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00:00Bonjour Michael, merci d'être ce matin à l'Influencier Café. Je suis ravi de te recevoir.
00:16Tu as donc rejoint, fin 2018, le SIG, la Direction du Service d'Information du Gouvernement.
00:23Évidemment, on ne va pas parler tout de suite de la période actuelle qui ne doit pas être
00:27forcément très facile, mais puisque tu es là depuis fin 2018, ce qui m'intéresse
00:34c'est aussi de savoir quelles étaient les priorités à l'époque et puis de remettre
00:37un peu de perspective sur cet énorme chantier qui t'attendait fin 2018 quand tu es arrivé
00:44à la tête du SIG.
00:45Bonjour Sébastien, merci beaucoup pour ton invitation, ravi d'être là.
00:49Effectivement, ça fait maintenant quelques années, un peu plus de six ans, que je suis
00:53arrivé à la direction du SIG, Service d'Information du Gouvernement, qui est donc une administration
00:58sous tutelle du Premier ministre, qui est en charge de faire la communication gouvernementale
01:02au sens institutionnel du terme, donc à différencier de la communication politique, qui est la
01:07responsabilité des cabinets et des conseillers en communication des ministres et du ou de
01:11la Première ministre en l'occurrence, et le SIG a pour rôle et pour fonction première
01:18d'organiser cette communication institutionnelle, de faire la coordination entre les différents
01:22ministères pour faire la promotion de l'action gouvernementale au sens de la mise en œuvre
01:28et de la promotion...
01:29Tu coordonnes, tu ne te substitues pas à chacun des donneurs d'ordre.
01:34Je coordonne et j'essaie de créer en fait un collectif d'action gouvernementale au sens
01:40des administrations qui font au quotidien la promotion des politiques publiques.
01:45Et pour revenir sur ta question, donc effectivement, je suis arrivé fin 2018 et à l'époque,
01:51le mandat qui m'avait été donné, qui était un mandat assez fort, qui était un mandat
01:54à la fois de modernisation et de transformation de cette communication gouvernementale, qui
02:00était perçue, identifiée comme étant un peu en retard en termes de bonnes pratiques,
02:04en termes d'expérience, de ce qu'elle veut actuel, aussi de transparence, on a fait pas
02:11mal de choses autour de ces sujets, on aura peut-être l'occasion d'y revenir, mais en
02:14tout cas, il y avait un enjeu de modernisation assez fort face à un environnement qui était
02:19de plus en plus... on avait de plus en plus d'informations qui étaient diffusées par
02:25tout le monde, donc les audiences étaient surexposées en permanence et elles avaient
02:29de plus en plus de mal à percevoir ce qu'était effectivement au quotidien cette action gouvernementale
02:34et donc il y avait une nécessité de se dire, il faut transformer les modalités de cette
02:39communication pour la rendre plus efficace, plus performante et plus proche des citoyens.
02:43Donc c'était un chantier extrêmement vaste, extrêmement large et qu'il a fallu adresser
02:48à travers de nombreuses étapes. La première étape qu'on a cherché à adresser, c'était de
02:54lutter contre la dilution un peu, j'allais dire, endogène de notre écosystème. Alors, j'ai dit que
02:59mon rôle était de la coordination et derrière cette notion de coordination, il y a le fait
03:04qu'il y a beaucoup d'acteurs. Il y a combien d'acteurs ? Combien de donneurs d'ordre ? Alors, il y a de très
03:09nombreux donneurs d'ordre. Tu sais qu'à chaque remaniement, le nombre de ministères évolue,
03:16mais il y a quand même un peu de persistance sur ces sujets. Au niveau des directions centrales des
03:22ministères, il y a à peu près une quinzaine de directions centrales de communication des grands
03:29ministères et plus petits d'ailleurs, qui chacune d'entre elles vont faire une communication sur
03:32leur verticale. Et donc, ce que j'ai l'habitude de dire, c'est que si dans l'absolu, le nombre est
