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REPLAY - Coronavirus : Le chef de réanimation à l’hôpital Lariboisière, Bruno Mégarbane, répond à Rémy Buisine et à vos questions.

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00:00:00Voilà bonsoir à toutes et tous alors qu'on entend dehors les applaudissements comme chaque soir nourri
00:00:05pour le personnel médical confronté à cette épidémie de coronavirus. Nous sommes ce soir avec
00:00:10Bruno Mégarban qui est chef du service réanimation médicale à l'hôpital de Lariboisière dont le
00:00:16dixième arrondissement à Paris. Bonsoir à vous. Merci de nous accorder votre temps précieux en
00:00:21cette période très chargée. Nous expliquez peut-être ce soir au moment où on se parle les
00:00:26chiffres au plan national et sur le plan peut-être aussi de l'île de France parce qu'on sait que
00:00:31c'est assez critique, assez tendu dans la région. Oui tout à fait donc nous sommes actuellement en
00:00:36plein dans la vague de l'épidémie du Covid-19. Donc les chiffres importants à retenir sont tout
00:00:45d'abord le nombre de personnes hospitalisées en France et on en décompte 14 000 dont 3500 cas
00:00:53graves avec malheureusement déjà 2300 décès et comme vous le savez ce chiffre ne compte, ne
00:01:02comptabilise que les décès en milieu hospitalier et non en communauté dans les établissements de
00:01:10personnes âgées. Alors en Ile-de-France la situation commence à devenir assez critique donc nous avons
00:01:19aujourd'hui 1600 personnes gravement malades admises dans les services de soins critiques.
00:01:28Il faut savoir que la région Ile-de-France offre 1800 lits de réanimation donc nous sommes encore
00:01:35en deçà du seuil de saturation complet mais évidemment on en approche. Alors bien sûr les
00:01:43hôpitaux et notamment l'assistance publique des hôpitaux de Paris fait le maximum pour pouvoir
00:01:47rapidement augmenter ce nombre de lits disponibles et on espère évidemment augmenter le potentiel
00:01:57rapidement pour pouvoir prendre en charge le maximum voire la totalité bien sûr des patients
00:02:04qui le nécessitent. Parce que c'est vrai que c'est le chiffre vous dites 1700 on sait qu'en temps
00:02:08normal il y a une capacité de 1500 ça veut dire qu'on a déjà dépassé le seuil critique à la base
00:02:13et qu'il a fallu pousser les murs pour on va dire avoir une capacité plus importante. 1500 c'est
00:02:20déjà un nombre augmenté par rapport à d'habitude de lits de soins critiques mais même ce premier
00:02:29chiffre qui avait été envisagé comme capacitaire initialement a été déjà augmenté à 1800 et le
00:02:37but bien sûr c'est de dépasser très largement 2000 lits dans les jours qui viennent. Donc 2000
00:02:43lits, comment on fait, comment on organise l'hôpital parce qu'on se dit que la structure est ce qu'elle
00:02:47est, c'est du bricolage un peu comment ça se passe ? Non alors en fait tout d'abord il y a eu un
00:02:53redéploiement des activités donc notamment un certain nombre d'interventions chirurgicales
00:02:58programmées ont été annulées ce qui va libérer un certain nombre de lits et donc dans un deuxième
00:03:05temps les différents services et départements ont été réorganisés avec des secteurs consacrés à la
00:03:12prise en charge des patients infectés par le COVID et des secteurs réservés aux patients non
00:03:16infectés par le COVID. Évidemment le dimensionnement des secteurs consacrés aux patients infectés par
00:03:23le COVID a augmenté progressivement avec l'arrivée des patients et donc un certain nombre de ces
00:03:29secteurs ont été transformés, armés, on dit le mot armés, en lits de réanimation c'est à dire avec
00:03:36du matériel spécialisé notamment des ventilateurs pour permettre la respiration artificielle chez
00:03:41ces personnes qui vont être en détresse respiratoire. On évoque depuis quelques jours l'arrivée de cette
00:03:46vague épidémique en ligne de France, est-ce qu'on y est concrètement aujourd'hui, comment ça se passe
00:03:51là vraiment ces derniers jours ? Alors nous y sommes en plein donc très probablement nous ne sommes
00:03:55pas encore au pic donc il est attendu encore une augmentation de cette vague sur probablement les
00:04:0110-15 jours qui viennent, on ne sait pas exactement quand va arriver le sommet de ce pic, comme vous
00:04:10l'avez probablement entendu le but principal du confinement qui a été demandé à la population
00:04:15est de permettre de lisser ce pic c'est à dire en fait au lieu qu'il soit très très haut et
00:04:22très pointu plutôt qu'il soit plus arrondi et plus bas afin que le nombre maximal à un moment
00:04:29donné de personnes en défaillance justifiant d'une admission en réanimation soit inférieur au
00:04:36capacitaire du lit de réanimation offert dans le pays. On parle beaucoup des hôpitaux privés
00:04:42dans les commentaires, est-ce qu'il y a une collaboration avec eux ? On sait que ça a été
00:04:46un vrai sujet ces derniers jours de se dire que dans les hôpitaux privés il y avait de la place
00:04:50et que des fois ils n'étaient pas toujours acquisitionnés. Alors tous les hôpitaux
00:04:54collaborent évidemment, il y a un réseau qui est conduit par l'ARS qui à tout moment comptabilise
00:05:01le nombre de lits, demande des efforts de redéploiement d'activités, de personnel dans
00:05:08l'ensemble des hôpitaux donc l'ensemble des services de réanimation y compris des hôpitaux
00:05:15publics, de certaines cliniques, des hôpitaux généraux et des hôpitaux universitaires de Paris
00:05:21ont la même démarche c'est à dire la prise en charge des patients affectés par le Covid.
00:05:28Évidemment il y a aussi une aide à la répartition des patients. L'idée bien sûr est de permettre
00:05:36une meilleure distribution des patients dans l'ensemble des lits disponibles plutôt évidemment
00:05:43qu'une accumulation des patients dans les plus grands hôpitaux où de façon naturelle les
00:05:48personnes se présentent pour éviter la saturation et pour éviter bien sûr qu'on ne puisse pas les
00:05:54prendre en charge si besoin. La question de Stéphanie dans les commentaires et c'est vrai
00:05:58que c'est ce qu'on craint tous c'est le fait à un moment donné qu'on doit faire un tri
00:06:02parmi ces patients. Est-ce qu'aujourd'hui ça vous est déjà arrivé de devoir attendre, faire
00:06:07patienter quelqu'un parce qu'il n'y avait pas la capacité immédiate de pouvoir l'accueillir ? Alors
00:06:12on va dire ça c'est toujours le cas. Ce n'est pas spécifique à cette période d'épidémie Covid.
00:06:19En général lorsqu'on arrive aux urgences y compris dans une situation grave il va falloir
00:06:25pendant un certain temps patienter le temps qu'on puisse trouver le bon lit dans le bon
00:06:31service avec le bon matériel pour pouvoir prendre la personne en charge. Ça n'est pas pour autant
00:06:35que cette personne qui va attendre un tout petit peu qu'elle va perdre des chances bien sûr de
00:06:42guérir dans les meilleures conditions. Évidemment ceci est un peu plus délicat actuellement puisque
00:06:47comme tout le monde l'a compris on met pas loin de la saturation du nombre de lits disponibles en
00:06:54Ile-de-France. Donc évidemment les médecins que ce soit les médecins urgentistes à l'accueil de
00:07:01l'hôpital, les médecins réanimateurs doivent en permanence décider en fonction d'un certain
00:07:06nombre de paramètres quelle est la meilleure orientation pour un patient en fonction de son
00:07:12état bien sûr immédiat et des soins que cela exige mais également de son âge, de son état
00:07:19fonctionnel, de ses maladies antérieures et tout ça exige bien sûr un diagnostic très précis et
00:07:25très rapide. Est-ce que vous pouvez peut-être nous parler des situations de vie ? Je rappelle que vous
00:07:29êtes chef du service de réanimation médicale ici dans cet hôpital de la rue Boisir à Paris. Est-ce
00:07:33que vous êtes déjà confronté à des patients qui décèdent, à des situations compliquées ? Est-ce
00:07:39que vous pouvez peut-être nous raconter peut-être certains cas que vous avez pu voir dans vos
00:07:45services ces derniers jours ? Alors donc le service de réanimation médicale de l'hôpital de la rue Boisir
00:07:51comporte 18 lits donc actuellement nous avons 18 patients qui présentent une forme grave de
00:07:58Covid-19 qui ont donc été admis pour détresse respiratoire et qui sont tous actuellement en
00:08:06ventilation artificielle dans le service. Alors depuis maintenant une dizaine de jours que nous
00:08:14recevons ce type de patients, évidemment un certain nombre ont été traités avec succès,
00:08:21nous avons quatre patients qui ont pu sortir du service guéri. Donc ça c'est des bonnes
00:08:28nouvelles aussi, c'est qu'il y a quatre personnes qui étaient dans un état grave, qui étaient dans un état très
00:08:31grave, intubées, réanimées, ventilées et puis qui se sont améliorées avec les thérapeutiques et qui ont
00:08:38pu sortir du service. Ils ne sont pas encore rentrés chez eux mais ils sont actuellement dans des secteurs
00:08:44de médecine et ils sont guéris de leur infection. Malheureusement nous déplorons aussi deux décès dans
00:08:51le service de réanimation donc c'est une maladie grave, le risque de décès existe. Les deux personnes
00:08:58qui sont décédées étaient les personnes les plus âgées parmi ce groupe de patients dont nous avions
00:09:03la responsabilité. Ces deux personnes les plus âgées, est-ce qu'on peut peut-être donner leur âge et
00:09:07s'ils avaient des pathologies, des maladies préexistantes avant le Covid-19 ?
00:09:12On va dire que le Covid-19 va être responsable de formes plus graves avec l'âge, donc
00:09:22effectivement à partir de 70-75 ans, le tableau clinique peut être un peu plus sérieux, ce
00:09:30d'autant plus que l'on a des maladies sous-jacentes, donc notamment l'hypertension artérielle, le diabète
00:09:38mais aussi les maladies respiratoires, l'asthme, la bronchopneumopathie chronique que l'on appelle
00:09:46BPCO liée au tabac sont des conditions qui favorisent on va dire des formes plus graves.
00:09:54Mais également chez les sujets un peu plus âgés, des maladies neurologiques dégénératives, la maladie
00:09:58de Parkinson, des états on va dire prédémentiels d'Alzheimer sont également des facteurs de risque
00:10:07de faire des problèmes un peu plus sérieux. Et là par exemple sur les deux personnes en particulier,
00:10:11donc les deux personnes, l'une était extrêmement âgée, elle avait 87 ans et l'autre était peut-être
00:10:17un peu moins âgée, de l'ordre de 80 ans, mais avait beaucoup de comorbidités notamment cardiaque,
00:10:23il avait déjà fait un infarctus du myocarde avec un coeur fragile. Au niveau des patients justement
00:10:30guéris, quel âge ils avaient ? Alors la moyenne d'âge des patients hospitalisés chez nous est de
00:10:3750 ans. 50 ans ? Parce que c'est vrai qu'on a toujours cette idée en tête de se dire que c'est
00:10:42les personnes les plus âgées, alors on en parlera notamment de cette jeune fille de 16 ans qui est
00:10:46décédée, mais 50 ans c'est quand même jeune. Donc en fait nos patients vont de 40 à 65 ans à peu
00:10:52près. Pour la grande majorité, on a quelques patients aux environs de 70 ans, mais c'est vrai
00:11:02qu'on va dire, nous avons été surpris en fait bien sûr par rapport aux données chinoises qu'un
00:11:12certain nombre de personnes plus jeunes faisaient des formes graves. Alors il faut quand même noter
00:11:19que ces personnes ont souvent quand même une certaine comorbidité. Une comorbidité c'est quoi ?
