Les clefs d'une vie avec Nicole Avril
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2025-03-31##
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Catégorie
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PersonnesTranscription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Bessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06La romancière que vous êtes a vécu une histoire d'amour que vous avez pris soin de garder pour vous
00:12sans jamais la raconter dans un livre.
00:14Vous le faites aujourd'hui sous la forme d'une lettre qui parviendra peut-être à son destinataire.
00:19Dieu seul le sait. Bonjour Nicolas Vril.
00:22Bonjour Jacques Bessis.
00:24Alors ce livre c'est Octobre, votre histoire d'amour,
00:27c'est une longue histoire d'amour avec Jean-Pierre Elkabbach
00:29qui sort chez l'Observatoire, aux éditions de l'Observatoire.
00:32On va l'évoquer bien sûr, mais le principe des clés d'une vie,
00:36c'est d'évoquer votre parcours aussi à travers des dates clés.
00:39Donc on parlera de Jean-Pierre Elkabbach à partir de 1972,
00:42mais avant il s'est passé d'autres choses.
00:44Et notamment le 19 septembre 1972, c'est votre première télé,
00:49je ne sais pas si vous vous en souvenez, le Journal de la nuit,
00:52où vous évoquez la sortie 13 jours plus tôt de deux romans
00:55en même temps chez deux éditeurs différents.
00:57Ça c'était quand même une performance.
00:59La sortie des deux livres, oui, qui c'étaient mes deux premiers livres,
01:05et j'avais commencé le premier livre, Légendes misères,
01:11qui était un pur produit de mon imagination,
01:16puisqu'il se passait dans un désert qui n'existe pas,
01:21et moi-même je ne connaissais pas le désert à l'époque.
01:24Donc pure imagination, Légendes misères,
01:29qui est sorti chez Albain Michel,
01:32et l'autre roman était au contraire une histoire très personnelle
01:38et très intime, et qui avait pour titre
01:41L'été de la Saint-Valentin, Jean-Jacques Pauvert.
01:44Jean-Jacques Pauvert qui est le premier éditeur,
01:47on l'a oublié, du Marquis de Sade à l'époque,
01:49où on vendait les livres sous le manteau.
01:51Alors Albain Michel et Jean-Jacques Pauvert,
01:53théoriquement ce n'est pas le même monde,
01:55et surtout sortir deux livres en même temps,
01:57ce n'est pas si courant pour un jeune auteur.
01:59J'avais commencé d'abord Légendes misères,
02:03ce qui allait devenir Légendes misères,
02:06c'était mon premier livre,
02:09je ne savais pas si ça pouvait intéresser quelqu'un d'autre
02:14à part moi,
02:15et je l'ai proposé en lecture chez Albain Michel.
02:19Là, ils m'ont dit, c'est bien,
02:22mais il va falloir retravailler.
02:27En attendant la réponse pour ce livre-là,
02:31j'ai rencontré Jean-Jacques Pauvert,
02:34qui m'a dit qu'il avait envie
02:36que je lui écrive une histoire très personnelle.
02:40Et j'ai écrit cette histoire personnelle
02:43en attendant les réponses d'Albain Michel.
02:46Si bien les deux livres ont été prêts
02:50à la fin de l'année en même temps,
02:53et ils ont eu l'intelligence de s'entendre
02:58pour sortir chacun le livre, son livre,
03:03le même jour.
03:05Ce qui est étonnant,
03:07c'est que dans le reportage qui vous est consacré,
03:09si vous vous en souvenez,
03:10on vous voit dans un lit
03:11et vous vous levez à 2h du matin en disant
03:13les journées commencent tôt,
03:14il faut profiter de la vie.
03:15Et vous sortez de l'image à 2h du matin
03:18et de votre lit en même temps.
03:20Vous vous en souvenez ?
03:21Pas du tout.
03:23Pas du tout du tout.
03:25Peut-être qu'il y avait une musique de Léonard Cohen.
03:28Peut-être, oui, exactement.
03:30Ce qui est étonnant,
03:32c'est quand même que ce reportage
03:33est passé dans le journal de la nuit,
03:35et qui était le présentateur des journaux
03:37à l'époque d'Antenne 2,
03:38Michel Cabache.
03:39Non !
03:41Pas le journal de la nuit,
03:42mais il présentait les journaux à cette époque-là.
03:45Vous voulez pas la nuit ?
03:47Non, pas la nuit,
03:48mais à 13h, il était le patron des journaux.
03:50Ah, oui !
03:52C'est-à-dire qu'il n'a pas présenté
03:54le reportage que j'avais fait.
03:57Non, mais il a donné son feu vert au reportage
03:59sans savoir que vous en étiez l'interprète, en gros.
04:03Ah oui, oui.
04:04C'est assez étonnant.
04:05Oui, puisqu'en effet,
04:06nous nous sommes connus.
04:08Un peu plus tard,
04:09quelques semaines plus tard,
04:10on va en parler.
04:11Voilà.
04:12Alors, il se trouve que votre premier livre
04:13est quand même récompensé par le prix des quatre jurys.
04:15C'est pas n'importe quoi.
04:16C'était une surprise pour vous, Nicole Avril.
04:18Oui, c'était un prix qui était remis
04:21à un écrivain,
04:25ou une écrivaine,
04:26mais le féminin ne s'employait pas à cette époque,
04:30qui avait eu une voix
04:34au dernier tour
04:36des grands prix littéraires,
04:41c'est-à-dire Goncourt, Féminin, Interallié, etc.
04:45Et moi, j'avais eu une voix
04:48au dernier tour du Goncourt.
04:50Pour les journalistes.
04:52Exactement.
04:53Alors ça, c'est vos débuts dans la littérature.
04:55Vos débuts dans la vie, c'était à Lyon,
04:56car vous avez grandi à Lyon tranquillement.