03:37plutôt une force, si on a plus de gens, normalement on est plus fort, ça peut devenir une faiblesse
03:42si jamais ce nombre n'est pas un peu organisé et coordonné. Et donc, l'un des premiers chantiers
03:47auquel on s'est attaqué en fin 2018, c'est qu'on s'est assez rapidement dit qu'il fallait qu'on
03:52mette de la cohérence dans la façon dont tous ces acteurs, dans la forme d'abord, puis dans le fond,
03:58émettaient des messages vers les audiences. Et on a eu un petit coup de pouce pour nous faire
04:04prendre conscience que c'était urgent. Juste avant le Covid, il y a eu une autre crise,
04:09les gilets jaunes. Et pendant la crise des gilets jaunes, il y a eu un dispositif assez
04:17singulier qui s'appelle le Grand Débat National à l'époque. Et ce Grand Débat National avait permis
04:22une expression de très nombreuses personnes, de très nombreux citoyens qui s'étaient exprimés
04:26sur ce qu'ils comprenaient ou qu'ils ne comprenaient pas justement de ce qui était fait pour eux au
04:31quotidien. Et leur expression était assez claire, qu'ils ne voyaient pas nécessairement ce que l'État
04:36faisait pour eux au quotidien. Ça a été la première pierre sur laquelle on a essayé de
04:40construire et en particulier de construire une mise en cohérence de la forme et de l'identité
04:46de cette action de l'État. Et c'est là-dessus qu'on a commencé à travailler, en particulier à
04:51travers quelque chose que tous les communicants ont l'habitude finalement de faire, qui est
04:55l'établissement ou la redéfinition d'une charte, d'une identité. Et que je dois dire qui est une
05:01vraie réussite parce que c'est beaucoup plus clair maintenant, c'est plus homogène. Je te remercie de
05:05dire ça. C'est vrai qu'on a... D'abord, c'est un travail de création de base.
05:12Tout le monde connaît la Marianne. On ne la connaît pas nécessairement pour les bonnes raisons d'ailleurs.
05:16Quand on avait fait nos premiers tests et qu'on avait montré une Marianne et qu'on disait à
05:21l'aveugle à quoi ça vous fait penser, évidemment... Et du coup, les gens n'étaient pas forcément en
05:25attente de la Marianne. La Marianne, ça avait plutôt un effet, en tout cas dans l'imaginaire,
05:31c'était plutôt la partie collecteur de l'État. Donc, c'est plutôt les impôts et toutes les
05:35amentions. Mais pas suffisamment sur l'aspect redistributeur et du modèle social. Donc,
05:40on s'est dit qu'il faut quand même qu'on arrive à remettre la Marianne partout. Et la remettre
05:44partout, ça nous a permis aussi de travailler sur une identité qui devait être compatible avec
05:50l'ensemble des acteurs. Donc, on a travaillé sur la plasticité de ce fameux bloc marque Marianne,
05:56qui devait pouvoir s'adapter à l'ensemble des acteurs. Et donc, évidemment, on n'a pas changé
06:00l'identité fondamentalement, puisque on retrouve la Marianne, on a optimisé les couleurs, travaillé
06:05sur la typo. Mais surtout, on a travaillé sur un modèle qui était capable de s'adapter dans toutes
06:09les configurations, qu'on soit un ministère, qu'on soit une préfecture, qu'on soit une ambassade,
06:13qu'on soit un opérateur. Et finalement, pour que l'ensemble des points de contact soit identifiables
06:20au premier regard, au premier coup d'œil par les audiences. Et donc, aujourd'hui, il y a combien
06:25de points, de lieux qui utilisent cette charte ? Alors, je pense qu'il y en a des centaines,
06:34voire des milliers, puisque ce qui est très intéressant et ce qui est très puissant dans
06:37la structure de l'État, c'est son niveau très granulaire. Donc, il y a de très nombreux points
06:42de contact, de très nombreux opérateurs, de très nombreux acteurs qui, au quotidien, sont en relation
06:47avec des usagers, des citoyens. À partir du moment où on a fait une charte qui était autant
06:55compatible pour les grands ministères que pour les opérateurs qui leur sont rattachés, on a pu
