Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur, était l'invité d'Apolline de Malherbe dans le Face à Face sur BFMTV et RMC.
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00:00BFM TV face à face, Apolline de Malherbe.
00:10Heure 32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Thierry Breton.
00:14Merci d'être dans ce studio ce matin.
00:16De nombreuses questions à vous poser sur les droits de douane bien sûr, sur le réveil de l'Europe face à Donald Trump,
00:22sur TikTok qui lance carrément un commerce TikTok shop.
00:26Vous êtes ancien commissaire européen au marché intérieur.
00:30Vous êtes quasi commissaire européen en fait.
00:32Vous êtes quasiment le commissaire européen français toujours.
00:35J'étais commissaire européen au marché intérieur.
00:37Vous savez pourquoi je vous ai dit ça ? Parce qu'en fait c'est assez frappant.
00:39Alors vous êtes là évidemment parce que je vous ai invité.
00:41Mais vous imaginez bien que j'ai également invité l'actuel commissaire européen Stéphane Séjourné.
00:47Non je n'imagine rien.
00:48Ah non vous n'imaginez rien ? Bah je l'ai invité aussi.
00:51Et vous savez qu'il est totalement aux abonnés absents.
00:53Vous avez des nouvelles vous ?
00:55Vous m'invitez, je suis là.
00:56Voilà, vous êtes là.
00:57Mais vous avez bien compris que la nature avait horreur du vide.
00:59Et qu'heureusement que vous êtes là pour parler de l'Europe.
01:01Parce que moi je ne l'ai pas vu en tout cas.
01:03Je ne l'ai pas vu, je ne l'ai pas beaucoup entendu.
01:05Enfin il est le bienvenu.
01:06La présidente de la commission sur la vente d'arène était hier.
01:09Je suis l'un de vos confrères de LCI.
01:11Tout à fait, qui a été à elle.
01:13Ce que j'aurais beaucoup aimé faire.
01:14Mais comme vous le savez, moi je suis sur ce plateau ici.
01:16Eh bien on va essayer de répondre à vos questions sur l'Europe.
01:18Mais si je vous pose cette question, c'est qu'il y a quand même un manque, non ?
01:21Est-ce que la France est encore présente dans la commission européenne ?
01:24Vous savez, il faut parler d'Europe.
01:26Non mais je comprends que cette question vous gêne.
01:28Non elle ne me gêne émotionnellement pas, puisque je suis là devant vous.
01:30Mais c'est donc pour répondre à toutes les questions, y compris celle-là.
01:32C'est, voilà, la France joue son rôle, on le voit, à un niveau...
01:38Je ne vais pas vous faire de langue de bois.
01:40Parce que ce qui s'est passé hier, et ce qui se passe depuis quelques jours,
01:43je n'allais presque dire hélas, c'est quand même une autre Europe élargie
01:48qui se dessine et qui, elle, prend un leadership pour désormais faire face à ce qui se passe.
01:54Donc on voit bien que la seule commission européenne ne suffit plus,
01:58ne répond plus, en tout cas en matière de défense, aux enjeux auxquels nous sommes confrontés.
02:02Et c'est pour ça qu'on a maintenant cette coalition avec deux co-leaders,
02:08et puis c'est comme ça qu'on les caractérise depuis hier,
02:11le Premier ministre britannique, Gerstheimer, et le Président de la République française, M. Macron.
02:16Qui, d'ailleurs, n'est plus au sein de l'Union Européenne, on va y revenir, évidemment.
02:19C'est pour ça qu'on élargit, on voit bien que c'est la seule façon...
02:21On recrée une autre...
02:22Et bien sûr, une autre configuration ad hoc pour répondre, désormais,
02:26à l'enjeu existentiel dans lequel nous sommes confrontés.
02:29Et je rappelle, que donc on parle de défense,
02:31et que la commission européenne n'a pas de compétences en matière de défense, ni en matière géopolitique.
02:36Donc elle a beau s'agiter, Ursula von der Leyen, là-dessus, ce ne sera que des mots.
02:41Les affaires de défense sont à la main des États membres,
02:44qui sont, dans les moments aussi critiques que ceux que nous vivons, plus que jamais.
02:47Les affaires de politique étrangère sont dans la main des États membres,
02:49avec une coordination par la haute représentante, vous la connaissez,
02:52c'est madame Kaya Kalas, l'ancienne première ministre estonienne.