00:11:27C'est à dire en fait des facteurs notamment métaboliques de risque, c'est à dire l'hypertension,
00:11:35le diabète, ou on va dire parfois latents, c'est à dire peut-être peu connu, pas connu encore de la
00:11:42personne. Et c'est vrai que ça peut favoriser une maladie un peu plus grave. Donc là les plus
00:11:50jeunes qui sont, enfin c'est les plus jeunes les quatre guéris ou c'est un peu tout ? Non,
00:11:53non c'est pas, alors c'est des gens on va dire entre 50 et 60 ans. 50 et 60 ans, c'est vrai que
00:12:00on a cette question par exemple de Alman Soui dans les commentaires qui nous dit la mort de la
00:12:03jeune fille de 16 ans, est-ce qu'il est dû à une possible mutation du virus ? Non, alors on va dire,
00:12:09il est vrai que le virus subit des mutations permanentes, alors soit dans un sens où il peut
00:12:16devenir plus dangereux, effectivement induire une maladie plus grave, soit aussi dans un autre sens,
00:12:23c'est à dire finalement de donner un tableau clinique beaucoup moins grave. Alors au jour
00:12:29d'aujourd'hui, il n'a pas été identifié des mutations significatives qui ont modifié le
00:12:38tableau clinique lié au virus. Donc en fait, chez cette jeune fille, c'est très probablement le même
00:12:45virus qui s'évite partout ailleurs, en France, en Europe et probablement en Chine, mais effectivement
00:12:54il faut savoir que même chez des sujets jeunes, il peut y avoir des formes graves, même si elles
00:13:00sont évidemment beaucoup moins probables. Et en tout cas, chez une jeune fille de 16 ans, ça c'est
00:13:05plutôt un cas exceptionnel, puisqu'à ma connaissance, en Chine du moins, aucun cas de décès n'a été
00:13:11rapporté dans la population pédiatrique ou d'adolescents. Donc là, ce sera le décès le plus jeune
00:13:18toupé ? À ma connaissance, de publié. Maintenant, évidemment, il y a peut-être certaines données qui ne sont pas...
00:13:24Et cette jeune fille qui n'avait pas de maladie ? Alors oui, c'est ce qui est dit, c'est ce qui est dit, voilà.
00:13:31Alors après, évidemment, il faut être prudent parce qu'on n'a pas le dossier médical et parfois, il peut
00:13:37y avoir des maladies qui ne sont pas connues de la personne, qui existaient quand même de façon latente.
00:13:43Alors, vous parlez justement de cette étude de la Chine. On se dit aussi qu'il y a un discours qui a énormément évolué.
00:13:49Il y a un mois, on disait, c'est pas grave, ça va aller. Et puis aujourd'hui, on a une situation qui est quand même,
00:13:54on peut dire dramatique quand même dans certains pays, notamment la France. On rappelle aujourd'hui 319 personnes
00:14:01qui ont perdu la vie lors des dernières 24 heures en milieu hospitalier, ce qui veut dire qu'en ville, dans les EHPAD,
00:14:07le bilan s'annonce malheureusement plus lourd. Comment il y a eu cette évolution ? Comment on n'a pas réussi peut-être
00:14:14à voir venir les choses finalement ? Alors en fait, effectivement, il semble qu'un peu comme en Italie, on va dire la gravité
00:14:22de certaines formes et le taux de décès puisse être un peu plus important en comparaison à ce qu'il y a été rapporté en Chine.
00:14:31Alors évidemment, encore faut-il que les données chinoises soient exactes, mais on va dire, dans cette maladie, il y a à la fois le virus
00:14:44qui est important, mais aussi la personne infectée, ce qu'on appelle l'hôte. Il est probable que l'hôte européen soit peut-être
00:14:54plus fragile de par son mode de vie, de par son alimentation, de par un certain nombre de comorbidités, de par que la population européenne
00:15:02et notamment italienne est plus âgée que d'autres populations, eh bien qu'il y ait un sur-risque avec un taux de létalité
00:15:10un peu plus élevé en Europe que ce qui a été observé en Chine.
00:15:13Est-ce qu'on peut aussi se poser la question tout simplement de remettre en cause les études chinoises ou de ce qui s'est passé là-bas ?
00:15:17C'est ce qui monte de plus en plus. En voyant une différence, un bilan en Chine qui tourne autour de 3 400 décès déclarés par les autorités chinoises.
00:15:26On voit qu'ici, en l'espace d'un mois, un mois et demi, on a l'Italie qui a dépassé les 10 000 morts aujourd'hui, l'Espagne qui a plus de 5 000 désormais,
00:15:36la France qui a presque 2 500. Et on rappelle que pour chacun de ces pays, c'est des chiffres en milieu hospitalier.
00:15:43Est-ce que finalement, de par le biais des autorités chinoises, on n'a peut-être pas eu aussi la gravité de ce qui était en train de se passer,
00:15:50que c'est finalement plus grave que ce qu'ils pouvaient peut-être eux nous dire ?
00:15:54Alors c'est possible. Moi, je n'ai pas les données exactes épidémiologiques, si ce n'est les données publiées par les médecins chinois.
00:16:05Malgré tout, il faut reconnaître que la politique de confinement qui a été conduite en Chine relativement précocement et qui a été parfaitement respectée
00:16:15par la population a sûrement contribué aussi à réduire l'extension de la maladie dans le pays et probablement réduit le taux de décès dans les populations.
00:16:28Justement, il y a la question du confinement. C'est vrai qu'on voit que le confinement en Chine est beaucoup plus strict que celui qu'on peut voir en Europe,
00:16:35même si l'Italie et l'Espagne ont pris de nouvelles mesures. Et on peut d'ailleurs annoncer à ceux qui nous regardent que l'Espagne a pris de nouvelles mesures,
00:16:41notamment vis-à-vis des personnes qui travaillent, en limitant au strict minimum toute activité liée aux déplacements professionnels,
00:16:49chose qui n'était pas le cas jusqu'à maintenant. Enfin, c'était déjà très largement encadré, l'idée d'aller vers le télétravail comme on voit en France.
00:16:54Mais là, c'est vraiment encore beaucoup plus strict. Est-ce que finalement, c'est ce vers quoi on doit aller pour vous ?
00:17:01Alors on va dire qu'il y a encore des pays qui ont pris des décisions de confinement encore plus drastiques et qui étaient bien sûr encore mieux respectées par les populations.
00:17:12C'est le cas de la Corée du Sud, du Japon, de Hong Kong, où l'épidémie s'est beaucoup moins répandue.
00:17:23Et la courbe d'expansion a été parfaitement lissée par rapport à ce que l'on observe actuellement dans les pays européens.
00:17:32Alors peut-être que ceci relève de la discipline, de la culture de ces pays par rapport aux Occidentaux.
00:17:38Mais il est clair qu'au jour d'aujourd'hui, en l'absence de traitements préventifs médicamenteux et donc notamment de vaccins,
00:17:47le seul moyen efficace pour pouvoir limiter l'extension de l'infection, c'est le confinement.
00:17:54La question des masques aussi, c'est vrai que dans les pays asiatiques, ces masques sont beaucoup plus présents qu'on peut le voir en France.
00:17:59On reviendra peut-être aussi sur les problèmes, sur le manque de moyens de l'hôpital.
00:18:02Mais aussi de se dire, est-ce que c'est parce qu'eux ont eu très rapidement des masques que ça a peut-être pu aussi permettre d'endiguer ça ?
00:18:10C'est possible. Moi, je ne suis pas expert épidémiologiste pour pouvoir commenter les différents moyens optimaux pour pouvoir limiter la contagiosité.
00:18:20Mais il est possible, évidemment, que le fait d'utiliser plus largement les masques, le fait de faire des dépistages dans la population plus importante,
00:18:30le fait d'une certaine discipline aussi au sein de cette population, on va dire plus drastique, ait contribué à réduire l'expansion de la contamination
00:18:45et à réduire de ce fait le nombre de cas graves et le nombre de décès.
00:18:51Tout le monde a bien compris que le but de toutes ces mesures, ce n'est pas finalement d'arrêter l'expansion de l'épidémie, parce qu'on ne peut pas l'arrêter, évidemment,
00:18:59mais de lisser les choses pour que le nombre de cas graves, plutôt qu'ils surviennent de façon massive et intense et qu'ils débordent le capacitaire des hôpitaux,
00:19:11qu'ils se passent de façon plus lissée et plus étendue dans le temps.
00:19:15Et on apprend ce soir un sénoconfer de l'AFP qui donne cette information, que je donne à ceux qui nous regardent,
00:19:20que la barre des 30 000 décès de coronavirus vient d'être dépassée en milieu hospitalier.
00:19:25Deux tiers de ces décès ont été enregistrés en Europe. Vous faites donc ce triste calcul.
00:19:3120 000 personnes sont décédées en Europe depuis le début de cette épidémie de coronavirus et le reste dans d'autres pays,
00:19:38essentiellement en Asie et aussi aux États-Unis, où on a détecté beaucoup de cas ces derniers jours, notamment aussi du côté de New York,
00:19:46qui est un peu le foyer principal en Amérique du Nord.
00:19:49— Je crois même qu'en Italie, la barre des 10 000 décès a été dépassée. Donc je pense que l'Italie contribue plus de la moitié des décès européens.
00:19:57— Ce qui est justement... C'est que l'Italie a commencé le confinement aux alentours du 9 mars. Ça va faire presque 3 semaines aujourd'hui.
00:20:04Comment on explique que la courbe des décès n'arrête pas encore d'augmenter ? Quand je dis qu'elle n'arrête pas encore d'augmenter,
00:20:09c'est qu'hier, on a comptabilisé 969 décès. Aujourd'hui, on a un peu moins de 900. C'est encore plus que les jours précédents.
00:20:17On était sur une fourchette de 600 à 800. Comment on explique qu'après 3 semaines de confinement, on n'arrive pas encore à ressentir un fléchissement de la courbe ?
00:20:25— Alors je dirais qu'il est probablement attendu que le nombre de décès continue à augmenter légèrement, alors même que le nombre de cas nouveaux,
00:20:36graves, admis en réanimation, puisse plafonner ou diminuer. Ceci est lié au fait qu'un certain nombre de personnes qui étaient déjà en réanimation
00:20:43depuis un certain nombre de jours et qui ne se sont pas améliorées finissent malgré tout par décéder. Il faut rappeler quand même qu'en Chine,
00:20:52le taux de mortalité des personnes admises en réanimation était de l'ordre de 50 %, une personne sur deux. Alors en Europe, par contre,
00:20:59nous n'avons pas encore de données, donc nous ne pouvons pas dire. Mais il est probable qu'avec le temps, un certain nombre de personnes
00:21:06qui sont hospitalisées de façon maintenant assez prolongée en réanimation finissent par décéder.
00:21:13— Donc cette donnée-là, justement, par rapport aux décès, ça veut dire qu'on peut incuber la maladie à un moment et décéder quelques semaines après, c'est ça ?
00:21:24— Non. C'est-à-dire qu'en fait, la personne avait déjà les symptômes, donc était déjà malade, mais elle a été admise en réanimation.