07:00toucher, mais c'est des milliers, voire des centaines de milliers de gens potentiels, voire
07:05des millions, bien sûr, ne serait-ce que quand on a déployé à travers cette identité, via un opérateur
07:11comme France Travail ou dans les maisons France Service, tout de suite, c'est des milliers de points
07:15de contact physiques qui étaient touchés. Sans compter, évidemment, tous les sites Internet qui
07:21ont évolué aussi pour adopter la charte et, au-delà de la charte, pour adopter même une expérience
07:27utilisateur commune, puisque l'étape juste après la charte, pour justement aller dans ce sens
07:33d'une homogénéisation de l'identité, a été de développer ce qu'on appelle un système de design,
07:39qui était un des outils pour permettre à tous les développeurs de sites web de l'État d'avoir
07:44des outils communs. Et donc, une fois que tout ce travail sur la forme est fait, comment tu t'es
07:50attaqué au fond ? Finalement, le final de la forme, c'était presque le plus facile, parce que
07:56il fallait le faire au début, c'était un vrai challenge et je pense qu'on a encore beaucoup
08:02de travail devant nous pour continuer à faire vivre cette charte, parce que c'est un objet vivant. Mais
08:07après, oui, il s'est agi du fond, de façon à essayer de trouver un certain nombre d'objets
08:12qui permettaient d'avoir une vision commune et d'installer une grille de lecture commune de
08:21l'action de l'État. C'était vraiment ça. Comment on s'assure que nos audiences, donc nos
08:26concitoyens, comprennent ce qui est fait pour eux au quotidien, au-delà d'identifier qui est derrière,
08:32qui est l'annonceur. Et ça, là-dessus, en fait, on a procédé en plusieurs étapes. D'abord,
08:37ce que je dois dire, c'est que pendant les trois premières années que j'ai passé au SIG,
08:41j'ai assez peu eu l'occasion de m'attaquer à cette partie-là, parce que je faisais beaucoup de
08:46gestion de crise. Mais finalement, la gestion de crise en particulier, je t'ai parlé des gilets
08:50jaunes, et puis après, il y a eu la métacrise Covid qui nous a beaucoup occupé, mais qui nous
08:54a appris un point important qu'on a réutilisé, justement, juste après, sur le fond, c'est que
08:59quand on arrive à mobiliser cette sphère interministérielle, au sens de l'ensemble des
09:05acteurs dans les ministères et dans les opérateurs et les ensembles des acteurs de l'État, en fait,
09:10on a une force de frappe en termes de messages et de fonds qui est extrêmement importante. Et
09:15donc, on a cherché à se dire comment est-ce qu'on peut, chaque année, avoir quelques priorités sur
09:21lesquelles l'interministériel se mobilise ensemble, mobilise des moyens, mobilise des messages, qu'il
09:26vienne des messages communs, au service d'une meilleure compréhension de l'action et, au final,
09:32de l'intérêt général. Et ça, c'est le sujet de l'interministériel, c'est quoi ? C'est les sujets
09:37sociétaux que vous définissez, en début d'année, à plusieurs, et c'est vous qui les proposez ou c'est
09:44les ministères qui vous les apportent ? Les deux, en général, évidemment. Il y a un peu des deux.
09:50Il y a, à la fois, des choses qui sont définies par le politique, et peut-être qu'on aura l'occasion
09:55d'y revenir, mais régulièrement, on a des grandes causes, des sujets thématiques qui sont proposés,
10:01validés par le politique et sur lesquels, derrière... Vous prenez la main. On prend la
10:05main opérationnelle avec les différents ministères. La violence faite aux femmes, le harcèlement des
10:11enfants... C'est deux très bons exemples. Grande cause du quinquennat et harcèlement. Donc, la lutte
10:18contre les violences faites aux femmes, qui fait partie, en fait, de la grande cause du quinquennat,
10:22qui est l'égalité femmes-hommes, c'est typiquement un sujet totalement sociétal, sur lequel il y a...
