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Il a fait ses armes auprès d'un spécialiste du budget, avant d'inscrire ses pas dans ceux de Gérald Darmanin. Matthieu Lefèvre est aujourd'hui vice-président du groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Il a fait ses armes auprès d'un spécialiste du budget
00:03avant d'inscrire ses pas dans ceux de Gérald Darmanin.
00:06Mon invité est aujourd'hui vice-président
00:08du groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée.
00:11Musique intrigante
00:13...
00:24Bonjour, Mathieu Lefebvre.
00:26Quelques semaines après les massacres du 7 octobre 2023,
00:29vous avez organisé à l'Assemblée une projection
00:31des images de ces massacres commis par le Hamas en Israël.
00:35Il s'agissait d'images qui étaient le plus souvent tournées
00:38par les auteurs de ces massacres eux-mêmes,
00:40qui avaient été assemblées par les autorités israéliennes.
00:43On va revoir la réaction du député de la France insoumise,
00:47David Guiraud, à l'issue de cette projection.
00:50-"Dans une conférence récente,
00:52j'ai donné l'impression de traiter tout cela avec légèreté.
00:57Donc je me suis venu m'assurer que je ne referais pas cette erreur.
01:03Ca fait plusieurs semaines que je vois des images très difficiles
01:07du nettoyage ethnique à Gaza,
01:09mais malgré la peine, la douleur qui me secoue tous les jours,
01:15je crois que je n'oublierai jamais de respecter tous les morts."
01:20Vous reprochiez à David Guiraud
01:23d'avoir relativisé les massacres du 7 octobre.
01:26Quand vous entendez sa réaction à l'issue de cette projection,
01:29avez-vous atteint votre objectif ?
01:31Je suis heureux qu'il ait fait amende honorable
01:34par rapport à ses propos.
01:36Il a eu des propos quasiment négationnistes
01:38vis-à-vis des massacres du 7 octobre.
01:40C'était important que la représentation nationale
01:43puisse voir ce qui s'était passé,
01:45cette barbarie à l'état pur,
01:47parce qu'il y a le massacre, l'horreur,
01:49mais il y a une deuxième horreur,
01:51qui est l'oubli et la négation de ce qui a pu se passer.
01:55C'était pour des personnes comme lui
01:57que vous aviez organisé ça ?
01:58C'était le but ?
02:00Pour lui, mais aussi pour tous les parlementaires
02:02qui pouvaient relativiser, regarder de loin
02:05ou mettre en relation certains conflits par rapport à d'autres,
02:08certains massacres par rapport à d'autres.
02:11Ce qui s'est passé le 7 octobre 2023
02:13est un crime singulier dans l'histoire
02:15et ne doit en aucun cas être relativisé.
02:17Il y a eu d'autres réactions d'autres députés
02:20qui n'avaient pas cherché à relativiser
02:22les massacres du 7 octobre.
02:24Quand on les a entendus à la sortie de cette projection,
02:27on les a sentis traumatisés, mais au sens propre du terme.
02:30Est-ce que c'était vraiment nécessaire
02:32de leur montrer ces images ?
02:34Votre démarche a été critiquée par quelques députés.
02:37Olivier Faure du PS a expliqué
02:39qu'il ne voulait pas assister à cette projection
02:41parce qu'il ne voulait pas soumettre la raison à l'émotion.
02:44La politique, c'est pas savoir s'extraire de l'émotion
02:47pour chercher des réponses dans le champ de la raison ?
02:50Je ne souscris pas à cette analyse.
02:52Ce sont aussi, évidemment, des émotions.
02:54Vous savez, le 7 octobre, c'est un massacre
02:57qui a décimé des familles entières,
03:00qui a mis un pays dans la grande difficulté,
03:02dans la grande émotion.
03:04Chacun se connaît en Israël, chacun connaît une victime.
03:07Si on se tient éloigné de cette douleur-là
03:09comme si on se tient éloigné de la douleur
03:11des victimes du terrorisme dans notre pays,
03:14on ne peut pas bien faire son métier.
03:16On vit dans un monde difficile.
03:17Il faut y répondre par la raison,
03:19mais nous ne sommes pas des femmes et des hommes de papier.
03:22Vous l'avez organisée en tant que président
03:24du groupe d'amitié France-Israël à l'Assemblée.
03:27Vous avez investi dans la lutte contre l'antisémitisme,
03:30vous avez co-signé une proposition de loi
03:32pour renforcer la réponse pénale
03:34contre les infractions à caractère raciste et antisémite.