02:55Mais évidemment, je lance cet appel, qui est presque un avis de recherche.
02:59Si le commissaire européen, Stéphane Séjourné, accepte de répondre à des interviews de journalistes,
03:03ici, en France, il n'hésite surtout pas.
03:06Thierry Breton, vous le mentionniez à l'instant,
03:09on parle d'un réveil de l'Europe, mais est-ce que ce n'est pas un réveil d'une autre Europe ?
03:13Bien sûr, c'est une Europe plus élargie, bien sûr, et on vient d'en parler à l'instant.
03:17C'est évidemment, d'abord, une Europe,
03:21et je le dis avec gravité,
03:24une Europe qui peut répondre aux enjeux
03:28que nous pose aujourd'hui l'émir Poutine,
03:31que nous posent aussi, d'une certaine façon, les États-Unis d'Amérique,
03:34dans un monde qui devient de plus incertain,
03:36de plus en plus risqué, de plus en plus violent,
03:39et dans un monde aussi, on l'a vu,
03:42où ceux qui pèsent sont ceux aussi qui ont la capacité
03:46de disposer de l'arme ultime, y compris du nucléaire.
03:49Pourquoi, aujourd'hui, c'est le président de la République française
03:53et le Premier ministre britannique qui, au fond, mènent cette coalition ?
03:56Parce que nous sommes de puissance dotée.
03:58C'est pas uniquement parce que nous avons le leadership
04:02dû au format de nos armées, bien sûr que ça compte.
04:05Mais bien sûr, c'est ça le monde dans lequel nous sommes.
04:09Bien entendu, c'est celui-là le monde dans lequel nous entrons.
04:11Il ne faut pas se tromper.
04:12Alors bien sûr, derrière, il y a tout ce qui se passe sur le terrain,
04:15il y a tout ce qui se passe en Ukraine, il y a les négociations,
04:17on va voir si elles aboutissent, on l'espère tous,
04:20mais enfin, on voit quand même que c'est extraordinairement compliqué.
04:22Il y a les garanties de sécurité.
04:23Mais dans les garanties de sécurité, on parle aussi de dissuasion.
04:25Et quand on parle de dissuasion,
04:27ben pardon, avec quelqu'un comme l'émir Poutine,
04:29il faut vraiment parler de dissuasion.
04:31C'est le seul langage, d'ailleurs, qu'il entende ?
04:33C'est la seule raison pour laquelle, éventuellement,
04:35il respecterait le fait de dialoguer avec lui ?
04:37Bien sûr.
04:38Il faut dialoguer avec Vladimir Poutine ?
04:39Bien sûr.
04:40Il faut réengager cela ?
04:41Mais bien sûr, bien sûr.
04:42Il faut engager avec tous ceux qui...
04:45J'ai parlé d'abord avec la Coupe éligente,
04:47ceux qui doivent parler entre eux, pardon de vous le dire,
04:50c'est quand même Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine.
04:53C'est quand même eux les concernés.
04:54Et j'allais dire, c'est quand même le premier,
04:56c'est Volodymyr Zelensky, parce que c'est lui qui a été attaqué.
04:59L'agresseur, c'est la Russie.
05:01Vous dites que la Commission européenne n'est pas compétente
05:04directement en matière de défense ?
05:06En matière d'industrie de défense, oui.
05:07Mais uniquement d'industrie de défense,
05:09mais certainement pas de défense.
05:10En matière d'industrie de défense, pour le coup, Thierry Breton,
05:12et je me souviens de vous avoir reçu à ce moment-là,
05:14dès le début de la guerre en Ukraine,
05:17vous étiez le commissaire au marché intérieur.
05:19Et aux industries de défense, justement.
05:20Et vous étiez particulièrement mobilisé sur cette question-là,
05:24la relance de l'industrie de défense européenne,
05:28le fait de réarmer l'Europe.
05:30Vous le disiez bien avant que Donald Trump ne réveille encore cela.
05:34Est-ce qu'on vous a écouté ?
05:35C'est-à-dire que quand on regarde, il y a eu vos alertes,
05:37il y a eu des rapports, le rapport l'État, le rapport Draghi,
05:41sur la réindustrialisation de l'Europe.
05:43On a l'impression que les Européens ne se réveillent que depuis 3 semaines,
05:47alors que tout était déjà sur la table.