00:21:31Et puis avec les moyens de réanimation, on a maintenu la vie de façon artificielle pendant un certain nombre de jours sans pouvoir réverser la situation,
00:21:41parce que les dégâts pulmonaires étaient importants. Et donc au final, la personne finira par décéder. Mais en fait, elle a déjà déclaré la maladie.
00:21:51Elle n'est plus en incubation. — Là, par exemple, les deux personnes que vous avez au niveau des décès, elles sont restées combien de temps chez vous ?
00:21:57— Alors les deux personnes sont décédées assez rapidement après l'admission en réanimation. La première, parce que nous avions décidé
00:22:03de ne pas sanctionner les moyens de réanimation. Donc nous avions décidé de ne pas faire d'intubation et de ventilation artificielle.
00:22:11C'était une personne très âgée avec une maladie neurologique très grave. Et donc effectivement, nous avons estimé que la réanimation de façon agressive
00:22:20n'avait pas de sens pour sa vie, parce que malgré tout, ceci induit une souffrance très importante physique et psychologique.
00:22:30— Ce qui fait que quand on est intubé, on peut pas forcément résister. C'est ça aussi ? — Parce qu'elle avait 87 ans.
00:22:37Elle avait une maladie neurologique dégénérative importante. Et nous avons estimé qu'au vu de la gravité de son infection par Covid-19,
00:22:48la probabilité de survie après, malgré les moyens de réanimation, était nulle. — Comment on prend cette décision-là ?
00:22:55Parce que là, ceux qui l'ont regardé se disent... Ils sont peut-être même choqués de se dire pourquoi on va pas jusqu'au bout.
00:23:02Comment on prend ce type de décision ? Est-ce que c'est avec la famille ? — Ce qu'il faut savoir, c'est que ce sont les décisions d'admission à réanimation
00:23:11et les décisions – entre guillemets – de calibration, de personnalisation des moyens de réanimation engagés. Ça n'est pas du tout quelque chose de nouveau.
00:23:23C'est quelque chose qui existe depuis toujours. Évidemment, tout le monde comprend bien qu'on ne peut pas engager la même intensité de réanimation
00:23:33pour quelqu'un qui a 25 ans et pour quelqu'un qui a 90 ans, puisque l'agressivité des techniques de réanimation ne sera probablement pas supportée
00:23:44en soi déjà par la personne de 90 ans. — Il y a beaucoup de questions – vous l'imaginez bien – sur le sujet du moment.
00:23:51— Vous l'avez peut-être trouvé. La chloroquine. — Ah, la chloroquine, c'est bien. — Voilà. La chloroquine, elle revient énormément dans les commentaires
00:23:57sur les réseaux sociaux. C'est même le débat qui peut même parfois cristalliser, même des tensions entre médecins, entre chercheurs.
00:24:03Vous, comment ça se passe dans cet hôpital ? Est-ce que vous utilisez l'hydroxychloroquine ? — Alors tout d'abord, il faut bien faire la différence
00:24:11entre chloroquine ou nivaquine et hydroxychloroquine ou plaquénile. Donc ce sont 2 médicaments séparés. Même si tous les 2 ont des propriétés
00:24:21qui ont été démontrées contre le virus du COVID-19 in vitro, c'est-à-dire dans les tubes à essai, il est de fait que l'hydroxychloroquine
00:24:34est beaucoup mieux tolérée par le corps humain que la chloroquine, notamment aux doses recommandées. Donc on va dire que c'est essentiellement
00:24:41l'hydroxychloroquine pour lequel il existe éventuellement une possibilité de traitement chez l'homme.
00:24:50Alors au jour d'aujourd'hui, comme tout le monde le sait, il n'a pas été démontré que l'hydroxychloroquine soit efficace pour traiter la maladie
00:25:00liée au COVID-19, c'est-à-dire pour réverser les symptômes, pour éventuellement prévenir l'aggravation ou l'hospitalisation en réanimation,
00:25:11et bien sûr pour éviter le décès. Donc la seule chose qui a été prouvée, c'est son action antivirale, voire anti-inflammatoire, sur des cellules in vitro
00:25:26infectées par COVID-19, avec une diminution de la réplication virale, et puis dans un article préliminaire par l'équipe du professeur Raoult,
00:25:37une réduction de la charge virale chez des patients, on va dire, n'ayant pas une forme grave de la maladie, est traitée par l'association hydroxychloroquine et azithromycine.
00:25:49Que vous utilisez-vous ici ?
00:25:51Alors, on va dire, lorsque cet article a été publié, évidemment, moi comme responsable du service de réanimation et donc de l'avis d'un certain nombre de personnes
00:26:02gravement infectées, puisqu'il y avait l'éventualité et l'efficacité de ce médicament qui a été proposé, bien sûr, j'ai décidé de traiter un certain nombre de ces patients par cette association.
00:26:15Mais on va dire, tout en sachant qu'il n'existe aucune preuve de l'intérêt. Mais la situation est différente par rapport au sujet d'actualité, puisque moi, j'ai en charge des patients
00:26:27extrêmement graves qui luttent contre la mort. Et donc, évidemment, ce n'est pas la question posée dans la population générale, à savoir, faut-il prendre ou pas ce traitement pour éviter d'avoir une forme grave ?
00:26:42Ici, les patients ont déjà une forme grave et très probablement, effectivement, il n'est pas clair que ce traitement, à ce stade-là, puisse avoir un intérêt.
00:26:50Néanmoins, au vu de la gravité, nous avons décidé, bien sûr, après discussion au sein de l'équipe médicale, d'administrer ce traitement à un certain nombre de patients.
00:27:02Des patients graves ou... ?
00:27:03Des patients graves. Alors, juste préciser qu'évidemment, les patients qui ont été traités ont été traités très immédiatement après la publication de l'article de l'équipe de Raoult,
00:27:14avant même qu'aient été mis en place un certain nombre d'essais cliniques pour tester éventuellement l'efficacité de ce médicament.
00:27:24Il y a beaucoup de questions dans les commentaires. On va peut-être l'occasion de revenir sur le chloroquine parce que je vois que ça passionne dans les commentaires.
00:27:30Mais au sujet des femmes enceintes, est-ce que vous avez déjà vu des femmes enceintes parmi les... ?
00:27:35Oui. Alors, nous avons eu une femme enceinte, d'ailleurs, qui fait partie de l'une des personnes qui a guéri, qui a pu être extubée, donc qui est entrée chez nous avec une forme très grave de pneumonie liée au Covid-19
00:27:50et qui, il y a 24 heures, a pu être extubée et sortie du service de réanimation guérie.
00:27:56Alors, il faut savoir, par exemple, puisque nous discutons ce problème, c'est une patiente qui n'a pas été traitée par l'hydroxychloroquine.
00:28:02Donc, on voit bien qu'on peut parfaitement guérir sans avoir reçu de hydroxychloroquine.
00:28:08Il y a justement la question des femmes enceintes. Cette bonne nouvelle, vous dites que vous avez une femme enceinte. Elle était enceinte de combien de mois ?
00:28:16Elle était enceinte de 28 semaines.
00:28:2028 semaines. Donc, ça fait 6 mois, à peu près, la saison. On va peut-être plus loin. 6, 7 mois.
00:28:25Cette question, justement, de se dire, est-ce qu'il y a plus de risque quand on l'est ou pas ?
00:28:29Enfin, là, vous donnez de bonnes nouvelles. Mais est-ce que, d'un point de vue général, on peut en faire...
00:28:33Je dirais, épidémiologiquement parlant, je n'ai pas de données. Je ne peux pas répondre à la question.
00:28:37Mais ce qu'il faut savoir, c'est le fait d'être enceinte modifie l'immunité.
00:28:42Parce qu'évidemment, comme tout le monde le sait, une femme doit pouvoir tolérer la présence de son fœtus.
00:28:49Et donc, il y a une sorte de dépression de l'immunité. Et ceci pourrait favoriser une forme un peu plus grave du Covid-19.
00:29:00Même si, au jour d'aujourd'hui, les choses ne sont pas très clairement démontrées.
00:29:02Il y a quelqu'un qui réagit dans les commentaires, qui dit « Quand t'es en réa, c'est cuit. On peut répondre que non ».
00:29:07C'est-à-dire qu'on peut aller en réanimation. Vous donnez, justement, d'ailleurs cette bonne nouvelle.
00:29:10C'est que parmi les 18 personnes que vous avez, il y en a 4 qui ont contracté des formes extrêmement graves, qui ont été...
00:29:16Même beaucoup plus, puisqu'en fait, j'ai 18 lits dans le service. Mais depuis le début de l'épidémie, nous avons soigné 40 patients infectés par le Covid dans le service de réanimation.
00:29:26Donc certaines personnes n'ont pas été intubées, ventilées au départ. Et ceux-ci se sont améliorés très rapidement en l'espace de 24-48 heures et donc ont quitté le service.
00:29:35Mais je pars parmi les personnes qui étaient sous respiration artificielle, donc sous coma artificiel. Et donc nous avons 4 guérisons.
00:29:44C'est vrai qu'il y a une question qui se pose. C'est est-ce que les personnes, quand elles quittent le service de réanimation, elles sont encore contagieuses ou pas ?
00:29:50Alors oui, tout à fait, parce qu'en fait, il faut bien comprendre que, en tout cas dans un premier temps, la régression des signes cliniques les plus importants ne veut pas dire l'élimination totale du virus.
00:30:05Et donc effectivement, les personnes qui quittent le service de réanimation, dont le tableau clinique s'est parfaitement amélioré, sont pour autant encore excréteurs de virus et donc sont contagieux.
00:30:20Il a été estimé dans les données chinoises qu'une personne pouvait rester contagieuse jusqu'à 20 jours après la guérison, au plus tard, au plus long.
00:30:30Donc il y a un protocole de se dire que quand la personne quitte l'hôpital après la réanimation, elle doit rester en quarantaine pendant 3 semaines.
00:30:36Enfin, c'est-à-dire que quand elle va quitter le service de réanimation, on peut s'imaginer qu'elle ne va pas rentrer du jour au lendemain à la maison.
00:30:42Il va falloir passer par plusieurs étapes. Tout d'abord, un service de médecine classique, le temps de récupérer un peu la force, puis ensuite peut-être un service de rééducation.
00:30:51Mais l'ensemble de cette filière de soins post-réanimation restera dans un secteur dit Covid positif, c'est-à-dire avec que des patients qui sont infectés par Covid.
00:31:02Est-ce qu'on peut attraper deux fois le virus ? C'est la question que Leslie nous pose en commentaire.
00:31:06Est-ce que théoriquement, on va prendre un parcours, j'ai été en réanimation, je rentre chez moi, est-ce que c'est possible que deux semaines plus tard, je revienne à nouveau ?
00:31:14Alors, théoriquement, je dis bien théoriquement non. Au jour d'aujourd'hui, il n'y a aucune preuve que l'on puisse être recontaminé.
00:31:22Sous-entendu, le fait d'avoir déjà rencontré une première fois le virus du Covid-19 va permettre le développement d'une immunité qui va permettre de protéger la personne pendant un certain temps.
00:31:36Évidemment, au jour d'aujourd'hui, on ne peut pas du tout dire pendant combien de temps. Donc, en théorie, lorsque, en tout cas au sein de cet épisode épidémique actuel, on n'a pas de probabilité de refaire une nouvelle infection à Covid-19.
00:31:55Il y a une question dans les commentaires qui est intéressante, qui parle aussi du côté humain, parce que c'est vrai que votre quotidien n'est pas toujours évident.
00:32:02Je dirais que les cas, vous pouvez avoir en animation, mais c'est le contexte qui rend les choses encore plus compliquées.
00:32:07Comment vous vous sentez en tant que médecin, en tant qu'homme par rapport à cette expérience ?
