“L’inceste entre le frère et la soeur, c’est vraiment le haut de l’iceberg, et en dessous, il y a tout un climat dysfonctionnel familial et sociétal.”
À travers son premier long-métrage “Cassandre ”, inspiré de son histoire, la réalisatrice Hélène Merlin explore le sujet de l’inceste et dissèque ses mécanismes au sein de la famille.
Un film à découvrir en salles, ce mercredi 2 avril.
À travers son premier long-métrage “Cassandre ”, inspiré de son histoire, la réalisatrice Hélène Merlin explore le sujet de l’inceste et dissèque ses mécanismes au sein de la famille.
Un film à découvrir en salles, ce mercredi 2 avril.
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00:00Pour moi, l'inceste entre le frère et la sœur,
00:02c'est vraiment le haut de l'iceberg
00:04et qu'en dessous, il y a tout un climat dysfonctionnel
00:06familial et sociétal.
00:08Le premier instinct reste la fuite.
00:10Non, attends, mets le maillot !
00:12Respire.
00:13L'attaque a toujours été ma préférée.
00:17Et puis, il y a le figement.
00:20Respire.
00:22Et enfin, il y a une soumission à une agression répétée.
00:26Hé ! Oh ! Oh !
00:28Stop ! Stop ! Stop ! Stop ! On ne fait pas ça ici.
00:30Tu as le droit d'être en colère, mais pas de la passer sur lui.
00:32Moi, j'ai voulu faire ce film parce que je ne voyais pas,
00:35ni dans les films, ni dans les livres,
00:37des représentations de cet ordre
00:39et qui ne racontaient pas, moi, ce que j'avais pu vivre,
00:42ni la honte, ni la culpabilité que je pouvais ressentir.
00:45Et donc, j'ai voulu, on va dire, montrer un autre visage de l'inceste.
00:50Kassandra a 14 ans, c'est la fin de l'année scolaire.
00:53Elle quitte sa pension militaire pour rentrer chez elle,
00:55chez ses parents, dans un manoir en pleine campagne.
00:57Elle va intégrer un nouveau centre équestre
00:59où elle va faire un stage d'équitation pour l'été.
01:02Et dans ce centre équestre-là,
01:03elle va rencontrer une autre manière de relationner.
01:07Et elle va se rendre compte que, finalement, sa famille est dysfonctionnelle.
01:11Elle va changer de regard sur sa famille.
01:13Et je ne vous raconte pas la suite.
01:15Qu'est-ce que vous avez apporté de vous dans ce film ?
01:19Je me suis inspirée de ce que j'avais vécu, moi, à l'adolescence.
01:24Je me suis inspirée de mon histoire de famille.
01:26Après, c'est aussi une écriture qui a été nourrie de beaucoup de lectures,
01:31des livres de psychologie,
01:32ou plein de bouquins de développement personnel ou de psychologie.
01:36C'est nourri, on va dire que ça s'est étalé à peu près sur 8 ans d'écriture.
01:41Et c'est aussi le regard que je porte à l'âge adulte sur une histoire de famille.
01:46De plus en plus, on libère la parole sur ce que c'est que l'inceste.
01:51Mais finalement, très peu sur l'inceste frère-sœur.
01:54Pourquoi on en parle moins ?
01:56Ce que je montre là, à travers le film, c'est qu'en fait, c'est extrêmement complexe.
02:01Et que j'essaie de déconstruire la figure du bourreau, de l'agresseur et la figure de la victime.
02:07Le frère, du coup, n'est pas un frère dominant, agressif.
02:11Il ne va pas étrangler sa sœur, il ne va pas la contraindre, il ne va pas l'enfermer.
02:14Enfin, il n'est pas du tout dans ce rapport-là.
02:15C'est un gamin qui est très anxieux, qui n'a pas confiance en lui,
02:18qui est complètement brimé par le père.
02:20Et à l'inverse, Cassandre, ce n'est pas du tout l'image de la victime idéale.
02:24C'est-à-dire, elle ne pleure pas, elle n'appelle pas au secours,
02:27elle ne se défend pas, elle ne leur pousse pas, elle ne demande pas de l'aide.
