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La condamnation de Marine Le Pen et son empêchement pour la Présidentielle 2027 est un véritable séisme politique. Écoutez la première réaction d'Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti Socialiste.
Regardez L'invité de RTL avec Thomas Sotto du 01 avril 2025.

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Transcription
00:00Et tout de suite, c'est l'invité de RTL Matin. Thomas, vous recevez aujourd'hui Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste.
00:10Bonjour et bienvenue sur RTL, Olivier Faure. Bonjour à vous.
00:12Êtes-vous troublé, vous aussi ?
00:14Non, je ne suis pas troublé et je suis simplement étonné, peut-être même dans ces cas-là de dire les choses ainsi, troublé par le trouble du Premier ministre parce que...
00:24François Bayrou, pour que nos auditeurs comprennent, qui a expliqué que le jugement était troublant sur le jugement de Marine Le Pen hier.
00:29Absolument. Et je crois que quand on est Premier ministre, quand on a la charge des affaires de l'État, la charge de la défense de la République, on ne peut pas être troublé par une décision de justice.
00:40Je rappelle que la justice juge au nom du peuple français.
00:43C'est une faute de la part de François Bayrou d'avoir fait part de son trouble comme ça ?
00:46Disons qu'il a pris ses précautions. Il a fait passer le message par les pieds détournés, mais effectivement, le signe qu'il envoie n'est pas le bon.
00:54Et aujourd'hui, on doit être toutes et tous garants de cette République, garants de l'État de droit, garants de l'indépendance de la justice, garants de la séparation des pouvoirs, qui sont les principes sur lesquels nous nous sommes constitués.
01:06Et je trouve assez affolant de voir une partie de la droite, une partie parfois aussi de la gauche, se mettre au secours de la contestation de la justice par Marine Le Pen.
01:20Il y a une réaction qui n'a pas dû vous échapper, c'est Jean-Luc Mélenchon. La décision de destituer un élu devrait revenir au peuple. Vous n'êtes pas d'accord avec lui là-dessus ?
01:28Absolument pas. Absolument pas, d'abord parce qu'elle n'a pas été destituée. Je rappelle que Marine Le Pen reste parlementaire, qu'elle ne va pas être déchue de son mandat, qu'elle peut faire appel,
01:38qu'elle a déjà en réalité bénéficié de beaucoup de temps, puisque la réalité c'est que cette affaire remonte à plus de dix ans.
01:45Et elle a été entretemps candidate à l'élection présidentielle à deux reprises. Et donc il n'y a aucune raison de penser qu'elle a été soit empêchée, etc.
01:54La réalité c'est qu'elle doit, comme n'importe lequel d'entre nous, rendre des comptes à la justice et il n'est pas anormal qu'elle le fasse.
02:01Vous avez parlé de séparation des pouvoirs. Marine Le Pen justement estime qu'il y a un problème, qu'elle est victime d'une décision politique.
02:07Jordan Bardella, il parle d'un scandale démocratique. Est-ce qu'ils ont complètement tort quand on se plonge dans le dossier, quand on se plonge dans l'exposé des motifs ?
02:16Ils ont complètement tort et quand je regarde celles et ceux qui aujourd'hui viennent en appui de Madame Le Pen et de Monsieur Bardella, je me dis qu'ils ont effectivement les soutiens qu'ils méritent.
02:26Le Kremlin, Donald Trump, Elon Musk, Bolsonaro, enfin bref, toutes celles et ceux qui appartiennent aujourd'hui à cet international réactionnaire,
02:35qui ont tous, dans leurs pays respectifs, mis au pas la justice, fait en sorte qu'elle soit simplement l'appendice du pouvoir.
02:41Et donc oui, aujourd'hui il y a un sujet.
02:43Vous mettez Jean-Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez dans le même sac là aujourd'hui, au niveau des réactions, parce qu'ils disaient la même chose.
02:47Mais je condamne ces réactions, aussi bien celles de Laurent Wauquiez que celles de Jean-Luc Mélenchon,
02:52qui aujourd'hui sont à côté de ce que devrait être la défense de grands républicains, qui devraient effectivement dire aujourd'hui,
03:00il faut défendre les magistrats, défendre la justice, défendre leur indépendance.