00:32:11Quand je dis ce qui se passe en ce moment, c'est le fait qu'il y a beaucoup de patients. On pourrait aussi parler des conditions qui sont parfois, qui sont même toujours, même très difficiles pour les familles à vivre,
00:32:22dans le sens où elles ne peuvent pas rendre visite à leurs proches malades comme elles le souhaitent, que quand il y a décès, le protocole est très, très strict aussi.
00:32:31Ce n'est pas comme d'habitude. Le deuil est toujours, bien évidemment, à la base, très difficile. Mais quand, en plus, la forme du deuil s'envoie perturber, c'est encore plus difficile.
00:32:40Comment vous le vivez en étant au contact de ces patients et puis des familles, notamment ?
00:32:45Alors, c'est vrai qu'être hospitalisé en animation, de façon générale, est toujours une expérience difficile à vivre.
00:32:52Elle peut d'ailleurs être source d'un traumatisme psychologique, à la fois pour le patient et aussi pour la famille.
00:33:00C'est pourquoi nous avons un certain nombre de procédures pour éviter, minimiser en tout cas, cette expérience douloureuse.
00:33:10Donc, il faut savoir évidemment que ce soit le patient ou la famille sont pris en charge par une équipe paramédicale.
00:33:18Il y a des psychologues. Et bien sûr, nous, en tant que médecin, évidemment, on fait très attention à la façon dont on s'exprime.
00:33:26Et puis, on essaye d'être assurant, évidemment, et de ne pas éteindre l'espoir jusqu'au bout, bien sûr, quand il existe.
00:33:35Est-ce que là, le protocole en soi, ça veut dire que quand sur tous les endroits, il y a des patients Covid-19, les proches ne peuvent pas...
00:33:42Voilà. Alors, c'est vrai que ce qui rend encore plus difficile avec le Covid-19, en raison du caractère contagieux,
00:33:49en raison du protocole pour pouvoir entrer en contact avec un patient, c'est-à-dire il faut s'habiller, mettre une surblouse, un masque,
00:33:58une charlotte, des lunettes, des gants. Donc, ça est très compliqué. Pour éviter de faire, bien sûr, un problème et risquer soi-même d'être contaminé,
00:34:09donc, les hôpitaux ont décidé d'interdire les visites des proches. Donc, c'est quelque chose de très difficile.
00:34:17Néanmoins, on a mis, bien sûr, en place un certain nombre de procédures de compensation. Donc, par exemple, dans le service,
00:34:24donc les internes en médecine appellent 2 fois par jour la personne référente de chaque famille pour donner des nouvelles au téléphone.
00:34:37Et donc, cette personne référente peut poser, bien sûr, des questions et reçoit un certain nombre d'informations sur l'état de son proche.
00:34:44— Il y a beaucoup de questions qui se posent. Vous avez suivi la conférence de presse d'Edouard Philippe et Olivier Véran, non ?
00:34:50— Cet après-midi. — Non, j'ai pas suivi. — Voilà. Il y a eu une grande conférence où on a évoqué la suite un peu, maintenant, sur les tests, sur le matériel.
00:34:59C'est vrai que... Comment ça s'est passé au niveau du matériel ? Est-ce que vous avez eu des manques ? Six bruits, desquels ?
00:35:06— Alors on va dire, bien sûr, qu'en raison de l'afflux massif de patients graves dans les services de réanimation, évidemment,
00:35:18à un moment, nous sommes arrivés à certaines limites d'un certain type de matériel. Alors bien sûr, tout d'abord les lits.
00:35:25C'est pourquoi on ouvre de plus en plus de lits. Les ventilateurs. C'est pourquoi on a reçu des ventilateurs supplémentaires.
00:35:34Mais aussi du petit matériel auquel, au départ, on ne pensait pas vraiment qu'il allait manquer. Par exemple, tout simplement des appareils que l'on appelle
00:35:43les seringues électriques, c'est-à-dire des appareils qui vont pousser la seringue pour administrer une perfusion en continu à un patient.
00:35:52Certains médicaments aussi. Par exemple, les médicaments qui permettent la curarisation, c'est-à-dire la paralysie des muscles,
00:36:01pour permettre une meilleure oxygénation du corps qui est en anesthésie générale et intubée ventilée. Donc, oui, on a constaté que pour certains médicaments consommables
00:36:18ou matériels, on arrivait aux limites des choses. Mais à ce jour, ne serait-ce que dans le service chez nous, on n'a jamais manqué vraiment de matériel.
00:36:27Par contre, ceci nous oblige à nous adapter en permanence, à être imaginatifs et à revoir certains protocoles de soins pour pouvoir s'adapter à la situation.
00:36:35Donc, en situation de crise, il faut savoir s'adapter.
00:36:38Vous, les masques, ça a été ? Vous avez pu avoir ce qu'il fallait ?
00:36:40Alors oui, les masques, on n'a jamais manqué de masques, même si on sait que les réserves sont faibles, que si la crise se prolongeait de façon très importante,
00:36:48on pourrait manquer. Mais bien sûr, tout le monde a appris que nous avons fait des commandes de plusieurs millions de masques.
00:36:55Même en milliards, maintenant.
00:36:56Milliards de masques, voilà. Ça devrait se régler, j'imagine.
00:36:59Un masque, la durée du masque est très courte, en fait. Vous devez en changer plusieurs fois par jour.
00:37:05Oui, tout à fait. Tout à fait. Alors, pas pour circuler dans un couloir, ça, c'est sûr que non, mais nos infirmiers et nos médecins sont confrontés
00:37:14directement aux patients, avec parfois des soins au niveau des voies respiratoires.
00:37:20Et donc là, évidemment, la charge de l'air et de l'atmosphère autour du patient en virus est très importante.
00:37:29Et donc, évidemment, il faut mettre des masques de type FFP2 et les changer régulièrement.
00:37:35Question des tests aussi, c'est vrai que c'est une question qui revient très régulièrement.
00:37:40On en fait beaucoup moins que d'autres pays. Ce serait une piste de sortie de confinement progressif, peut-être éventuellement.
00:37:49Est-ce que le fait de tester, tester, tester, c'est vraiment le seul moyen pour en sortir aujourd'hui ?
00:37:54Et est-ce que vous arrivez d'ailleurs à tester toutes les personnes qui viennent ici ou est-ce que vous êtes obligés de faire un tri
00:37:59entre les formes les plus graves et les cas asymptomatiques, mais ceux qui ont des formes moins graves de la maladie ?
00:38:05Alors, au jour d'aujourd'hui, donc, si vous vous présentez à l'hôpital, on ne fera un test que si vous êtes hospitalisé.
00:38:11Donc, si vous n'êtes pas hospitalisé parce que vous n'avez qu'une forme bénigne, c'est-à-dire un syndrome de type grippal,
00:38:18on va vous demander de rentrer chez vous, de vous confiner, de mettre un masque pour éviter de contaminer votre famille.
00:38:25Mais on ne fera pas de test. Par contre, si vous êtes hospitalisé, nous avons besoin absolument d'un diagnostic.
00:38:32Tout le monde a bien compris qu'au jour d'aujourd'hui, l'hôpital est quasiment divisé en deux grands secteurs.
00:38:37Le secteur Covid+, le secteur Covid-moins.
00:38:41Et bien sûr, il n'est pas question de mettre un patient porteur du virus du Covid-19 dans le secteur Covid-moins
00:38:48parce qu'il va bien sûr contaminer les autres patients.
00:38:54Donc, le test est nécessaire à l'entrée de l'hôpital pour être hospitalisé,
00:38:59c'est-à-dire pour les patients qui présentent des signes justifiants d'une hospitalisation,
00:39:03donc généralement, quelqu'un qui a un essoufflement.
00:39:06Et donc, on peut faire un diagnostic Covid-19 sans test ?
00:39:09C'est par probabilité.
00:39:11C'est-à-dire qu'une personne qui va venir à l'hôpital, qui a juste un syndrome de grippal, de la fièvre, une fatigue,
00:39:15qui n'a aucun signe de gravité, par probabilité, au vu de l'épidémie actuelle,
00:39:20puisque l'épidémie de grippe a disparu, il n'y a plus d'infection grippale, donc ça ne peut être que le Covid-19.
00:39:27Donc, par probabilité, on va dire que ce virus responsable de ce syndrome pseudo-grippal est le Covid-19.
00:39:34On sait que le Covid-19 s'attaque notamment aux poumons.
00:39:36Est-ce qu'il y a des radiographies qui sont faites à chaque fois pour voir l'état des poumons ?
00:39:40Parce que c'est ça aussi qui est révélateur des fois de la maladie sous sa forme grave, c'est ça ?
00:39:44Alors, il faut faire très attention.
00:39:47Donc, en fait, le virus s'attaque surtout à la région ORL,
00:39:54c'est-à-dire la gorge, le nez, éventuellement les yeux, les conjonctives.
00:39:59Ça peut donner un problème de goût, une perte de goût, une perte d'odorat, donc vraiment ORL.
00:40:05Ça va donner, bien sûr, des courbatures, de la fièvre, une fatigue.
00:40:09Ça, c'est ce qu'on appelle, comme une grippe, le syndrome grippal.
00:40:12Donc, ça, c'est à peu près 80 % des formes, donc ils sont totalement bénignes.
00:40:18Et comme vous le savez, à côté de ça, on estime qu'il y a un nombre très important de personnes totalement asymptomatiques,
00:40:25c'est-à-dire qui n'ont même pas un seul signe clinique.
00:40:28Et ce chiffre est estimé jusqu'à 40 % des personnes contaminées.
00:40:35Alors, à côté de ça, effectivement, dans 20 % des personnes qui ont des signes cliniques,
00:40:41donc qui est déjà une toute petite minorité, dans 20 % des personnes qui ont une forme clinique,
00:40:46le virus va s'attaquer au poumon.
00:40:49Et donc, il va donner, effectivement, une pneumonie,
00:40:54alors qui, pour 15 des 20 %, est une pneumonie simple,
00:40:59avec simplement peut-être une gêne respiratoire, une douleur à la poitrine,
00:41:05un petit manque d'oxygénation qui va justifier une hospitalisation.
00:41:09Et donc, en fait, le traitement principal, c'est l'oxygène, tout simplement.
00:41:13Et puis, dans 5 des 20 %, donc dans un quart des cas,
00:41:20des formes où il y a une atteinte du poumon, là, on va avoir une forme un peu plus grave,
00:41:25c'est-à-dire, là, on va avoir une détresse respiratoire, donc on va vraiment manquer d'oxygène.
00:41:31Et là, il faudra monter les quantités d'oxygène jusqu'à devoir respirer en oxygène pur.
00:41:38Et parfois, malgré ça, on ne peut pas respirer de façon satisfaisante.
00:41:42Et donc, à ce moment-là, on doit être mis en anesthésie générale
00:41:46et on doit recevoir une ventilation artificielle.
00:41:49Et pour pouvoir permettre la ventilation artificielle,
00:41:51on doit insérer un tube, un tuyau directement dans la trachée pour oxygéner les poumons directement.
00:41:59Et cette manœuvre-là s'appelle l'intubation suivie de la ventilation mécanique.
00:42:05Et à ce moment-là, toutes ces personnes sont en coma artificiel,
00:42:09c'est-à-dire reçoivent un médicament pour dormir, un médicament pour la douleur
00:42:15et très souvent un médicament pour paralyser les muscles.
00:42:18– Et question qui se pose justement par rapport au poumon, quand on fait un scanner,
00:42:21c'est-à-dire, par exemple, les patients que vous avez pu voir, quand ils ressortent,
00:42:24qu'est-ce qu'on fait comme... ?
