:42Je prends mes décisions avec mon parti localement,
07:45évidemment avec les éléments du NFP, du PS.
07:49Il n'empêche que le choix de la censure ou de ne pas censurer s'est pris localement.
07:57Et donc, je ne rentre pas dans une bataille qu'il y aurait entre différents partis de gauche.
08:02De ce côté-là, on est autonome, je vais dire comme ça.
08:05Alors, à l'Assemblée, vous portez plusieurs combats.
08:07Il y a celui pour la défense des langues régionales, que vous portez notamment avec le Breton Paul Molac.
08:11Tout à fait.
08:12Et puis, il y a la préservation des terres agricoles face à la spéculation immobilière.
08:16C'est un vrai problème au Pays basque.
08:18Et vous en avez fait un combat national, un combat transpartisan, avec une proposition de loi.
08:24Vous avez bon espoir qu'elle soit adoptée définitivement ?
08:27Alors, elle a été adoptée en première lecture à une écrasante majorité.
08:30Il n'y a eu que trois voix contre.
08:32En commission, il y avait carrément une unanimité.
08:35C'est un sujet qui, quand on l'a amené à Paris, cochait toutes les cases.
08:39Parce qu'en fait, tous les territoires ruraux sont concernés par la problématique de la perte,
08:44de la disparition du foncier agricole.
08:47L'idée, c'est, juste pour bien expliquer aux gens, c'est que ces terres agricoles,
08:50elles sont aussi accaparées pour répondre à la spéculation immobilière,
08:55notamment dans les zones touristiques.
08:57Pas que.
08:58Alors, dans les zones touristiques, mais il y a des gens qui ont envie de ruralité,
09:01mais qui n'ont pas envie d'agriculture autour d'eux.
09:03Donc, quand ils achètent une maison, ils ont énormément de terres agricoles autour,
09:06et ils ne les laissent pas forcément à un agriculteur.
09:09Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut sacrer le caractère agricole de ces terres agricoles.
09:15Sinon, on n'arrivera pas à nourrir la population, tout simplement.
09:18Et c'est de la terre qui est perdue pour les agriculteurs.
09:20On ne peut pas se le permettre.
09:22Et ça a fait consensus.
09:23Alors, parmi tous vos engagements, il y en a un qui est beaucoup plus personnel.
09:26C'est celui que vous menez pour votre fille, Ilouné, qui est atteinte d'une maladie orpheline.
09:31À la sortie du collège de Sibourg, Ilouné Dufault est une élève de quatrième parmi les autres.
09:36Pourtant, elle souffre d'une maladie génétique dégénérative très rare,
09:40le syndrome de Wolfram, caractérisé par un diabète sévère et la perte de l'ouïe et de la vue.
09:45La semaine prochaine, elle sera la première Française à participer à un essai thérapeutique porteur d'espoir.
09:52Nous, comme les autres, on a regardé le Téléthon à la télé sans être concernés.
09:56Et puis, du jour au lendemain, on se retrouve, nous, dans le cadre d'une maladie génétique rare.
10:01On ne pourra jamais remercier assez tous les gens qui ont bataillé pour la création du Téléthon.
10:06Alors, votre fille a choisi de mener le combat contre cette maladie publiquement,
10:10de prendre la parole, d'intervenir dans des émissions à la télé.
10:13C'est vous qui lui avez transmis cette fibre-là ?
10:16C'est un choix familial.
10:18On avait le choix de baisser la tête et d'attendre que la maladie avance
10:22ou le choix de mener ce combat-là en disant que mener ce combat-là, ça voulait dire communiquer dessus.
10:28Et du coup, ce n'est pas forcément évident.
10:31Il faut être capable de l'accepter.
10:33On a fait le choix à l'unanimité.
10:36Quand je parle de la famille, je ne parle pas juste d'Ilouné et moi, sa mère, ses soeurs.
10:41Je parle d'un cercle beaucoup plus large, des amis également.
10:45Et du coup, c'est un combat qu'on mène ensemble depuis des années.
10:48Et avec l'association Syndrome de Wolfram, je salue ici Nollwenn notamment, avec qui on bataille pas mal.
10:57Et vous avez même organisé des collectes de fonds, des concerts assez impressionnants.
11:01Vous avez rassemblé beaucoup de monde lors de ces concerts-là.
11:04Vous avez récolté combien au fil du temps ?
11:07Je ne sais pas vous dire, mais c'est vrai que le premier événement qu'on avait organisé,
11:14on a collecté de l'ordre de 36 000 euros en deux ou trois mois.
11:19Ce qui est colossal, on ne s'attendait pas à ça.
11:22Et tout cet argent, vous le donnez pour la recherche.
11:25Exactement. Le but, c'est la recherche et trouver des solutions au-delà d'Ilouné
11:30pour que cette maladie ne soit pas une fatalité pour les futures personnes diagnostiquées en tout cas.
11:36En un mot, il y a un point commun à tous vos combats ?
11:38L'engagement, je crois vraiment.
11:41Je pense à la sincérité, mais bon, les gens qui me connaissent le savent.
11:45Je crois en ce que je fais et je fais le maximum.
11:48On avait dit qu'un député basque à Paris ne pourrait rien faire.
11:51En sept mois et demi, on a réussi à faire adopter une lot en première lecture.
11:54C'est quand même un bel exploit, je crois.
11:56On arrive au terme de notre émission, donc on va passer au quiz.
11:59Je vous explique le principe, c'est que je vais vous proposer des débuts de phrases
12:02et c'est vous qui allez devoir les compléter.
12:04Quand j'ai occupé la maison de Bruno Le Maire, ce que vous avez fait concrètement ?
12:10Tout à fait. On a remplacé des tuiles cassées, si vous voulez le savoir.
12:13C'est vrai ? Vous avez tenté sur le toit ?
12:15C'est sa résidence secondaire au Pays basque ?
12:16C'est ça.
12:17Vous l'aviez fait pourquoi ?
12:18Parce qu'on demandait un déplafonnement sur la surtaxe sur les résidences secondaires
12:22et comme il était lui-même résident secondaire et qu'on n'arrivait pas à avoir de discussion directe avec l'État,
12:29on a fait cette action qui était très bon enfant et qui s'est très bien passée.
12:33On a rencontré la mère du ministre, je l'avais même eu au téléphone
12:37et ça avait d'ailleurs permis de débloquer la situation puisque 15 jours après,
12:41on avait réunion avec les services du ministère pour évoquer le sujet.
12:45Sans les Basques, la France ?
12:49Se porterait bien aussi, je pense.
12:50Ça ne changerait pas grand-chose ?
12:51Je ne crois pas.
12:53Pour moi, le député le plus rock est ?
12:56En dehors de vous.
12:57Il y en avait un qui était très métal, qui était tous les ans au Hellfest.
13:02Ah oui ?
13:03Sinon, je ne sais pas vous dire.
13:05Honnêtement, je n'ai pas suffisamment de connaissances encore.
13:08C'était Patrick Roy qui est décédé malheureusement.
13:10C'est ça, voilà.
13:11Je me rappelle de lui, mais sinon, actuellement, je ne sais pas dire.
13:15Bon, merci Peio Dufault d'être venu dans La Politique et moi.
13:18Milesh Kerr, merci à vous.

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