05:00Je ne suis pas née à Lyon.
05:01Non, mais vous avez grandi.
05:02Oui.
05:03Et vous avez grandi parce que la famille s'était installée à Lyon.
05:06Voilà.
05:07Alors, il y a votre mère, Georgette,
05:09et il y a votre père.
05:10Votre père qui a été très important dans votre vie,
05:14et que vous avez d'ailleurs évoqué dans deux livres,
05:16« Les jardins de mon père » et « Voyages en avril ».
05:19Parce que c'est quelqu'un qui a marqué beaucoup votre vie, Nicole Avril.
05:24Parce que c'était mon père,
05:26mais aussi parce qu'il m'a appris à lire.
05:31Il m'a appris à lire à l'âge de 4 ans.
05:34Et comme j'étais fille unique,
05:37avant cet âge-là,
05:40évidemment, j'avais envie de frère ou sœur.
05:44Et après, j'ai trouvé la compagnie des livres.
05:52Et c'est vraiment à l'âge de 4 ans,
05:57les premiers livres, ça a été « La découverte du monde ».
06:02Et ça venait de mon père.
06:06Et je crois que le premier livre que vous avez lu,
06:08c'était « Le petit poisson d'or » de Pouchkine.
06:11Oui.
06:12C'est un livre qui vous a marqué.
06:14Oui.
06:15Et qui est aujourd'hui au programme des CE2, d'ailleurs.
06:17Ah bon ?
06:18Alors, il trouve que ce père aussi était fonctionnaire des postes,
06:21mais avait plein d'autres choses.
06:23Il était passionné de mathématiques, de sciences, de littérature, de peinture.
06:26Il a même, je crois, déposé un brevet pour des boîtes automatiques.
06:30Oui, je le raconte dans « Voyages en avril ».
06:35Qu'est-ce que c'était ?
06:36Et comme il n'a pas ensuite valorisé nos contrats,
06:45il l'a perdu.
06:47Alors qu'il avait inventé les boîtes automatiques ?
06:49Oui, d'une manière.
06:51Je ne sais pas si c'est celle qui a été appliquée ensuite.
06:55Mais effectivement, ne pas signer un contrat quand on a ce genre de choses,
06:59c'est un peu dommage.
07:00Oui.
07:01Alors, vos débuts professionnels ensuite font penser à une chanson
07:06qui a eu son heure de gloire.
07:08Tout ça ne vaut pas un clair de lune à Maubeuge.
07:16Alors, c'est une chanson de Pierre Perrin, reprise par Vourville.
07:19Pierre Perrin, je ne sais pas si vous vous en souvenez, était chauffeur de taxi.
07:22Il a eu un immense succès avec cette chanson qui a été reprise par tout le monde.
07:26Il y avait même eu un film, un clair de lune à Maubeuge,
07:29mais il n'a jamais fait d'autre succès.
07:31Et Maubeuge, c'est la ville de vos débuts professionnels comme enseignante.
07:35Oui.
07:36Maubeuge avait beau être chantée,
07:43ce n'était pas une destination qui était bien souhaitée comme premier poste,
07:50surtout pour des personnes qui venaient d'un peu plus,
07:56de zones plus ensoleillées.
07:58En fait, d'ailleurs, j'ai trouvé que mes élèves de Maubeuge étaient merveilleux.
08:06Ils étaient appliqués, ils étaient travailleurs, ils étaient formidables
08:10et beaucoup plus sérieux qu'ensuite dans des zones plus privilégiées.
08:17Parce qu'au départ, votre vie, c'était d'être enseignante, d'être professeur de lettres.
08:22C'est-à-dire, j'avais fait une licence de lettres
08:26et j'avais épousé un homme qui était professeur.
08:33Donc, j'étais devenue professeur, mais au départ, je ne le souhaitais pas du tout.
08:39Non, car votre passion au départ, Nicolas Avril, c'était le théâtre.
08:42Oui.
08:43Vous aviez envie de faire du théâtre.
08:45C'est-à-dire, j'avais envie de m'exprimer et je pensais que ça allait passer par le théâtre.
08:52Et c'est en le faisant, je l'ai fait avec une certaine passion,
08:59mais je me suis rendu compte que ce n'était pas mon moyen d'expression.
09:04Et c'est parce que je m'y sentais assez mal
09:10que j'ai compris qu'il fallait peut-être,
09:14plutôt que d'essayer de me couler dans les mots des autres,
09:19trouver les miens.
09:21Il se trouve que vous êtes quand même apparue dans deux feuilletons.
09:23J'ai trouvé la trace de votre parcours.
09:25Face au Lancaster, vous êtes une secrétaire et mon seul amour,
09:29deux feuilletons de télévision des années 70.
09:31Oui, surtout mon seul amour.
09:34Vos débuts et vos adieux de comédienne, pratiquement.
09:37Oui.
09:38Vous en gardez quand même un bon souvenir.
09:40C'était quand même Paul Viallard qui avait écrit ce feuilleton.
09:43Paul Viallard qui avait été celui qui avait lancé Marcel Pagnol,
09:46qui avait cru en Marcel Pagnol quand personne ne croyait en lui.
09:49Ah oui.
09:50Mais ce feuilleton-là n'était pas à la hauteur de Pagnol.
09:55Et puis vous êtes devenue ce qu'on appelle Cover Girl.
09:57Vous avez posé pour les magazines mannequins.
10:01Ça a été aussi votre première découverte du monde.
10:05Avec les grandes affiches dans le métro, avec un aspirateur.
10:09Oui.
10:10Et c'était arrivé comme...
10:12De la mode aussi.
10:14Vous aviez postulé dans une agence, on vous avait repéré.
10:18J'étais dans une agence.
10:20C'est parce que c'était pas ma carrière théâtrale qui me permettait de vivre.