00:42:25– Non, quand une personne vient, elle n'a que des signes ORL,
00:42:30elle n'a aucun examen supplémentaire.
00:42:33Donc, simplement, on lui demande de consulter son médecin traitant
00:42:37et de faire attention et de se confiner.
00:42:40Et en fait, l'assistance publique a justement mis en place un système appelé Covidome,
00:42:47de suivi ambulatoire à distance pour permettre justement de suivre
00:42:58sans nécessairement revenir ou consulter par la suite les patients qui ont des formes mineures.
00:43:05Donc, en fait, c'est lorsqu'on a une forme pulmonaire,
00:43:08donc dans les 20% des personnes symptomatiques,
00:43:11où là, effectivement, il sera nécessaire de faire une imagerie pulmonaire.
00:43:16Donc, qui peut être une simple radiographie de thorax
00:43:18et qui peut être de façon plus sensible et meilleure, un scanner thoracique.
00:43:23– Est-ce qu'il peut y avoir des séquelles ?
00:43:26– Alors, au jour d'aujourd'hui, c'est difficile de dire.
00:43:29On va dire, dans les formes mineures, bien sûr, ambulatoire,
00:43:34il n'y a aucune séquelle attendue.
00:43:36Dans les formes mineures pulmonaires admises à l'hôpital,
00:43:41il n'y a aucune séquelle attendue.
00:43:43Dans les formes plus graves de réanimation,
00:43:46on va dire, là, on ne peut pas se prononcer définitivement.
00:43:50En théorie, normalement, le tissu pulmonaire récupère bien.
00:43:54Donc, après qu'il ait été inflammé, éventuellement détruit,
00:43:59il va plutôt bien récupérer.
00:44:02Mais on ne peut pas du tout, bien sûr, affirmer formellement
00:44:05que pour un certain nombre de patients,
00:44:08il puisse y avoir une destruction définitive de certaines parties du poumon.
00:44:12C'est ce qu'on appelle la fibrose pulmonaire.
00:44:14– On a une question de Mathieu Brandé, que je connais bien,
00:44:16parce que c'est un confort journaliste, qui nous dit,
00:44:19voilà, c'est la crainte qu'il y ait d'autres piques par la suite,
00:44:22parce qu'on parle de piques qui vont arriver dans les prochains jours,
00:44:25mais est-ce qu'on peut, par exemple, craindre qu'à l'automne prochain,
00:44:27ça revienne ? C'est une crainte ?
00:44:29– C'est-à-dire, si le coronavirus responsable de la Covid-19
00:44:35se comporte comme le virus de la grippe,
00:44:38c'est-à-dire que tous les ans, son patrimoine génétique
00:44:42se modifie légèrement,
00:44:44eh bien, effectivement, il est attendu d'avoir des épidémies saisonnières.
00:44:48Comme tout le monde l'a compris, le virus s'est diffusé d'Est en Ouest,
00:44:52et donc, évidemment, il va faire le tour de la Terre,
00:44:53il va revenir l'année prochaine.
00:44:56Maintenant, s'il n'y a aucune modification de son patrimoine génétique,
00:44:59ce qui est quand même le plus probable,
00:45:02puisque d'autres virus de la même famille, le SRAS, le MERS,
00:45:08n'ont pas fait d'épidémies répétées, donc on peut être plus tranquille.
00:45:13Alors, moi, je ne suis pas virologue,
00:45:14donc je ne suis pas spécialiste de cette question,
00:45:16donc je ne fais que des hypothèses, mais je dirais,
00:45:21au jour d'aujourd'hui, on ne peut pas répondre encore, évidemment.
00:45:25Bien sûr, il peut y avoir donc des épidémies, le risque n'est pas nul.
00:45:28Il peut même y avoir une épidémie plus grave si le virus mute
00:45:31et devient plus dangereux, parce qu'en fait, l'immunité...
00:45:35Et ça, c'est un risque.
00:45:36Le risque existe.
00:45:37À mon avis, il est faible, mais le risque existe.
00:45:40L'immunité que les personnes qui ont rencontré ce virus-là
00:45:46sera, on va dire, prolongée.
00:45:48Mais si un nouveau virus muté arrive,
00:45:51cette immunité sera insuffisante pour défendre contre ce virus.
00:45:55Donc, si jamais, évidemment, on envisageait une possibilité
00:45:58de retour épidémique, le vaccin aura un rôle très important
00:46:03pour prévenir, un peu comme la grippe.
00:46:06Tous les ans, il est recommandé, donc je pense que maintenant,
00:46:09les personnes ont bien compris l'intérêt de la vaccination.
00:46:13Donc, il est recommandé de faire une vaccination antigrippale,
00:46:15notamment lorsqu'on est fragile, pour éviter de faire la grippe.
00:46:18Eh bien, possiblement, un vaccin contre le coronavirus
00:46:22sera mis au point et il sera recommandé d'être vacciné.
00:46:25C'est vrai que c'est aussi la différence,
00:46:27c'est qu'aujourd'hui, on n'a pas de vaccin.
00:46:30On a des pistes de traitement.
00:46:32On a parlé de la chloroquine tout à l'heure,
00:46:33mais on pourrait être mieux préparé à affronter les choses
00:46:37si jamais une nouvelle vague épidémique venait à survenir.
00:46:41On va dire, c'est de l'intérêt, en fait, de bien faire les...
00:46:45D'abord, de bien faire les traitements tels qu'ils sont proposés.
00:46:47Donc, comme tout le monde a compris,
00:46:48il y a beaucoup de pistes de traitement efficaces.
00:46:51Donc, tout le monde parle de l'hydroxychloroquine, de l'azithromycine.
00:46:54Il y a d'autres médicaments qui ont été proposés,
00:46:58des médicaments qui sont donnés actuellement
00:46:59pour traiter l'infection par le VIH,
00:47:03mais également des médicaments qui modulent l'immunité.
00:47:07L'intérêt, bien sûr, de donner ces médicaments
00:47:10dans le cadre d'essais thérapeutiques bien faits
00:47:15permettra de répondre à la question
00:47:17est-ce que ces médicaments sont efficaces ou pas ?
00:47:19Et ça, c'est très important pour la suite.
00:47:21Effectivement, si jamais les choses survenaient à nouveau,
00:47:24de savoir quels sont les médicaments qui, cette fois-ci,
00:47:26devront être donnés et à des échelles plus importantes.
00:47:29À l'inverse, si tout le monde prend des médicaments
00:47:32de façon, on va dire, désordonnée,
00:47:36malheureusement, on ne pourrait pas répondre à ces questions.
00:47:40Et donc, la science en serait au même état qu'aujourd'hui.
00:47:45Et donc, lors d'une épidémie prochaine,
00:47:49on ne saura pas répondre à la question
00:47:50quel est le traitement à donner.
00:47:52C'est un peu le cas de ce qui s'est passé parfois
00:47:57avec certaines infections virales,
00:48:01où finalement, la médecine n'a pas réussi
00:48:04à mettre au point des essais thérapeutiques
00:48:07de grande envergure dans les temps.
00:48:10Et on n'a pas répondu à la question.
00:48:13Par exemple, au Rebola, aujourd'hui,
00:48:15on ne sait toujours pas quel traitement il faut donner.
00:48:17Il y a beaucoup de questions par rapport au temps du confinement.
00:48:19Peut-être, venons-en sur le pic épidémique.
00:48:22On en est où aujourd'hui, concrètement ?
00:48:24Ce pic épidémique, il est attendu pour quand réellement ?
00:48:27On va prendre la situation de l'Île-de-France,
00:48:28parce qu'on pourra peut-être aussi parler en détail
00:48:30que le pic épidémique sera différent d'une région à l'autre.
00:48:33Mais si on prend la situation de la région de France,
00:48:36vu qu'on est ici, à Paris ?
00:48:38Alors, bien sûr, je ne peux pas répondre, évidemment.
00:48:41Si j'avais la réponse, un certain nombre de choses auraient été facilitées,
00:48:44notamment en termes de programmation du capacitaire de lit.
00:48:48Là, on est dans la vague,
00:48:50c'est-à-dire, en fait, on est dans une montée continue et régulière.
00:48:55Le nombre de patients gravement infectés
00:48:58augmente quasiment de 10 % tous les jours.
00:49:03Donc, on est pleinement dans la vague.
00:49:05Maintenant, à quel moment l'augmentation va s'arrêter ?
00:49:08Je ne peux pas répondre.
00:49:10Je pense que le pire de la vague est attendu dans les 10 jours qui viennent,
00:49:15c'est-à-dire dans la semaine qui vient et peut-être sur le week-end prochain.
00:49:19Après, il se peut que ça se stabilise un tout petit peu,
00:49:22mais il faut très raisonnablement penser que nous avons encore un mois très difficile.
00:49:28Un mois très difficile, ça veut dire que, concrètement,
00:49:30quand on parle du 15 avril en fin de date de confinement, c'est improbable ?
00:49:34C'est peu probable.
00:49:36Vous, vous pensez qu'un confinement, ce serait quoi ?
00:49:39Ce serait 6 semaines, 8 semaines ?
00:49:41On sait que, par exemple, en Chine, ils n'en sont pas encore totalement sortis.
00:49:44Voilà, c'est peu probable.
00:49:46À mon avis, les choses devront se faire par étapes.
00:49:50C'est-à-dire que, très probablement, le confinement tel qu'il est défini actuellement,
00:49:53s'il est bien respecté, pourra, je l'espère, limiter un tout petit peu l'intensité de la vague.
00:50:00Mais après, évidemment, il ne faudra pas tout lever d'un coup et repasser une nuit normale.
00:50:04Il y aura des étapes, une désescalade à envisager de ce confinement.
00:50:09Mais je pense qu'il vaut mieux laisser les experts trancher le sujet.
00:50:15Et comme vous le savez, il y a un conseil scientifique
00:50:18qui donne des recommandations au gouvernement.
00:50:21Voilà, conseil scientifique qui, d'ailleurs, on le rappelle,
00:50:23a, lui, évoqué une durée de confinement totale de 6 semaines.
00:50:26Donc, comprenons les deux qu'on a déjà vécues.
00:50:28Et en rajoutant donc 4 de plus, ce serait un peu plus logique
00:50:34si on suit justement ce que vous évoquez sur la vague épidémique.
00:50:38C'est-à-dire qu'on va atteindre un pic.
00:50:40Et après, c'est-à-dire qu'on va avoir une situation un peu comme en Italie où ça se...
00:50:44En fait, la courbe, elle monte comme ça.
00:50:46Non, je sais pas.
00:50:48La courbe, elle monte comme ça, puis elle redescend comme ça.
00:50:51Donc, il ne faut pas penser que ça monte comme ça.
00:50:53Et puis, tout d'un coup, ça redescend de façon brutale.
00:50:57Donc, en fait, le pic, une fois passé, bon, on sera soulagé.
00:51:01C'est-à-dire qu'on pourra se dire, le capacitaire hospitalier a permis
00:51:08de traiter la totalité des patients infectés et surtout les patients gravement malades.
00:51:16Néanmoins, le nombre de nouveaux cas va se poursuivre encore pendant un certain temps.
00:51:22Nous pensons qu'un retour des services de réanimation et les situations habituelles
00:51:28ne se fera pas avant le mois de juin.
00:51:31Un retour à la vie normale en mois de juin ?
00:51:33Probablement.
00:51:34Ça veut dire que, normalement, quand on parle de vie normale,
00:51:36c'est celle qu'on avait il y a encore 3 semaines, où tout était ouvert,
00:51:40où on allait à l'école pour les étudiants.