05:50En 2016, j'avais présenté une idée à Jean-Claude Juncker,
05:55qui était à l'époque président de la Commission,
05:57et moi je n'étais pas du tout commissaire,
06:00ni même je pensais qu'un jour je le serais,
06:02sur la nécessité de faire un fonds européen de défense
06:04pour commencer à investir en amont
06:06sur la recherche et la recherche applicative
06:10en matière d'industrie de défense ensemble.
06:12Ce rapport a été suivi des faits, et on a créé le fonds européen de défense,
06:15dont j'ai eu la charge effectivement pendant 5 ans
06:17en tant que commissaire au marché intérieur et aux industries de défense.
06:20Donc on a commencé, et on travaille depuis très longtemps maintenant,
06:23je vous le dis maintenant depuis une dizaine d'années,
06:25mais maintenant évidemment tout le sujet c'est d'accélérer.
06:28On n'a pas d'autre choix que d'accélérer.
06:30Mais on a l'impression quand même que l'Europe a énormément de mal à faire les choses rapidement.
06:34C'est vrai et c'est pas vrai.
06:36C'est vrai parce que c'est notre démocratie.
06:38C'est encore une fois notre histoire,
06:40notre démocratie continentale,
06:42car je le répète pour nos téléspectateurs,
06:44nous sommes une grande démocratie continentale.
06:46On a un parlement européen qui représente les 450 millions de concitoyens européens,
06:50on a un conseil européen qui représente les 27 états membres,
06:52et puis on a la Commission qui elle propose les textes de loi,
06:55les parlements les votent,
06:57et ensuite la Commission qui est chargée de les exécuter,
06:59les mettre en œuvre.
07:01Et donc c'est tout ça un processus qui est démocratique.
07:03Quand on vous écoute on se dit,
07:05la démocratie c'est super,
07:09mais ça ne doit pas devenir un bâton dans les roues de l'efficacité.
07:12Apolline de Malherbe, vous vous souvenez,
07:14devant...
07:16C'est terrible de créer presque un cas de conscience comme celui de Malherbe,
07:19vous comprenez ce que je veux dire ?
07:21Devant l'adversité, on a su trouver les moyens d'aller vite.
07:23Souvenez-vous de Covid.
07:25Vous m'avez invité du reste à ce moment-là.
07:27Et parfois par Zoom, comme on dit à l'époque.
07:31Et souvenez-vous qu'on a réussi à réindustrialiser,
07:33d'un point de vue pharmaceutique,
07:35l'Europe pour faire le premier continent
07:37capable de fabriquer ces vaccins à ARN Messager,
07:41le premier au monde.
07:43Donc on sait réagir, on a su réagir.
07:45Vous m'avez invité aussi, je m'en souviens,
07:47quand on a pris l'objectif
07:49d'avoir une capacité très augmentée
07:51en matière de production d'obus.
07:53Vous vous souvenez de ce fameux million d'obus ?
07:55Maintenant, on en est pratiquement à 2 millions.
07:57Donc on a réussi à le faire.
07:59Encore une fois, il faut quoi ?
08:01Il faut d'abord du leadership.
08:03Parce qu'il faut évidemment,
08:05et pour reprendre ce que vous disiez...
08:07Il faut du leadership pour aligner.
08:09La France en Europe,
08:11certes Emmanuel Macron s'exprime beaucoup,
08:13mais quand vous étiez commissaire européen,
08:15vous étiez hyper présent.
08:17Vous parliez beaucoup d'Europe.
08:19Je continue à le dire.
08:21Est-ce qu'il se planque, notre commissaire européen ?
08:23Il ne s'agit pas que de parler.
08:25Il s'agit surtout de faire.
08:27Bien sûr, vous avez raison, et c'est pour ça que vous m'invitez
08:29ce matin. Il faut aussi expliquer
08:31que l'Europe, c'est précisément ce mouvement.
08:33L'Europe, c'est cette dynamique.
08:35Et que lorsqu'il y a effectivement le leadership, alors cette fois-ci au niveau
08:37de l'exécutif, on peut faire les choses
08:39pour la défense, pour y revenir.
08:41Tout est sur la table. Il faut maintenant évidemment
08:43avancer ensemble. Et je le dis
08:45une seconde, car c'est extrêmement important.
08:47Si jamais, on a vu
08:49qu'aujourd'hui, les États membres sont
08:51incités désormais à investir
08:53massivement en matière de défense. Vous savez que
08:55c'était 2% l'objectif. Maintenant,
08:57on le fixe à 3,5% du PIB.