10:29Et c'est là où vous vous êtes dit un jour je deviendrai romancière.
10:32Ça a été le déclic.
10:35Ça ne s'est pas passé tout à fait comme ça.
10:39C'est un jour où j'étais assez désespérée,
10:45voyant que je n'arrivais pas à trouver ce que je souhaitais vraiment faire.
10:52Et au fond de mon désespoir, j'ai cherché un cahier
11:00dans lequel j'avais commencé à écrire quelques mots
11:05pendant une récréation, quand j'étais justement professeur à Maubeuge.
11:12Et retrouvant ces quelques mots, j'ai essayé de reprendre le fil de l'écriture.
11:20Et c'est après beaucoup de travail, ce qui a donné « Légendes misères ».
11:27Voilà, ça c'était les débuts.
11:29Mais il y a eu d'autres romans importants dans votre vie.
11:31Et on va en évoquer un à travers la date du 6 octobre 1993.
11:36A tout de suite sur Sud Radio avec Nicole Avril.
11:39Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
11:42Sud Radio, les clés d'une vie, mon invité Nicole Avril.
11:45Nous parlerons tout à l'heure d'Octobre,
11:47qui est paru aux éditions de l'Observatoire.
11:49Un livre très émouvant.
11:50Une lettre à Jean-Pierre Elkabach, l'homme de votre vie,
11:53qui nous a quitté, voici, plus d'un an.
11:56Mais on évoque votre parcours de romancière.
11:58Et j'ai trouvé une date, le 6 octobre 1993.
12:02C'est la sortie d'un livre qu'on peut évoquer aussi à travers un film.
12:08Mais qui est-ce ? C'est une princesse ? Je la connais peut-être ?
12:12Oui, vous la connaissez.
12:14Romy Schneider, sissi impératrice.
12:16Et vous, vous avez raconté dans un livre Elisabeth d'Autriche.
12:20Et ça, c'était la grande différence avec le film de Romy Schneider.
12:23C'est autre chose, c'est la véritable Elisabeth d'Autriche.
12:26Je crois que c'est la véritable.
12:29En tous les cas, elle me paraît beaucoup plus intéressante.
12:32Pour ma part, j'avais assez rejeté la trilogie autrichienne sissi.
12:39Ça ne vous intéressait pas ?
12:41Et c'est quand j'ai lu un livre à propos des anorexiques
12:49et qu'on plaçait l'impératrice que j'imaginais jusque-là
12:55comme une pâtisserie viennoise.
12:58Parmi les grandes anorexiques, je me suis dit
13:03qu'elle devait être en effet beaucoup plus tourmentée
13:07et en même temps beaucoup plus intéressante qu'on ne l'a montrée.
13:11Mais Romy Schneider a été la première sissi.
13:17Mais elle a été ensuite l'autre sissi, celle vue par Visconti.
13:24Et là, il avait saisi la femme poète, la femme tourmentée,
13:37la femme qui faisait des heures et des heures jusqu'à huit heures d'équitation par jour.
13:46Celle qui se faisait comme telle Ulysse pendant la tempête sur son bateau.
13:56Elle se faisait attacher au mât pour pouvoir vivre la furie déchaînée des mers.
14:09Un personnage assez étonnant.
14:13En même temps, vous avez dit un jour que Romy Schneider était jolie,
14:18mais qu'Elisabeth était belle, ce qui est très différent.
14:22Oui, mais Romy Schneider était très belle.
14:27Oui, exactement.
14:29Elle était très belle et tellement émouvante.
14:33Oui, exactement, mais Elisabeth avait effectivement ce côté
14:36qu'on ne pouvait pas décrire au cinéma, qui était le côté sauvage jaune très vrai.
14:40Ce livre, ça vous a permis de montrer que non seulement vous étiez une romancière,
14:44mais aussi une biographe, ce qui était une première pour vous.
14:47Oui, ce n'est pas vraiment une biographie.
14:51C'est mon impératrice.
14:54Comme j'écrirai un peu plus tard à propos d'Oramar, je titrerai le livre « Moi, d'Oramar ».
15:03C'est-à-dire pas vraiment un travail de biographe,
15:08mais de romancière qui vit l'aventure d'une autre femme.
15:16En se mettant dans sa peau lorsqu'on écrit ce livre.
15:18Oui.
15:19Mais c'était un personnage étonnant.
15:21Sissi, elle buvait de la bière à table, à 9h du matin, elle fumait.
15:25C'est pas vrai.
15:28C'est ce qu'on raconte en tout cas sur elle.
15:30Je crois pas.
15:31En revanche, elle faisait de la gymnastique tous les jours.
15:36Et on voit ça à la bourre, la manière dont elle était perchée sur ses agrés à 20 mètres du sol.
15:51C'est assez étonnant.
15:54Ce qui est le travail d'une romancière ou d'une biographe,
15:57parce qu'il faut se renseigner avant d'écrire le roman,
15:59il faut tout savoir de la personne.
16:01Et des lieux.
16:03Et vous l'avez fait aussi pour Dora Maar.
16:05Dora Maar qui a été une des premières femmes photographes et une maîtresse de Picasso.
16:09Oui.
16:11Qui a été une très grande photographe.
16:14Elle a créé les premières images publicitaires avec une imagination débordante.
16:23Très surréaliste.
16:25Et qu'est-ce qui vous a intéressé en Sissi impératrice ou dans Dora Maar, Nicolas Avril ?
16:31Des femmes complexes, déchirées, émouvantes, intelligentes, créatrices.
16:40Oui, ce dont on parlait peu à l'époque, puisque la femme était rejetée,
16:44il n'y avait pas encore les mouvements féministes.
16:46Et il y a Flora Tristan aussi que vous avez traité,
16:49qui a été une des premières féministes au XIXe siècle.
