Caroline Antoine, responsable du secteur nutrition et santé d'Action contre la faim, était l'invitée de France Inter jeudi 27 mars, à l'occasion du sommet international sur la nutrition à Paris.
Retrouvez les invités de 6h20 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter
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00:00Et les 6h21, vaincre la malnutrition dans le monde qui frappe des millions de personnes,
00:13c'est l'objectif d'un sommet international qui se tient aujourd'hui et demain à Paris.
00:16Sommet d'autant plus important dans le contexte actuel qui n'est pas favorable à l'aide
00:20humanitaire, à l'image des Etats-Unis de Donald Trump qui ont supprimé la plupart
00:24de leurs financements.
00:25Bonjour Caroline Antoine, vous êtes la responsable du secteur nutrition et santé d'Action
00:29contre la faim.
00:30Ce sommet va réunir des chefs d'Etat, des représentants de la société civile, des
00:34agences onusiennes, des entreprises, des instituts de recherche… Qu'en attendez-vous ?
00:38C'est un sommet qui n'est pas le premier mais il arrive à un moment très particulier
00:43parce que c'est le premier rendez-vous mondial depuis l'annonce de ces coupes
00:47massives dans les financements militaires, notamment de la part des Etats-Unis.
00:51Il y a eu une publication qui a été faite cette semaine par Nature et qui explique
00:58que ces coupes atteignent à peu près 40% de l'aide globale, soit 290 millions pour
01:05la malnutrition aiguille sévère.
01:06Donc là ça signifie qu'on a 2,3 millions d'enfants qui risquent de perdre l'accès
01:10au traitement qui est vital.
01:12Et donc l'objectif de ce sommet c'est quoi ? C'est d'essayer de trouver de l'argent
01:15pour compenser l'aide américaine qui a été supprimée ?
01:18Oui exactement, c'est ce qu'on attend de ce sommet, c'est des engagements qui
01:20sont concrets, durables et qui sont suivis des faits parce qu'il faut que les promesses
01:24elles soient mesurées, elles soient rendues publiques et accompagnées de mécanismes
01:27de suivi.
01:28Parce que parfois on a des engagements forts mais après les financements ne suivent pas
01:31particulièrement et c'est vraiment là la question de la redevabilité des engagements
01:35qui ont été faits.
01:36Pas que des promesses donc ?
01:37Exactement.
01:38Et la société civile aussi appelle à renforcer le rôle des acteurs locaux parce que c'est
01:42hyper important de garantir un accès équitable et de reconnaître la nutrition comme un droit
01:47fondamental et notamment pour les femmes et les enfants.
01:49On ne peut pas parler de nutrition sans parler de justif parce que souvent c'est les plus
01:53pauvres, les femmes et les enfants déplacés qui sont touchés.
01:56Donald Trump a supprimé plus de 90% de l'aide humanitaire des Etats-Unis mais il avait dit
02:04qu'il ne toucherait pas aux subventions vitales comme l'assistance alimentaire.
02:09Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que ça s'était épargné ? Est-ce que vous, action contre
02:12la faim, vous recevez encore des aides américaines ?
02:14A ce stade, les programmes sont arrêtés.
02:17Même pour l'alimentaire ?
02:21Il y a eu beaucoup de modifications.
02:26Il y a eu des premières annonces disant que certaines interventions seraient préservées
02:32et puis même pour ces interventions-là, on a reçu des lettres pour arrêter ces projets.
02:37Ensuite, il y a eu potentiellement des dérogations et puis on est revenu sur ces dérogations.
02:41Donc il y a aussi beaucoup d'incertitudes face à ce qui est préservé, ce qui ne l'est
02:45pas.
02:46A ce stade, la plupart de nos programmes qui sont financés par le gouvernement américain
02:55ont dû être mis à l'arrêt et on est en attente de voir si certains vont peut-être
02:59redémarrer.
03:00Mais à ce stade, ce n'est pas encore le cas.
03:01Donc ça veut dire que du jour au lendemain, vous avez arrêté des programmes ? Ou alors
03:03vous avez essayé de répartir ? Vous mettiez peut-être un peu plus d'argent dans tel
03:08pays avec d'autres subventions ? Vous les mettez sur ce que vous faisiez avec l'argent
03:11américain pour essayer de ne pas arrêter tout d'un seul coup ?