08:59Ce qui est un saut très important, parce que vous voyez,
09:01on va presque doubler ces investissements
09:03de défense dans les 3, 4, 5 ans qui
09:05viennent. Pour se faire du reste, on est exonéré
09:07maintenant des limites et restrictions
09:09du pacte de stabilité de croissance. On peut donc dépasser
09:11ces fameux 3% pour peu qu'on investisse
09:13en défense. Donc ces
09:15moyens vont être mis sur la table.
09:17Encore faut-il le faire ensemble.
09:19Si jamais on n'a pas, et c'est ce
09:21que j'avais mis moi-même pour les munitions dont je parlais,
09:23il faut maintenant le faire au niveau de l'Union Européenne.
09:25Donner les moyens à la Commission
09:27Européenne de co-financer
09:29ces investissements complémentaires
09:31à partir du moment où il y a 3 ou 4 pays
09:33qui le font ensemble. Alors là, on maintient
09:35effectivement, on crée une dynamique
09:37où c'est l'ensemble du
09:39socle européen qui progresse ensemble.
09:41Si jamais on n'a pas cet instrument de co-financement,
09:43on n'en est pas encore là, il faut se battre
09:45pour ça, alors on risque d'avoir une fragmentation
09:47du marché intérieur, une fragmentation de défense, et ça, ça n'irait
09:49pas dans le bon sens.
09:50Une fragmentation du marché, là il y a deux questions
09:52que je voudrais vous poser. L'une sur le financement
09:54malgré tout, parce que certes, on
09:56autorise les Etats à dépasser largement
09:58l'endettement normalement autorisé,
10:00mais est-ce qu'à un moment ou un autre
10:02il faudra le payer, et peut-être avec une augmentation
10:04d'impôts ? Emmanuel Macron n'a pas
10:06répondu à cette question qui lui a été posée
10:08hier soir. Et puis l'autre question aussi, c'est
10:10comment faire en sorte qu'ils achètent
10:12vraiment européens nos camarades
10:14de jeu ? Quand on regarde
10:16les commandes qui ont été passées par l'Allemagne,
10:18par la Pologne récemment,
10:20c'était des commandes américaines.
10:22Vous avez raison Péline de Balerme, c'est tout le sujet, je me suis
10:24vraiment battu contre ça, croyez-moi,
10:26pendant les cinq ans où je m'occupais de ces questions.
10:28Vraiment battu. Ils s'en mordent les doigts aujourd'hui ?
10:30Mais vous savez, oui et non, parce qu'encore une fois
10:32il y a 26 Etats
10:34sur 27 en Union Européenne qui dépendent
10:36totalement des Etats-Unis
10:38d'Amérique, y compris pour la protection ultime
10:40dont on parlait tout à l'heure, le nucléaire
10:42à travers évidemment la garantie de l'OTAN, mais c'est de ça
10:44qu'il s'agit. La France est autonome,
10:46et c'est le choix du général de Gaulle
10:48qui est maintenant
10:50reconnu par tous, y compris
10:52par tous les pays européens, qui l'ont beaucoup critiqué,
10:54qui nous permettent évidemment d'avoir cette autonomie
10:56et de faire bénéficier de l'Europe
10:58de cette autonomie. Donc oui,
11:00bien sûr, il faut maintenant évidemment
11:02qu'on achète Europe 1. Vous avez raison,
11:0463% de nos achats
11:06l'année dernière, militaires,
11:08c'était aux Etats-Unis. Donc
11:10il faut évidemment maintenant, et je me réjouis
11:12que la Commission mette maintenant
11:14dans ses lignes directrices
11:16la nécessité d'acheter en Europe.
11:18Pour les impôts, il n'y a pas que les impôts,
11:20il y a évidemment, il va falloir
11:22payer ces investissements
11:24complémentaires. Prenons l'exemple
11:26de la France. On dépense
11:28en France 33%
11:30de notre richesse nationale
11:32pour la protection sociale
11:34et pour notre modèle social auquel nous sommes
11:36tellement attachés. Il faut évidemment
11:38préserver ce modèle social
11:40et tout ce qui va avec. Mais voyez-vous,
11:4233%, c'est une somme
11:44gigantesquissime.