16:53Et qui a eu aussi une vie courte, mais également très tourmentée.
17:02Il y a eu un procès célèbre dans les années 1830 à Paris.
17:15Son mari, par jalousie, lui avait tiré une balle juste en dessous du cœur.
17:26Et ça a été un procès retentissant.
17:30Et puis, il se trouve qu'à travers ces livres-là, finalement,
17:34vous avez été très en avance, Nicolas Avril, sur les mouvements féministes.
17:37Parce qu'on n'en parlait pas à l'époque quand vous avez écrit ces livres.
17:42Oui, on commençait quand même.
17:46On commençait à en parler.
17:48Mais c'est vrai que c'était assez nouveau.
17:54Vous étiez l'une des premières à défendre les femmes telles qu'elles devaient être.
17:58Mais j'avais beaucoup à défendre.
18:01Je viens vraiment d'un autre monde.
18:05J'ai eu le privilège, justement, de suivre toutes les étapes de cet ancien monde vers quelque chose.
18:18Est-ce qu'il est meilleur ? Je ne sais pas, mais de très différent.
18:24Il se trouve aussi qu'il y a un autre livre qui a marqué votre carrière.
18:28C'est l'histoire d'une femme qui a été bourreau à Lyon.
18:31Une histoire vraie que vous avez transformée en roman.
18:34Dans Monsieur de Lyon.
18:36Voilà.
18:37C'est peut-être le livre que j'ai pris le plus de plaisir à écrire.
18:42Parce que j'ai voulu l'écrire un peu à la manière des romans picaresques du XVIIIe siècle.
18:52Quelque chose de très rapide.
18:57Une espèce de cavalcade, parfois dramatique.
19:01Mais ça va très vite.
19:04Ça se passe à Lyon.
19:06Et c'était à une époque où on donnait le nom des villes aux bourreaux de ces villes-là.
19:13C'est l'histoire d'une femme qui est devenue en homme bourreau de la ville de Lyon.
19:28C'est-à-dire qu'on a cru vraiment qu'elle était un homme.
19:34Et j'avais trouvé ça dans les mémoires d'un franciscain à la bibliothèque de Lyon.
19:44Et c'était une histoire vraie que vous avez romancée ?
19:46Oui, terriblement romancée puisqu'il n'y avait qu'une phrase.
19:52Il disait qu'une femme qui avait été précédemment soldat dans les armées de Marie-Thérèse
20:04était venue en France et avait reçu ses lettres de créance à l'hôtel de ville de Lyon en tant que bourreau.
20:15Et elle y était restée bourreau de la ville de Lyon, je crois six mois, quelque chose comme ça, avant d'être découverte.
20:24Je crois qu'en plus elle a épousé une femme.
20:27Dans mon livre.
20:29C'était une idée qu'on n'aurait pas pu imaginer à l'époque où vous avez écrit ce livre.
20:33On n'en parlait pas, Nicolas Avril.
20:35Bien sûr.
20:37Et il y avait eu le scandale, je ne sais pas si vous vous souvenez,
20:40que Colette, dans ses jeunes années, avait été comédienne.
20:43Et au Moulin Rouge, elle a fait une scène d'amour avec Missy.
20:48Mais elle l'a faite dans la vie aussi.
20:51Bien sûr.
20:52Mais ça avait fait scandale, ce spectacle Reine d'Egypte avait duré un soir avant que la préfecture l'interdise.
20:58Mais c'est vrai que dans vos romans, vous avez toujours observé la société et été en avance sur votre temps.
21:03Il y a presque un côté journalistique derrière tout ça.
21:08Journalistique ? Non, je ne crois pas.
21:11Mais vous respirez l'air du temps.
21:14Oui, mais ce n'est pas la même démarche.
21:18La démarche du journaliste et de l'écrivain.
21:22C'est-à-dire ?
21:26D'abord, ce n'est pas le même rapport au temps.
21:30Je le sais aussi à travers Jean-Pierre qui courait toujours après le temps.
21:37Il disait ce putain de temps.
21:40Effectivement, c'est autre chose.
21:42Tandis que l'écrivain, au contraire, en tous les cas pour moi,
21:51une personne ou un personnage qui est au XVIIIe siècle, qui est au XXe ou au XXIe,
22:03c'est la même chose.
22:05Il n'y a pas de différence.
22:08Alors justement, vous parlez de Jean-Pierre Elkabbach.
22:11On va l'évoquer tout de suite à travers une autre date, le 21 janvier 1980.
22:18A tout de suite sur Sud Radio avec Nicolas Avril.
22:21Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
22:24Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité Nicolas Avril.
22:28Nous évoquerons tout à l'heure en octobre ce roman très émouvant,
22:31un roman qui n'est même pas un roman, qui est une lettre à Jean-Pierre Elkabbach,
22:35aux éditions L'Observatoire.
22:37Et justement, le 21 janvier 1980, un échange parmi d'autres.
22:41Écoutez.
22:42Ça fait 20 fois que je discute avec vous.
22:45Vous n'en parliez pas comme ça.
22:47Vous n'en parliez jamais comme ça.
22:49Il y a une algarade entre Jean-Pierre Elkabbach et Georges Marchais
22:53qui dit moi aussi j'ai un cerveau.
22:55Je ne sais pas si vous vous souvenez.
22:57Oui, bien sûr.
22:58Et Jean-Pierre Elkabbach éclate de rire parce que Georges Marchais, c'était un numéro.
23:02Oui, oui, oui.
23:04C'était un cadre sur table et il a du mal à retenir son fou rire.
23:08Et c'est vrai que Georges Marchais a fait beaucoup pour la popularité de Jean-Pierre Elkabbach
23:12et réciproquement.
23:14Et du reste, quand nous avons écrit avec Jean-Pierre un livre à quatre mains,
23:19on lui a donné pour titre.
