Jeudi 27 mars 2025, retrouvez David Charlet (président, ANACOFI) dans SMART PATRIMOINE, une émission présentée par Nicolas Pagniez.
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00:00Et nous enchaînons à présent avec Enjeu Patrimoine, un Enjeu Patrimoine où nous allons tenter de comprendre
00:08quelles sont les actualités qui concernent particulièrement le secteur de la gestion de patrimoine.
00:14Et pour en parler, nous avons le plaisir de recevoir sur le plateau de Smart Patrimoine, David Charlet.
00:18Bonjour David Charlet.
00:18Bonjour.
00:19Bienvenue sur le plateau de Smart Patrimoine, vous êtes le président de l'Anacofi.
00:22Avec vous, on va essayer de comprendre déjà quelles sont les discussions à l'œuvre à Bruxelles
00:27qui peuvent avoir un impact en matière de réglementation sur le marché des CGP.
00:31On parlera peut-être également aussi de l'impression de concentration qu'on peut avoir de ce secteur.
00:35Mais juste avant, un petit mot sur ce sujet qui agite beaucoup le secteur de la gestion de patrimoine
00:40qui est l'attaque informatique et la fuite de données qui a été subie par Harvest fin février.
00:45On voit régulièrement des articles dans la presse qui commencent à mentionner certains noms de clients de Harvest
00:51qui auraient pu voir des données compromises et potentiellement des données de leurs clients.
00:57Est-ce que cette actualité doit inquiéter des cabinets de gestion de patrimoine, David Charlet ?
01:03Je pense que ceux que ça doit inquiéter sont déjà inquiets.
01:06D'accord.
01:08Non mais, on nous a poussé à la digitalisation.
01:11Tout le monde de Bruxelles jusqu'aux autorités nationales, on nous a expliqué qu'il fallait tout digitaliser.
01:16Il se trouve qu'il s'est constitué un grand groupe digital en France qui est Harvest.
01:19Il y en a plusieurs autres, mais le plus important c'est Harvest qui fournit des outils à plein d'entreprises
01:24qui touchent au patrimoine ou à l'épargne.
01:25Donc, ce n'est pas forcément que ce que nous on appelle les cabinets de gestion de patrimoine.
01:28Bien sûr.
01:29Et le résultat des courses, c'est que quand ils se font attaquer, ça crée un incident majeur
01:33et que, évidemment, entre RGPD et un certain nombre d'autres réglementations,
01:37vous devez faire attention aux données de vos clients.
01:39Non seulement c'est un élément de droit, mais de toute façon nos clients viennent vers nous pour une idée aussi de confiance
01:47et ils nous confient des choses et ils n'ont pas envie que tout le monde le sache.
01:50Voilà. Donc oui, bien sûr que c'est quelque chose qui, en dehors des outils qui ne sont plus fonctionnels pendant un moment,
01:55ils vont rouvrir petit à petit, crée beaucoup d'inquiétudes.
01:59Nous, on essaye d'accompagner nos membres.
02:01On leur a mis des kits, de l'info, on envoie des alertes dès qu'on a une nouveauté.
02:05Non seulement on la met en ligne, mais on essaie de la traduire en termes de que devez vous faire.
02:08D'accord.
02:10Vous avez des membres qui vous ont appelés très inquiets sur le sujet.
02:13Oui, évidemment. Oui, on est en train de parler d'une entreprise qui fournit des solutions à des milliers d'entreprises.
02:20Et je trouve que nous, on a 7600 des entreprises dans cet écosystème.
02:24Donc on a un peu tout.
02:25Maintenant, on a l'air d'avoir dégonflé un peu la baudruche et le problème parce qu'on a vraiment mis le paquet en termes d'outils,
02:32de ce qu'on a pu mettre en ligne, c'est-à-dire après, on ne peut pas tellement faire mieux.
02:36Et après, c'est malheureusement à chaque entreprise qu'il appartiendra de traiter son cas spécifique avec ce qu'on lui a donné.
02:42Donc on a des juristes qui peuvent répondre au téléphone, mais ils n'apporteront pas grand chose de plus que ce qu'on a mis, nous,
02:47à leur disposition ou ce qu'on envoie comme communication quasiment tous les jours.
02:51On met ça quasiment à jour chaque jour.
02:54Autre sujet qui peut être suivi de près par les conseillers en gestion de patrimoine.
02:57Alors, on a suivi, c'était il y a quelques semaines, la proposition de loi Omnibus et les propositions de révision de la CSRD à Bruxelles.
03:05L'objectif global, je ne rentre pas dans le détail, vous le ferez peut-être, mais c'était de simplifier la réglementation des entreprises.