03:04Parce que c'est aussi avec cette indépendance, avec ces contre-pouvoirs, qu'une démocratie fonctionne.
03:10Imaginez que demain, la justice soit simplement une justice d'exception, qu'elle garantisse aux uns l'impunité et aux autres,
03:17ça serait quand même un problème.
03:19Parce que les français depuis longtemps, ils nous disent quoi ?
03:21Ils nous disent, les politiques, vous n'êtes jamais jugés, vous ne pouvez jamais être condamnés.
03:25La réalité, c'est qu'heureusement, depuis un certain nombre d'années, on a vu des condamnations nombreuses,
03:29et pas simplement pour Marine Le Pen.
03:31Je pense à Jacques Chirac, je pense à Alain Juppé, je pense à Nicolas Sarkozy, je pense à Jérôme Cahuzac,
03:35je pense à d'autres qui ont été fort heureusement condamnés.
03:39C'est dans tout le spectre politique.
03:41Juste, Olivier Faure, sur l'exposé des motifs de la juge pour justifier l'inéligibilité avec exécution de Marine Le Pen,
03:47on lit que, et je lis, le tribunal a pris en considération, outre le risque de récidive,
03:52le trouble majeur à l'ordre public, en l'espèce, le fait que soit candidate à l'élection présidentielle,
03:58une personne déjà condamnée en première instance.
04:01Est-ce que vous pensez sincèrement que la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027
04:06créerait un trouble majeur à l'ordre public ?
04:09Mais je ne suis pas là pour commenter une décision de justice.
04:12Ah bah là, il y a un sujet quand même.
04:13Mais non, mais je ne commente pas. Je pense qu'il y a aujourd'hui une décision de justice,
04:16qu'elle est argumentée, qu'elle est documentée. Je l'ai dit...
04:20Mais est-ce que l'argument est recevable ?
04:21En réalité, elle n'a pas été empêchée en 2022, en 2017, alors même que les faits étaient déjà en instance et déjà à l'instruction.
04:30Et donc ce sont des faits qui sont très antérieurs.
04:32Si vous considérez qu'en réalité, parce que je vois bien comment les choses se passent aussi,
04:36c'est certainement ce qui a motivé la décision de la juge,
04:38c'est qu'avec les délais de recours qui sont en réalité très très longs,
04:42vous pouvez très bien avoir des gens qui passent 15 ans, 20 ans de leur vie avec cette épée de damoclès judiciaire,
04:48mais qui en réalité ne sont jamais condamnés, et qui entre-temps peuvent assumer toutes les élections.
04:52Moi, il ne me paraît pas complètement anormal que les Français soient informés
04:55de qui sont leurs élus, de quelles sont les condamnations qui les frappent,
04:59et les élus comme les autres restent présumés innocents pour le jugement définitif.
05:04Mais pour l'instant, il y a quand même un jugement du tribunal correctionnel
05:07qui fait apparaître le fait que les doutes sont plus que nombreux,
05:10puisqu'il y a quand même des éléments de preuves qui sont apportés, y compris par écrit.
05:14Il y a une question de calendrier qui va se jouer, on l'a bien compris.
05:16Est-ce que vous souhaitez que la justice se hâte comme l'a demandé Marine Le Pen hier soir sur TF1 ?
05:20Oui, enfin, je n'ai pas à souhaiter, mais en tout cas...
05:23Est-ce qu'il faut que le procès en appel soit programmé suffisamment vite
05:26pour que les choses soient claires avant la présidentielle ?
05:29Oui, je souhaite effectivement que ce délai-là soit raccourci et que ça permette,
05:34dans cette affaire-là, comme celle de François Bayrou, comme d'autres,
05:37la justice puisse être alente et aller assez rapidement,
05:41même si, parfois, aller trop vite, c'est prendre des risques.
05:44Mais je n'ai pas d'objection à cela.
05:47Jordan Bardella, le président du RN, appelle à une mobilisation populaire et pacifique
05:51et il a lancé une pétition. Vous, de votre côté, vous en lancez une
05:54pour soutenir l'indépendance de la justice.
