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Procès Kadhafi : le parquet requiert 7 ans de prison et 300.000 euros d'amende contre Nicolas Sarkozy. Jean-Yves Le Borgne, avocat, est l'invité de la RTL Petit Matin.
Regardez Les trois questions de RTL Petit Matin avec Jérôme Florin du 28 mars 2025.

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Transcription
00:00Il est 6h15, merci de nous rejoindre sur RTL.
00:08Sept ans de prison requis contre Nicolas Sarkozy au procès des soupçons de financement libyens.
00:13Sept ans contre un ancien président français, c'est totalement inédit.
00:17Le parquet a dénoncé avec virulence le pacte qu'il aurait noué avec Muammar Gaddafi pour qu'il finance sa campagne de 2007.
00:24Nous sommes avec l'un des avocats de la défense, Maître Jean-Yves Leborgne.
00:28Bonjour. Vous défendez l'un des onze autres prévenus.
00:32L'ancien ministre Eric Wörth, qui lui, fut le trésorier de cette campagne.
00:36Un an de prison aménageable a été requis contre lui.
00:39Tout d'abord, Maître Leborgne, sur les sept ans réclamés contre l'ancien président, vous avez été surpris ?
00:45Écoutez, le climat général du procès laissait penser que les réquisitions chiffrées seraient lourdes.
00:52Le vrai problème de cette affaire, il n'est pas tant dans le quantum de la peine demandée
00:59que dans la réalité des raisons qui amènent à demander cette peine.
01:05Il y a un certain nombre de faits et parts qui n'apportent la preuve de rien.
01:12Finalement, on a beaucoup parlé, vous en avez sans doute entendu parler, de cette notion de faisceau d'indice.
01:19En réalité, les faisceaux d'indice, c'est tout simplement un certain nombre d'éléments qui, à eux seuls, ne démontrent rien,
01:27mais qui, lorsqu'on les rapproche, pourraient permettre une conclusion.
01:31C'est un peu inquiétant comme processus.
01:34Donc, vous dites que c'est une construction intellectuelle et que ce procès n'a rien démontré.
01:38C'est ce que dit en substance Nicolas Sarkozy.
01:41Les procureurs eux-mêmes ont à plusieurs reprises indiqué qu'ils n'avaient pas la preuve de ceci ou de cela,
01:50mais que le rapprochement d'un certain nombre d'événements leur permettait de penser que, de conclure que.
01:57Alors, tout cela n'est pas absurde, tout cela n'est pas idiot, ce sont des gens intelligents qui disent ça,
02:03mais il ne suffit pas d'être intelligent, il faut avoir la preuve de ce que l'on imagine, de ce que l'on soupçonne,
02:10de ce que l'on reconstruit intellectuellement.
02:13Vous dites quoi, Maître Leborgne, qu'il fallait frapper fort que la justice a voulu faire un exemple ?
02:18Écoutez, je ne pense pas qu'on puisse parler d'exemple en ce sens que l'exemple, c'est pour ceux qui seraient dans une situation identique.
02:27Or là, on est dans un cas très particulier qui est celui d'une campagne présidentielle et d'un candidat, ça n'arrive pas tous les matins.
02:36Non, je crois que l'on est dans ce que j'appellerais l'ère du soupçon et qu'un certain nombre de choses,
02:44alors soyons clairs, il y a dans le dossier un certain nombre de choses qui ne sont pas claires.
02:51Il n'est pas impossible que certains personnages se soient laissés aller à des comportements critiquables,
02:58mais de là à rapprocher tous ces éléments et parts et à conclure qu'il y a un pacte de corruption
03:06et un financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy, c'est aller un peu loin et un peu vite en besogne.
03:14Vous évoquiez l'ère du soupçon à un moment justement où les Français n'ont plus confiance dans leurs dirigeants.
03:19Il y a 74% des Français qui estiment que le personnel politique est corrompu.
03:24C'est ce que disait un récent baromètre du Cevipof. Le procès, c'est un peu l'illustration de ça ?
03:30Si le procès est l'illustration de cela, méfions-nous d'une telle tendance.
03:36Cela voudrait dire que selon la vieille tradition des années 30, qui était un peu dans la pensée des anarchistes,
03:44s'ils sont tous pourris, ils sont coupables avant même qu'on analyse les choses en détail.
03:50Cette sorte d'interprétation, car au fond c'est ça le faisceau d'un vice,
03:56c'est une interprétation d'un certain nombre de faits que l'on rapproche.
04:02Entre ces faits-là, il y a des zones d'ombre, il y a des choses que l'on ne sait pas,
04:07mais on va finalement faire en sorte que tout cela soit cohérent, que tout cela soit dans une explication globale.
04:14En gros, c'est un peu comme si vous aviez une affaire en pointillés,
04:18les pointillés sont des réalités, des certitudes,
04:21et que vous traciez par l'intelligence, par l'analyse, par l'esprit, une ligne continue.
04:28Il faut se méfier de sa capacité d'imagination.
04:32Qu'est-ce que vous retenez, maître Leborgne, de ces douze semaines d'audience ?
04:36Un procès extraordinaire avec un ancien président de la République
04:41et trois de ses ex-ministres réunis sur le même banc des accusés.
04:45Quelle était l'atmosphère et quel est votre regard personnel sur ce procès ?
04:50Mon regard personnel, c'est une inquiétude.
04:54Vous le disiez, nos compatriotes n'ont pas confiance dans leurs dirigeants,
04:59et je pense que le fait de faire comparaître un certain nombre d'hommes
05:03qui ont été en responsabilité de postes importants,
05:07et notamment celui qui a incarné la France en étant le président de la République,
05:13c'est aussi une procédure qui concourt à la dévalorisation du politique.
05:20Et vous savez, quand on dévalorise l'autorité de ceux qui exercent la démocratie,
05:25ça n'est jamais bon signe.
05:27Merci beaucoup Maître Jean-Yves Leborgne,
05:29avocat de la Défense au procès des soupçons de financement libyens.
05:32Vous défendez l'ancien ministre Éric Woerth.
05:34Bonne journée.
05:35Au revoir.
05:36Et les avocats de Nicolas Sarkozy.

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