Anne Fulda reçoit Éric Neuhoff pour son livre «Pentothal» dans #HDLivres
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00:00Bienvenue à l'heure des livres, Éric Nehoff.
00:02On vous connaît, on ne vous présente plus.
00:04Journaliste, critique littéraire, amateur de cinéma,
00:06amateur de littérature américaine.
00:09Vous avez déjà publié de nombreux livres,
00:10et là, vous venez de publier Pintotale,
00:11un livre qui est paru chez Albin Michel,
00:14un livre plus personnel que d'habitude.
00:16Vous, qui vous êtes un peu comme ça,
00:20presque sardonique, parfois,
00:22êtes assez pudique,
00:24et vous revenez sur un accident que vous avez eu
00:26lorsque vous aviez 22 ans,
00:27un accident qui aurait pu vous coûter la vie.
00:29Avec toujours ce petit pas de côté,
00:31cet understatement qui vous est propre.
00:34C'est un peu une plongée en apnée, ce livre.
00:36C'est un retour en arrière.
00:38Effectivement, vous revenez sur cet accident.
00:39C'était en Catalogne, vous aviez 22 ans.
00:41Vous occupiez la place du mort,
00:43mais ce n'est pas vous qui mourrez,
00:45c'est votre ami Olivier qui conduit.
00:47Alors, pourquoi le néo-ussard a-t-il cette fois décidé
00:51de baisser la garde et de revenir sur cet accident, maintenant ?
00:54Le néo-ussard, comme vous dites, est tombé de cheval en 1978,
00:58et j'ai passé presque un an en clinique.
01:02Je me suis dit que c'était sans doute la chose la plus importante
01:06qui m'était arrivée dans la vie.
01:07En tout cas, une chose qui ne tombe pas sur tout le monde.
01:11J'ai voulu raconter ce que c'était que de vivre un accident de voiture,
01:16parce que c'est quand même une expérience un peu unique, traumatisante.
01:21Et puis, ça a signé pour moi la fin d'une certaine jeunesse
01:25et d'une insouciance certaine.
01:27Oui, parce que vous êtes gravement blessé à la jambe.
01:30Vous aurez nombreuses opérations, nombreuses anesthésies générales,
01:33d'où ce nom, Pain Total, qui est l'une des substances qu'on utilise.
01:39C'est vrai, c'est ce qu'on vous injecte pour vous endormir
01:41avant une opération, mais ça n'existe plus.
01:43Ils ont trouvé une méthode plus affinée que ça.
01:46Les services secrets s'en servent encore comme sérum de vérité.
01:49Comme sérum de vérité, c'est ça.
01:50Alors, à critique affûtée, Frédéric Becbédé a dit
01:53que pour un lacanien de base, Pain Total, c'est peine totale,
01:56ce qui veut dire...
01:57On peut faire même des jeux de mots encore pires.
02:00Alors, vous écrivez,
02:02nous nous prenions pour des rebelles, des exaltés,
02:04nous étions des petits Français mal élevés,
02:06bouffis de chimère, pétris d'enfantillage.
02:08À l'époque où a lieu l'accident,
02:10vous faites effectivement partie d'une bande de jeunes
02:15qui s'embassaient en souciant.
02:17De petits cons, de vite éloignés.
02:19Voilà, qui ont la vie facile, qui aiment les filles de votre famille,
02:22qui aiment le cinéma.
02:23Qui aiment sortir, qui aiment le cinéma, les livres,
02:25qui se fichent un peu de tout.
02:26Et puis là, tout d'un coup, je crois que pour tout mon entourage,
02:30ça a marqué un coup d'arrêt, ça.
02:32C'était la première fois qu'on voyait
02:34quelqu'un de notre âge mourir.
02:36Et je pense que ça a frappé beaucoup de monde autour de moi.
02:39Alors, est-ce que cet accident a sonné un peu le glas
02:41de votre jeunesse, en fait ?
02:43Vous écrivez à un moment, je me sens vieux avant l'heure.
02:45Oui, par moment, mais avec le recul,
02:47je me demande si au contraire,
02:48ça n'a pas entraîné une jeunesse éternelle.
02:50Puisque je me suis aperçu, comme mon ami Olivier
02:54était mort comme ça, sur le coup,
02:56qu'on pouvait disparaître comme ça pour rien.
02:58Donc, la vie n'était pas une chose grave
03:00et qu'il fallait en profiter et s'amuser de tout.
