Dans cette émission, Danielle Moreau perce les clés pour bien vieillir. Cette semaine, elle part à la rencontre de Danièle Evenou qui va nous dévoiler son secret pour vieillir heureux.
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00:00Bonjour, je m'appelle Danielle Evenou. J'ai 80 ans, enfin c'est pas vrai, j'ai plus de 81, mais chut, ça ne se voit pas.
00:08Je dis toujours que moi je ne fais rien, même pas à mon âge.
00:21Bonjour à tous, bienvenue dans un nouveau numéro de Vieillir Heureux. Bonjour Danielle, alors je crois qu'on se connaît depuis tellement longtemps,
00:28on ne va pas arriver à se vouvoyer, donc on va se tutoyer parce que tu sais que quand même j'allais assister à tes émissions,
00:34je séchais les cours pour ça, donc ça ne rajeunit pas.
00:37Pour te le dire, je l'ai vue débutante. Elle était dans le public quand j'avais une émission avec Radio-Canada.
00:41RMC, c'est ça.
00:43Que me vaut l'honneur ? Ne me parle pas de vieillir, je ne dis pas ce mot, Danielle. Grandir.
00:49On va essayer, voilà, on va s'élever, grandir. Non, c'est vrai que tu ne fais vraiment pas ton âge.
00:54Et j'avais envie justement, tu as une telle pêche d'avoir quelques secrets.
00:58Donc est-ce que d'abord, ça t'a fait un coup quand même d'avoir 80 ans ou est-ce que tu t'en fiches vraiment ?
01:02Je m'en fichais. Les 80 ans, je m'en moquais. Mais les 81, ce n'est pas une blague.
01:08C'est vrai ?
01:09C'est comme lorsque j'ai eu 50 ans. Alors là, que j'étais tellement contente qu'on me dise, mais comment on fait ?
01:14Tu mets quel est ton secret ? Alors mon secret, c'est que je ne m'occupe peut-être pas assez de moi, mais c'est peut-être pas mal.
01:23S'occuper des autres, je trouve que c'est bien. Ça occupe. C'est très important de s'occuper des autres.
01:29On parle de solitude, mais est-ce que tu souffres de la solitude ? Est-ce que tu crois encore au grand amour ?
01:34Est-ce qu'après 80 ans, on peut encore y croire ?
01:36Alors je dis à tous ceux qui nous regardent, oui, je crois encore. Pas au grand grand amour, bien que je souhaite le grand amour.
01:42Mais j'ai vécu, moi, le grand amour avec mon mari qui s'appelait Georges Fillou, qui a été ministre sous mes terrains.
01:50À côté de mes terrains. Il a créé Canal+, les radios de libre, la 4, la 5, la 6, la 7, voilà.
01:56Ça, ça a été la grande histoire. Mais est-ce que, même si ce n'est pas le grand amour, mais tu as besoin de quelqu'un à côté de toi,
02:03est-ce qu'on peut passer une petite annonce ? Parce que moi, je suis pareil, je n'ai pas encore 80 ans tout à fait,
02:07mais on passe une annonce commune, c'est-à-dire un père, un fils, et tu prends ou le fils ou le père, on verra.
02:13Tu crois que tu veux être ma fille ? Non, non, mais moi, je te donne le fils.
02:16Ah, mais je n'ai pas de fille ! Alors, j'adopte Daniel. Donc, mesdames et messieurs, enfin plutôt messieurs,
02:21si vous êtes libres, si vous avez envie de... De deux Daniels.
02:25De deux Daniels, donc elle s'en fait, il faut qu'ils aient. Eh bien, nous sommes libres.
02:30Alors, nous avons besoin de tendresse. Oui, d'une épaule pour s'appuyer.
02:34D'une et de deux, c'est quand même, c'est mieux d'être dans les bras. D'accord.
02:38Enfin, on n'aime pas. La solitude est un ennemi. Je vais vous dire comment je le sais.
02:42Parce que d'abord, je vis seule actuellement, mais c'est surtout que je travaille, j'ai un deuxième métier.
02:48Je m'occupe de résidence senior secondaire. Oui, tu es ma reine en fait d'une chaîne de résidence senior.