23:22Enfin, c'est notre éditeur qui a donné pour titre.
23:26Taisez-vous Elkabbach.
23:28Oui, alors que Georges Marchais n'a jamais dit taisez-vous Elkabbach.
23:32On n'en a jamais retrouvé la trace.
23:34Mais enfin, il a dit tellement de choses qui étaient équivalentes.
23:38Oui.
23:39En fait, taisez-vous Elkabbach, je me suis un peu renseigné.
23:42Ça vient de ces deux personnes dont vous allez reconnaître la voix.
23:45Eh bien, monsieur Marchais, je suis heureux que finalement,
23:51les Carpentiers aient organisé ce sport.
23:54Encore un monopole, toujours la défense des monopoles.
23:57Thierry Lelureau et Pierre Douglas qui ont fait un sketch ensemble,
24:00un livre politique, et c'est là que naît, c'est un scandale,
24:03taisez-vous Elkabbach.
24:05Oui, oui, oui.
24:07Je ne sais pas si vous le savez, mais en fait, Pierre Douglas était journaliste à RTL.
24:12Pour amuser les copains, il faisait des imitations de Georges Marchais.
24:15Et un jour, il fait à Tingebray, dans l'Orne, un gala qu'il présente avec Lelureau.
24:20Il commence à faire son numéro de Georges Marchais.
24:22Lelureau réplique et c'est comme ça que sa carrière de chansonnier est née.
24:25Oui, peut-être.
24:27Alors, il se trouve aussi qu'effectivement, Jean-Pierre Elkabbach,
24:32qui avait presque une complicité, une affection avec ses invités.
24:36Vous le ressentiez ?
24:38Avec ses invités ? Pas avec tous, mais la plupart du temps, oui, oui, oui.
24:44Et aussi, même quand l'interview était courte, c'était un moment fugace,
24:54mais il y avait chaque fois, pour Jean-Pierre, il abordait son interview
25:01avec un ton différent selon l'invité.
25:05Et puis, selon le rapport entre eux, et même si l'invité le trouvait insupportable,
25:22si ses idées le choquaient, mais il y avait toujours quelque chose
25:30qui restait d'intime en lui après l'interview.
25:37C'est-à-dire, il y avait ceux avec qui il avait parlé et les autres.
25:44Malgré tout, il y avait toujours une complicité qui restait.
25:49Oui, et en même temps, il faisait un vrai travail de journaliste car il était résolument objectif.
25:54Oui, oui, oui, oui.
25:58Et puis surtout, dans son questionnement, il savait revenir à la charge,
26:06marquer une pause et puis revenir plus fort.
26:09Ce droit de suite qu'il rendait beaucoup plus fort, il n'abandonnait pas.
26:16Alors, en plus, ce qu'on sait peu, mais Jean-Pierre Elkabbach l'a raconté dans son livre
26:21« Les rives de ma mémoire », c'est qu'au départ, il ne voulait pas être journaliste, mais acteur.
26:26C'est-à-dire, ça s'est fait par hasard.
26:30Devenir journaliste, c'était la radio à l'époque.
26:35La télévision n'existait pas.
26:38Il a commencé à Radio Alger, je crois.
26:40Oui.
26:41Avec la carte de presse de son père.
26:44Alors là, non, c'est des petits essais qu'il avait faits à Oran.
26:49Mais c'est vrai que la radio est venue alors qu'il aurait rêvé de jouer dans les grands théâtres
26:54Et la tragédie.
26:56Oui.
26:57Oui, la tragédie.
26:59Et quand il a pris des cours de théâtre et qu'il a passé les stances d'Orestes,
27:05à la fin, le professeur lui a dit « Je crois que vous devriez tenter le comique ».
27:12Oui, il a fait autre chose.
27:14Alors, ce livre, effectivement, « Taisez-vous Elkabbach » que vous avez signé à De Plume,
27:19c'est un livre étonnant parce qu'en quatrième de couverture, en guise d'explication sur le parcours,
27:25vous y avez écrit « Profession journaliste, muté en 68 pour fait de grève,
27:31exclu de la télévision en 74 et licencié d'Antenne 2 en 81 ».
27:35Ce n'est pas une présentation très classique.
27:38Mais qui n'était que le miroir de la réalité.
27:43Et ce livre, c'était assez rare qu'une romancière, même si c'est l'homme de votre vie, dialogue de telle façon sur son parcours.
27:52Oui, mais c'était parce que...
27:58D'abord, parce que j'étais à ce moment-là en situation forte.
28:06Je venais de publier « La disgrâce », qui avait été un très, très grand succès aussi bien de critique que de vente.
28:16Et lui, en revanche, avait eu de grosses difficultés au moment de...
28:25en 81, quand François Mitterrand et le Parti socialiste se sont retrouvés au pouvoir après une longue période de...
28:38sans avoir pu un long combat pour l'obtenir.
28:43Alors, il fallait en écarter de ce pouvoir ceux qui avaient une certaine responsabilité.
28:54Et Jean-Pierre avait été directeur de l'information de France 2.
29:01Par conséquent, il fallait l'évincer.
29:06Alors, c'est à ce moment-là que nous avons entrepris d'écrire ce livre à quatre mains,
29:15qui était son parcours et qui a été très important, en fait, dans sa vie,
29:25parce qu'à deux, sous un figuier, je me souviens, en Grèce,
29:32où nous avions pendant l'été loué une maison,
29:37je lui posais des questions et c'est là qu'il a retrouvé un peu de son enfance,
29:45car son enfance avait été complètement oubliée quand son père est mort le 6 octobre,
30:00alors que Jean-Pierre avait 12 ans.
30:04Et cette mort de ce père tant aimé et dont il avait tant besoin
30:11va un peu déterminer le reste de sa vie.