03:11Ça n'est pas tout. Vous suivez d'autres discussions à l'heure actuelle à Bruxelles qui peuvent avoir un impact direct,
03:17justement, sur le métier du conseiller en gestion de patrimoine du CGP.
03:22Tout l'écosystème banque, finances, assurances, entreprises est en fait traité dans des grands textes européens qui voulaient nous amener à un nouveau monde,
03:31une nouvelle économie depuis la sortie du Covid.
03:34À l'intérieur de ça, vous avez la digitalisation, vous avez l'ESG, vous avez la réforme de tout ce qui touche à la finance.
03:41Parce que ça amène au financement de l'entreprise, ça fait bouger les capitaux des particuliers comme des entreprises.
03:46Et donc, en fait, tout ça est en train de bouger.
03:48Alors, il y a quelques grands noms de textes ou d'Omnibus ou pas, d'ailleurs, des fois des packages.
03:54Vous avez la Retail Investment Strategy.
03:56Bien sûr, dont on a beaucoup parlé.
03:58C'est le cœur de truc parce que ça va impacter, entre autres choses, CSRD, déjà.
04:04Donc, on avait ça sur la table.
04:07Ça, c'est lié à Capital Market Union, comment on fait circuler l'argent d'une manière globale des particuliers ou des entreprises à travers l'union.
04:15Et donc ça, on travaille sur ces textes-là depuis un moment avec les tests qui verdissent et puis ceux qui digitalisent.
04:21Et puis arrive le débat autour de cette fameuse RIS qui est en cours de débat final.
04:27Ça peut durer six mois, un an.
04:29Ça pourrait même se retrouver annulé.
04:32Alors ça, on n'y croit pas trop.
04:33On est encore dans une phase qu'on peut appeler de débat parce qu'on en a beaucoup parlé en France au moment où, effectivement, ça avait un impact sur les sujets indépendants.
04:41Non, mais sur la RIS, on est rentré dans ce qu'on appelle le trilogue.
04:43La construction du droit européen rentre dans une dernière phase.
04:47La dernière phase, ça s'appelle le trilogue.
04:49Et donc le trilogue, c'est-à-dire que les différentes versions du texte ne sont plus négociables en elles-mêmes.
04:54Et on va essayer de rapprocher parce qu'elles viennent l'une des parlementaires, l'autre des États, la troisième de la Commission.
04:59On va essayer de les rapprocher.
05:00— D'accord. — On arrête.
05:01Donc on n'écoute théoriquement plus ce qui vient d'organisations comme nous.
05:05Nous, à nous de parler à nos États pour dire « Dites-donc, au fait, le gouvernement qui a lui le droit d'aller causer, s'il vous plaît, faites quelque chose ».
05:12— Bien sûr. — Parce que dans les trois options, c'est celle-là qui est la meilleure.
05:15Mais factuellement, bon, normalement, c'est arrêté.
05:17Et on va rentrer dans une négociation entre ces trois organes européens qui vont essayer d'arriver à un texte final. Et ensuite, il part.
05:26— Et ça peut radicalement changer les choses pour les CGP en France ?
05:29— Oui, bien sûr, évidemment, puisque on parle des systèmes de rémunération, on parle de comment on va parler à nos clients,
05:33on parle de la tête même, des rapports, voire même des noms des documents qu'on va remettre.
05:39— D'accord. — Ça parle d'énormément de choses.
05:41Donc évidemment, déjà, rien que quand j'ai dit « rémunération », de toute façon...
05:44— Tout le monde vous écoute. — ...on est en train de parler à des entreprises.
05:47Donc si le modèle de rémunération doit bouger ou si quelque chose vient l'impacter, on parle de value for money,
05:52c'est-à-dire d'indices par rapport auxquels il va falloir se comparer ce qu'on propose aux clients.
05:57Donc il y a un enjeu. On parle des gens qui, sur Internet, vont relier des messages, quel que soit le nom qu'on leur donne.
06:06Donc de la communication qu'on a le droit de faire dans nos entreprises. — D'accord, oui.
06:09— C'est très très large comme spectre. Donc bien sûr que ça changera des choses.
06:14Et puis au moment où on arrive dans la phase finale, on nous dégaine des nouveaux textes...
06:18— D'accord. OK. — ...qui peuvent venir les impacter directement. Il y en a un qui s'appelle les CIU.
06:22Donc là, on dit « bah non, on va faire l'épargne utile », donc universelle, et pour financer l'entreprise.
06:26Oui, mais après, ça ressemble à l'ARIS, cette histoire. Donc vous nous sortez un truc nouveau.