02:54Et la solitude, c'est quelque chose. Et je me bats, quand j'y vais aux inaugurations, je leur dis aussi
03:01que lorsqu'on voit quelqu'un tout seul dans un coin, surtout aller vers lui. Moi, dans la rue, il m'arrive,
03:07surtout actuellement, il ne fait pas très, très beau. Quelqu'un qui est tout seul dans son petit coin,
03:13il faut aller, il faut parler aux autres, il faut leur demander. L'autre jour, j'étais dans un intermarché,
03:19une grande marque, je ne sais pas laquelle. Et un jeune homme qui m'a fait de la peine, il m'a demandé
03:24si je pouvais lui acheter un tube de lait sucré. Mais ce que j'ai vu surtout dans son regard,
03:31c'est qu'il était seul, sans famille, sans rien. Parce qu'après, j'ai regardé où il allait, où allait-il.
03:36Il s'est réfugié sous la porte. Bon, ça, c'est encore autre chose. C'est le malheur, c'est la solitude dehors.
03:42Mais pour soigner sa propre solitude, il faut aller vers les autres. Et dans ces résidences, il y a même
03:47des belles histoires d'amour avec les seigneurs. Raconte-moi, parce que ça fait rêver, ça.
03:52Je viens d'en vivre une. Dans le nord de la France, à Lille, il y a une nouvelle résidence qui a été créée.
03:58A l'inauguration, j'ai rencontré une femme, belle, dans un fauteuil roulant. Et elle a rencontré, là, ce jour-là,
04:08elle me l'a dit, j'ai rencontré un homme qui est là-bas. Tu vois Daniel, parce qu'on se tutoie dans toutes ses résidences.
04:14C'est lui. Et je suis tombée amoureuse. Trois semaines ou un mois après, elle me dit, ça va être le mariage.
04:24Ils se sont mariés. C'est génial. D'abord à la mairie, puis à l'église. Et quand il quitte l'église, il la prend par la main
04:36en poussant le fauteuil. Elle le regarde. C'est le grand amour. Après, ils ont fait la fête dans la résidence.
04:44Donc, l'important, elle aurait été seule chez elle. Elle n'aurait pas rencontré ce beau brun aux cheveux gris.
04:51C'est une belle histoire et ça laisse de l'espoir. On le voit, tu as une pêche incroyable. Quand tu ne vas pas bien,
04:58je crois que tu restes chez toi et tu caches tout ça. Mais quand on te voit, tu as toujours une énergie à transmettre.
05:03Et surtout, tu as une ligne impeccable. Est-ce que tu fais du sport ? Est-ce que tu vas à la salle de sport ?
05:07Quels sont tes secrets ? Je fais comme beaucoup de gens. On s'est tous ruinés.
05:11On s'abonne. En début d'année, on va tous acheter la carte. On dit qu'on va faire ça, ça, ça.
05:18Et puis, on ne fait rien. Et on n'y va pas. Donc, moi, je fais mon gymnastique.
05:22Je rentre toujours dans mon ventre. Je ne peux pas te demander de me toucher l'estomac, Daniel.
05:26Mais c'est bien. Je ne marche pas lentement. Je ne sais marcher que vite. Et comme je marche vite,
05:35très souvent, je double les gens dans la rue. Je dis « Attention, je double ! »
05:40Une fois que je suis partie, les gens reconnaissent ma voix. Ils disent « Mais c'est Daniel. »
05:45Ce n'est pas possible. On a croisé. Je me retourne et je leur dis « Pardon, je ne fais jamais les vitrines. »
05:52Alors ça, je n'ai pas le temps. Parce que tu traces. Je trace. C'est tout. Je trace.
05:57Et puis, il y a des choses qu'il ne faut pas faire. Par exemple, arrivé à un certain âge, il faut mettre des manches.
06:03Par exemple, si vous allez voir un spectacle et que vous savez que vous allez vous ennuyer et que vous n'allez pas applaudir,
06:08vous pouvez y aller comme ça. Si vous savez que vous allez adorer et que vous allez applaudir, il faut mettre des manches.
06:14Parce que tout pendouille. L'ennemi, c'est le bras qui pendouille. Là, c'est ça. Le pendouillard, on appelle ça.
06:19On ne dit pas le nom. Ça pendouille. Il faut mettre des manches. J'ai beaucoup de manches.
06:25Donc là, on ne voit rien qui pendouille. Mais ce n'est pas grave. Regardez. Moi, je fais ça.
06:30Donc, on s'interdit un peu. Je mors de la piscine. « Chers ennemis, voulez-vous boire quelque chose ? »
06:35Alors, je prends mon verre. Mais si tu es en maillot, par exemple. Justement, je suis en maillot là.