10:27qui est mis à l'agenda par le politique et sur lequel il faut qu'il y ait des actions de
10:31communication pour relater l'action effective des pouvoirs publics. Idem sur le harcèlement à
10:39l'école, qui, en dehors, évidemment, de son urgence incarnée par un certain nombre de situations de
10:46drame, etc., est un sujet qui a été porté par le politique et qui, derrière, demande à ce que
10:52des actions de communication soient déployées. Mais en parallèle de ça, on a aussi une démarche
10:58proactive qui consiste à sélectionner, de façon collective et collégiale, avec les différents
11:03ministères concernés, des thématiques sur lesquelles on peut s'associer ou s'allier. Et là-dessus, on a
11:08une approche finalement très analytique du sujet, en regardant ce que sont pour chacun d'entre eux
11:13leurs priorités, d'en choisir quelques-unes sur lesquelles on sait qu'on va pouvoir trouver
11:18finalement un dénominateur commun, au-delà de l'environnement spécifique auquel est attaché
11:25ce sujet. Si je prends l'exemple des maisons France Service, typiquement, c'est un sujet
11:33d'un service local de proximité. Je ne sais pas si tu as en tête ce dont je parle. C'était une
11:41promesse politique il y a plusieurs années de dire qu'il nous fallait remettre de la proximité dans
11:46les services publics et donc d'avoir des lieux dans lesquels chacun pouvait aller pour être aidé,
11:50accompagné. Ça, normalement, on n'aurait pu imaginer, considérer que ce ne soit que dans
11:56l'escarcelle d'un seul ministère. Et au final, on a essayé de le traiter avec l'interministériel parce
12:02que ça concerne tous les services publics et qu'en le traitant en interministériel, on arrive à
12:06mutualiser et donc à avoir plus de force dans la façon dont on déploie un dispositif et on va
12:11chercher de l'audience, du riche, de la performance et de l'efficacité, au final, de la communication
12:17qui est déployée. D'accord. Donc, cette partie sur le fond s'est faite crise après crise et puis
12:22sur des sujets sociétaux majeurs sur lesquels vous avez appris à transformer le fond tous
12:29ensemble. Et du coup, maintenant qu'on est arrivé à gérer ces deux énormes progrès sur la forme et
12:36sur le fond, et malgré l'instabilité actuelle, c'est quoi le coup d'après ? C'est quoi les
12:44challenges ou les enjeux d'aujourd'hui ? Je ne dirais pas qu'on est arrivé au bout de notre
12:48chemin sur ces deux sujets. En fait, ces deux sujets sont encore à la friche et on n'a pas
12:53encore réussi sur quelques cas spécifiques à démontrer la viabilité du modèle, sa pertinence
13:01et sa performance, mais on n'est pas encore passé à l'échelle, si je peux utiliser cette
13:05terminologie-là. Comment est-ce qu'on s'assure qu'on arrive à le faire de façon systématique,
13:10de façon organisée, et avec aussi des bonnes pratiques dans les dispositifs de
13:14communication qui soient bien ancrés ? Je vais donner un exemple. Une fois qu'on a décidé d'une
13:20priorité, qui est une priorité dont on sait qu'on veut la mutualiser, on va quand même
13:26travailler un plan de com à la fin, un plan marketing. Là-dessus, on a quand même maintenant
13:31des enseignements, on sait ce que l'on doit développer, il faut qu'on arrive à le faire de
13:38façon systématique. Qu'est-ce qu'on doit développer ? On doit être de plus en plus,
13:41tu m'as parlé tout à l'heure de transparence, de plus en plus dans la communication, à véhiculer
13:47justement la transparence pour démontrer l'efficacité de la politique publique. Si je
13:52devais résumer en prenant finalement des terminologies de marketing, je dirais qu'on est
13:56beaucoup moins dans la promesse que dans la preuve. Notre objectif c'est d'être, bien sûr il faut
14:02toujours quand on fait de la com ou du marketing, avoir une promesse, projeter une promesse, mais on
14:07a aujourd'hui l'obligation dans nos activités de communication qu'on mutualise en interministériel,
14:13d'être dans la preuve et l'illustration et l'incarnation dans le quotidien des citoyens de
14:20ce qui se passe et comment les politiques publiques fonctionnent au quotidien. Pour être très concret,
14:27je reprends toujours le même exemple, je trouve qu'il est très parlant. Si tu dis à quelqu'un,
14:31cette année on a déployé le plan vélo qui a représenté x milliards d'euros sur l'ensemble
14:37du territoire, il y a assez peu de chances, un, qu'il s'en souvienne, deux, s'il s'en souvienne qu'il
14:42te croit et qu'il comprend ce que ça veut dire pour lui. Si tu lui dis, dans ta région, dans ton
14:50département, dans ta ville, l'État a investi tant d'argent pour déployer tant de kilomètres de
14:56pistes cyclables au quotidien, en fait tu le matérialises parce que tu le ramènes à hauteur
15:01de citoyens et à hauteur de compréhension individuelle. C'est finalement un basique
15:07de marketing, tenir compte de la perception de son audience et de la compréhension de son
15:15audience pour faire son plan marketing, il fallait qu'on l'applique à la communication
15:19institutionnelle et c'est ce que l'on fait aujourd'hui. Pour répondre à la question que
15:22tu m'as posée, c'est l'industrialisation de ce modèle, la capacité à le multiplier, à avoir
15:28très régulièrement des nouveaux objets, des nouveaux sujets que l'on peut prendre en tête.