00:51:43Ça, c'est... Moi, je parlais des services de réanimation.
00:51:45Après, la vie, probablement un peu avant, je crois.
00:51:47Un petit peu avant.
00:51:48Oui, bien sûr.
00:51:48Un petit peu avant.
00:51:50Cette question, ce que vous nous dites, c'est qu'on ne peut pas sortir d'un seul coup.
00:51:53Ça veut dire que, j'en vois certains dans les commentaires, je les imagine,
00:51:57parce que que ce soit vous, comme moi, comme nous tous,
00:52:00on a tous cette envie de reprendre notre vie d'avant,
00:52:03de se dire que quand le confinement s'arrête, je ne sais pas, à tel jour, à 20h,
00:52:06eh bien, on sort tous dans les rues et que ce soit la grande fête, c'est impossible.
00:52:09On ne peut pas dire le confinement, il est strict à un moment et puis c'est impossible.
00:52:15Très probablement, les choses vont se faire de façon progressive.
00:52:18Effectivement, ce n'est pas du jour au lendemain où on va tous sortir dans la rue
00:52:23et s'embrasser et faire la fête.
00:52:26Je ne crois pas à cette hypothèse.
00:52:29Les choses vont s'ouvrir progressivement.
00:52:30C'est-à-dire, probablement, d'abord, il faudra ouvrir un certain nombre de commerces,
00:52:34un certain nombre de places, d'endroits, reprendre un certain type de travail.
00:52:39Et puis ensuite, évidemment, les lieux festifs arriveront un peu plus tard.
00:52:43Oui, la question, justement, des événements sportifs, culturels,
00:52:45quand on va voir un concert dans des salles bondées, dans une stade de foot,
00:52:50ça, ça risque d'être un peu plus décalé.
00:52:52Mais c'est vrai que ça, je pense que ce sont les spécialistes épidémiologistes
00:52:58qui vont donner des indications.
00:52:59Moi, je ne suis pas compétent.
00:53:01Mais c'est en tout cas, les gestes barrières qui seront toujours à conserver.
00:53:04C'est-à-dire que la crainte de certains, c'est de se dire le confinement s'arrête,
00:53:08on reprend un peu notre vie, les interactions sociales augmentent
00:53:11et du coup, on voit une courbe qui peut repartir.
00:53:15En tout cas, la courbe, la courbe monte, monte jusqu'à atteindre un sommet,
00:53:19puis redescend avec une certaine vitesse,
00:53:23mais qui ne va pas se faire du jour au lendemain.
00:53:26Et donc, et dans tous les cas, de toute façon, comme tout le monde l'a bien compris,
00:53:32l'effort hospitalier va se prolonger bien au-delà du début de la baisse.
00:53:37Puisqu'en fait, les patients qui ont été hospitalisés,
00:53:40notamment dans les services de réanimation,
00:53:43ils devront être encore pris en charge pendant probablement plus d'un mois
00:53:47après le pic épidémique.
00:53:52Puisqu'on estime à peu près, un patient qui rentre pour une pneumonie à Covid
00:53:56nécessite une quinzaine de jours de ventilation mécanique.
00:53:59C'est ça justement la complication en termes de capacité,
00:54:02c'est qu'on a ce flux continu régulier de patients qui arrivent,
00:54:06et puis c'est surtout qu'ils vont rester un moment, c'est ça ?
00:54:08C'est-à-dire 15 jours d'hospitalisation en moyenne.
00:54:11C'est-à-dire quand on va décider que l'épidémie est passée,
00:54:13il faut encore compter pour un certain nombre de patients,
00:54:16en moyenne 15 jours, pour les plus graves, probablement un ou deux ou trois mois encore.
00:54:19Donc très probablement, même je pense à la fin de l'été,
00:54:23il y aura toujours quelques patients infectés par Covid dans les services de réanimation.
00:54:26On peut avoir des personnes qui restent pendant deux ou trois mois ?
00:54:28Là, par exemple, sur les 18 que vous avez, celui qui est là depuis le plus longtemps,
00:54:31ça fait combien de temps qu'il est là ?
00:54:32Alors nous, en fait, les premiers patients sont arrivés maintenant il y a 15 jours.
00:54:36En fait, ils sont arrivés très très rapidement il y a 15 jours.
00:54:38Oui, c'était le début.
00:54:40Comme peut-être vous en avez entendu parler,
00:54:44pendant une certaine période, au début de l'épidémie, en phase 1 et 2,
00:54:50les patients gravement infectés devaient être adressés dans deux hôpitaux référents sur l'île de France,
00:54:55que sont l'hôpital Bichat et l'hôpital de la Pitié.
00:54:58Donc tous les patients qui étaient vus Covid positifs
00:55:01avec des signes de gravité justifiant de réanimation étaient adressés à ces hôpitaux-là.
00:55:06Donc en fait, jusqu'à ce que ces deux hôpitaux soient saturés,
00:55:10puis à suite, il y a eu ouverture des autres services.
00:55:13En fait, les choses sont montées de façon graduelle en charge.
00:55:17Une question qui vient de me commenter,
00:55:18est-ce qu'on devra tous être testés pour ressortir de chez nous ?
00:55:20C'est aussi une piste de se dire, pour ressortir, on fait un test et puis on voit si on est...
00:55:25Effectivement, on va dire, l'idée c'est d'augmenter les tests pendant un moment,
00:55:30justement, pour pouvoir repérer quelles sont les personnes
00:55:34qui finalement n'ont pas rencontré le virus malgré qu'il soit aussi répandu.
00:55:40Mais il faut savoir que très probablement,
00:55:45ça ne sera pas que des tests de recherche du virus,
00:55:48parce que possiblement à un moment, ce type de test aura moins d'intérêt,
00:55:51mais ça sera plutôt des tests sérologiques,
00:55:54c'est-à-dire pour identifier à postériori le fait d'avoir rencontré le virus.
00:55:59Vas-y, encore quelques minutes qu'on prenne quelques questions.
00:56:01Allons-y.
00:56:02Question de Leslie dans les commentaires qui nous dit,
00:56:04peux-tu demander si un porteur asymptomatique peut déclarer symptômes plus tard ?
00:56:08Si oui, au bout de combien de temps ?
00:56:09Est-ce qu'on a à peu près une moyenne ?
00:56:10On l'a un peu évoqué, mais peut-être d'une façon plus pointue sur cette question-là.
00:56:13Alors, je dirais, il faut bien comprendre, c'est que quand on s'appelle un porteur asymptomatique,
00:56:19c'est-à-dire en fait, on va rester tout le temps asymptomatique,
00:56:22sinon on ne porte plus le nom de porteur asymptomatique.
00:56:27Par contre, il faut bien distinguer ce qu'on appelle la période d'incubation,
00:56:30c'est-à-dire la période pendant laquelle on porte le virus,
00:56:33mais on n'a aucun symptôme.
00:56:35Et ensuite, la deuxième période, qui est la période symptomatique,
00:56:38où on présente des symptômes.
00:56:40Et c'est le porteur dit asymptomatique,
00:56:42c'est celui qui va rester asymptomatique du début de la contamination,
00:56:45c'est-à-dire pendant la phase d'incubation,
00:56:47et puis pendant la phase qui est symptomatique pour les autres.
00:56:51Donc en fait, le porteur asymptomatique ne présentera jamais de symptômes,
00:56:55par définition.
00:56:56Voilà, et donc, est-ce qu'on peut être asymptomatique et au bout de...
00:57:00On peut rester asymptomatique tout le long,
00:57:02c'est-à-dire ne jamais avoir de symptômes,
00:57:04mais pourtant, on est porteur du virus,
00:57:06et donc on est potentiellement contagieux.
00:57:08Et pour quelqu'un qui va déclarer une fois en plus,
00:57:10on peut être pendant quelques jours sans ressentir quelque chose,
00:57:12et puis au bout de...
00:57:14Je veux dire, par exemple, pour le moment...
00:57:16Je prends un exemple, voilà,
00:57:18on voit que le confinement a commencé il y a deux semaines,
00:57:20imaginons, il y a deux semaines, voilà,
00:57:23je sors, je croise des personnes,
00:57:25quelqu'un, je récupère ce virus malencontreusement.
00:57:29Donc, il y aura une période d'incubation.
00:57:30De combien de temps, à peu près ?
00:57:31Alors, en moyenne, elle est de 4 à 5 jours,
00:57:33elle peut aller jusqu'à 14 jours.
00:57:35Donc, ça, c'est une période pendant laquelle le virus va se répliquer,
00:57:39mais pour lequel le sujet ne présente pas de symptômes.
00:57:41Puis, à partir de la fin de l'incubation,
00:57:44il va développer des symptômes.
00:57:45Donc, comme tout le monde a compris,
00:57:47dans la majorité des cas, une sorte de grippe.
00:57:51Et là, il est plus fortement contaminant encore.
00:57:54Et puis, la grippe va s'éteindre,
00:57:57les symptômes vont disparaître,
00:57:58et puis, au bout d'un moment, la personne va guérir.
00:58:02Elle va rester encore un tout petit peu contagieuse pendant quelques jours,
00:58:05et puis, après, elle va développer des anticorps,
00:58:08elle va totalement éliminer le virus,
00:58:09la personne ne sera plus contagieuse et définitivement protégée.
00:58:12Et au bout de combien de temps peut avoir une forme grave, justement ?
00:58:14Alors, la forme grave peut intervenir à tous les moments.
00:58:17Bien sûr, au-delà de la période d'incubation.
00:58:20Donc, généralement quand même,
00:58:22les premiers symptômes apparaissent de façon plutôt modérée,
00:58:25et puis, les choses s'aggravent.
00:58:27Alors, classiquement, dans cette maladie du Covid-19,
00:58:30il a été rapporté que l'aggravation survenait
00:58:33entre J7 et J10 du début des symptômes.
00:58:38Donc, généralement, le patient commence par présenter de la fièvre,
00:58:40de la fatigue, de la toux, voilà.
00:58:44Et puis, finalement, les choses s'intensifient un peu,
00:58:46il reste très fébrile,
00:58:49il tousse de façon plus importante,
00:58:51et puis, finalement, sa fatigue se renforce,
00:58:53et puis, rapidement, il développe un essoufflement.
00:58:56Et ça, ça correspond à la période entre J7 et J10
00:59:00du début des symptômes.
00:59:02J7, J10, et après, il y a la question de se dire,
00:59:04donc, sur les formes les plus graves, le décès...
00:59:06L'aggravation est entre J7 et J10.
00:59:08Voilà, le décès, il intervient quand ?
00:59:10Enfin, c'est difficile de trouver peut-être une moyenne,
00:59:12mais est-ce qu'on peut dire que les personnes
00:59:13restent pendant 10 jours dans le service, pendant 20 jours ?
00:59:15Non, c'est-à-dire que si la personne arrive à l'hôpital,
00:59:19la majorité des personnes ne vont pas décéder.
00:59:20Le décès est rare, il faut bien préciser, le décès est rare.
00:59:22Mais si elle décède ?
00:59:24Donc, si elle va décéder,
00:59:26ce sont les formes graves de réanimation,
00:59:27puisque si la personne est arrivée à temps à l'hôpital,
00:59:30on va la surveiller, et donc, dès que les symptômes
00:59:32vont devenir plus graves, le patient, nécessairement,
00:59:35va être transféré en réanimation.
00:59:37Et donc, à ce moment-là, une fois admis en réanimation,
00:59:39il va recevoir un certain nombre de moyens artificiels
00:59:42pour compenser le problème respiratoire.