11:46Est-ce qu'on peut essayer de se mettre
11:48ensemble autour de la table et dire
11:50écoutez, on va essayer de travailler
11:52pour ne plus dépenser 33%, mais 32%
11:54tout en gardant
11:56tout ce que la protection sociale
11:58française nous garantit
12:00et avec ce pourcent,
12:02on passerait de 2% du PIB pour la Défense
12:04à 3%. Il y a évidemment
12:06une discussion à faire.
12:08C'est entre les canons et les pensions.
12:10Pas du tout, parce que je vous dis, il s'agit
12:12un petit pourcent,
12:14c'est pas que les pensions, c'est toute la sphère
12:16dont je parle. Est-ce qu'il n'y a pas
12:18cette petite recherche
12:20de travailler mieux tout en
12:22délivrant les mêmes prestations
12:24pour 1% ?
12:26Alors ça c'est un autre sujet. Travailler
12:28ensemble c'est pour collectivement s'attaquer
12:30à ce sujet des 33% dont je parlais.
12:32Mais voyez, le moment
12:34de vérité peut-être est arrivé. Il faut
12:36préserver ce qui unit la nation.
12:38Il faut préserver ce auquel
12:40les Français, nos compatriotes
12:42sont très attachés. Mais il va falloir
12:44faire un peu mieux avec un peu moins.
12:46Un peu mieux avec un peu moins, ça veut dire quand même
12:48à un moment arbitré. Oui mais je viens de vous dire
12:50c'est faisable. C'est faisable.
12:52Bien sûr. L'actualité de l'économie
12:54c'est aussi cette hausse
12:56absolue. C'est-à-dire que
12:58Donald Trump qui annonce qu'il va faire
13:00passer de 2,5 à 27,5
13:02les droits de douane sur
13:04les voitures étrangères qui entrent aux Etats-Unis.
13:06On le sait, l'industrie automobile
13:08en Europe, mais en particulier en France, elle va mal.
13:10Est-ce qu'on va pouvoir s'en remettre ?
13:12On est vraiment dans cette logique de guerre commerciale
13:14qui n'a pas une vraie
13:16rationalité économique.
13:18Toutes les personnes,
13:20les personnalités que vous invitez, vous le disent
13:22les uns après les autres. Parce qu'à
13:24la fin des fins, qui paye cette
13:26augmentation ? C'est évidemment
13:28le consommateur américain.
13:30C'est pas le pays qui produit,
13:32contrairement à ce qu'on lit aux Etats-Unis.
13:34À la fin, c'est le consommateur américain.
13:36Je vais répondre à votre question, mais juste pour nos téléspectateurs
13:38et nos auditeurs,
13:40si jamais ces mesures s'appliquent,
13:42on a calculé que
13:44tous véhicules confondus, parce que même
13:46les véhicules qui sont construits aux Etats-Unis,
13:48pour la quasi-totalité d'entre eux,
13:50un nombre important de pièces viennent
13:52soit du Mexique, soit du Canada,
13:54soit de l'Europe, soit évidemment
13:56de la Corée du Sud ou du Japon.
13:58Donc, tous les véhicules
14:00aux Etats-Unis vont monter
14:02en moyenne entre 5 000 dollars
14:04et 10 000 dollars, tous. Donc vous voyez
14:06l'impact. Et à la fin,
14:08qui paye ces 5 000 ou 10 000 dollars ?
14:10C'est le consommateur américain. Voilà. Donc on est quand même dans cette logique.
14:12Alors évidemment, la rationalité
14:14entre guillemets, c'est de dire
14:16venez faire des usines
14:18aux Etats-Unis, fabriquez
14:20100% américain et
14:22vous n'aurez pas de droit de douane. Sauf que ça ne sera jamais fait
14:24de façon immédiate. Et bien voilà, et c'est tout le sujet.
14:26Donc on est dans cette transition. Et combien
14:28de temps tout ça va durer ? Et bien nous...
14:30Est-ce qu'on peut s'en remettre ? Est-ce qu'on peut faire face ?
14:32Bien sûr. D'abord, on est dans cette logique.
14:34Donc la réponse est toujours oui en politique
14:36ou alors on ne fait pas de politique. Bien sûr qu'il va falloir le faire.
14:38Il faut aussi à un moment peut-être être lucide.
14:40Et bien entendu. Et donc il faut être lucide, y compris
14:42voir avec qui on traite et comment on traite.
14:44Je connais
14:46un petit peu Donald Trump.