06:41Maillot, manches longues. Je me suis fait faire des maillots avec un bout de tissu humain de même.
06:46Sinon, tu restes comme ça. « Voulez-vous boire un verre ? » Le bras en l'air.
06:51Mais toujours en l'air. Je trouve n'importe quelle prétexte de dire « Oh, un moustique ! »
06:57Alors, si vous dites bonjour à quelqu'un. Oui, parce que ça remonte la poitrine.
07:02Voilà. C'est tout. Je ne vais pas faire du sport. Un peu de gym du quotidien, en fait.
07:07Et toujours rentrer le ventre, même quand tu es assise. Et puis, je fais attention à ce que je mange.
07:11Ça, justement, tu me fais une transition pour te trouver.
07:14On va aller dans ton petit coin cuisine pour que tu nous parles un petit peu d'alimentation.
07:21Alors, Danielle, nous voici dans ton coin cuisine. Et alors, ça fait partie des secrets de ta forme.
07:25Est-ce que tu fais des régimes ou est-ce que c'est une alimentation régulière et saine ?
07:30Quand je craque, je craque. D'accord.
07:33Si je mange des pâtes, je mange toute la casserole et je m'en met la sauce pour la finir.
07:40Mais je fais attention. Voilà. C'est vrai. Je suis désolée pour tous les boulangers.
07:45J'adore le pain, mais j'évite le pain. Je l'évite parce que quand je commence un petit bout,
07:52je mange tout et j'aime le bon pain. Donc, j'évite les pâtes, j'évite les pommes de terre.
07:59On dit toujours les trois P. Voilà, j'évite.
08:02Pâtes, pommes de terre, ça, il faut essayer.
08:04J'évite. Mais si j'en prends, j'en mange beaucoup.
08:10Tu ne sais pas t'arrêter, en fait.
08:13Je ne sais pas m'arrêter. Alors, il y a des choses que j'adore. Par exemple, je mets quand même du pain
08:18quand je reçois des petites choses. Et je mets, par exemple, du pâté, etc.
08:24Je mets aussi toujours une feuille d'endive. J'adore les endives, cuites, pas cuites, mais crues.
08:30Et comme ça, les gens qui veulent faire attention à ne pas se bourrer.
08:34Pour l'apéro, par exemple, on peut faire des petits toasts au lieu que ce soit le pain.
08:38Je ne ferai pas mon mot. Toasts.
08:40Voilà, des petits toasts, mais c'est des feuilles d'endive. Mais ça, c'est bien.
08:43Moi, je vais le retenir, ça. Je trouve que c'est une bonne idée.
08:46Je crois, d'ailleurs, que c'est même moi qui ai peut-être lancé. Je suis prétentieuse.
08:49Il faut faire breveté. Alors là, il y a aussi un des secrets.
08:52Ça, ça fait partie de ton alimentation.
08:55D'abord, j'adore les coquetiers. J'ai une passion pour la vaisselle.
08:59Il faut, je le demande à tous mes amis qui écoutent, ils en ont pris l'habitude, m'empêcher d'acheter des assiettes.
09:06Je suis dingue d'assiette. Je suis dingue de vaisselle, de nappe, de lard de la table.
09:12Si on veut te faire plaisir, on t'offre ça.
09:16Là, j'adore les œufs de toutes les façons, mais l'œuf dur.
09:20Il y a un poème, je vais dire que Dieu fera, je crois que c'est de Prévert, j'en suis sûre.
09:25Ah, qu'il est bon le bruit de l'œuf dur que l'on casse sur le zinc devant l'homme qui a faim.
09:31Ce n'est pas tout à fait les mots, mais il en a fait une chanson.
09:34Et l'œuf dur. Alors maintenant, dans les cafés, on n'a plus le droit.
09:38Parce qu'il y en a qui sont peut-être là depuis six mois ou depuis un an.
09:41Tandis que moi, les miens sont frais.
09:43Donc toujours un œuf dur, ça fait un peu coupe fin ?
09:47Tu manges ça à n'importe quel moment de la journée ?
09:50Les pommes et les œufs durs, j'en ai toujours.
09:53D'accord.
09:54Là, on a mis ça.
09:56Parce que les fruits, c'est important.
09:57Non, mais surtout les pommes.