15:35Et c'est très différent, toi qui as eu des très gros jobs sur la com privée, c'est un gros écart,
15:43une grosse différence entre la com publique et la com d'une entreprise privée ?
15:49Non, je dirais qu'au final, non. On a souvent différencié les choses. Au départ, je venais
15:55du marketing, donc on a souvent tendance à séparer le marketing de la com et quand on les
16:01catégorise, on dit qu'il y a toujours tout en haut de la hiérarchie, le grand public, le B2C,
16:07un peu en dessous, il y a le B2B, puis l'institut ou le corporate, c'est vraiment le dernier niveau.
16:12Moi, je pense que ce n'est pas du tout nivelé de cette façon-là. Je pense que déjà, c'est
16:17extrêmement poreux et donc je pense que c'est extrêmement... Les bonnes pratiques sont valables
16:23aussi bien dans le marketing que dans la communication et dans la communication publique,
16:27institutionnelle ou dans la communication commerciale, mais c'est même... En fait,
16:32ce n'est pas nous qui décidons. En vrai, le sujet, c'est que tu t'adresses à une audience et c'est
16:36cette audience qui décide. A la fin, si cette audience s'est forgée des attentes qui sont
16:42basées sur des bonnes pratiques de la communication, du marketing grand public, tu ne peux pas lui dire
16:49« En fait, moi, je fais de la communication institutionnelle, donc c'est à toi de t'adapter.
16:52» C'est impossible. C'est à nous de nous adapter, à nous de prendre les meilleures pratiques et les
16:56meilleures façons de faire qui sont autour de nous pour toucher nos audiences de la façon la
17:01plus efficace. Et donc, assez naturellement, ça nous oblige à adresser les bons canaux,
17:06à être évidemment très numérique parce que c'est nécessaire aujourd'hui, si on veut toucher les
17:11audiences, à se renouveler en permanence et à avoir une approche, finalement, de « test and
17:16learn » comme le ferait n'importe quel annonceur. Et est-ce que dans cette transformation en
17:20profondeur depuis bientôt six ans du SIG que tu mènes, est-ce qu'il y a des exemples ou un modèle
17:26à l'étranger qui a pu inspirer ? À l'époque, je regardais comment fonctionnaient les campagnes
17:32en Angleterre qui me paraissaient, pour le coup, assez bien rodées. Je regardais les appels d'offres
17:38aussi du SIG anglais. Je trouvais que ça avait l'air assez bien huilé. Pour le rugbyman que
17:43je suis, c'est toujours un peu difficile de reconnaître que les Anglais sont meilleurs,
17:47mais là, il faut bien dire que sur ces sujets-là, ils le sont. Et donc, ils sont toujours bien sûr.