14:48J'ai travaillé avec ses équipes, et même avec lui-même
14:50au cours de la période où il était encore
14:52président de la République, alors que j'étais moi-même commissaire au Parlement,
14:54c'est-à-dire l'année et demie,
14:56la première année et demie de
14:58mon dernier mandat.
15:00Pour lui, la réciprocité
15:02est importante. Donc il ne faut pas se tromper.
15:04On avait déjà 25%
15:06de droits de douane. On a vécu
15:08l'importé des Etats-Unis en Europe.
15:10Donc il réajuste.
15:12Donc si on doit réajuster, et je pense qu'il faut
15:14réajuster, il faut réajuster
15:16sur tous les produits qui vont être proposés
15:18et qui vont être taxés, il faut
15:20remettre quelque chose qui soit à l'équilibre.
15:22Pas plus, mais sans doute pas moins.
15:24Voilà, et c'est sans doute...
15:26Ça veut donc dire que, évidemment,
15:28la Commission Européenne,
15:30je rappelle, qui est chargée
15:32de coordonner, de répondre pour
15:34les 27, car le
15:36commerce extérieur, donc ce dont
15:38on parle à l'instant, est une compétence
15:40désormais de l'Union Européenne,
15:42de la Commission Européenne, pour pouvoir unir
15:44nos forces. Donc elle doit maintenant
15:46proposer précisément une réaction,
15:48c'est à elle de le faire, et elle doit
15:50le faire évidemment sur des produits
15:52pour pouvoir réagir.
15:54Mais est-ce que ça veut dire qu'il faut taxer,
15:56potentiellement, y compris des produits numériques ?
15:58Netflix, Apple...
16:00Tout est possible, c'est à sa main,
16:02elle doit le proposer, elle doit le faire très vite,
16:04mais pourquoi pas, bien entendu.
16:06Mais bien entendu, pourquoi pas.
16:08Mais il vaut mieux, si je peux me permettre un petit
16:10conseil, que vous le refaites à eux,
16:12il vaut mieux prendre des produits
16:14qui sont déjà taxés et essayer de se calibrer
16:16au même niveau pour éviter
16:18une surenchère qui serait évidemment
16:20destructrice pour les uns et pour les autres.
16:22Au même niveau, ça veut dire qu'en réalité,
16:24s'ils montent à 27,5,
16:26il faut qu'on monte à 27,5,
16:28en espérant qu'il y aura une...
16:30Si on taxe d'un côté
16:32telle...
16:34Bouteille de vin,
16:36alcool, par exemple,
16:38à 25%, il faut le faire
16:40à 25% de l'autre côté. Mais alors par exemple, sur quoi ?
16:42On a parlé du bourbon, le fameux bourbon américain,
16:44si on monte sur le bourbon américain,
16:46eux... Parce qu'ensuite, on ne sait jamais
16:48où ça va commencer. C'est un bon exemple.
16:50Le bourbon était taxé
16:52jusqu'à 25%, il devient taxé à partir
16:54du 1er avril à 50%,
16:56ça provoque une réaction à 200% de l'autre côté.
16:58Donc on voit bien qu'il faut sans doute
17:00trouver là aussi... Je ne suis pas
17:02en charge des négociations.
17:04Aujourd'hui, on a évidemment la commission
17:06qui le fait. On a vu du reste,
17:08ce lundi, avec le commissaire
17:10qui est en charge, le commissaire Sefcovic,
17:12du reste, ce qui montre
17:14l'importance, avec le directeur de cabinet
17:16celui de Ursula von der Leyen, monsieur Björn Sibert,
17:18c'est lui, du reste, qui contrôle tout.
17:20Donc ils sont allés discuter aux Etats-Unis.
17:22Je ne sais pas ce qu'il en est sorti...
17:24– Mais vous espérez ? Vous pensez qu'il peut y avoir une dégringolade ?
17:26Il peut y avoir une sorte de désescalade ?
17:28– En tout cas, il faut maintenant stabiliser. Désescalade, on verra.
17:30Il faut maintenant stabiliser, il faut y voir clair
17:32et après, rentrer dans la désescalade.
17:34Mais maintenant, il faut évidemment stabiliser
17:36tout ce qui se passe. Le reste est très mauvais pour l'économie.
17:38Regardez du reste ce qui se passe sur les marchés boursiers.