03:37Qu'est-ce qui est à l'origine de cet engagement-là ?
03:40J'ai été frappé, choqué de ce qui s'est passé
03:43depuis le 7 octobre dernier.
03:44On assiste à une explosion des actes antisémites
03:47et malheureusement, chaque semaine nous donne raison
03:50quant à cette lutte.
03:51Moi, à titre personnel, j'ai été extrêmement marqué
03:54par un philosophe, un philosophe français...
03:57Dans le cadre de vos études ?
03:58C'est des études de philosophie.
04:00La philosophie morale, j'ai commencé une thèse,
04:03je ne l'ai pas terminée pour m'intéresser à la politique.
04:06Vladimir Jankelevitch est un défenseur de l'État d'Israël.
04:09C'est un penseur de gauche,
04:10je ne suis pas d'accord avec lui politiquement,
04:13mais il défend l'État d'Israël
04:15et il l'a fait tout au long de sa vie politique et philosophique.
04:18Est-ce que, dans le cadre de vos fonctions
04:20à la tête de ce groupe d'amitié France-Israël,
04:23vous avez exprimé un désaccord politique
04:25avec le gouvernement israélien ?
04:27Oui, bien sûr, évidemment.
04:29Je ne suis pas en accord
04:30avec le gouvernement d'extrême droite israélien,
04:33ni avec ceux qui pensent qu'il faut recoloniser Gaza,
04:36ni avec ceux qui pensent qu'il faut poursuivre la colonisation...
04:39Vous pouvez l'exprimer librement ?
04:41Librement, publiquement,
04:43et je soutiens la position du président de la République
04:46dans ce conflit, je soutiens à terme
04:48la création d'un État palestinien,
04:50donc je ne suis pas du tout un féodé
04:52comme voudrait le faire croire l'extrême gauche
04:54au gouvernement de M. Netanyahou,
04:56j'ai une parole libre, celle de la diplomatie française.
04:59On va reconstituer le fil de votre parcours politique.
05:02Vous avez grandi dans une famille plutôt de gauche.
05:05Vous n'êtes jamais reconnu dans ces valeurs-là ?
05:08Moi, je me reconnais dans les valeurs de solidarité,
05:11de fraternité, mais je pense qu'elles ne sont pas
05:14l'apanage de la gauche,
05:15et j'ai été beaucoup frappé de voir
05:17que ces dernières années, la gauche s'est un peu drapée
05:20dans sa morale publique et politique,
05:22et en a presque oublié le lien avec les gens,
05:25avec les Français, et a fait de la politique
05:27plutôt pour elle-même que pour les ouvriers.
05:30D'ailleurs, la plupart de leurs électeurs,
05:32ces classes sociologiques qui votaient communistes,
05:35socialistes, en sont aujourd'hui totalement détournés,
05:38une partie vers les extrêmes,
05:40et c'est un des enjeux qu'on a,
05:42c'est d'aller rechercher ces Français populaires
05:45et d'avoir des réponses pour eux.
05:47Pendant vos études, vous avez étudié la philosophie,
05:50mais pas que, sciences politiques, marketing,
05:53vous étiez déjà mordu de politique,
05:55par contre, vous vous êtes méfié du militantisme.
05:57J'ai toujours été très réticent à l'idée du militantisme.
06:01C'est vrai.
06:02J'aime pas beaucoup ce que Vargas Llosa appelle
06:05l'esprit de tribu.
06:06Je trouve qu'il est important d'être individualiste
06:09dans sa pensée.
06:10C'est la peur d'une forme d'embrigadement ?
06:13Une forme d'embrigadement, en pensant que le groupe
06:15peut avoir raison, et c'est assez facile de se dire
06:18que le groupe a raison, on n'a plus à penser par soi-même.
06:21Dès la fin de vos études, vous êtes rapproché
06:24de la sphère politique, en travaillant pour le Groupe Nouveau Centre
06:27et ensuite pour une personnalité bien connue à l'Assemblée,
06:31le député Gilles Carez, l'ancien député,
06:33grand spécialiste du budget.
06:35Il était rapporteur général du budget,
06:37puis président de la Commission des Finances.
06:40Vous avez passé sept années à ses côtés.
06:42J'ai un respect immense pour Gilles Carez.
06:44C'est lui qui m'a formé, qui m'a tout appris
06:47en matière de finances publiques.
06:49C'est surtout un homme qui ne parlait pas
06:51quand il ne savait pas.