09:59Ça me rappelle ma Bretagne, sûrement.
10:02Mais ce que j'aime faire, il ne faut pas le dire, il ne faut le dire à personne,
10:05c'est voler une pomme sur l'arbre.
10:09Là, en septembre, j'habite souvent en Provence.
10:15Là, en septembre, voler une ou deux pommes,
10:18en me disant, pourvu qu'on ne me voit pas,
10:21mais en même temps, si on me voit, je voulais voler.
10:24C'est bon, c'est de la cueillir.
10:26Et de la croquer.
10:27Croquer.
10:28La croquer.
10:29C'est juteux.
10:32Et alors, tu as aussi une passion pour le gingembre.
10:35J'adore le curcuma, j'adore le gingembre.
10:38J'aime toutes ces choses saines, sans alcool,
10:42et ce qui fait que j'aime bien le très très bon vin.
10:45Ça, c'est vrai, et avec modération, on le dit toujours.
10:49Mais le curcuma, toutes ces poissons piquantes,
10:53ça remplace ta vérité, pour moi.
10:55Pas mal, ça.
10:56Et alors là, je vois quelque chose.
10:58Tu dis que tu manges très peu de sucre, très peu de gâteau,
11:01mais de temps en temps, il faut craquer.
11:03Alors, ceux qui m'aiment, et il y en a,
11:06ils savent que j'aime le chocolat.
11:09Là, il y en a.
11:11Il y en a, il y en a.
11:14Voilà, des truffes au chocolat.
11:17Avec un bon verre de vin rouge, avec modération.
11:22Parce que l'eau avec le chocolat, non.
11:24Le vin rouge, c'est vrai, ça va très bien avec.
11:26Donnez, donnez.
11:28Ça veut dire qu'on fait attention toute l'année,
11:31mais on craque de temps en temps, on a un peu de plaisir.
11:33Mais quand je craque, je craque complètement.
11:35Là, ça va être fini dans la journée.
11:37Voilà.
11:38D'accord, je t'en prendrai un, comme ça, ça fera une de moins.
11:40Voilà.
11:41Allez, on retourne dans notre petit coin salon ?
11:43Oui.
11:44A tout à l'heure, les oeufs.
11:49C'était bien sympa, cette petite accartade dans ta cuisine.
11:52Et moi, je voulais parler quand même d'un sujet normalement qui fâche,
11:55mais toi, t'en parles très librement, c'est de la chirurgie esthétique.
11:58Parce que tu assumes, tu en as fait,
12:00et t'as même, je ne sais pas, je n'ai pas bien compris,
12:03t'as eu des prix chez ton gynécologue pour qu'il te…
12:06Oui, mais un jour, j'étais chez mon gynécologue,
12:09comme vous, messieurs.
12:11Non.
12:12Mais ce n'est pas grave, vous me connaissez.
12:14Bon, comme beaucoup de femmes, dans la position que vous connaissez.
12:18Et puis, il me regarde, là.
12:21Là, où je vais me regarder.
12:23Il fait son travail, oui.
12:24Et d'un second, il me dit, vous ne voulez pas que je vous fasse les paupières ?
12:27Moi, j'étais là, comme ça,
12:29avec les cuisses ouvertes.
12:31Comment ?
12:32Vous ne voulez pas que je vous fasse les paupières ?
12:34Du coup, il me parle.
12:36Je lui dis, lesquelles ?
12:37Il me dit, celles du bas.
12:39Alors, moi, je me penche.
12:40Je dis, celles du bas du quoi ?
12:42Mais celles du bas du haut.
12:43Mais du haut de quoi ?
12:44En fait, il me parlait de mes paupières.
12:47Les vraies paupières ?
12:48Alors qu'il était en train de me regarder, là.
12:50C'était l'époque où tout le monde se disait,
12:51chirurgie esthétique, les ORL, les choses là.
12:53Oui, c'est vrai qu'il ne faut pas vraiment de diplôme.
12:55Je ne sais pas dire non.
12:56J'ai dit oui.
12:586 jours après, il m'a opéré.
13:00Ça a été raté.
13:02Il a tiré tellement de peau
13:04que j'ai dormi 8 ans les yeux verts.
13:06C'est pas vrai.
13:07Voilà.
13:08Moralité, il ne faut pas se faire tirer par son généco, bien sûr.
13:10Oui.
13:11Et j'ai mis des années à m'en remettre.