17:40Bien sûr, c'est un indicateur,
17:42qui veut dire quelque chose, y compris, par parenthèse,
17:44pour les entreprises américaines. Regardez sur l'automobile.
17:46Les entreprises américaines,
17:48notamment les constructeurs automobiles américains,
17:50ont largement baissé,
17:52hier, à la suite de l'annonce
17:54du président Donald Trump.
17:56– Je voudrais vous poser la question autrement.
17:58Alors, ça paraît presque contre-intuitif, mais au fond,
18:00est-ce que Donald Trump, ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'Europe ?
18:02– On dit souvent qu'effectivement,
18:04l'Europe avance grâce aux crises.
18:06Voilà, il faut être pragmatique.
18:08On prend ce qu'on a,
18:10on le connaît bien, on a déjà travaillé avec lui
18:12pendant 4 ans.
18:14Ce n'est pas tellement Donald Trump,
18:16à mon avis, ce qui se passe, parce que,
18:18moi, je n'ai pas de surprise.
18:20Je connais son narratif,
18:22y compris sur le Groenland.
18:24Tout ça, il l'avait déjà, au cours de son premier mandat.
18:26On a déjà discuté de tout ça, y compris
18:28sur le fait qu'il voulait rééquilibrer.
18:30Qu'est-ce qu'il cherche à faire ? C'est rééquilibrer
18:32les déficits de la balance commerciale.
18:34C'est vrai qu'ils sont aujourd'hui en défaveur
18:36des États-Unis, pas autant qu'il le dit du reste.
18:38Quand on ajoute les services, on est presque équilibré.
18:40C'est vrai qu'il y a un petit déficit en défaveur
18:42des États-Unis, mais on peut le rectifier.
18:44Non, l'élément
18:46qui change vraiment, à mon avis,
18:48la donne, celui qui change
18:50désormais pour nous, c'est effectivement
18:52la nécessité absolue de continuer
18:54à faire en sorte que l'Ukraine
18:56ne perde pas
18:58cette guerre qu'a voulue
19:00Vladimir Poutine, qui nous concerne,
19:02je le dis, parce qu'encore une fois, on sait que
19:04si jamais il continuait à avancer,
19:06il ne s'arrêterait pas à l'Ukraine. C'est ça le vrai
19:08changement. – Une dernière question, Thierry Breton,
19:10TikTok Shop arrive
19:12en France à partir de lundi,
19:14il était déjà arrivé en Espagne, ce sera
19:16vraiment une sorte d'achat
19:18immédiat directement sur la
19:20plateforme TikTok, à partir des vidéos
19:22les plus ludiques, est-ce qu'il faut l'autoriser ?
19:24– D'abord, il a parfaitement le droit de le faire,
19:26il faut ensuite, on a des règles,
19:28et il y a deux règles qu'il va falloir
19:30qu'il respecte, le DMA
19:32et le DSA. – C'est quoi ? – Le DMA, ça permet
19:34de voir si tout ce qui est fait est fait
19:36en respectant, je dirais,
19:38un bon équilibre économique,
19:40et donc ça, il va falloir le regarder très
19:42attentivement, et le DSA, c'est le fait
19:44de ne pas utiliser, par exemple,
19:46de l'addictivité,
19:48notamment auprès des jeunes,
19:50pour pouvoir utiliser ça.
19:52Et donc ça, c'est contrôlé
19:54par le DSA, il appartient là encore une fois
19:56à la commission de le faire, elle a les instruments,
19:58les lois ont été votées par nos parlementaires
20:00et par les États, il va falloir
20:02très vite l'appliquer, je vous donne un exemple,
20:04TikTok avait voulu lancer une application
20:06TikTok Lite, qui disait que... – On le souvient très bien,
20:08on peut gagner de l'argent en regardant
20:10vos vidéos. – J'ai réussi, j'étais à l'époque
20:12en charge, j'ai discuté tout de suite avec TikTok
20:14en disant ça c'est pas possible, à 24h ils l'ont arrêté.
20:16Donc il va falloir regarder, on a les instruments,
20:18mais comme d'habitude,
20:20il faut les mettre en œuvre avec du leadership.
20:22– Et il faut les utiliser. Merci Thierry Breton,
20:24ancien commissaire européen
20:26au marché intérieur, et on l'a vu, quasi
20:28encore commissaire européen, en tout cas merci d'avoir répondu
20:30à mes questions ce matin. Il est 8h52
20:32sur RMC-BFM TV.