• il y a 3 jours
Elle a fui l'Iran à cause d'une vidéo intime : Zar Amir Ebrahimi témoigne. Aujourd’hui, l’actrice iranienne joue dans “Les Survivants”.
Transcription
00:00J'ai deux options.
00:04Soit je me suicide,
00:07et voilà, la question est enlevée, il n'y a plus de temps.
00:11Soit je reste, et ça, ça va être le film le plus grand de ma vie.
00:16Les premières nuits, en fait, je ne savais vraiment pas comment je vais m'en sortir.
00:33Et c'est bizarre de le dire aujourd'hui parce que c'est à dire que j'ai commencé à nier.
00:38Je peux dire que dans un pays religieux comme l'Iran,
00:43avec les gens qui sont quand même religieux et traditionnels parfois,
00:48il faut dire que ce n'était pas facile de se retrouver en centre de discussion
00:55et les gens te regardent quand même toutes nues.
00:59Pour le gouvernement iranien, c'était un peu comme une actrice qui était surtout dans la télé
01:07et qui était une représentatrice de leurs pensées.
01:12Voilà, elle a fait des bêtises et il faut qu'elle soit punie pour donner un bon exemple aux autres.
01:22C'est une histoire d'un an, il faut dire six mois d'interrogation tous les jours.
01:30Ils ne pouvaient pas m'arrêter, ils ne pouvaient pas me mettre en prison parce que j'étais assez connue.
01:35Mais en même temps, il y avait vraiment une pression sur moi pour rester à la maison,
01:43m'isoler pour ne plus voir mes amis, de couper tous mes contacts.
01:49Je ne pouvais plus jouer, mais j'essayais quand même de faire des choses un peu derrière la caméra.
01:54Ils arrivaient, ils m'arrêtaient partout ou ils menaçaient plutôt mes collègues.
01:58Je voulais juste partir, j'avais besoin juste d'un visa pour partir, pour respirer, pour réfléchir un peu,
02:05pour prendre ce temps de décider pour le reste de ma vie.
02:08Et c'était la France qui m'a proposé de venir en France.
02:20Dans Les survivants, vous incarnez une réfugiée afghane.
02:23Vous-même, vous êtes une réfugiée.
02:26Quelle importance il a pour vous ?
02:32Je pense que Les survivants, c'est plutôt un film de deuil, un film de traque.
02:38C'est là où je me retrouve aussi.
02:41Je pense qu'en faisant Les survivants, j'ai un peu fait mon deuil aussi,
02:46comme j'ai quitté mon pays il y a 15 ans.
02:49Je pense que la vie était tellement chargée, tous ces 15 ans,
02:53que je n'ai jamais eu ce temps de réfléchir, de réagir.
02:59Ce film m'a permis quand même de me retrouver en faisant mon deuil,
03:06comme une immigrée, un deuil pour mon pays, un deuil pour tout ce que j'ai laissé derrière.
03:12Quel regard vous portez sur ce qui se passe dans votre pays depuis trois mois maintenant ?
03:16Ça aussi, c'est contradictoire.
03:18Parce que je pense qu'après 15 ans, je me retrouve encore iranienne.
03:22Culturellement, je pense, avec ce trauma que j'avais ramené avec moi,
03:28j'ai pas mal essayé de prendre une distance avec cette culture que je pourrais critiquer.
03:36Mais depuis quatre mois, j'ai l'impression que je n'ai plus à critiquer.
03:43Je pense qu'on est tous un peu surpris quand même par ce progrès qu'on voit.
03:52C'est pour ça que moi, dès le début, j'ai commencé à dire partout que pour moi c'est une révolution.
03:57Et aujourd'hui, comment vous voyez l'avenir pour l'Iran ? Est-ce que vous êtes optimiste ?
04:01Je suis très optimiste. Je pense que, comme je dis, pour moi c'est déjà une révolution.
04:09Pour moi, voir les hommes et les femmes tous à côté, côte à côte,
04:19de se battre pour la liberté, pour les droits basiques des gens, c'est une révolution.
04:30Et je pense qu'on n'était jamais là et je pense qu'il n'y a pas de marche en arrière.
04:35Il n'y aura pas. On a tourné une page.

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