06:52C'est un principe que vous avez fait ?
06:55C'est un principe que j'ai fait bien.
06:57Quand je ne sais pas, je ne m'exprime pas.
06:59Gilles Carez parlait peu, mais on l'écoutait
07:01parce qu'il savait ce qu'il disait.
07:03Il avait une capacité à dialoguer,
07:05à parler avec tout le monde au sein de l'hémicycle.
07:08C'est peut-être ce qu'on devrait faire plus aujourd'hui.
07:11Vous êtes devenu un spécialiste des finances publiques.
07:14Comment peut-on se passionner pour une matière aussi austère ?
07:18Les finances publiques, c'est le coeur du rôle du Parlement.
07:21Et puis surtout, c'est profondément interministériel.
07:25On touche à toutes les politiques publiques.
07:28Toutes ont besoin d'un financement public.
07:30Par ailleurs, je pense que c'est le coeur des sujets
07:33qui vont nous occuper dans les années à venir.
07:36Quand on voit l'endettement qui est le nôtre...
07:39C'est dur de transmettre cette passion à vos électeurs.
07:42C'est un peu aride.
07:43Vous avez fait quoi à l'Assemblée ?
07:45J'étais en commission d'enquête sur le dérapage des comptes.
07:48C'est un sujet qui les intéresse.
07:50La question de la dette préoccupe à juste titre les Français.
07:53Il faut leur répondre.
07:55Je n'ai jamais voulu traiter la question financière.
07:58Il y a des politiques qui disent que l'intendance suivra.
08:01C'est une question qui est première.
08:03En 2017, vous aviez déjà l'ambition de devenir député,
08:06mais vous avez choisi de ne pas vous présenter.
08:08J'ai lu que c'était pour ne pas vous présenter.
08:11Je ne me serais pas présenté face à Gilles Carez
08:13dès qu'il était candidat dans cette circonscription.
08:16En 2022, vous vous êtes présenté face à son suppléant.
08:19Vous l'avez battu.
08:20Il vous en a voulu, Gilles Carez ?
08:22C'était difficile.
08:23Il a soutenu mon opposant, évidemment,
08:26qui était son poulain, comme on dit.
08:28Mais aujourd'hui, tout cela est, je crois, derrière nous.
08:31Ce qui importe, c'est qu'on soit utile
08:33aux gens de notre circonscription,
08:35du PERE sur Marne et à l'intérêt général.
08:37Vous avez donc changé de famille politique en 2017.
08:40Quand on vous entend aujourd'hui,
08:42on n'a pas l'impression que vous soyez converti
08:45au dépassement des clivages, au fameux en même temps,
08:48cher à Emmanuel Macron.
08:49Vous revendiquez toujours de droite ?
08:51Oui, bien sûr. Je suis un homme de droite,
08:54mais le dépassement politique, ce n'est pas l'effacement.
08:57Il y a des gens de droite, dont je fais partie,
08:59dans la coalition autour d'Emmanuel Macron,
09:02des gens de gauche, et nous travaillons ensemble.
09:04Mais j'ai trouvé qu'en 2017, ce qu'avait fait Emmanuel Macron
09:08c'est qu'il ne regardait pas d'où venaient les gens,
09:11il regardait si c'était utile pour le pays.
09:13Cette intuition-là est une intuition essentielle
09:16et qui perdurera après Emmanuel Macron.
09:18A partir de 2017, vous avez inscrit vos pas
09:20dans ceux de Gérald Darmanin. Pourquoi lui ?
09:23Gérald Darmanin, d'abord, c'est un homme politique incroyable.
09:26Moi, j'ai un respect pour lui qui est immense.
09:29Il est profondément convaincant.
09:31Il a une connaissance technique des dossiers
09:34qui est impressionnante.
09:35Il est devenu ministre en mai 2017.
09:37Le jour où il est entré dans son bureau,
09:40il occupait la fonction de ministre du Budget.
09:42C'est une personnalité très forte.
09:45Vous avez été à ses côtés pendant tout le premier quinquennat
09:48dans les différents ministères où il a été.
09:50C'était quoi, votre rôle ?
09:52J'étais conseiller parlementaire et chef de cabinet de Darmanin.
09:55Chef de cabinet, ça veut dire quoi ?
09:57C'est celui qui organise la vie du ministre.
10:00Ses déplacements, ses rendez-vous.
10:02Vous êtes aujourd'hui son premier lieutenant.
