Donald Trump a lancé mercredi son assaut commercial généralisé en annonçant des droits de douanes très lourds, en particulier contre la Chine et l'Union européenne, au risque de miner l'économie internationale.
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00:00Avec nous, Raphaël Legendre, éditorialiste à BFM Business. Bonjour Raphaël, merci d'être là.
00:05Nous sommes également avec Vitalie Tétinger, bonjour. Vous êtes la présidente de la maison de champagne Tétinger.
00:10Et Baptiste Rébié, directeur général de Fairmob, spécialisé dans le mobilier extérieur.
00:15Vous connaissez notamment les chaises du Jardin du Luxembourg.
00:19C'est Fairmob, c'est de l'acier, c'est des taxes.
00:22C'est donc une guerre commerciale mondiale qu'a déclenché Donald Trump cette nuit.
00:26On savait qu'il allait déclencher cette guerre. On attendait de connaître les montants.
00:30Les pays concernés, ce sera tout le monde, 10%.
00:33Et ensuite, des tarifs pour chacun des pays, la Chine et le Vietnam étant les premiers concernés.
00:39Et 20% pour l'Union européenne. Écoutez la façon dont Donald Trump a justifié cette nuit,
00:43dans les jardins de la Maison Blanche, cette hausse des tarifs douaniers américains.
00:47Des dirigeants étrangers ont volé nos emplois.
00:51Des fraudeurs étrangers ont saccagé nos usines.
00:54Et des pilleurs étrangers ont déchiré notre rêve américain autrefois si beau.
00:59Première réaction avec vous, Vitalité Tinger.
01:01Comment avez-vous réagi en entendant le président américain ?
01:04Et surtout, ce matin, quelles conséquences très concrètes pour votre secteur ?
01:10Alors, les conséquences très concrètes, on les connaît un peu.
01:13Parce que pendant son premier mandat, Donald Trump avait déjà appliqué des taxes de 25%
01:19sur les vins tranquilles, en dessous et au-dessus de 14 degrés.
01:23Donc on sait que ça a eu un impact financier très fort, 500 millions d'euros.
01:28Et d'après la Fédération européenne des vins espiritueux,
01:32on sait aussi que c'est un repli de 40% des exportations de vins.
01:38Donc on sait qu'il va y avoir un impact.
01:41Après, nous avons bien sûr discuté avec notre importateur aux Etats-Unis.
01:47Et ce que nous savons aussi, et ce en quoi nous fondons quelques exploits toujours,
01:52c'est peut-être les zones de flou sur lesquelles Donald Trump ne s'est pas prononcé,
01:57à savoir ce fameux principe de réciprocité.
02:00Et puis également, le fait de mentionner certains secteurs plus que d'autres.
02:06Là, il est question d'une règle générale.
02:09Et maintenant, si vous me demandez mon impression en tant que citoyenne française,
02:13c'est vrai que j'ai l'impression d'assister à un durcissement de l'histoire.
02:19Et voilà, ce sentiment est plutôt anxiogène.
02:23Mais voilà, nous allons garder bien sûr notre sérénité et travailler.
02:28Et travailler pour espérer évidemment limiter les dégâts.
02:31Est-ce qu'on a les moyens de riposter, Raphaël ?
02:33Comment peut-on riposter ?
02:34Oui, la bonne nouvelle, c'est qu'on a les moyens.
02:35Négocier et où riposter ?
02:36Et notamment au niveau européen.
02:38On a déjà vécu un épisode entre 2018 et 2020.
02:41Ce n'est pas la première fois que Trump nous impose des droits de douane.
02:44Et bien là, la Commission européenne a eu le temps de se préparer.
02:47Il y a un outil qui a été mis en place à la fois pour riposter un peu œil pour œil,
02:52dents pour dents.
02:53C'est-à-dire, vous nous mettez 10, 20 % de droits de douane,
02:56on rajoute autant sur les volumes.
02:58Il faut savoir qu'on était à peu près à égalité entre les États-Unis et l'Europe.
03:01C'était 2,5 % de droits de douane des deux côtés de l'Atlantique.
03:05Il nous met 20, nous allons rajouter 20.
03:07Et on a même un outil qui peut encore aller plus loin dorénavant,
03:10qu'on n'a jamais utilisé, qui peut aller jusqu'à une interdiction de sol européen
03:15de certains dirigeants américains.
03:17Mais Raphaël, au risque que tout s'arrête ?
03:19Au risque de baisser en tout cas les échanges et donc la création de richesses
03:23entre les deux principales économies du monde.
03:26Je rappelle que l'Europe, c'est quand même le premier marché mondial,
03:30les États-Unis la première puissance économique mondiale.
03:32Donc ce qui est sûr, c'est que ça ne fait que des perdants.
03:34Et par ailleurs, œil pour œil, dents pour dents, Donald Trump,
03:38il risque de se fâcher encore plus rouge.
03:40D'abord, il ne comprend que cette méthode, un peu virile,
03:45mais c'est sa méthode de négociation Donald Trump.
03:47Il commence toujours par vous coller une grosse baffe.
03:50On vient de la recevoir hier soir à 22h, mais après il discute.
03:54Donc tout ce qu'on voit là, ce n'est pas forcément la copie finale,
03:58c'est simplement un début de négociation.
04:00Et Ursula von der Leyen a tenu une conférence de presse à 5h30 ce matin
04:04pour dire on va commencer maintenant les discussions,
04:06on verra comment tout ça atterrit vers la mi-avril.
04:08Sur la riposte, voilà ce que disait il y a quelques minutes la porte-parole du gouvernement.