13:13Une autre fois, j'ai fait quelque chose d'esthétique.
13:15Donc, je ne suis pas faite pour changer d'esthétique.
13:17En plus, je bouge trop.
13:19Parce que je vois mes copines qui se font faire des liftings.
13:21Après, pendant 3 semaines, il ne faut pas parler.
13:23Il ne faut pas bouger.
13:24Vous voyez, ne pas parler, ce n'est pas possible.
13:26Et un jour,
13:28on a cru que j'avais une petite boule au sein.
13:31On m'a dit qu'il fallait retirer la petite boule.
13:36Bon, on m'a retiré la petite boule.
13:38Et il va s'avérer que je n'ai rien du tout.
13:41Mais, mais, mais,
13:43je jouais au théâtre.
13:45Je jouais au théâtre.
13:46Et mon mari qui m'accompagnait,
13:48il m'a dit, quand vous voulez retirer la petite boule,
13:51n'oubliez pas qu'elle joue le soir même au théâtre.
13:53Je jouais le soir même au théâtre.
13:55Donc, j'y vais.
13:57Au bout de quelques jours, je me rends compte
14:00qu'ils avaient fait une bêtise.
14:02Ils ne m'avaient pas mis de drain.
14:04Donc, mon sein gonflait.
14:05Je jouais avec Jean-Pierre Castaldi.
14:07Et ils ont été très, très sympas à l'hôpital.
14:09Ils ont accepté que je joue.
14:12Et dans la nuit, après, ils m'ont opéré.
14:14Parce que j'avais ça à l'épaule.
14:17Donc, moi qui avais de beaux seins,
14:19je me suis retrouvée avec un sein et un trou.
14:22Ça ne passait pas du tout à mon mari.
14:24Il était très en colère.
14:25Alors, les paupières, après le sein,
14:27je n'avais pas de cancer, tout allait bien.
14:29J'avais un trou.
14:30Jean-Pierre Thierry, il avait fait un trou.
14:32Et pour les 80 ans de mon mari,
14:33il n'y avait pas quoi lui offrir.
14:35Alors, mon fils Frédéric dit,
14:37on va lui racheter sa voiture d'occasion.
14:39Parce qu'il avait vendu sa voiture d'occasion.
14:41Et moi, j'ai eu l'idée.
14:42Je lui ai dit, tiens, tu vas refaire ma poitrine.
14:44Comme cadeau.
14:45Comme cadeau.
14:46Une nouvelle poitrine.
14:48Mais là, ils se sont trompés de taille.
14:50Je suis sortie de la clinique.
14:51Ah oui, j'avais des seins comme ça.
14:53Je ne voyais pas mes chaussures.
14:56Mais il était très content quand même pour ses 80 ans.
14:59Et pour vous dire toute la vérité,
15:01une fois qu'il a été mort, deux ans après,
15:04j'ai vite retiré mes seins.
15:06Je suis maintenant complètement normale.
15:08Ça va, les yeux se ferment,
15:10les seins sont comme avant.
15:12Il ne me manque que Georges.
15:13Tu déconseilles la chirurgie ?
15:15Parce que moi, je trouve que les gens
15:16commencent de plus en plus jeunes.
15:18C'est quand même une espèce d'escalade.
15:20C'est facile de déconseiller la chirurgie.
15:22C'est sûrement qu'il faut le faire.
15:23Mais ne faites pas comme moi.
15:25Prenez des vrais chirurgiens esthétiques.
15:27On parlait de Georges Fillou.
15:29Ça a été évidemment ton grand amour.
15:31Il était un peu plus âgé que toi.
15:33Tu l'as accompagné jusqu'au bout.
15:34Il a eu une longue maladie.
15:3614 ans de différence, ce n'est pas...
15:38Non, mais c'est vrai qu'il a malheureusement
15:40été atteint de cette longue maladie.
15:42Comment tu as vécu ça ?
15:43Parce que toi, qui portes les gens à bout de bras,
15:46là, c'était vraiment le cas.
15:48Dans ma vie, je n'ai jamais voulu travailler
15:50pendant les vacances scolaires.
15:51Parce que les enfants, c'est ma priorité.
15:53Et je ne travaillais pas.
15:55Je refusais de travailler, de tourner,
15:58pendant que mon mari était à l'hôpital.
16:00Et il est allé beaucoup à l'hôpital.
16:02Et les nuits étaient longues.