05:56Mais est-ce que la justice a besoin de pétitions, Olivier Faure,
05:59ou simplement qu'on la laisse travailler tranquillement,
06:01sans chercher à la récupérer de quelque manière que ce soit ?
06:04Oui, je pense qu'elle a besoin, effectivement, de travailler dans la sérénité.
06:08La réaction que nous avons eue hier, c'était une réaction à la pétition lancée par Jordan Bardella.
06:12Nous n'aurions pas, sinon, adressé quoi que ce soit à qui que ce soit.
06:16Mais simplement, à un moment, il fallait matérialiser le fait que
06:19les Françaises et les Français ne sont pas toutes et tous
06:22dans une situation où ils viennent au secours
06:25de Marine Le Pen, contre la justice.
06:27Et donc, je voulais qu'on puisse adresser un signal,
06:30notamment aux magistrats, en leur disant qu'ils ne sont pas seuls...
06:32Ah, pourquoi ? Est-ce que vous dites, on a été un peu impulsifs,
06:34et en fait, on n'a pas affaire de pétition sur la justice ?
06:36Vous dites, on ne commande pas une décision de justice,
06:38la justice est indépendante, il y a les séparations des pouvoirs,
06:40et vous, le politique, vous lancez une pétition,
06:42comme le fait Jordan Bardella, pour des motifs opposés,
06:44mais c'est la même démarche.
06:45Non, ce qu'on dit, c'est que la pétition,
06:48elle rappelle qu'il y a un principe d'indépendance
06:50de la justice et de séparation des pouvoirs,
06:52et que nous ne le contestons pas, et même,
06:54nous l'approuvons. C'est tout ce que l'on dit.
06:56On ne dit pas que la décision est bonne ou mauvaise,
06:58et j'étais chez vos confrères,
07:00il y a un matin, une autre chaîne de radio,
07:02et la question m'avait été posée,
07:04et j'avais dit que, en réalité,
07:06j'accepterais la décision, quelle qu'elle soit.
07:08Si Marine Le Pen avait été relaxée,
07:10j'aurais dit, elle est relaxée.
07:12Je n'ai pas de problème avec la justice,
07:14parce que je considère qu'à un moment,
07:16il faut, dans une démocratie, des pouvoirs
07:18et des contre-pouvoirs, et c'est ainsi que cela fonctionne.
07:20Parce que c'est cet équilibre qui évite
07:22le pouvoir personnel,
07:24qui évite l'arbitraire,
07:26qui évite tout ce que la révolution française
07:28a voulu condamner définitivement.
07:30On a un sondage qu'on publie
07:32ce matin sur RTL, qui prouve que finalement,
07:34si le premier tour avait lieu dimanche,
07:36les scores qui étaient promis
07:38à Marine Le Pen, 34 à 37%
07:40au premier tour, seraient exactement les mêmes
07:42que ceux qui seraient promis à Jordan Bardella,
07:44celui qui prenait la place. Il vous inquiète, Jordan Bardella ?
07:46Il m'inquiète autant
07:48que Marine Le Pen, mais ce sondage
07:50est une démonstration. C'est que l'ERN
07:52n'est pas empêché, il n'est pas interdit.
07:54Nous ne sommes pas passés en dictature.
07:56Et la réalité, c'est
07:58qu'il y aura bien un candidat ou une
08:00candidate en 2027 pour l'ERN,
08:02et que vraisemblablement, il fera à peu près
08:04le même score. J'espère beaucoup moins
08:06d'ici là, mais en réalité, au jour d'aujourd'hui,
08:08Jordan Bardella, Marine Le Pen,
08:10même combat, même score. Et donc,
08:12ce qui m'inquiète, c'est effectivement le combat
08:14que nous avons à mener, et qui est loin
08:16d'être gagné, puisqu'il y a des vents mauvais
08:18qui soufflent, d'Est en Ouest, de Trump
08:20à Poutine, et que tous ces gens-là
08:22se liguent aujourd'hui dans une internationale
08:24réactionnaire d'extrême droite, qui
08:26malheureusement, continue à avoir le vent en poupe.