30:16Et son père avait emporté avec lui tous ses souvenirs d'enfance.
30:22Et dans le questionnement pour ce livre à quatre mains, c'est aussi cela qu'on a fait ressurgir.
30:30Alors, dans ce livre, octobre, vous racontez votre rencontre avec Jean-Pierre Elkabbach, Nicolas Abril,
30:36et la version qu'il a évoquée dans les rives de ma mémoire,
30:39ces mémoires qui sont parues un peu avant sa disparition,
30:42ce n'est pas exactement la même chose.
30:44Les versions divergent sur votre rencontre dans un autobus.
30:48On diverge très peu.
30:55De toute façon, les souvenirs sont toujours subjectifs.
30:58Et donc, ce n'est pas deux formes contradictoires,
31:03mais deux récits qui peuvent se superposer.
31:07Alors, votre vérité ?
31:08Alors, ma vérité, c'est en 1972.
31:15Nous sommes le 6 octobre 1972.
31:18Quelques jours après votre première télé seulement, voilà.
31:21Oui.
31:24Je suis rentrée, j'avais fait une interview le matin à la maison de la radio.
31:32J'étais rentrée chez moi pour laisser ma voiture et prendre un autobus
31:38parce que j'avais un rendez-vous dans le quartier des Champs-Elysées.
31:43L'autobus, il faisait très beau.
31:45J'étais en forme puisque mes deux livres marchaient bien.
31:49C'était une reconnaissance.
31:52Très bien.
31:53Je suis dans l'autobus, il y a très peu de monde.
31:56L'autobus et Avenue Bosquet arrivent à l'angle de la rue Cognacjet
32:04où à l'époque se trouvaient toutes les télévisions,
32:06c'est-à-dire il y en avait deux, la une et la deux.
32:09Et il est arrêté dans son couloir.
32:16Il fait beau, je suis au soleil, je lis vaguement.
32:21Et je vois un homme qui est sur le trottoir.
32:27Sa tête, son visage est à peu près à la hauteur du mien.
32:33Et il me regarde, il me sourit et il me fait signe.
32:41L'autobus avance un tout petit peu,
32:44alors je me retourne pour voir s'il y a un argument en question.
32:51Il est toujours là.
32:53Et en effet, je le vois parce que derrière l'autobus,
32:58il me fait signe de descendre.
33:01Je me suis dit que l'homme, enfin, c'est pas mal, faut le dire.
33:06Il me fait signe et il court vers la porte de sortie.
33:14Les gens qui sont dans l'autobus croient évidemment qu'on se connaît.
33:19Surtout qu'ils le reconnaissent peut-être
33:22puisqu'ils commencent à présenter ses premiers journaux.
33:26Mais moi, en bonne intellectuelle de l'époque,
33:29je ne regarde pas la télévision, donc je ne le connais pas.
33:33Et ils disent au chauffeur, mais laissez-la descendre, laissez-la descendre.
33:41D'ailleurs, j'étais déjà debout pour descendre.
33:44Et je descends, il m'accueille, je lui dis mon nom.
33:50Et c'est là, en fait, qu'il y a divergence
33:54parce que lui, il dit qu'il a reconnu Nicolas Vril
33:59qu'il a vu dans les journaux pour la sortie de mes livres.
34:03En réalité, non, c'est quand je lui ai dit mon nom, il s'est dit...
34:10Bon, nous ne sommes pas quittés après, pendant 50 ans.
34:16Vous avez été ce qu'on appelle un couple complémentaire, parfait.
34:20C'est-à-dire que même sans vous, il n'aurait peut-être pas surmonté les épreuves qu'il a vécues.
34:27Et moi non plus.
34:29Exactement.
34:31Oui, et nous étions complémentaires, quoique différents.
34:37Nous étions vraiment un plus un,
34:41parce que parfois nous avions des avis très différents,
34:47mais complémentaires aussi.
34:52Et puis surtout, nous avions l'un et l'autre une passion, une profession, un destin.
35:01Quelque chose qui nous prenait complètement.
35:06Lui, journalisme, moi, l'écriture.
35:12Je l'écoutais, je le voyais, il me lisait.
35:16Donc, c'était tout à fait complémentaire.
35:19Lui, c'était ouvert sur l'extérieur.
35:22Moi, c'était plutôt intérieur.
35:26Bon, c'était une chance, vraiment une très grande chance de s'être rencontré.
35:33C'est pour cela qu'aujourd'hui, avec des moments évidemment de tristesse,
35:42mais j'ai surtout le sentiment d'avoir eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance
35:47d'avoir vécu la vie que j'ai vécue avec lui.
35:51Et cette vie, vous en parlez d'ailleurs dans ce livre qu'on va évoquer à travers la date de la sortie, le 19 mars 2025.
35:58A tout de suite sur Sud Radio avec Nicolas Avril.
36:01Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
36:04Sud Radio, les clés d'une vie, mon invité Nicolas Avril.
36:07On a évoqué votre parcours de romancière, votre rencontre avec Jean-Pierre Elkabach,
36:11ses 50 années de complicité et d'amour.
36:14Et puis, vous avez publié le 19 mars 2025, un livre octobre aux éditions d'Observatoire
36:21pour raconter justement les derniers jours de Jean-Pierre Elkabach, pour raconter des souvenirs.
36:26Et je crois que l'important, avant même d'en parler, c'est d'écouter la voix de Jean-Pierre Elkabach.
36:30Ceux qui me connaissent m'apprécient mieux que ceux qui me voient de loin
36:34et qui me voient comme un homme de pouvoir.
36:37Alors, c'est pas ça.
36:38Voilà, c'est pas ça. C'était justement un autre homme.
36:40Et alors, ce livre, vous avez essayé de l'écrire comme une lettre d'amour à Jean-Pierre Elkabach.