00:59:46Et donc, on va, bien sûr, lutter
00:59:50contre le protéger du risque de décès.
00:59:54Et donc, dans la majorité des cas,
00:59:56on va pouvoir réussir, je l'espère, à guérir la personne.
01:00:00Mais dans un certain nombre de cas, le décès peut survenir.
01:00:02Alors, le décès en réanimation, on va dire,
01:00:05chez des personnes qui sont très gravement infectées,
01:00:07qui vont y être admises, il peut survenir
01:00:10de façon variable, à tout moment, on va dire.
01:00:12Il y a des formes très brutales de décès.
01:00:15Vous avez parlé de cette jeune fille de 16 ans
01:00:16qui est décédée brutalement,
01:00:18quasiment au moment de son admission en réanimation,
01:00:21parce que le virus peut atteindre parfois le cœur.
01:00:24C'est ce qu'on appelle la myocardite,
01:00:26une inflammation du cœur, et ça peut donner ça.
01:00:28Alors, bien sûr, je ne sais pas si c'était le cas
01:00:31de cette jeune fille, mais ceci peut arriver.
01:00:36Par contre, les formes respiratoires,
01:00:37elles vont s'aggraver un peu plus progressivement,
01:00:39relativement plus progressivement,
01:00:41et le décès peut survenir à tout moment,
01:00:43à ce moment-là, en réanimation.
01:00:45Oui, ça réagit beaucoup dans les commentaires.
01:00:46Alors, ça vient un peu de ce qu'on évoquait précédemment,
01:00:47mais beaucoup de personnes réagissent notamment
01:00:51par rapport à l'Italie, de se dire
01:00:52« mais ça fait trois semaines qu'ils y sont,
01:00:54et puis ils n'arrivent toujours pas,
01:00:56ça continue de progresser. »
01:00:58Non, c'est-à-dire qu'à nouveau, en Italie,
01:01:00le nombre de décès augmente,
01:01:01mais comme je l'ai expliqué,
01:01:03il peut y avoir une période où
01:01:05le nombre de nouveaux cas graves stagne,
01:01:08mais le nombre de décès continue à augmenter
01:01:09parce qu'en fait, il correspond à des patients
01:01:11qui étaient rentrés graves un peu avant
01:01:14et dont l'état ne s'est pas amélioré.
01:01:16Donc, le nombre de décès va continuer à augmenter.
01:01:18Donc, il peut rester pendant 10-15 jours,
01:01:19et puis du coup, voilà, c'est ça.
01:01:21Parce qu'en fait, plus un patient va rester en réanimation,
01:01:25et plus sa probabilité de décès va augmenter, évidemment.
01:01:28C'est intéressant.
01:01:30On va dire les personnes qui sont moins sévèrement infectées
01:01:34et qui finalement répondent mieux au traitement,
01:01:37elles vont rester de façon plus courte en réanimation.
01:01:39Vous voyez, quand je vous ai dit que parmi nos patients,
01:01:41nous avons quatre personnes
01:01:43qui s'en sont sorties relativement rapidement,
01:01:45c'est probablement les formes les moins graves,
01:01:48mais c'est sûr qu'avec le temps,
01:01:50le taux de décès va augmenter, évidemment.
01:01:52En gros, ça veut dire qu'il faut trois semaines de confinement
01:01:54pour voir les premiers effets, à peu près, c'est ça, un peu plus ?
01:01:56Les effets de quoi ?
01:01:57Du confinement.
01:01:59Bon, à nouveau, je ne suis pas spécialiste sur le sujet,
01:02:01mais je pense qu'en dessous de trois semaines,
01:02:04un mois de confinement, il n'y a rien à attendre.
01:02:06On ne voit rien dans les cours.
01:02:08C'est important de le dire, parce que c'est vrai que les gens peuvent être là,
01:02:11je ne veux pas dire se décourager, mais de se dire,
01:02:12on est là, on est chez nous, on limite tous nos déplacements,
01:02:16et c'est ce qu'il faut faire.
01:02:16On le rappelle encore une fois, restez chez vous,
01:02:18et je pense que même vous-même en tant que professionnel de santé,
01:02:21vous ne cessez de le dire pour éviter l'engorgement des services d'urgence,
01:02:25mais de se dire que l'impact de ce confinement,
01:02:27il faut être très, très, très, très patient,
01:02:29parce que les formes les plus graves surviennent au bout de 7 à 10 jours,
01:02:34et qu'après, l'hospitalisation fait que les décès peuvent intervenir plus tard.
01:02:41Et autre point important, c'est que même s'il y a un confinement,
01:02:45le virus se propage toujours un minimum quand même.
01:02:47Il y a toujours, je veux dire, quand on va faire ses courses,
01:02:51on peut potentiellement toucher quelque chose qui a été manipulé
01:02:55par quelqu'un qui est porteur du virus.
01:02:57C'est que là, il y a un confinement, il y a toujours des cas qui arrivent.
01:03:00Mais simplement, on va dire le confinement permet de réduire la rapidité de contamination,
01:03:10et donc laisse penser qu'on va réduire l'intensité en fonction du temps,
01:03:15du nombre de cas graves.
01:03:16Parce que le point le plus important, c'est d'étaler les cas graves sur le temps,
01:03:23pour que les cas graves n'arrivent pas au même moment,
01:03:26parce que sinon le système sera saturé,
01:03:27et donc nous ne pourrons pas prendre en charge des patients arrivés en même temps.
01:03:31Par contre, si c'est un tout petit peu plus étalé, c'est mieux pour le système de santé.
01:03:35Mais le confinement ne va pas empêcher
01:03:37qu'un certain nombre de personnes vont se contaminer quand même.
01:03:40C'est-à-dire que sans confinement, on aurait été droit vers le chaos.
01:03:42Possiblement.
01:03:44Clairement, quand on voit déjà la situation avec un confinement,
01:03:47c'est-à-dire que sans confinement, ça aurait été plus dur encore.
01:03:50On va dire, pour répondre clairement à toutes ces questions-là,
01:03:53ce sont des études à postériori qui vont pouvoir clairement dire les choses.
01:03:58C'est-à-dire que lorsque tout sera passé, à ce moment-là, il y aura des analyses,
01:04:02des comparaisons de ce qui a été observé par rapport au modèle théorique,
01:04:06on va pouvoir répondre aux questions.
01:04:08C'est ça qui est la question de se dire, qu'on n'a pas les réponses à tout,
01:04:10il faut avoir l'humilité de le dire,
01:04:12parce que c'est vrai que ce qu'on disait...
01:04:14En premier lien, c'est un nouveau virus.
01:04:16Donc même nous, médicalement...
01:04:18Vous découvrez des choses chaque jour.
01:04:19Oui, il y a 15 jours, je n'avais jamais rencontré un patient infecté par Covid.
01:04:23Donc ça n'est que depuis 15 jours que je prends en charge ce type de patients.
01:04:26Donc on apprend sur le terrain, tous les jours.
01:04:29C'est pourquoi, d'ailleurs, c'est à la fois quelque chose de difficile de prenant pour nous,
01:04:33parce que nous devons à la fois prendre en charge les patients,
01:04:35mais aussi tous les jours lire les publications scientifiques
01:04:39pour se maintenir au courant.
01:04:40Parce qu'évidemment, les choses bougent en permanence.
01:04:43Mais à la fois, c'est passionnant et très intéressant professionnellement.
01:04:47Question de Jaël qui nous dit...
01:04:49Le groupe sanguin a-t-il un rôle ou absolument rien à voir ?
01:04:52Alors, je ne pense pas qu'il ait un rôle,
01:04:54mais il a été démontré que le fait d'être porteur du groupe A
01:05:04exposerait à un risque plus important d'infection par Covid symptomatique et plus grave.
01:05:13Mais ça n'est qu'une observation.
01:05:15Donc on ne sait pas exactement la raison pour laquelle, on va dire,
01:05:21ce groupe ABO, donc le groupe A, serait associé à des formes un peu plus graves de Covid.
01:05:30À l'inverse, le groupe O serait associé à des formes un peu moins graves.
01:05:33Conseil pratique d'hygiène, on nous parle de ce qu'il faut quand on rentre chez soi,
01:05:37déposer tout à l'entrée.
01:05:38Je prends l'exemple de vous, ce que vous faites.
01:05:40Voilà, vous êtes confronté chez vous.
01:05:43On reste juste à l'entrée, on ne va pas plus loin.
01:05:46Vous arrivez chez vous.
01:05:47Qu'est-ce que vous faites justement pour éviter éventuellement de contaminer tout votre logement ?
01:05:53Déjà, moi, c'est un peu différent parce que paradoxalement, je travaille à l'hôpital.
01:05:58Mais en fait, c'est un lieu où on prend beaucoup de précautions.
01:06:01Et donc déjà, lorsque je travaille à l'hôpital, je change tous mes vêtements.
01:06:06J'ai, comme vous voyez, une bouse blanche, un pyjama vert.
01:06:11On met des masques, des charlottes, etc.
01:06:14Donc en fait, lorsque je rentre chez moi, j'enlève tous mes vêtements hospitaliers.
01:06:18Et donc, j'utilise mes vêtements civils qui n'ont pas, a priori, été en contact avec les patients.
01:06:24Et donc, si jamais il faut tout laisser à l'entrée, l'idée, c'est vraiment de,
01:06:28je ne vais pas dire faire une zone tampon à la maison, mais d'essayer de…
01:06:32Alors, il faut savoir que les vêtements ne contaminent pas ou sont très peu contaminants.
01:06:37En fait, ce qui contamine, ce sont les mains.
01:06:39Donc en fait, si on utilise les solutions hydroalcooliques,
01:06:42donc effectivement, après être allé dans un commerce,
01:06:45on se nettoie les mains avec soit du savon, soit avec des solutions hydroalcooliques,
01:06:50normalement, on ne devrait pas être contaminé.
01:06:52Hydroalcoolique avant de sortir aussi, quand on va faire les courses, avant, après, c'est ça l'idée ?
01:06:55Régulièrement.
01:06:56Régulièrement.
01:06:57Voilà, c'est ça qui est important parce que c'est l'un des lieux, justement, où on peut…
01:06:59Avant, après, pendant, etc.
01:07:01Il y a beaucoup de témoignages de solidarité.
01:07:03On l'a entendu quand on a lancé le live tout à l'heure, les applaudissements.
01:07:05Comment vous vivez un peu tout ça ?
01:07:06Parce que c'est vrai qu'on entend un peu tout.
01:07:08Il y a ceux qui sont touchés, ceux qui disent, mais vous étiez où quand il y a eu la crise de l'hôpital public ?
01:07:12On pourrait dire toujours en cours quelque part, vu qu'il y a encore quelques semaines, il y avait des manifestations.
01:07:17Comment vous positionnez un peu par rapport à tout ça, cet élément de solidarité ?
01:07:21Puis peut-être la situation d'avant, où peut-être on n'entendait pas ce que vous disiez.
01:07:25Ce manque de moyens qui est propre à cette crise, mais pas seulement.
01:07:29Parce que déjà avant, on parlait du manque de moyens, du manque de lits, du manque de personnel.
01:07:33C'est sûr que cette crise a mis en avant l'hôpital et ses difficultés.
01:07:37En tout cas, a montré à l'ensemble de la population, mais aussi au gouvernement, aux autorités de santé,
01:07:46que le système de santé était en grande difficulté, notamment l'hôpital était en grande difficulté.
01:07:52Il faut savoir que depuis le début de la crise, les directions ont décidé de nous offrir tous les moyens dont nous avions besoin.