06:31Après, on nous dit « on va faire le simplification act ». Donc en fait, tout ce qu'on fait depuis des années,
06:34c'est potentiellement des conneries. Donc on va potentiellement le corriger. Oui, mais...
06:38— Alors quand vous dites « tout ce qu'on fait depuis des années », c'est les textes qui sont sortis depuis quelques années.
06:43Par exemple, vous parlez quoi de... — Ou ceux qui sont en train d'être négociés.
06:46— D'accord. — On nous sort ça. On dit « finalement, on va peut-être faire plus simple, un peu, que ce soit des éléments du passé
06:51ou ceux qu'on est en train de négocier ». — Sur des textes qui sont pas encore en vigueur. D'accord.
06:54— Potentiellement tout. Donc voilà. Et puis on nous dit « bah du coup... ». Alors potentiellement tout,
06:58mais dans 2 domaines particuliers, l'ESG et la finance. — D'accord. — Voilà. Ça vise essentiellement ça,
07:04au profit du financement des entreprises au bout et du fonctionnement de l'économie.
07:07C'est-à-dire en fait, on est en train de nous dire « ça fait 5 ans qu'on vous dit des conneries ».
07:11Pardon, mais il faut le dire à un moment. C'est-à-dire « ça fait 5 ans qu'on fait ça, mais finalement,
07:15on regarde ce que font les autres, les autres continents, les autres États. Bah on a peut-être un problème ».
07:19Bon. Il était peut-être temps de s'en rendre compte, parce que... Et donc par contre, c'est juste... Ça émerge.
07:27C'est-à-dire qu'on n'a pas encore le résultat final. Parlez de CSRD. Très bien. Mais est-ce que ça aura un impact
07:32justement sur cette négociation finale de l'ARIS ? C'est une vraie question, parce qu'ils sont en train de négocier.
07:38Au moment où on est en train de dégainer un texte, on dit « attention, ce qu'on a fait ou ce qu'on va faire,
07:42il faut le réfléchir de façon plus simple ». Oui, mais là, on est censé avoir 3 textes finaux qu'on va fusionner.
07:46Oui, bien sûr. Voilà, par exemple.
07:48Mais alors, juste pour bien comprendre, si on se met dans le concret du quotidien du CGP, il y a plusieurs textes
07:52sur plusieurs sujets négociés à Bruxelles. Certains qui peuvent remettre en cause d'autres textes.
07:57Certains qui évoluent, et c'est normal, c'est la négociation parlementaire. Est-ce qu'à court terme,
08:03il faut s'attendre à des gros changements dans leur quotidien, ou est-ce qu'on est dans un moyen terme qui peut de toute façon encore évoluer ?
08:09Alors, à court terme, en fait, ce qui peut changer, c'est que nos autorités nationales ont le droit d'anticiper.
08:14Et on l'a vu, d'ailleurs, avec l'ACPR essentiellement, qui a anticipé des textes. Dès 2023, elle a commencé à anticiper ce que serait l'ARIS.
08:22Et elle a commencé à imposer des choses aux entreprises françaises qui n'étaient pas encore actées, parce que l'ARIS n'est pas encore votée.
08:29Donc ça, c'est possible. C'est-à-dire que quand un État ou une autorité d'un État se dit « Bon, finalement, ça, ça va y aller, autant gagner du temps et autant commencer à le faire chez nous »,
08:38ça, c'est possible. Et c'est du court terme. Et attention, les décisions de l'ACPR sont extrêmement impactantes.
08:42Les décisions de 2023 à 2024 sont extrêmement impactantes. Elles ont remis en cause les types d'unités de comptes qu'on peut proposer.
08:48Elles ont remis en cause les prix. Elles ont remis en cause la manière de prendre et de donner de l'information à un client.
08:53Ce n'est pas nouveau. Ça, théoriquement, c'est des textes à venir. Ils ne sont pas encore changés au niveau européen.
08:58— Et donc ça veut dire qu'on pourrait avoir une évolution de ce que demande l'ACPR en fonction des textes finaux. D'accord.
09:03— Oui, bien sûr. D'autant plus qu'actuellement, on a un texte où l'ACPR demande expressément le droit de pouvoir faire de la doctrine, ce qui n'est pas le cas.
09:07Donc on voit bien que nos autorités... Et l'AMF, on voit bien qu'elle le fait tous les jours, de sortir des recueils, des avis...
09:12Donc il pourrait y avoir ça. Mais le court terme serait fait par décision nationale, si je peux dire. — D'accord.
09:16— L'Europe, c'est très lent. C'est-à-dire que quand on est dans la phase finale de l'ARIS, ça va quand même prendre plusieurs mois pour arriver au truc final.
09:25Puis après, il va falloir faire les textes de niveau 2, puis potentiellement les textes de niveau 3. Donc là, on parle de 36 mois.