36:44Pourquoi l'avoir fait, Nicolas Avril ?
36:46J'ai commencé à y penser l'été dernier.
36:52C'était près de Tangers, dans un hôtel, le Mirage,
36:59dans lequel nous sommes allés une vingtaine d'années.
37:04Et c'était bien sûr la première fois que j'y retournais seule.
37:10C'était une épreuve.
37:15Mais en même temps, j'ai voulu, sur la terrasse de l'hôtel,
37:22cet endroit où nous nous étions aimés,
37:26retrouver la chronologie des derniers jours.
37:32Et j'avais peur d'oublier,
37:38devenir gâteuse, de perdre tout ça,
37:44car je crois que tout ce que j'ai vécu,
37:48tant que je pourrais le penser, ça continuera à exister.
37:54Alors, j'ai commencé par cette petite chronologie.
37:58Et c'est là que j'ai pensé que
38:05écrire, ça pouvait être une forme de me faire du bien,
38:13une sorte de consolation,
38:16bien que je ne me sois jamais sentie tout à fait séparée de lui,
38:20même par la mort.
38:22Et au retour de Tangier, j'ai commencé à écrire.
38:29Ça a été difficile, même physiquement,
38:34parce que j'avais pas écrit depuis 13 ans.
38:40J'étais pas sûre d'en avoir la force physique encore.
38:47Donc, j'écrivais par très petits morceaux,
38:51successifs, dans la journée,
38:54pour ménager mes forces.
38:57Mais en même temps, ça m'a fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de bien.
39:02Et ce livre, Nicolas Avril, on découvre à Jean-Pierre Elkabbach,
39:05qu'on ne connaissait pas vraiment, même dans ses derniers jours,
39:08car il était un homme public, mais très secret en même temps.
39:15Secret.
39:17Secret sur sa vie privée, secret sur cette affection,
39:21et que vous évoquez notamment lorsqu'il vous jette un regard vers la fin de sa vie.
39:25On sent tout l'amour qu'il avait pour vous, et réciproquement.
39:29Oui, mais son amour n'était pas secret du tout.
39:32Non, mais c'était son comportement.
39:34Oui, oui.
39:36Une forme de pudeur aussi.
39:40De pudeur et, contrairement à ce que beaucoup de gens pourraient penser,
39:46une certaine timidité.
39:52C'est fou, parce qu'on imaginait pas timide.
39:56Non, parce qu'il réussissait à aller au-delà, à la forcer, sa timidité.
40:04Mais il se livrait pas facilement.
40:10La preuve, lorsqu'il a été malade, et vous le racontez dans ce livre une première fois,
40:14il n'en a parlé à personne.
40:17Personne, en effet.
40:21Et lui-même s'est trouvé malade, alors que ça avait dû naître en lui très longtemps avant.
40:36Il l'a découvert, on lui a découvert brutalement,
40:41parce qu'aussi il avait l'habitude de faire face,
40:48et par conséquent, bon, on lui a fait une petite fatigue, c'est rien, on va au-delà, il faut bosser.
40:58Et il s'est battu, d'ailleurs, il a été malade, il est revenu,
41:01et même quand il a été opéré plusieurs fois, le lendemain il était dans les couloirs de l'hôpital en pleine forme.
41:06Oui, oui, jusqu'au moment où il a plus peur.
41:10Et il a eu les premières alertes, le gros coup en fait, dans l'année 2019.
41:23Il a eu ensuite une opération, une longue, convalescente et difficile,
41:30qui enchaînait directement avec l'arrivée du Covid.
41:37Et c'est là, entre ce moment-là et la seconde partie de sa maladie qui a été plus fatale,
41:50qu'il a écrit son livre et qu'il est allé en parler comme s'il était en état parfait.
41:59Ah ben je l'ai reçu dans les clés d'une vie, il était dans une forme physique formidable.
42:04Vous racontez aussi dans ce livre que les derniers visiteurs avant sa disparition,
42:09ça a été Brigitte et Emmanuel Macron, Nicolas Vril.
42:12Oui, mais là, vraiment, juste avant.
42:18En fait, ils avaient appris qu'il était malade, mais on leur avait dit simplement fatigué.
42:33Trois, quatre jours avant, ils avaient appelé Jean-Pierre pour lui dire qu'il passerait le voir,
42:43le mardi 6 octobre, après la cérémonie aux Invalides,
42:50en l'hommage à Hélène Carrère d'Encausse, que sur leur route, il s'arrêterait nous voir.
43:00Il ne savait pas, et nous ne savions pas, qu'il serait à ce moment-là à l'hôpital Georges-Mampidou.
43:10Et qu'il serait là tous les deux quand Jean-Pierre a fermé les yeux, en gros, c'est ça.
43:15Pas quand il a fermé les yeux, enfin, il avait les yeux fermés, mais il était encore un peu avec nous.
43:27Alors, il se trouve qu'Emmanuel Macron, il y avait des rapports privilégiés avec Jean-Pierre Elkabbach,
43:31car il avait été le premier à le repérer, à l'interviewer.
43:36Je ne sais pas s'il avait été le premier, peut-être, oui, peut-être le premier.
43:43Et oui, c'était à l'époque où il faisait la campagne de François Hollande.
43:50Exactement.
43:51En 2012.
43:52Alors, dans ce livre, vous racontez aussi Jean-Pierre Elkabbach.
43:55Oui, pardon.
43:56Je dois dire qu'ils ont été merveilleux, de gentillesse, de délicatesse, vraiment très, très, très bien.
44:09Ça, c'est quelque chose qui ne s'oublie pas.
44:12Donc, juste, vous évoquez aussi Jean-Pierre Elkabbach, le travailleur qu'il était,
44:18mais à la fois à l'homme qui détestait attendre, mais qui était parfois très en retard.
44:23C'est un paradoxe.