04:12Nous allons continuer d'essayer de négocier avec les États-Unis
04:16car nous ne sommes pas à l'origine de cette attaque commerciale.
04:19Vous savez qu'il y a deux ripostes qui sont préparées.
04:21Avec le président Trump, il faut rentrer dans un rapport de force.
04:25Et donc il y a deux ripostes qui sont prévues.
04:27Une première riposte qui est d'abord, qui sera efficiente à peu près à la mi-avril,
04:31qui va correspondre à sa première attaque sur l'aluminium et l'acier.
04:35Et puis il y a un deuxième jeu de riposte qui sera probablement prêt à la fin du mois d'avril
04:39sur l'ensemble des produits et des services.
04:41Les services, c'est par exemple les services numériques
04:44qui aujourd'hui ne sont pas taxés et qui pourraient l'être.
04:47Les GAFAM, par exemple, nous sommes prêts à cette guerre commerciale.
04:51Voilà, l'Union Européenne donc qui va taxer les services numériques américains,
04:54c'est ce que dit Sophie Primat.
04:56Baptiste Rébié, directeur général de Fermab,
04:58les États-Unis c'est évidemment le nouveau marché.
05:01Expliquez-nous concrètement ce que ça signifie,
05:04ce volet de taxes pour votre activité.
05:09Alors bonjour, ça signifie déjà un impact immédiat,
05:12ce qui est très compliqué,
05:14puisque quand vous avez des changements de règles commerciales,
05:17les entreprises y sont préparées
05:19et en général vous avez le temps de l'anticipation.
05:21Quand on a vécu par le passé des changements de règles dans l'OMC
05:25ou des changements de règles avec le Brexit,
05:27on a eu plusieurs mois pour s'y préparer,
05:29anticiper et puis s'adapter.
05:31Et ce qu'on déteste en tant que chef d'entreprise,
05:35c'est devoir faire face à la certitude et à des changements soudains.
05:38Donc c'est cette problématique-là qui est la plus dure à traiter,
05:42c'est la soudaineté et puis l'impact,
05:44puisque 20%, comme vous dites, on était auparavant à 2%,
05:47passer de 2 à 20 c'est extrêmement violent.
05:51Nous on s'y est préparé, je dirais, principalement de deux manières.
05:55Déjà on a une filiale aux États-Unis
05:58dans laquelle nous avons envoyé, je dirais,
06:01en anticipation, en prévision des stocks
06:03sur les mois précédents, en janvier et en février.
06:06Donc ça nous a permis d'envoyer des produits
06:09qui sont restés taxés à 2% et non pas à 20%.
06:12Et là aujourd'hui, malheureusement, on va être obligés
06:16de partiellement appliquer des hausses de prix
06:19à nos clients aux États-Unis.
06:21Pas de l'ordre de 20%, puisque des telles hausses,
06:24on ne peut pas les appliquer directement auprès des clients,
06:27c'est trop violent, mais des hausses partielles entre 5 et 10%.
06:30Et moi, mon espoir, ce que je souhaite,
06:33pour reprendre ce que vous disiez tout à l'heure,
06:35c'est qu'en fait on soit dans une phase de négociation
06:37et peut-être que tout ça se terminera vers des droits à 10%,
06:41par exemple, ce qui serait difficile,
06:43mais ce qui serait plus facile pour nous à absorber commercialement.
06:46Vitalie Téttinger, il y a donc une réunion à 16h à l'Élysée
06:49autour d'Emmanuel Macron, des représentants des filières
06:52qui vont être concernés par ces droits de douane,
06:54la vôtre notamment.
06:55Qu'est-ce que vous attendez du chef de l'État ?
06:57Qu'est-ce que vous lui demandez ?
07:01Je lui demande déjà une écoute, une écoute réelle,
07:05parce que j'entendais les commentaires
07:07qui sont finalement en faveur d'une guerre, de riposte, etc.
07:13Je pense qu'on peut toujours présager de la réaction de Donald Trump,
07:18mais on peut aussi se projeter dans un contexte un peu plus global.
07:22Et c'est vrai que pour nous, ce qui compte aussi,
07:24c'est de ne pas durcir le ton, qu'il y ait une vraie réflexion sereine posée,
07:30qu'il y ait un vrai travail de projection,
07:32et qu'on puisse revenir à la raison.
07:35Alors je sais que c'est un discours un peu angélique,
07:37mais voilà, on voit avec la guerre que ce discours de riposte,
07:42cet œil pour œil, dent pour dent, ce je réponds,
07:44il va plutôt vers une escalade du contexte.
07:49Et là, ce que nous vivons est aussi le résultat d'une première partie de la bataille, quelque part.
07:57L'acier provoque des ripostes,
08:00ces ripostes prennent en otage d'autres secteurs de l'économie,
08:04et c'est vrai qu'on ne voit pas bien la fin du système.
08:08Donc pour moi, avant tout, ce que j'attends,
08:11c'est quand même un discours apaisé, un discours serein,
08:14et une réflexion collective portée par les professionnels,
08:21plus que par les politiques, quelque part.
08:23Parce que le réalisme de terrain, il est chez nous,
08:26et que bien souvent, nous sommes un peu pris en otage d'appréciations
08:31qui ne sont pas vraiment liées à ce que nous vivons.
08:33Merci en tout cas d'avoir été avec nous ce matin,
08:36dans Première Édition, dans ce 7 Minutes pour Comprendre.
08:38On espère que tout ça se finira autour d'une coupe de champagne.
08:41C'est tout le mal qu'on peut souhaiter.
08:43Le champagne n'avait pas été taxé en 2018.
08:45Qui y avait échappé.
08:46C'est peut-être pour ça qu'il faut y aller mezzo voce ce matin.