09:29Renvoyer ça dans les États... On peut avoir jusqu'à 6 niveaux de texte avant qu'on ait celui qui s'applique à nous, pour être tout à fait clair.
09:37— D'accord. Donc là, il y a un peu de délai pour les CGP, quand même. Ils auront le temps de voir venir.
09:40— Voilà. Et si on a un texte européen qui va dire « Oh, finalement, non », ça peut se faire intercepter en cours de route aux étages d'après.
09:47— D'accord. OK. — Voilà. Donc on est plutôt sur du moyen terme sur ces textes européens. Mais attention, on a déjà eu du plus court terme.
09:54C'est fait des autorités françaises qui, par anticipation, prennent une décision et nous l'imposent.
09:58— Dernier sujet que je voulais traiter avec vous aujourd'hui, David Charlet. Il ne se passe pas une semaine sans qu'on voit dans la presse spécialisée
10:04un rachat d'un cabinet de CGP par un groupe ou par d'autres cabinets de CGP, ce qui tend à donner l'impression quand même
10:14qu'on voit une concentration de plus en plus forte du secteur auprès de quelques gros acteurs qui seraient en train de devenir de plus en plus gros.
10:21Est-ce que c'est ce que vous constatez, vous aussi, à la tête de l'anacophie ? — On constate plusieurs phénomènes. Bon, c'est une concentration un peu bizarre,
10:29parce qu'il y a toujours plus d'entreprises chaque année. Donc ça veut dire qu'il y a énormément d'entrants qui effacent les effets de ces fusions
10:35ou de ces absorptions entre les acteurs qui sont déjà dans le marché. Donc si on veut traduire ça rapidement, en effet, sur le terrain,
10:45on va dire que les plus gros deviennent de plus en plus gros. On va dire que les moyens deviennent même aussi de plus en plus gros
10:50dans leur domaine en tant que moyens. — Oui, c'est pas que les plus gros qui rachètent aient des moyens aussi.
10:53— Oui, en fait, on a un phénomène qui avait commencé il y a quelques années, qui est de toute façon le retrait des baby-boomers.
10:59Donc on semble arriver à un moment de pic des effets de ce truc-là. Donc ils prennent leur retraite. Dans le temps, beaucoup fermaient leur entreprise,
11:07puis ils partaient à la retraite. Maintenant, ils vendent clairement leur entreprise au bénéfice de ceux qui cherchent à en acheter.
11:13Et donc on a d'un côté des acteurs qui deviennent plus gros, ceux qui étaient dans la place déjà. Et puis de l'autre côté, on a quand même
11:20énormément d'entrants alimentant en petits cabinets. Et là, il y a deux types. Il y a ceux qui sont dans le modèle des indépendants,
11:27c'est-à-dire comme les gros. Ils sont autonomes, ils sont chez eux. Et là, on a des chiffres d'affaires qui sont plutôt plus importants,
11:33plus vite que dans le temps, sur ces petites structures. Et on a tous ceux qui sont à l'intérieur des groupements et des réseaux,
11:39qui se multiplient, ce qui fait qu'il va certainement être une réalité assez vite. C'est que ceux qui sont dans des groupements ou réseaux
11:46vont être plus nombreux que les autres, en réalité, mais avec quand même des chiffres d'affaires pour ceux qui sont dans les groupements
11:54qui sont plus petits, mais la maison mère qui, du coup, est un géant. Et donc c'est un véritable changement. On voit ce qu'on appelle, nous,
12:01les petits chez ceux qu'on appelle les indépendants chez nous, qui sont pas alliés à un groupement. Et ceux qui sont dans un groupement,
12:06leur chiffre d'affaires est très fortement supérieur à ceux qui sont à l'intérieur des groupements, dans la majorité des cas. Mais évidemment,
12:14en proportion, ils deviennent moins nombreux que ceux qui sont dans les grandes entités. On va voir cette année, pour la première année, peut-être que
12:24les adhésions, qui sont toujours très fortes, ne compenseront pas les arrêts. Et vraiment, un effet puissant, c'est les retraites, les prises de retraite.
12:33A suivre, donc, dans les prochains mois ou prochaines années.
12:35Oui, on dit 6 mois, on y verra clair sur cette année. On est peut-être sur une année de bascule de modèle.
12:39Eh bien, on en reparlera dans 6 mois. Alors ça, merci beaucoup, David Charlet, de nous avoir accompagné dans Smart Patrimoine.
12:44Je rappelle que vous êtes le président de l'Anacofi. Merci beaucoup. Et quant à nous, on se retrouve tout de suite dans l'œil de l'expert.