02:29La réaction qu'elle a, c'est une réaction de survie, en fait.
02:32C'est comme si elle voulait reprendre le pouvoir, refuser sa condition de victime.
02:36Est-ce que pour toi, le cinéma, c'est un bon médium, justement,
02:40pour parler de ce qu'est l'inceste ou d'aborder des questions liées aux violences sexuelles ?
02:45Le gros avantage du cinéma, c'est qu'on peut toucher plein de gens.
02:48Le cinéma permet de vivre une expérience sensorielle, émotionnelle,
02:53et d'être plongé à l'intérieur de la présente de cette famille.
02:58Donc, on vit une expérience où on est immergé dans quelque chose, dans une intimité,
03:03et on va avoir accès à quelque chose auquel on ne peut pas avoir accès autrement.
03:07Je me suis dit, j'ai comme un devoir pédagogique de dire,
03:11je veux montrer, raconter ce que c'est.
03:14Enfin, en tout cas, moi, ma version de ce que c'est pour moi.
03:17Il y a aussi quelque chose qui m'a pas mal marquée dans le film,
03:20c'est que justement, tu réussis à parler d'un sujet grave, assez douloureux,
03:25et en même temps, on ressent beaucoup de douceur.
03:28Pourquoi avoir choisi cette mise en scène, ce scénario-là ?
03:32C'était vraiment important pour moi que le spectateur ne soit pas affligé ou sidéré par ce qu'il voit,
03:38et donc de ne pas le plomber avec du drame et une approche hyper pathos.
03:43Pour ce qui est de toute la pudeur qu'il y a,
03:46effectivement, pour moi, c'était important de confronter le spectateur
03:49aux scènes d'abus, aux scènes d'agressions,
03:51mais sans imposer quelque chose de trop violent,
03:54qui donne envie de sortir de la salle ou qui soit trop impudique.
03:59Avec les acteurs, notamment, on a travaillé avec une coordinatrice d'intimité,
04:02Claire Chauchat, avec laquelle on a vraiment décortiqué chaque scène.
04:04J'ai montré aux acteurs les postures, où allait être la caméra.
04:08J'avais vraiment à cœur de confronter à la situation problématique,
04:12mais en protégeant un peu, en accompagnant, en tenant par la main le spectateur,
04:17en le faisant rire, en lui apportant des moments de respiration.
04:21Entre le début de l'écriture de ce film et aujourd'hui,
04:25comment tes sentiments, tes émotions ont évolué ?
04:29J'ai énormément travaillé en thérapie.
04:32J'ai fait des stages, j'ai fait de l'OMDR, j'ai fait de l'équithérapie,
04:35j'ai fait beaucoup, beaucoup de choses, j'ai beaucoup lu.
04:37J'ai exploré tout mon arbre généalogique pour comprendre la systémie familiale.
04:42Et puis ce temps de maturation aussi, d'appartenir à cette époque où la parole se libère,
04:49de sentir qu'avec Me Too, avec Me Too Incest, il y a quelque chose qui est en mouvement.
04:54Et ce n'est pas seulement la parole qui se libère, c'est l'écoute.
04:57Et de se dire que moi, j'ai eu le temps de mûrir ça,
05:00d'enlever cette charge émotionnelle inutile pour être vraiment au service d'une œuvre.
05:04Je sens que j'ai encore des fragilités, j'ai une hypersensibilité, une éperréactivité toujours.
05:11C'est compliqué pour moi parfois le social, le relationnel, les liens affectifs, etc.
05:18Mais je me sens plus solide et puis c'est un accomplissement dingue.
05:21C'est difficile de faire un film, c'est un très long chemin, les opportunités sont rares.
05:26Donc de dire qu'on a pu collectivement, moi en chef d'orchestre, mais collectivement créer ce film,
05:33de sentir aussi toute cette équipe qui s'est emparée de ce projet,
05:36parce que chacun y trouvait une part importante pour lui, pour sa propre histoire.
05:41Les gens me disaient « Ah, mais ça est arrivé à ma sœur, à ma mère, à ma tante ».
05:44C'est fou en fait, comment ça peut résonner fort.
05:47Et comment chacun s'est emparé de ça et a participé collectivement à cette aventure.