16:04Mais jouer au théâtre, ça, je pouvais.
16:06Mais dès que j'ai fini de jouer au théâtre,
16:08toujours avec mon Castaldi,
16:10j'arrivais, j'ai remonté le moral des infirmières,
16:13j'ai apporté du champagne.
16:15Et puis, j'ai passé beaucoup de nuits,
16:18beaucoup de temps dans les hôpitaux.
16:20Et c'est ma philosophie à moi.
16:23J'ai un homme, j'ai les enfants,
16:25ils passent avant tout.
16:27Et alors, comme avec toi,
16:29on passe toujours des larmes au rire,
16:32du rire aux larmes,
16:33il est parti avec quelque chose de particulier
16:35dans son cercueil Georges Filliou.
16:37Je vais vous raconter.
16:38J'étais très fière d'être avec mon ministre,
16:40dont j'étais dingue.
16:42Et donc, le mercredi,
16:45c'était la sortie du conseil du ministre.
16:48Je mets, comme tout le monde à l'époque,
16:50c'était la première chaîne,
16:52c'était il y a de cela 35 ans,
16:5683, quelque chose comme ça.
16:58Et je vois mon mari,
17:00je suis fière moi,
17:02je vois mon mari sortir sur le perron,
17:04on voit Mitterrand lui parler,
17:06c'était au mois de mai, il faisait chaud.
17:09Et je vois qu'il cherche quelque chose dans sa poche.
17:12Et je vois qu'il cherche, je me dis,
17:14qu'est-ce qu'il a, qu'est-ce qu'il cherche ?
17:16J'ai oublié de vous dire, c'est que la veille au soir,
17:18pour ne pas me réveiller le matin,
17:20il préparait ses affaires.
17:21Son oeuf papillon qu'il faisait bien lui-même,
17:23sa pochette et son mouchoir.
17:25Et là, je vois qu'il cherche.
17:27Je me dis, qu'est-ce qu'il a ?
17:29Et là, je me rends compte à ses yeux qu'il a oublié son mouchoir.
17:31Que fait-il ?
17:33Devant Mitterrand, il sort sa pochette
17:35et devant Mitterrand, sa pochette.
17:37C'était quoi ?
17:38C'était ma petite culotte.
17:40C'est-à-dire que j'ai découvert que toutes mes culottes
17:42ont assisté à tous les conseils du ministre.
17:45C'est-à-dire que mes culottes,
17:47elles auraient pu assister à la peine de mort.
17:50La loi Manaterre était passée juste avant.
17:53En fait, je fais partie de l'histoire de France.
17:55Je fais partie de l'histoire de France.
17:57Et donc, tu lui as mis ta petite culotte ?
17:59Tous nos amis, Michel Cotta, Fabius,
18:02ont été au courant de cette histoire.
18:04Et donc, le jour où on a habillé mon mort, mon homme,
18:09ce sont mes enfants qui ont dit,
18:11Maman, ta pochette.
18:13Avec un dernier petit clin d'œil.
18:14Ta petite culotte.
18:15Voilà.
18:16Elle est partie avec ma culotte.
18:18Et alors, comment, quand on est dernier élève,
18:19nous, pleine d'énergie et tout ça,
18:20comment on arrive à faire son deuil ?
18:22Est-ce que tu t'es culottée chez toi ?
18:25Est-ce qu'au contraire, comment tu fais
18:27quand tu as vraiment du chagrin ?
18:29L'important, c'est de ne pas se plaindre.
18:32Alors que moi, je me plains.
18:33Mais il faut choisir à qui se plaindre.
18:38Parce que c'est chiant, les gens qui se plaignent
18:40toute la journée.
18:41Moi, je viens de me plaindre,
18:42moi, beaucoup.
18:43Si vous voulez perdre tous vos amis,
18:45plaignez-vous.
18:47Il faut montrer toujours un visage.
18:49Il faut dire que tout va bien.
18:50Ça ne sert à rien, le contraire.
18:51Donc, si vous me posez la question,
18:53comment allez-vous, Daniel ?
18:54Je vais très bien.
18:55Est-ce que ces valeurs-là,
18:56ça te vient de ton enfance ?
18:59Parce que tu as été élevée dans une famille
19:01très modeste, bretonne,
19:03le centre de la Bretagne.
19:05Et je crois que tu avais un attachement particulier
19:07à ta grand-mère.
