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00:00Vous avez la parole et on vous pose cette question. Est-ce que vous utilisez encore des pesticides dans votre jardin,
00:05sur votre terrasse ? Est-ce que vous faites plus attention aux produits que vous utilisez ? Est-ce que vous avez justement fait le tri dans votre abri de jardin ?
00:1204 76 46 45 45.
00:15On en parle ce matin, Théo Hedges, et on en parle avec notre invité également.
00:18Oui, à l'occasion du procès inédit qui débute aujourd'hui à Vienne, une famille iséroise, la famille Grattaloup, qui fait face au géant allemand
00:24Bayer Monsanto, le fabricant du glyphosate.
00:26Selon la famille, pas de doute, l'herbicide utilisé par la mère pendant la grossesse est responsable des malformations de son fils Théo.
00:34Et plusieurs associations appellent à soutenir la famille aujourd'hui à Vienne.
00:38C'est votre cas, Nadine Lauvergeat. Bonjour.
00:40Bonjour.
00:41Merci d'être en ligne avec nous. Vous êtes secrétaire générale de l'ONG Générations Futures, ONG qui lutte contre les dangers des pesticides.
00:48Vous êtes à Vienne, justement, aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que selon vous, c'est un procès historique, vous diriez ça ?
00:55Oui, comme vous l'avez évoqué, inédit, historique, ces mots sont forts, mais ils sont réels.
01:00Notre connaissance, l'association qui existe depuis plus de 30 ans, n'a jamais eu à affronter, avec des familles, ce genre de procédure.
01:07Il y a déjà eu des procès d'agriculteurs, notamment.
01:09Pour des cancers ?
01:10Oui, pour des intoxications, même. Je pense à Paul-François qui s'était intoxiqué en ouvrant sa cuve.
01:16Le produit était aussi un produit Monsanto.
01:19Mais chez des amateurs, parce que là, c'est un usage amateur dont il est question.
01:22Et au moment de la grossesse, à notre sens, ça n'est jamais arrivé, une telle procédure.
01:26C'est sept ans d'ailleurs de procédure avant d'arriver à cette audience d'aujourd'hui.
01:29Donc, c'est assez historique, je pense, oui.
01:32Ça peut déboucher sur quoi ? Est-ce que ça peut aller au-delà de dommages et intérêts pour la famille Grattaloup ?
01:37On les a entendus il y a quelques instants, il y a une dizaine de minutes.
01:40Est-ce que ça peut avoir un retentissement au-delà de cette famille ?
01:45Oui, je pense. D'ailleurs, c'est aussi cette démarche que cette famille a.
01:49C'est de pouvoir mettre en lumière cette problématique de l'exposition des populations à des produits dangereux,
01:55comme le glyphosate. Il faut rappeler que cette substance a été reconnue comme cancérogène
01:58par le Centre international de recherche sur le cancer.
02:01Donc, son exposition n'est pas anodine.
02:03Votre journaliste évoquait tout à l'heure et posait la question de savoir si des jardiniers utilisaient encore ces produits-là.
02:08Il faut savoir qu'en France, heureusement, ces produits sont interdits d'usage.
02:11Les produits synthèses, pour les jardiniers amateurs, exactement.
02:14Donc, ça, c'est très positif. On espère en effet que cette procédure, en tout cas,
02:18et c'est la famille, c'est le soi aussi, ait suffisamment de retentissement pour que d'autres personnes,
02:22peut-être, fassent ce lien si jamais ils ont vécu des problématiques de santé très graves,
02:26qu'ils ont été exposés, et qu'eux-mêmes fassent des démarches pour informer sur ces dangers.
02:32Vous pensez que ça peut être le premier procès d'une plus longue série ? Vous l'espérez, peut-être ?
02:38On espère, en tout cas, en effet, que ça donne des idées à d'autres.
02:41Il existe, par exemple, à Amiens, un service au CHU pour permettre aux familles qui ont été exposées
02:48de venir et témoigner, mais souvent, les démarches ne sont pas faites
02:51parce que les personnes n'ont pas vraiment conscience des dangers auxquels ils ont pu être exposés.
02:56Et donc, le fait de lier aussi ça à des procédures juridiques, peut-être que ça va donner à d'autres des idées
03:01et, en effet, les inciter, en tout cas, à se protéger, parce que c'est déjà très important,
03:05mais aussi à réagir, à dire que ce n'est pas une fatalité.
03:07Et avoir cette reconnaissance aussi de statut de victime, que ce n'est pas de leur fait,
03:11s'il y a eu cette problématique de santé, mais que c'est parce qu'il y a eu des produits dangereux
03:14auxquels ils ont été exposés et qu'on ne les avait pas informés.
03:16On parle du glyphosate ce matin et des autres pesticides aussi.
03:20En tout cas, on vous invite à participer à cette discussion, Mathieu, au Standard d'ici zéro.