17:52On a regardé avec attention ce que font les Anglais. Il y a un truc qui est très intéressant
17:58pour moi dans la communication en Angleterre. Ils n'ont pas la même organisation que nous,
18:03ils ont une organisation qui est beaucoup plus centralisée. Mais néanmoins, ils ont ce que,
18:08je vais utiliser une expression anglo-saxonne, c'est « talk the walk, walk the talk ». Et donc,
18:13en fait, tu dis ce que tu fais et tu fais ce que tu dis. Et donc, quand tu regardes chaque année,
18:17ils annoncent au début de l'année ce que vont être leurs priorités, sur quoi ils vont se mobiliser,
18:22quels sont les objectifs qu'ils se fixent. Et à la fin de l'année, ils disent est-ce qu'ils ont
18:25atteint leurs objectifs, est-ce que ça a fonctionné, etc. Je trouve qu'il y a un côté extrêmement
18:30pragmatique là-dedans qui est inspirant pour nous, à la fois dans le fait d'être très clair sur ses
18:35priorités et sur la transparence qu'on doit... Et peut-être moins de fragmentation sur plein de
18:41sujets. C'est vrai qu'il y a des très gros sujets avec des très grosses campagnes et des très gros
18:45moyens. Absolument, mais ce qui est intéressant de noter, c'est qu'au niveau français, on a aussi
18:51des moyens importants pour faire de la communication. Il y a des très grandes campagnes sur des sujets
18:58de changement de comportement, dans la santé, sur la sécurité routière. Il y a une culture de faire
19:04de la communication importante, massive, visible. On n'a pas parlé du recrutement, mais le recrutement
19:11fait... Chaque année, il y a des grandes campagnes de recrutement, en particulier dans les ministères
19:15régaliens. Donc, il y a une culture et il y a des savoir-faire dans les ministères pour produire des
19:20campagnes qui sont des campagnes de bonne qualité, qui soient d'un point de vue médias adaptées en
19:26termes de mix, de performance et d'efficacité. En revanche, on a toujours ce risque de dilution
19:32et de se cannibaliser un peu les uns les autres si on ne s'organise pas en termes de planning de
19:37diffusion, et puis également en termes de messages, c'est ce qu'on disait. Donc, ces enjeux de forme et
19:43de fond restent extrêmement valables. Le modèle anglais est un modèle inspirant parce qu'ils ont
19:48un modèle qui est beaucoup plus organisé, plus mature que nous, de ce point de vue-là. Et j'ajouterais
19:54peut-être juste sur ce point-là aussi un truc qui est très important en Angleterre et qu'on cherche
19:58à développer, c'est la professionnalisation. Ils assument le fait de dire que la communication,
20:02c'est un vrai métier, c'est une vraie expertise et qu'il y a besoin...
20:06Justement, est-ce que tu as l'impression d'avoir maintenant une communauté des communicants de
20:12l'État, une communauté soudée, harmonieuse, professionnelle, en tout cas d'avoir fait bouger
20:19les lignes sur cette communauté de communicants? Je pense que la communauté, elle a vraiment
20:24évolué dans le bon sens. Je ne sais pas si c'est moi qui ai fait bouger les lignes, j'espère avoir
20:27participé à cette évolution. D'abord, il y a énormément de compétences dans l'État, de plus
20:35en plus d'ailleurs. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a toujours des problèmes, on dit toujours
20:39que le secteur public n'est pas nécessairement aussi attirant que le secteur privé, etc. Je pense
20:43que c'est des choses qui ont pas mal évolué. Je ne suis pas en train de te dire que c'est complètement
20:47inversé, mais c'est des choses qui ont beaucoup évolué et de plus en plus, on a de l'intérêt
20:53pour l'intérêt général et donc venir travailler dans la sphère de l'État, ça donne du
20:57sens et donc ça anime un certain nombre d'acteurs qui décident de venir travailler dans ce secteur.
21:04Donc, je pense qu'en quelques années, la professionnalisation a augmenté, l'expertise a
21:11augmenté et notre volonté aussi de faire en sorte que ce collectif soit reconnu à travers un
21:17événement qu'on organise chaque année, qui est le séminaire des communicants de l'État, entre
21:20autres. Il y a plein d'autres événements, mais celui-là, c'est un événement qu'on porte au SIG.