03:14Oui, c'était exactement ça.
03:16C'est-à-dire que quand on a reçu, pour Action contre la faim, ça représente 30%
03:20de nos financements.
03:21Donc c'est énorme.
03:22C'est 50 programmes touchés dans 20 pays.
03:25Donc on parle vraiment de quelque chose d'une échelle extrêmement importante.
03:27Donc ce que les équipes ont fait sur le terrain et au niveau aussi plus global, ça a été
03:32de voir comment on pouvait d'une part sur des fonds propres et notamment grâce aussi
03:36à la générosité des donateurs, essayer de continuer certaines interventions et d'autres
03:41types de financeurs, essayer de rechercher d'autres sources de financement pour continuer.
03:46Mais malheureusement, l'aide américaine aujourd'hui, c'est quasiment la moitié
03:50de l'aide internationale.
03:51Donc ce n'est pas possible de compenser.
03:52Donc les dons privés ne peuvent pas prendre le relais ?
03:53En tout cas pas à ce stade.
03:55Donc effectivement, ça appelle vraiment une diversification des financements.
03:58Mais il y a vraiment eu un effort d'essayer de chaque cent de voir comment on allait pouvoir
04:03faire pour garantir cette continuité des services.
04:06Et il n'y a pas que les Etats-Unis ? Parce qu'il y a d'autres pays qui font pareil,
04:09notamment en Europe ?
04:10Oui, tout à fait.
04:11Ça s'inscrit malheureusement dans un mouvement plus global.
04:14L'Allemagne, le gouvernement anglais, le Royaume-Uni a annoncé des coupes aussi très
04:21importantes.
04:22La Suède, la France…
04:23La France, combien ?
04:24La France, cette année, je ne pourrais pas exactement vous dire le chiffre, mais on
04:30était cette année quand même sur une partie assez importante de réduction et probablement
04:36encore à venir.
04:37Et donc ça veut dire que certaines missions ne peuvent plus être menées par vous et
04:42par d'autres ONG.
04:43Et ça veut donc dire, disons les choses très clairement, des morts à cause de la
04:47baisse de ces aides ?
04:48Les gens qui vont mourir de faim à cause de ça ?
04:51En tout cas, à ce stade, ce que nous on peut dire de manière très concrète et ce
04:56qu'on observe, c'est qu'il y a certains enfants qui ne peuvent plus être dépistés,
05:00qui ne peuvent plus avoir accès à un traitement.
05:02Alors dans certains pays, il y a les ministères de la Santé qui continuent à avoir ces structures
05:06de santé, mais l'appui qu'on pouvait apporter, c'était de garantir un accès
05:11gratuit à ces soins, c'était de pouvoir assurer la disponibilité des traitements.
05:15Donc en fait, ces enfants, potentiellement maintenant, ils vont devoir venir payer pour
05:19faire la consultation et donc on observe déjà des renoncements en soins.
05:24Donc oui, effectivement, ça va probablement générer des décès.
05:28Ça sent qu'aujourd'hui déjà, un enfant meurt de faim toutes les 11 secondes dans
05:31le monde.
05:32L'objectif, zéro faim à l'horizon 2030, est-ce que vous y croyez vraiment ?
05:36Est-ce que c'est possible ?
05:37Est-ce que ce n'est pas déjà trop tard ?
05:38Oui, on y croit parce qu'il y a quand même des pays qui avaient diminué, en tout cas,
05:44des chiffres qui s'étaient améliorés, mais globalement, malheureusement, les chiffres
05:47de la faim sont quand même encore très élevés et sont encore assez élevés, notamment depuis
05:53le Covid.
05:54Mais tout ce qui est aussi sur les cibles nutritionnelles, on arrivait là, en 2025,
05:59à la fin des objectifs mondiaux en nutrition et ils ne sont pas atteints, c'est-à-dire
06:03la réduction de l'émaciation, la réduction du retard de croissance.
06:08Donc même si on observe certains progrès, ils sont trop lents et surtout trop inégaux.
06:11Merci Caroline Antoine d'être venue ce matin en direct dans le studio de France Inter.
06:15Vous êtes responsable du secteur nutrition et santé d'Action contre la faim.
06:18Bonne journée.
06:19Merci.