03:24Exactement, 0-4-76-46-45-45.
03:28Alors, utilisez-vous encore des pesticides, ou en tout cas des produits,
03:32parce qu'on a entendu que les pesticides, vous ne pouvez pas, et c'est peut-être...
03:35Le glyphosate.
03:36Le glyphosate, en l'occurrence.
03:37Non, non, tous les pesticides de synthèse.
03:39Ah, tous les pesticides de synthèse.
03:40Pour les jardiniers amateurs, oui, tout à fait.
03:42Mais aussi, peut-être dans les produits que vous consommez,
03:45est-ce que dans la traçabilité, vous faites plus attention à tout ça ?
03:47Et puis, si vous êtes agriculteur, appelez-nous, 0-4-76-46-45-45.
03:52Est-ce qu'il y a eu un changement dans votre façon de travailler ?
03:56Vous nous appelez et vous passez également sur nos réseaux sociaux, Soazik Pelé.
04:00Vous parlez d'agriculteurs.
04:01On a Yanis, notamment, qui réagit ce matin sur la page Facebook d'Issy Izer,
04:05qui est agriculteur à la Côte-Saint-André, qui nous dit
04:08« Moi, je suis en zéro phyto et en gestion différenciée. »
04:12Et puis, des amateurs aussi, qui commandent ce matin.
04:15Corinne, qui nous dit « Je laisse faire la nature dans mon jardin. »
04:18Et Nadine, qui nous dit « Nous n'utilisons plus de pesticides dans le potager. »
04:23Nous ouvrons la cabane de jardin ce matin, et on en discute ensemble,
04:27avec notre invitée également, Nadine Lauvergeat, secrétaire générale de l'ONG Générations Futures.
04:32Qu'est-ce que vous demandez, Nadine Lauvergeat, aux responsables politiques aujourd'hui ?
04:36On rappelle que l'autorisation du glyphosate a été prolongée au niveau européen jusqu'en 2033,
04:42pour les agriculteurs, vous l'avez dit, pas pour les amateurs.
04:46Vous dites quoi par rapport à ça ? Que c'est irresponsable ?
04:50Bien sûr, nous, on avait combattu cette réautorisation,
04:53d'autant qu'il y a énormément d'études scientifiques
04:55qui prouvent le caractère génotoxique des études académiques,
04:58qui ont été portées à la connaissance, d'ailleurs, de l'Union européenne,
05:01par l'intermédiaire de l'Inserm, qui est la recherche médicale française.
05:04Nous-mêmes, on avait alerté sur de nombreuses études
05:06qui montraient des effets, notamment, de cet herbicide en particulier.
05:10Mais il est vrai que les pesticides, en général, posent des problèmes.
05:13Je l'évoquais, à la recherche médicale française, l'Inserm a sorti en 2013,
05:16avec une mise à jour en 2021, une expertise collective sur les effets pour la santé.
05:20On sait que certaines maladies sont reconnues en tant que maladies professionnelles,
05:23certains types de cancers, des myélômes, des lymphomes,
05:25ou encore la Parkinson, par exemple, aussi, qui est reconnue en maladies professionnelles.
05:29Donc, nous, ce qu'on demande, c'est, évidemment, retirer du marché
05:32les substances les plus dangereuses le plus rapidement possible,
05:34mais aussi tendre vers la réduction d'utilisation des pesticides,
05:37comme c'était prévu, notamment, dans le plan l'éco-phyto,
05:39réduction de 50 %, on n'y est pas du tout.
05:41Il faut une reconception globale des systèmes
05:43et accompagner les agriculteurs qui n'utilisent pas ces produits.
05:45Mais on n'y est pas, aussi, parce que des agriculteurs expliquent
05:48qu'ils en ont besoin, qu'ils en font un usage modéré.
05:51On pense aux néonicotinoïdes, les producteurs de betteraves, notamment,
05:54disent qu'on n'a pas d'autres solutions efficaces aujourd'hui.
05:57Vous dites accompagner les agriculteurs, c'est un vrai défi, et ce n'est pas évident.
06:02Oui, bien sûr, ça nécessite de la recherche.
06:04L'INRA, d'ailleurs, a mis 10 millions sur la table
06:06pour essayer d'accompagner les agriculteurs dans le cadre de plans de recherche
06:10pour sortir des néonicotinoïdes, notamment pour les betteraviers.
06:12Donc, il y a des solutions qui existent.
06:14Et l'INRA, qui est l'Institut Agronomique, dit elle-même,
06:16de toute façon, nous n'avons pas le choix, nous sommes au bout d'un chemin.
06:20On ne crée plus de nouvelles molécules.
06:21Et en plus, il y a des résistances qui se créent,
06:23notamment les insectes qui résistent aux produits qu'on épeint.
06:26Donc, de toute façon, on n'aura pas le choix que de changer de système.