21:24Je pense que ça participe à cette cohésion sur ce collectif et je pense que c'est très
21:30très important. D'ailleurs, je dis ça, mais n'importe quelle organisation, quelle que soit sa
21:36taille, ferait pareil. Déjà, c'est bien parce que c'est vrai que ce séminaire s'est installé et
21:42il faudrait qu'on ait l'impression que ça a pas mal évolué. Et alors, dernier peut-être sujet sur
21:49les investissements du SIG, parce qu'évidemment, chaque ministère ou chaque campagne est autonome,
21:56chaque communicant justement est autonome sur ses investissements. Mais face aux remarques,
22:03aux bruits de fonds qu'on a ici et là, depuis le rapport de l'ARCOP notamment, sur le fait qu'il
22:08est important de défendre les médias français et la part d'investissement dans les médias
22:11français versus les plateformes, comment le SIG arrive à se positionner ou à surveiller ou à
22:19faire bouger les lignes ? Et est-ce que c'est vraiment l'investissement média type classique,
22:25above the line, comme on peut dire, qui est visible ? Ou finalement, il y a plein d'autres
22:30choses, notamment on en parlait des partenariats qui sont aussi fondamentaux sur le message et la
22:38communication du SIG. Je vais prendre ta question par la fin d'abord. D'abord, d'un point de vue,
22:44on parlait de professionnalisation. Aujourd'hui, on utilise tous les leviers qui sont à notre
22:48disposition. Donc, à nouveau, pour utiliser un anglicisme, le own, le earn et le paid sont les
22:53trois leviers sur lesquels on travaille. Donc, sur le own, on a développé vraiment énormément nos
22:59canaux organiques. La présence aujourd'hui des comptes institutionnels est importante. Je prends
23:06l'exemple des comptes gouvernementaux sur les réseaux sociaux. Ce n'est pas loin de 3 millions
23:10d'abonnés sur l'ensemble de ces comptes. On a une production de contenus extrêmement fournie,
23:14etc., pour alimenter ces réseaux. Donc, on adresse le canal organique en premier lieu. Ensuite, sur le
23:23paid, sur le payant, donc la façon dont on travaille avec les médias, c'est important de
23:28préciser que le SIG, si nous passons le marché d'achat d'espace pour l'ensemble des ministères,
23:35nous ne nous substituons pas aux ministères dans la façon de définir l'homme. Exactement. Donc,
23:41on a tout un tas d'outils pour travailler avec eux, pour optimiser un certain nombre de choses,
23:45mais à la fin, la direction de communication du ministère ou de l'opérateur reste celui qui
23:53décide de son mix média. Puisque tu m'as posé la question sur les partenariats, c'est le troisième
23:59levier. Ça, c'est plutôt quelque chose qui est en développement. Comment on trouve des relais au-delà
24:05de l'organique et du média pour aller toucher des audiences ? Il se trouve que pendant la crise
24:09Covid, on a fait une expérimentation. On a commencé à demander à des acteurs, qui pouvaient être des
24:15acteurs privés, des entreprises ou des organisations, des ONG, des associations, de nous aider à porter
24:21un certain nombre de messages. Il s'agissait de messages d'intérêt général dans le cadre de la
24:24crise Covid, donc sur des gestes barrières, sur la vaccination, etc. On ne s'attendait pas
24:30nécessairement à ce qu'autant d'acteurs répondent positivement à l'idée de s'associer à une
24:36administration, à une instance gouvernementale, certes institutionnelle, mais ça reste
24:39gouvernementale, pour porter des messages. Et en fait, on a eu plutôt un très bon retour et donc
24:44on a décidé d'investir sur cette activité, de la professionnaliser aussi, évidemment de l'encadrer
24:50à travers un certain nombre d'outils, de conventions de partenariats très strictes,
24:56en tout cas très précises juridiquement, de façon à encadrer cette activité. Aujourd'hui, c'est près
25:02de 350 partenaires, 350 organisations de toute nature qui portent avec nous, au-delà des médias,
25:08qui portent avec nous. Alors, ça peut être des entreprises, ça peut être des ONG, ça peut être
25:12des associations, ça peut être différents types d'acteurs qui s'associent, s'investissent avec
25:18nous pour porter des messages d'intérêt général et qui nous permettent justement de développer,
25:23au-delà de la relation avec les médias qui est essentielle pour nous, mais de développer
25:27ce dernier kilomètre, cette communication du dernier kilomètre vers l'audience.
25:30D'accord. Merci beaucoup, Michael, pour toutes ces explications. C'est absolument passionnant,
25:35on aurait pu y passer une heure de plus. Merci beaucoup. Et bravo pour ce chemin parcouru.