19:08Je lui parlais breton avant de parler français.
19:10Ça, c'est fou, ça.
19:11Je ne sais pas s'il y a des gens qui parlent breton
19:13et qui nous entendent.
19:14Si je vous chante...
19:18Tu te souviens encore ?
19:20Ah, ça, je connais.
19:25Mais ça, c'est pas en breton.
19:26J'ai grandi là-bas.
19:28Ça a été ma première langue.
19:29La première langue en breton.
19:31Et c'était vraiment de la terre battue
19:33chez tes grands-parents ?
19:34La vraie maison bretonne.
19:36Avec ma grand-mère, qui avait sa petite coiffe.
19:39Je suis dans le centre de la Bretagne.
19:41Dans les carrières d'ardoise.
19:43Alors, Daniel, je crois, je n'avais pas percuté,
19:45tu es né un 21 février,
19:47et c'est le jour de naissance de Jeanne Calment.
19:49Est-ce que tu rêves de vivre jusqu'à 120 ans comme elle ?
19:52Ou est-ce que ça ne te fait pas rêver, ça ?
19:55J'aimerais bien.
19:57Mais une condition, c'est de rester gentille.
19:59Ah, ça, c'est la chose importante pour toi.
20:01J'ai cru comprendre qu'elle n'était pas très gentille.
20:04Et qu'elle avait refusé qu'on lui prélève
20:08son cerveau pour savoir ce qu'il y avait dedans,
20:10ou son cœur, quelque chose.
20:12Elle ne voulait rien donner d'elle.
20:14Moi, je donne.
20:15Tu donnes tout ?
20:16Je donne mon corps à la science.
20:18Là, tu en plaisantes,
20:20mais est-ce que la mort, ça te fait peur, malgré tout ?
20:22Ah, j'ai toujours dit qu'une fois morte,
20:24je veux comme tu.
20:26Je veux ne pas me réveiller.
20:29Si je me fais incinérer, je ne veux pas brûler.
20:31J'ai déjà joué la pucelle d'Orléans,
20:33de Néguer et Claudel.
20:36J'ai joué la pucelle d'Orléans,
20:38enceinte de mon deuxième fils.
20:40Ah, ça fait des ordres.
20:42Donc, je veux être sûre d'être morte.
20:44Ah, c'est ça.
20:45Tu as la même angoisse que moi.
20:47Moi, je veux une petite clochette ou un truc.
20:49Ou alors, un téléphone.
20:50Ah oui, le téléphone portable.
20:51Mais est-ce que ça passe ?
20:52Non, non, non.
20:53Incinérer.
20:54Je vais me faire incinérer.
20:56Mais pour donner son corps,
20:58il faut être sain,
21:00il faut être en parfaite santé.
21:03Pour l'instant, je vais me faire incinérer
21:05puis ils choisiront.
21:06D'accord.
21:07Ce que je veux, c'est d'être vraiment morte.
21:09Vraiment morte.
21:10C'est l'angoisse de pas mal de gens
21:12et c'est la mienne.
21:13Alors, Daniel, on a vu la pêche que tu as.
21:15Moi, je vais repartir.
21:16Je vais repartir regonflée à bloc
21:18parce que quand on parle avec toi,
21:19ça te donne de l'énergie.
21:20Et donc, dernière question, petit rituel.
21:22Pour être, Daniel et nous,
21:24aussi en forme à ton âge,
21:25quel est ton petit truc en plus ?
21:27Blague de ne pas se plaindre.
21:29Ça, je vous l'ai déjà dit.
21:30C'est ça qu'il faut dire aussi.
21:31Il faut dire aux autres qu'on les aime.
21:33C'est ça, ma devise.
21:34Il faut dire aux autres qu'on les aime,
21:36qu'ils sont beaux,
21:37qu'on a envie de les revoir.
21:38Il faut les toucher.
21:39Ça, c'est très important.
21:40Ah, tactile.
21:41Touchez, touchez les gens.
21:42Touchez.
21:43Touchez-vous.
21:44Dites donc en face, là.
21:45Vous êtes devant vos téléviseurs.
21:47Touchez-vous.
21:48Touchez-vous.
21:49Touchez-vous.
21:50Merci, Daniel.
21:51Venez-vous dans les bras.
21:52Merci beaucoup
21:53et on se retrouve pour un nouveau numéro
21:54de Vieillir Heureux très bientôt.