06:28On fait un détour au standard ICISR, Mathieu.
06:30Tout à fait, par Saint-Jean-de-Moiron.
06:32C'est Daniel ?
06:35Allô ? Ou c'est Alain ?
06:37Alain, oui.
06:38Bonjour Alain.
06:39J'habite, moi, pardon.
06:40Non, pas de souci.
06:41Alain, vous vouliez nous parler d'eau minérale et de pesticides.
06:44Expliquez-nous un petit peu.
06:46Oui, moi, je me suis intéressé, pendant le confinement,
06:51à ce qu'il y avait dans l'eau,
06:52et je me suis rendu compte qu'il y avait eu une enquête,
06:55à l'époque, de 70 millions de consommateurs,
06:57où on trouvait de l'athrazine, qui est un herbicide,
07:00qui est interdit en France depuis 2005,
07:03et qu'on trouve quand même, je ne vais pas citer les marques,
07:05mais il y a dans deux eaux minérales, notamment,
07:07et je vais juste poursuivre sur un truc également,
07:11on trouve des résidus médicamenteux, par exemple.
07:13Oui.
07:14Est-ce que ça veut dire que depuis,
07:15vous faites attention aux produits que vous consommez,
07:17notamment aux eaux que vous choisissez, par exemple ?
07:19Ah bah là, oui, bien sûr.
07:21Parce que l'eau, on en consomme tous les jours.
07:22Oui, exactement.
07:23Simplement qu'on consomme plus d'eau, et alors...
07:26Et dans vos habitudes...
07:27Si on ne fait pas attention à l'eau,
07:28on va s'empoisonner insidieusement.
07:30Exactement.
07:31C'est un questionnement aussi, parfois,
07:32quand il y a des cultures sur les sources locales et autres.
07:36Merci Alain d'avoir pointé du doigt ce souci également.
07:39On va peut-être pouvoir en discuter avec notre invité.
07:41Ça montre aussi la responsabilité collective
07:43de ces entreprises et de ces produits, effectivement.
07:46Ça vous parle peut-être ce témoignage, Nadine Lauvergeat,
07:48de l'ONG Générations Futures ?
07:50Oui, oui, tout à fait.
07:51Alors la problématique de l'eau, elle est essentielle.
07:53On parle en effet aussi d'autres polluants,
07:55comme les polluants éternels, les péphaces,
07:56qu'on retrouve dans les eaux, notamment aussi du robinet.
07:59Sachant que quand même, l'exposition la plus importante,
08:01elle est via l'alimentation, et donc la l'alimentation solide.
08:04Donc on peut limiter son exposition aux polluants chimiques,
08:06et aux pesticides en particulier,
08:07quand on consomme de l'alimentation bio, par exemple,
08:09où on ne retrouve quasiment jamais de résidus de pesticides dedans.
08:11Donc quel poids peuvent avoir aujourd'hui les politiques locaux,
08:14puisque vous demandez des actions ?
08:16Il y a plusieurs communes en Isère qui avaient tenté
08:18d'interdire l'usage de pesticides sur leurs communes.
08:20On pense à Grenoble ou à Malval-en-Vercors.
08:23Ils ont été retoqués par le Conseil d'État,
08:25en estimant que c'était seulement l'État qui avait ce pouvoir-là.
08:28Qu'est-ce qu'on peut faire au niveau local aujourd'hui ?
08:31Oui, alors vous avez raison, les maires doivent continuer,
08:33à notre sens, de pousser en ce sens.
08:35Ils peuvent prendre des décisions aussi dans le cadre éventuellement de PLU,
08:38dans les constructions, avoir des positions aussi en faveur
08:41de l'alimentation bio dans les cantines scolaires, par exemple.
08:44Ça peut aussi inciter à la reconversion des agriculteurs sur ce site,
08:48et faire des aires de cartage,
08:50avoir plutôt des agriculteurs qui ne l'utilisent pas,
08:53qui s'intéressent.
08:54C'est aussi des choses qui peuvent se négocier entre les maires,
08:57les élus locaux et les agriculteurs eux-mêmes.
08:59Donc ils ont quand même un pouvoir,
09:00et faire remonter ça au niveau national, c'est aussi important,
09:03auprès des députés et des sénateurs.
09:05Le maire a ce pouvoir-là également,
09:06donc il peut agir sur son territoire en tout cas.
09:10Quelques pistes de solutions pour terminer.
09:12Merci beaucoup en tout cas d'avoir été avec nous,
09:14Nadine Lauvergeat, secrétaire générale de l'ONG Génération Futur.
09:17Vous parliez des PIFAS, des polluants éternels.
09:19Je précise aussi que vous venez de publier une étude sur les PIFAS
09:23avec les principaux pollueurs en France.
09:24On retrouve ça sur votre site internet.
09:26Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
09:28Belle journée.