10:04On vous présente souvent comme son porte-flingue.
10:07Ca vous agace parfois d'être réduit à ce rôle-là ?
10:10Pas du tout. J'assume totalement.
10:12Je suis très heureux d'être associé à Gérald Darmanin.
10:15Il a fait des choses utiles pour les Français ces 8 dernières années.
10:18Votre rôle aujourd'hui, il est évolué à ses côtés ?
10:21Il a évolué parce que je suis parlementaire.
10:23Evidemment, il est membre de l'exécutif.
10:26Je suis un membre libre du Parlement,
10:28mais je continue à travailler avec lui,
10:30à suivre son actualité, à la défendre...
10:32A nourrir son futur projet présidentiel aussi.
10:35A nourrir, à ma modeste mesure, ses idées.
10:37Je ne sais pas si demain, ce sera un projet présidentiel.
10:40Oui, je suis impliqué dans son mouvement politique,
10:43qui a le mérite de faire passer d'abord les questions d'idées
10:46avant les questions d'ego.
10:48Et à un moment, vous volerez de vos propres ailes ?
10:51Vous savez, je n'ai pas vocation à être candidat à quoi que ce soit.
10:54En tout état de compte, ce que je souhaite,
10:57c'est que ma famille politique, ce qu'a incarné Emmanuel Macron
11:00de refus des extrêmes en 2017, puisse l'emporter en 2027.
11:04Une dernière question avant de passer à notre quiz.
11:07Il était prévu que vous soyez présent sur cette photo-là,
11:10celle du gouvernement de Michel Barnier.
11:13Vous étiez annoncé comme le futur ministre du Budget.
11:16Il parait que votre nom a été rayé à la dernière minute.
11:19C'est la politique, on ne sait jamais...
11:21On vous a donné une explication à ça ?
11:24Non, mais moi, j'ai trouvé que le gouvernement de Barnier
11:27a fait un boulot très difficile sur les finances publiques,
11:30qu'il est arrivé dans une crise extrêmement aiguë,
11:35et je regrette profondément qu'il ait été censuré.
11:38Sur le fait de ne pas avoir été ministre du Budget...
11:41On rêve de pouvoir servir plus son pays, évidemment.
11:44Vous avez payé votre proximité avec Gérald Darmanin.
11:47J'assume ma proximité avec Gérald Darmanin, du tel côté.
11:50On va conclure l'émission avec notre petit quiz habituel.
11:54L'idée, c'est que je vais vous proposer des débuts de phrases
11:57et vous allez les compléter.
11:58Si j'étais devenu prof de philo...
12:01J'aurais eu une vie intellectuelle extrêmement enrichissante.
12:04Vous ne regrettez pas ?
12:05C'est ce que vous vouliez faire à un moment.
12:08J'aurais adoré. Je ne sais pas si j'en aurais eu les capacités,
12:11si j'aurais eu la patience d'enseigner.
12:13C'est là un chemin intellectuel qui m'aurait passionné.
12:16Vous continuez à lire de la philosophie ?
12:19Si je devais boire un verre avec un député LFI, je choisirais...
12:23C'est difficile, vous savez.
12:24J'ai beaucoup de réticences à boire un verre avec un député LFI.
12:28Je pense qu'il faut un cordon sanitaire avec LFI
12:31comme il faut un cordon sanitaire avec l'UPR.
12:33Y compris à la buvette de l'Assemblée.
12:35Vous ne distinguez pas le débat dans l'hémicycle et en dehors.
12:39On a des idées qui sont tellement à l'opposé
12:41qu'on ne peut pas boire un verre de façon sympathique.
12:44On est en désaccord radical.
12:46J'accepte évidemment de débattre avec eux.
12:49La politique, c'est comme la course à pied.
12:51Vous êtes un coureur, je crois.
12:53Oui, bien sûr. C'est une course d'endurance.
12:56C'est un marathon.
12:57Dans un marathon, il y a des difficultés fréquemment,
13:00dans le 30e kilomètre.
13:02C'est un marathon, là ?
13:03Non, je ne crois pas que ce soit un marathon.
13:06Vous en avez déjà fait ?
13:07Bien sûr, j'adore ça. C'est une passion.
13:09Mais au 30e kilomètre, au marathon, vous avez du mal à continuer.
13:13Vous vous dites, qu'est-ce que je fais ?
13:15J'arrête ou je continue ? La politique, c'est de continuer.
13:18Merci, Mathieu Lefebvre, d'être venu dans La Politique et moi.

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