Il y a un an, Camille Kouchner publiait son livre “La Familia grande” où elle racontait l’histoire de son frère jumeau victime d’inceste.
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00:00Vous ne pouvez pas savoir comme c'est dur en fait.
00:02Parce que ce n'est pas une histoire d'équilibre, c'est une histoire d'amour familial.
00:06Donc oui, c'est plus que l'équilibre.
00:09Vous êtes pris au piège.
00:11C'est ça l'inceste, c'est que vous êtes complètement pris au piège.
00:14L'actualité, marquée aussi par l'ouverture d'une enquête pour viol et agression sexuelle.
00:18C'est un livre qui met fin à plusieurs décennies de silence et de souffrance.
00:22Au fil des pages, une sœur rapporte le calvaire présumé de son frère jumeau
00:27qui se dit victime d'inceste de la part de son beau-père.
00:30Depuis, la commission indépendante baptisée CIVIS
00:33recueille les témoignages d'inceste à travers la France pour apporter une écoute
00:37et élaborer des propositions pour le gouvernement.
00:39Je ne peux que me réjouir de cette prise de conscience.
00:42Après, on n'y est pas.
00:43Donc, je suis très heureuse que la CIVIS qu'Édouard Durand dirige existe
00:49et qu'elle travaille comme elle travaille.
00:51Et donc, je ne peux que me réjouir de ça.
00:54Je ne peux que me réjouir de l'adoption de la loi d'avril 2021.
00:59Maintenant, les outils juridiques, à mon avis,
01:01ne sont pas encore posés suffisamment clairement et de manière suffisamment efficace.
01:07Quant à la libération de la parole,
01:08moi, j'ai souvent dit que c'était des termes qui ne me convenaient pas totalement
01:14parce que je pense que c'est faire reposer une responsabilité sur les victimes
01:18qui est beaucoup trop lourde.
01:19Ce qui change, c'est que nous sommes en train de comprendre
01:21que la maison n'est pas que le lieu du privé,
01:23que la loi commune doit y régner aussi,
01:26que l'ordre public ne s'arrête pas à la porte de la maison.
01:30C'est même quand on est absolument persuadé
01:33que de la douleur, de la souffrance, de la réalité des choses,
01:37malgré ça, et c'est même une histoire de cerveau qui disjoncte,
01:43vous ne pouvez pas le penser.
01:45Comment ça se fait ?
01:45Alors, la société, je ne peux pas parler pour la société,
01:47mais que, en tout cas, les gens du cercle le plus proche
01:51ne sont pas capables de mettre en avant tout de suite la protection de l'enfant.
01:56En tout cas, moi, je parle en tant qu'adolescente à l'époque.
02:01Bien sûr que je savais qu'il y avait quelque chose qui était absolument défaste,
02:07mais ça voulait dire que j'étais aux prises avec des liens d'amour
02:12qui étaient... c'était beaucoup trop dur.
02:15Ça l'est aujourd'hui encore.
02:17Ça l'est des années plus tard.
02:19Alors, sur le moment, je ne me disais pas que je vais déséquilibrer mon rapport.
02:23Je me disais que je les aime tellement, cette gravité-là.
02:27Et puis, en plus, quand vous êtes adolescent, enfant,
02:30vous ne pouvez pas savoir les dommages que ça va faire plus tard.
02:33Vous ne savez rien, en fait.
02:35Et puis, vous êtes élevés par vos parents,
02:36et c'est vos parents qui vous apprennent à dire.
02:40Et là, ils vous ont appris les mots, ils vous ont appris à nommer les choses,
02:45et ça, ça ne se nomme pas.
02:46Et avec leur comportement, ils vous apprennent que ça, ça ne se nomme pas.
02:51On ne le nomme pas, on ne doit pas le nommer.
02:54Alors, pas de manière directe,
02:56mais tous leurs comportements montrent que ça, il ne faut pas.
03:01Bon, ben, le déséquilibre, c'est...
03:04Aujourd'hui, moi, je me dis, bon, alors, je déséquilibre largement les choses,
03:08mais je décide que ce n'est pas grave, d'une certaine manière.
03:11Il faut qu'il y ait un tiers qui nomme.
03:13Il faut qu'il y ait quelqu'un à l'extérieur
03:15qui dise ce que la loi permet,
03:19ce que la loi interdit,
03:21et que ce qui se passe, c'est interdit.
03:23Nous l'entendons aussi dans les nombreux témoignages
03:25qui nous sont donnés ici, à la Sylvise.
03:29L'importance d'un tiers qui a nommé le réel,
03:33et l'écart entre la loi et le réel, c'est très important.
03:36Mais, j'insiste à nouveau,
03:39ce tiers doit aussi aller vers l'enfant
03:43avec cet impératif inconditionnel qui est,
03:46si tu me dis oui à la question que je te pose,
03:49je te crois et je te protège.
03:52Ça peut être qui, le tiers ?
03:53Ça peut être vous et moi.
03:56Ça peut être les tiers professionnels
03:58les plus proches des enfants, en général.
04:01Et on pense à l'école, bien sûr, on pense aux médecins,
04:03on pense aux éducateurs, aux psychologues,
04:07mais l'école est un espace extrêmement important
04:11de repérage des enfants qui, dans la maison,
04:15subissent la violence.
04:17Se mettre à hauteur d'enfant,
04:18c'est trouver autre chose, par exemple,
04:20que de dire c'est interdit.
04:21Ou alors dire, il n'a pas le droit de faire ça.
04:24Mais se mettre à hauteur d'enfant,
04:26c'est essayer de voir qu'on ne sait rien.
04:30Et on ne sait pas ce qui est grave
04:32et surtout ce qui relève de notre responsabilité ou pas.
04:35Donc moi, je pense qu'il faut déjà, en amont,
04:38essayer de faire comprendre à l'enfant
04:39qu'il n'y est pour rien.
04:41Et qu'il souffre et qu'on prend en considération sa souffrance.
04:44Il y a beaucoup de discours qui m'ont terrorisé, moi.
04:46Mais terrorisé.
04:47Alors que je n'avais pas subi de violence sexuelle.
04:51Mais les mots que j'entendais,
04:53qui étaient interdits, sanctions, prison,
04:56tout faisait que je n'allais pas dire.
04:59Et ça, c'est parce qu'on n'était pas à hauteur d'enfant.
05:02Dire que vous allez envoyer votre père en prison,
05:05c'est insupportable.
05:07Donc ce n'est pas le discours qu'il faut avoir.
05:08Je ne crois pas du tout.
05:10Dire qu'il vient de commettre une faute.
05:13Tu n'y es pour rien.
05:14Ça, c'est se mettre à hauteur d'enfant.