08:28Olivier Faure, avant la présidentielle,
08:30il y a la situation actuelle dans le pays, les députés du
08:32RN vont peut-être être tentés
08:34d'appuyer sur le bouton motion de censure. Est-ce que vous
08:36pourriez les suivre ? Ou est-ce qu'aujourd'hui, vous dites
08:38non, vraiment, ça sera étanche, on ne votera jamais avec eux ?
08:40Non, je n'ai jamais, moi,
08:42voté un texte quelconque
08:44du Rassemblement National. Et je ne
08:46compte pas comment c'est aujourd'hui. Oui, mais si vous, vous déposez
08:48une motion de censure, vous savez bien qu'eux, ils pourraient vous suivre.
08:50Faut être... Bien sûr !
08:52Mais c'est le cas tous les jours
08:54pour le gouvernement, qui régulièrement
08:56fait voter ses textes grâce aux voix du RN.
08:58Et donc, nous ne pouvons pas faire
09:00comme s'ils n'existaient pas. Moi, je ne suis
09:02jamais ceux qu'ils ont à proposer. Si à un moment,
09:04ils veulent suivre ce que je fais, je n'ai pas d'autre choix.
09:06Et vous avez envie de déposer une motion de censure ?
09:08Parce qu'on sent que ça se tend avec François Bayrou,
09:10avec le gouvernement. Est-ce que c'est un...
09:12dans vos projets, immédiats ou à moyen terme ?
09:14Je n'ai aucune envie. Ce n'est pas une question d'envie.
09:16C'est une question, à un moment, de décision
09:18à prendre. Et je pense, notamment, que
09:20si, sur la question des retraites,
09:22François Bayrou se parjure totalement
09:24et refuse de faire ce qu'il
09:26avait dit qu'il ferait, par écrit,
09:28qu'à la fin du débat,
09:30entre les partenaires sociaux, enfin, à la fin du dialogue social,
09:32il saisirait le Parlement. S'il ne saisissait pas,
09:34effectivement, je pense qu'il faudrait le censurer.
09:36Agiter la menace d'une motion de censure
09:38serait absurde. Tu sais qui a dit ça ?
09:40Oui, bien sûr.
09:42Léonard Jospin, ancien Premier ministre socialiste.
09:44Il serait irresponsable de priver la France
09:46de gouvernement, puisque la gauche n'est pas maintenant
09:48en mesure d'offrir une alternative.
09:50En gros, il dit le chamboule-tout permanent, ça ne mène à rien.
09:52Mais, moi, je ne suis pas pour le chamboule-tout.
09:54Et la décision, elle appartient, en réalité,
09:56à François Bayrou lui-même.
09:58Parce que c'est lui qui, aujourd'hui,
10:00se parjure. Je rappelle que nous n'avons pas
10:02voté la motion de censure, au moment du vote, du budget,
10:04pour permettre un budget pour la France.
10:06Mais il y avait une contrepartie,
10:08c'était d'avoir un dialogue social.
10:10On n'a même pas demandé, ce n'était même pas l'abrogation,
10:12c'était un dialogue social qui permettait de remplacer
10:14la loi Borne. Ce dialogue social
10:16a été interrompu...
10:18Il vous a trompé, le Premier ministre ?
10:20Par François Bayrou. Il a trompé les Français.
10:22Et s'il a trompé les Français, effectivement,
10:24à un moment, il ne peut pas gouverner. Donc, moi, je souhaite
10:26que nous allions au terme de cette discussion.
10:28Il y a encore des partenaires sociaux qui discutent entre eux.
10:30Qu'ils aillent au bout de la discussion
10:32et qu'à la fin de cette discussion, le Parlement
10:34soit saisi. S'il ne l'était pas, alors,
10:36effectivement, il y aurait là un parjure complet
10:38de la part du Premier ministre. Et donc, une motion de censure
10:40des socialistes. Merci beaucoup Olivier Faure d'être venu sur RTL
10:42ce matin. Restez avec nous dans un instant.

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