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"Avec le corps on peut donner des sensations. Ce qui n'est pas forcément le cas avec la parole."

Pour son premier rôle au cinéma, Agathe Rousselle a créé la sensation au Festival de Cannes. Pour Brut, la serial killeuse de "Titane" raconte les auditions, le tournage et pourquoi elle a aimé jouer un rôle aussi physique.
Transcription
00:00Titane, c'est l'histoire d'une fille qui est danseuse, qui est par ailleurs céréalquileuse.
00:11A la base, c'est une psychopathe.
00:13Ça se passe comment des auditions pour ce genre de rôle ?
00:17Juliette m'a fait faire toutes sortes d'exercices, notamment un exercice qui était hyper intéressant.
00:21Je crois que c'était au dernier tour des auditions où elle m'a mis un foulard devant
00:26le visage comme ça.
00:27Elle a filmé que mes yeux.
00:29Elle m'a fait jouer comme ça et il fallait que je puisse le répondre juste avec le regard.
00:36Je n'ai pas tout de suite compris pourquoi, parce que je n'avais pas vu le scénario.
00:40J'ai lu le scénario une fois que j'ai eu le rôle.
00:42Je n'avais pas lu le scénario avant.
00:43J'ai été castée de manière un peu sauvage.
00:46Ensuite, j'ai passé quatre auditions et j'ai lu le scénario.
00:57C'est vraiment le genre de rôle dont j'ai rêvé toute ma vie, un rôle très physique.
01:06Tout est passé par le corps.
01:07C'est très intéressant que ça passe par le corps parce que ça donne aux gens qui
01:15regardent le film des possibilités d'interprétation beaucoup plus larges parce que ça les touche
01:20un peu différemment.
01:21Ça ne donne pas les mêmes sensations à chaque personne.
01:22Je trouve qu'avec le corps, on peut donner des sensations, ce qui n'est pas forcément
01:26le cas avec la parole.
01:27La scène d'ouverture du film, le plan séquence, où je danse sur la voiture, c'est un plan
01:39qu'on a tourné 37 fois.
01:40J'ai fait 37 fois cette choré.
01:43À la fin, ça commençait à piquer un peu.
01:48Pour le coup, j'ai fait marcher ma tête et je me suis dit que c'était bon, ça va.
01:55Et 37 fois, mon corps est reparti et 37 fois, j'ai refait la chorégraphie sans problème
02:03et je l'ai refaite en entier, nickel à chaque fois.
02:06Il y a juste à la fin de la journée que je boitais un peu, mais c'est tout.
02:11Ça fait combien de temps 37 fois ?
02:13Une journée entière.
02:14Une journée entière ?
02:15Oui.
02:16C'était en début de tournage ?
02:17C'était le premier jour du tournage.
02:18Une journée qu'on a répétée, c'est une scène qu'on a répétée, on avait une
02:24journée entière de répètes la veille.
02:26Un peu une idée sans les figurants.
02:27Le lendemain, on y allait.
02:30Sur tout le film, je suis arrivée tellement préparée que je savais exactement tout et
02:37je me suis mis vraiment, pas en mode automatique, parce qu'évidemment, on ne sait pas ça,
02:42mais je savais exactement ce que je devais faire, à quel moment, pourquoi.
02:46Du coup, c'était très clair et c'était très jouissif.
02:50Dans la scène, je fais un spectacle, mais j'avais l'impression de faire un spectacle
02:55pour tous les figurants qui étaient là et toute l'équipe.
02:58C'était hyper jouissif et en plus, faire un spectacle avec un truc que je venais d'apprendre
03:02parce que je ne savais pas du tout danser comme ça.
03:03Maintenant, je sais twerker.
03:04C'était le premier jour du tournage et là, j'ai compris l'ampleur de ce qu'on allait
03:09faire, l'ambition de Julia, parce que le scénario était ambitieux, mais moi, c'était
03:15ma première fois sur un plateau et là, j'ai compris, j'ai vu des grues, j'ai vu des tonnes
03:18de mecs, j'ai vu des trucs, je me suis dit, ah, OK, d'accord, donc là, OK, on y va.
03:23Tu n'as pas eu peur ?
03:24Non, jamais.
03:26Je n'ai jamais eu peur.
03:27Je n'ai jamais eu peur parce qu'on a tellement, tellement parlé du film avec Julia
03:33que je savais vraiment exactement où je mettais les pieds.
03:35Je n'avais pas peur non plus parce que je tournais avec Vincent Lindon,
03:38qui a été un phare, vraiment un rock.
03:43C'était vraiment quelqu'un, j'ai pu m'appuyer sur lui beaucoup.
03:46Il m'a énormément appris tout en me traitant vraiment comme une égale.
03:49C'était un rêve total.
03:51On parle parfois du male gaze, le fait que ce film a été réalisé par une réalisatrice,
03:56Julia Ducournau.
03:58Est-ce que tu penses que si ça avait été un homme, ça aurait changé quelque chose
04:00pour toi ou pas ?
04:03Je pense qu'une femme peut avoir un male gaze sur d'autres femmes, c'est possible.
04:07C'est une question de regard, en fait.
04:08C'est à dire que pour moi, un homme qui propose un film où il filme des femmes avec
04:13un film male gaze, c'est génial.
04:16Ce serait génial d'ailleurs que ça commence à faire ça parce que non, si c'était un
04:20homme qui avait filmé comme ça, dans ces conditions-là, en respectant les promesses
04:24que Julien m'a faites, ça aurait été...
04:27Oui, pourquoi pas, quoi ?
04:29Ça n'existe pas tellement, mais pas à ma connaissance.
04:31Et là, concrètement, en quoi la façon dont les corps sont filmés dans ce film ne
04:36procède pas du male gaze ?
04:39Il n'y a pas de male gaze, tout simplement parce qu'elle traite le corps en
04:43sujet et pas en objet.
04:45Et ça, c'est l'énorme différence.
04:47C'est à dire que même les scènes de sexe, il n'y a rien de voyeur, jamais.
04:52C'est hyper...
04:54Elle traite vraiment, c'est à dire que le corps, mais mon corps, mais comme le corps
04:57de Vincent, sont traités vraiment au sujet, c'est à dire que c'est presque des
05:00personnages en plus.
05:02Donc, il n'y a pas de question de...
05:06Ouais, il n'y a pas de question de...
05:08Comment dire ?
05:10Je ne sais pas.
05:11Tu n'es pas senti mal à l'aise ?
05:13Jamais, je ne me suis jamais senti mal à l'aise parce que si les scènes de nudité
05:17ou les scènes un peu difficiles de sexe et tout, on était vraiment une équipe très
05:20réduite. C'était très cocouné, en fait, là-dedans.
05:23Donc, il n'y a eu aucun problème. Et Julia, vraiment, m'avait fait des promesses
05:25à cet endroit-là qu'elle a complètement tenues, donc aucun problème.

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