03:03Alors, vous racontez dans le détail,
03:05ces longs mois, presque un an,
03:07un an que vous avez passé à l'hôpital, en clinique.
03:10C'est comme une vie si suspendue dans une espèce d'ouate.
03:14Oui, on est complètement...
03:15Mais vous y prenez presque goût, à un moment.
03:16Enfin, vous laissez... Enfin, goût.
03:18Vous êtes pris dans une torpeur.
03:20Oui, parce qu'on arrive totalement à chasse
03:22et puis tout est pris en charge.
03:24Vos désirs sont des ordres.
03:25On s'occupe de vous, vous sonnez,
03:27on vous apporte ce que vous voulez.
03:29Et puis, c'est à la sortie qu'on découvre
03:31que la vie a continué sans vous,
03:33ce qui est un scandale et que c'est compliqué.
03:35Il faut prendre le métro, il faut marcher,
03:37les gens vous bousculent.
03:39C'est assez curieux, oui.
03:41Je comprends d'ailleurs que des gens restent à l'hôpital
03:44des mois et des mois à se faire dorloter.
03:47Oui, le retour à la vraie vie est difficile.
03:48Et puis, il y a cette découverte de la douleur.
03:51La douleur qui est terrible.
03:53Oui, c'est un truc que je ne connaissais pas,
03:55que je ne souhaite à personne,
03:56parce que contrairement à ce qu'on prétend,
03:58ça ne sert à rien, la douleur.
03:59Ça ne vous apprend rien.
04:01Et puis, je l'en veux beaucoup,
04:03parce qu'elle est mal élevée et elle prend toute la place.
04:04On ne pense plus qu'à elle.
04:06Et ça, je trouve ça terrifiant de n'être plus qu'un corps
04:10et de ne penser qu'à soulager cette souffrance.
04:13Alors, je ne sais pas si ça vous rassure,
04:14mais vous évoquez vos pensées à l'époque.
04:16Si ça vous rassure à l'époque, vous pensez à Sagan
04:18qui commence son accident de voiture.
04:21Oui, mais c'était elle qui conduisait
04:22et je ne me suis pas réveillé drogué en sortant de plage.
04:26Voilà, c'est ça. Donc, ça a commencé pour elle.
04:28Ça a sonné le début d'un asservissement à des drogues.
04:32Bon, c'est l'occasion de revenir, par petite touche,
04:33sur les années 70, sur des personnes qui ont été là,
04:36qui ont été chères, notamment vos parents.
04:38Oui, je plains les gens qui n'ont pas de famille,
04:41parce que c'est là que j'ai découvert l'importance
04:43que c'est d'avoir des parents.
04:44Sinon, je ne serais peut-être pas là aujourd'hui
04:46en train de vous parler.
04:47Et puis, je voulais leur prendre hommage avec ce livre.
04:49J'aurais peut-être dû l'écrire avant qu'ils soient partis, eux aussi.
04:54Alors, il y a aussi des personnes, et on terminera là-dessus,
04:56des personnes comme... Bon, alors, vous vous mettez à la lecture.
04:59Enfin, vous lisiez déjà, mais vous lisez des monuments
05:01que vous n'aviez pas eu le temps de lire.
05:03L'Île-du-Seigneur, les Deux-Intendants.
05:05Et puis, il y a Jean-Marie Rouart, qui un peu sera votre...
05:07Enfin, bonne fée, non ?
05:08Ah oui, le souci, en tout cas, c'est ça.
05:10Et qui, après, vous engagera au quotidien de Paris.
05:13Au quotidien de Paris, oui, en 79,
05:15quand le quotidien a reparu, a venu de la République.
05:17Oui, c'est quelqu'un qui a été très présent,
05:20que je connaissais un petit peu, parce que j'étais allé le voir,
05:23parce qu'il s'occupait de Rio-la-Rochelle, à l'époque,
05:25et je faisais un mémoire sur cet écrivain.
05:28Et il m'avait appelé, et je lui ai dit que je suis à l'hôpital,
05:30et il était venu me voir très gentiment,
05:33alors qu'il avait sûrement autre chose à faire.
05:34Donc, je lui envoue une reconnaissance éternelle,
05:38autant qu'à celle du médecin qui m'a sauvé la jambe.
05:41Alors, en tout cas, je vous conseille de lire ce livre.
05:43C'est vraiment un très beau livre.
05:44Ça s'appelle, donc, Pain Total.
05:45C'est paru chez Albain Michel.
05:48Merci, Éric Neuf.
05:49Merci à vous.