44:25Non, ce n'est pas un paradoxe.
44:28Pas du tout, au contraire.
44:31Mais il était en retard à ses rendez-vous, toujours courant, mais il détestait attendre.
44:36Oui, bien sûr.
44:38Et donc, ça ne le dérangeait pas de se faire attendre, de faire attendre l'autre,
44:43mais lui-même ne voulait pas attendre.
44:46Moi aussi, je lui reprochais d'être toujours en retard.
44:50Il travaillait.
44:51Mais c'était un objet de...
44:56C'était un peu des moments difficiles.
44:59Il fallait l'attendre, l'attendre, l'attendre.
45:02Mais il s'en tirait toujours quand il arrivait avec l'humour.
45:07Et puis, il dormait peu, mais faisait des micro-siestes.
45:12Ah oui, c'est-à-dire qu'il préférait que nous passions nos soirées.
45:19Dans la journée, nous ne voyions pas.
45:22On travaillait chacun de notre côté.
45:25Il voulait que le soir, on soit ensemble.
45:30Et il préparait, quand j'allais me coucher,
45:36il commençait à rédiger ces petites fiches de toutes les couleurs
45:42qui serviraient de canevas à ses interviews le lendemain matin.
45:50Et donc, il dormait très peu, très, très peu.
45:53Mais en revanche, dans la journée, il pouvait récupérer
45:57en dormant n'importe où, dans n'importe quelle position.
46:03Il avait une capacité de récupération fantastique.
46:09Et vous dites aussi, Nicolas Avril, que Jean-Pierre Elgabache,
46:12au mot journalisme, préférait celui de travail.
46:15Oui. Oui, oui, oui, oui.
46:19Le culte du travail.
46:21Énormément, parce qu'il travaillait.
46:23Mais pour moi aussi, écrire, c'est le travail.
46:26Mais ça n'a pas le côté pénible.
46:29Quand on a la chance d'aimer, d'adorer ce que l'on fait,
46:36le boulot, c'est autre chose que le boulot répétitif
46:43et usant auquel sont soumis bien des gens.
46:48Et puis le mot retraite était prohibé de son vocabulaire.
46:51Totalement, totalement.
46:53Parce qu'il pensait que, d'abord,
46:59qu'il ne supporterait pas la vie sans travail, sans son travail.
47:05Et puis, oui, c'était pas...
47:13Et qu'il n'avait pas fait le chef-d'œuvre de sa vie,
47:18c'était d'autant plus compliqué qu'il ne pensait pas
47:22qu'il pouvait y avoir un chef-d'œuvre dans le domaine du journalisme.
47:26C'est quelque chose qui, pour lui, était fugace
47:31et qu'il disait toujours qu'il ne resterait absolument rien de lui.
47:37Et comme nous sommes là, on voudrait le faire mentir.
47:40Exactement. Alors, il y a aussi vos voyages que vous racontez,
47:43dont un voyage étonnant, puisque vous vous êtes retrouvés un jour,
47:46Nicolas Avril, avec Jean-Pierre Elkabache,
47:48dans le décor de ce qu'il est devenu Urgence, la série Urgence.
47:51Ah oui, c'était à Chicago.
47:54À Chicago, c'est vraiment la ville de l'architecture,
48:02très novatrice, magnifique, peut-être, sans doute,
48:07encore plus belle que celle de New York.
48:11Et dans ce bel hôtel, nous nous trouvions un soir
48:18pour nous apprêter avant de sortir.
48:23Jean-Pierre se trouvait dans la douche
48:26et la porte vitrée de la douche lui a échappé des mains.
48:33Enfin, c'est plutôt qu'elle a échappé à ses gonds.
48:36Elle a basculé et elle est tombée dans le couloir
48:41entre la baignoire et moi, tout en petits morceaux, minuscules.
48:50Mais elle nous est passée devant.
48:53On aurait pu être tués, défigurés.
48:57Heureusement, entre nous, mais pas sur nous.
49:02Et à ce moment-là, Jean-Pierre a marché sur les débris
49:10en faisant saigner la plante des pieds pour en sortir.
49:16Il a mis une couverture sur les minuscules éclats
49:22pour que je sorte également.
49:24Mais on était quand même un peu amochés.
49:28À l'hôtel, il y a eu la sécurité qui est arrivée
49:35et immédiatement, à l'américaine, direction les urgences.
49:42Et on s'est retrouvés dans le décor d'une de ses toutes premières séries
49:48et qu'il avait acheté aux Etats-Unis
49:51où il était président de France Télévisions à cette époque-là.
49:55C'est vrai qu'il s'est fait dix ans d'ailleurs après un projet
49:58qui était un film urgence au départ, qui devait être réalisé par Spielberg
50:01et qui ne s'est jamais fait.
50:02Oui, oui.
50:03Alors, il y a beaucoup d'autres choses dans ce livre octobre très émouvant.
50:08C'était votre devoir de le faire, Nicole Avril.
50:12De l'écrire pour Jean-Pierre et pour tous ceux et celles
50:16qui rêvent aujourd'hui d'être journaliste.
50:18Oui, oui.
50:20Pour prolonger son souvenir.
50:23Et puis, parce que c'est peut-être le livre de ma vie.
50:30En tout cas, c'est le livre de votre vie personnelle avec Jean-Pierre Elkabbach
50:33que je recommande à celles et ceux qui nous écoutent.
50:35Ça s'appelle Octobre, c'est aux éditions de l'Observatoire.
50:38Merci pour ce livre très émouvant et pour cette lettre d'amour, d'amour sincère.
50:43Merci à vous.
50:44Merci, Nicole Avril.
50:45Les clés d'une vie, c'est terminé pour aujourd'hui.
50:47On se retrouve bientôt.
50:48Restez fidèles à l'écoute de Sud Radio.