01:08:02Donc ça, il faut le reconnaître.
01:08:04Au jour d'aujourd'hui, si j'ai besoin de tel matériel, de tel ventilateur, de tel personnel,
01:08:10il suffit que je fasse la demande et je l'ai instantanément.
01:08:14Ce qui n'était pas du tout le cas il y a quelques mois, où c'était évidemment beaucoup plus compliqué.
01:08:21Je pense que ceci, très probablement, permettra à nos dirigeants de réfléchir
01:08:28et que la gestion hospitalière uniquement basée sur des aspects financiers ne sera plus de mise après.
01:08:37C'est vrai qu'on entendait souvent cette phrase dire « on vire les patients comme des colis ».
01:08:43Ce n'est pas à cause de votre professionnalisme, mais parce que vous étiez obligé par manque de temps ?
01:08:47Non, je pense qu'en tout cas non. Au niveau des médecins, au niveau des paramédicaux,
01:08:52il n'a jamais été question de gérer les patients comme des objets ou des colis, à aucun moment.
01:08:57Est-ce qu'on a entendu comme témoignage qui revenait régulièrement ?
01:09:00Non, il y a toujours eu l'humanité nécessaire, quelles que soient les conditions économiques et financières de l'hôpital.
01:09:06Par contre, effectivement, on va dire que les moyens pouvaient manquer.
01:09:11Pour des raisons budgétaires, les axes de recherche que nous souhaitions mener
01:09:16ne pouvaient pas se faire en raison de défauts de financement.
01:09:20Mais à aucun moment, la relation humaine entre le soignant et le soigné n'a fait défaut et ne s'est dégradée.
01:09:27C'est important de le dire parce qu'on a entendu aussi des témoignages dans ces mouvements sociaux
01:09:31qui disaient « c'est compliqué, ce n'est pas toujours facile ».
01:09:34Le problème, c'est qu'il y a toujours un risque.
01:09:37Mais à aucun moment, à ma connaissance en tout cas, un soignant a considéré…
01:09:43Quand je dis ça, ce n'est pas la considération du soignant.
01:09:46C'est important de dire pour préciser ma question, ce n'est pas la considération du soignant.
01:09:49C'est parfois le manque de temps qui peut obliger d'aller…
01:09:52Oui, c'est vrai.
01:09:53C'est en tout ça la précision, elle n'est pas dans la création du…
01:09:56Le soin se faisait dans des conditions difficiles.
01:09:58C'est ça.
01:10:01Nous, nous préférons travailler avec tous les moyens dont on a besoin
01:10:05que de devoir en permanence se serrer la ceinture,
01:10:09essayer de retirer tel ou tel médicament parce qu'on n'a pas les moyens de le payer, etc.
01:10:15Ou parfois même peut-être décider de ne pas hospitaliser quelqu'un
01:10:18parce qu'il n'y a plus de lit, des choses comme ça.
01:10:20Parce que ça, c'est des choses qui arrivent avant.
01:10:22Parce qu'on a le craint maintenant, mais c'est déjà arrivé par le passé.
01:10:24Ça s'est arrivé.
01:10:25D'ailleurs, la crise a montré que probablement l'hôpital était, on va dire,
01:10:32avait des moyens très limités.
01:10:35Et s'il n'y a pas eu cet effort très important de la nation
01:10:39et bien sûr de l'organisation hospitalière,
01:10:44et je le répète à nouveau, en tout cas pour l'assistance publique à l'hôpital de Paris,
01:10:48tous les moyens nous ont été donnés pour faire face à cette crise depuis le début.
01:10:52Les gens veulent vous aider, peut-être pour conclure.
01:10:54Il y a beaucoup de personnes qui sont là qui disent qu'on aimerait vous aider.
01:10:56Bonsoir, que pensez-vous de la quantitâture spontanée en renfort ?
01:11:00Parce que c'est vrai qu'il y a quelques jours, on a eu Rémi Salomon,
01:11:03qui est aussi dans l'encadrement de la PHP,
01:11:06qui nous disait que malgré tout, on a besoin urgent de moyens humains,
01:11:11de respirateurs et autres.
01:11:14On parle aussi de la pénurie de médicaments qui pourraient intervenir
01:11:18et qui n'est pas très loin, même dans certains endroits.
01:11:20Beaucoup de compagnies pharmaceutiques, d'industriels,
01:11:25ont accéléré la production d'un certain nombre de composants,
01:11:30de consommables, de médicaments et ont fourni l'hôpital.
01:11:35Donc effectivement, d'un point de vue matériel, il y a eu un effort très important,
01:11:41mais aussi d'un point de vue humain, en raison du redéploiement d'un certain nombre d'activités,
01:11:47des médecins qui étaient dans des disciplines moins impliquées dans la crise,
01:11:53se sont portés volontaires pour pouvoir aider les spécialités
01:11:58à la pointe du soin des patients Covid.
01:12:02L'ensemble des étudiants infirmiers, aides-soignants,
01:12:07des étudiants en médecine ont été, sur la base du volontariat,
01:12:12redéployés ou de la réquisition redéployée dans les structures de soins.
01:12:18Et bien sûr, nous avons beaucoup de demandes qui sont arrivées spontanément
01:12:25de médecins du privé, de secteurs moins touchés, pour pouvoir renforcer l'hôpital.
01:12:31Et comment peut-on vous aider concrètement ?
01:12:33Alors en fait, il y a des sites pour les professionnels,
01:12:36parce qu'en fait, on a surtout besoin de professionnels,
01:12:38et notamment des paramédicaux, et notamment d'infirmiers ou d'aides-soignants spécialisés en réanimation.
01:12:44Et donc effectivement, il y a des sites, notamment l'assistance publique,
01:12:49sur lesquels on peut se connecter et soumettre un dossier de volontariat.
01:12:53Et puis très très rapidement, à peine une ou deux heures après avoir soumis son dossier,
01:12:58on est contacté, un contrat est signé et on peut travailler.
01:13:01Une question de la Ventoline, pour conclure cette dernière question,
01:13:04parce qu'elle est intéressante éventuellement,
01:13:06qui disait, pour les voies respiratoires, symptômes, asthmes, sans autres symptômes, Ventoline ?
01:13:11Non, je n'ai pas bien compris la question.
01:13:13Je veux dire, je vais essayer de comprendre.
01:13:15Une personne qui a de l'asthme, voilà.
01:13:17Pour les voies respiratoires, symptômes, asthmes, sans autres symptômes.
01:13:22Non, c'est-à-dire qu'une crise d'asthme ne veut pas dire une infection à Covid.
01:13:25Maintenant, quelqu'un qui est asthmatique, si en plus il a une infection à Covid,
01:13:29il peut décompenser sa maladie asthmatique.
01:13:32Alors qu'effectivement, un patient asthmatique,
01:13:35il peut être un peu plus fragilisé par rapport à l'infection par Covid.
01:13:39Mais le fait de faire une crise d'asthme ne veut pas dire qu'on est infecté par Covid.
01:13:43En tout cas, je tenais à vous remercier parce qu'on a pris beaucoup de temps.
01:13:46Merci à vous.
01:13:47Merci pour votre temps précieux.
01:13:48Il y a beaucoup de personnes dans les commentaires qui vous disent merci,
01:13:51Nadia, Elisabeth, Alexandre et tant d'autres qui sont présents sur ce live,
01:13:55qui vous remercient pour ce temps parce que c'est un temps précieux mais utile
01:13:58parce que l'information pour le citoyen est importante dans ces temps de crise,
01:14:02pour que des personnes qui soient directement à la gestion de cette crise dans les hôpitaux,
01:14:06en réanimation, chefs de maladies infectieuses.
01:14:09On a eu quelques jours avec Eric Caume.
01:14:11On espère avoir à nouveau Philippe Juvin qui est chef de service des urgences
01:14:15à l'hôpital Georges Compidou à Paris.
01:14:17On a eu aussi il y a quelques semaines Arnaud Fontanet
01:14:20qui est au conseil scientifique désormais et à l'institut Pasteur, donc épidémiologiste.
01:14:24Donc tous des secteurs différents qui se complètent
01:14:27parce que chacun peut apporter des réponses à certaines questions.
01:14:31Vous, vous avez des réponses à certaines que d'autres n'auront pas et inversement.
01:14:35C'est intéressant et on va continuer de le faire comme on l'a fait avec vous monsieur aujourd'hui.
01:14:40On fera encore dans les prochains jours une présence sur le terrain quotidienne
01:14:44pour vous donner des informations, l'évolution de cette épidémie,
01:14:48les réponses qui sont apportées d'un point de vue médical.
01:14:52Sur la suite, la suite qui nous concerne tous, c'est bien évidemment avec,
01:14:56on l'espère au plus vite, la sortie de ce confinement.
01:14:59Mais on sait que ça prendra du temps et c'est ce qu'on a pu évoquer dans ce live
01:15:02où il faut s'attendre à ce que ça dure plus longtemps que le 15 avril.
01:15:06Donc ça c'est tous des points importants qu'on va continuer d'aborder
01:15:09et qu'on aborde aussi chaque jour sur Maïs Brut.
01:15:11On vient de vous mettre le lien dans les commentaires.
01:15:13Vous recevez tous les jours par mail un mail qui résume un peu
01:15:16toutes les informations de la journée avec les sujets qu'on a pu traiter.
01:15:19C'est-à-dire par exemple l'interview avec vous, mais d'autres sujets
01:15:22qui vous expliquent un peu tout autour du coronavirus,
01:15:25de ce qui se passe aussi à l'étranger.
01:15:27Parce qu'on a la chance d'avoir des journalistes qui sont aussi à l'étranger
01:15:30pour avoir des témoignages, pour faire des points aussi sur la situation.
01:15:33Des sujets aussi consacrés à toutes les professions.
01:15:37Alors les vôtres justement, la gestion de cette crise liée directement au coronavirus.
01:15:40Mais on a une pensée ce soir, et on ne va pas commencer à les citer
01:15:43parce qu'il y en a tellement, mais de ceux qui font que notre vie quotidienne
01:15:47permet d'exister encore dans les magasins et autres.
01:15:51Donc on vous a proposé plusieurs sujets qui sont à voir ou revoir.
01:15:55Et donc ça vous pouvez les voir sur le fil Facebook de Brut.
01:15:58Sinon aussi le mail quotidien qui vous arrive en général en fin d'après-midi, début de soirée.
01:16:03Merci encore pour vos partages, pour vos commentaires, toutes vos questions.
01:16:07Parce que bien évidemment on aurait pu faire 5 heures de live
01:16:10si on prenait toutes les questions, mais on a essayé d'en prendre un maximum
01:16:13pour certaines qui sont revenues sur la fin du live.
01:16:15Vous pouvez voir précédemment, on en a traité certaines,
01:16:18beaucoup notamment qui reviennent sur la chloroquine, sur la sortie du confinement.
01:16:22On l'a évoqué très largement.
01:16:24Et je rappelle donc que vous êtes chef du service de réanimation médicale
01:16:27à l'hôpital Larry Boisier et que vous vous appelez Bruno Megarban.
01:16:30Et je vous remercie encore une fois énormément en mon nom,
01:16:34mais aussi au nom de toutes les personnes qui ont suivi ce direct encore une fois.
01:16:37Merci du fond du cœur de nous avoir accordé de notre temps très précieux.
01:16:40Très bonne soirée à vous, et très bonne soirée à toutes et à tous.
01:16:43Et on se retrouve très très vite sur Brut pour de nouvelles images en direct.
01:16:46Et prenez soin de vous et de vos proches, et surtout restez chez vous.
01:16:51Très bonne soirée.

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