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00:00Sur Europe 1, Europe 1 13h, dernière partie avec vous, Céline Giraud et à vos côtés l'ancien juge d'instruction Georges Pénèque,
00:05journaliste politique à Valeurs Actuelles, Victor Hérault, et avec nous aussi William Molinier, chef du service police-justice d'Europe 1.
00:11Et on poursuit les débats, et j'avais envie d'un moment de revenir aussi sur l'affaire du petit Émile.
00:15On espérait que le mystère de la mort de ce petit garçon soit enfin résolu,
00:19mais finalement les garde-à-vue des grands-parents et d'un oncle et de la tante du garçonné ont été levés sans poursuite.
00:25En revanche, on sait que les enquêteurs ont progressé sur un point.
00:29Écoutez le procureur d'Aix-en-Provence ce matin, Jean-Luc Blanchon.
00:34Les conclusions de ces expertises, réalisées sur une durée de plusieurs mois,
00:38permettent désormais de considérer que les vêtements et les ossements retrouvés ont été transportés et déposés peu de temps avant leur découverte.
00:46Permettent aussi d'affirmer que le corps de l'enfant ne s'est pas décomposé dans les vêtements retrouvés dans la forêt.
00:52Permettent de considérer l'hypothèse que le corps n'est pas demeuré au même endroit,
00:56et dans le même biotope au cours du processus de décomposition et qu'il n'a pas été enfoui.
01:02Et enfin de caractériser la présence sur le crâne découvert de stigmates anatomiques,
01:07évocateurs d'un traumatisme facial violent.
01:09Jean-Luc Blanchon, le procureur d'Aix-en-Provence ce matin.
01:12Alors pour comprendre cette nouvelle étape dans l'enquête sur ce drame,
01:15on est avec vous, William Aulignier, spécialiste de justice européen, et Georges Fenech.
01:19Vous avez été, je le rappelle, magistrat et juge d'instruction.
01:22C'est à la fois une grande avancée et en même temps le mystère reste entier sur la mort du petit Émile.
01:28Oui, le mystère reste entier, notamment sur la partie homicide,
01:33parce qu'en fait cette conférence du procureur de la République nous a appris.
01:39Je pense que là aujourd'hui on est assez fixé là-dessus.
01:42Sur la partie recelle, il apparaît évident que le corps a été transporté, déplacé.
01:52Donc une intervention d'un tiers.
01:55L'intervention d'un tiers.
01:57Ça, le procureur de la République donne des éléments objectifs d'enquête là-dessus.
02:02En revanche, sur le volet homicide volontaire,
02:06il n'y a aucun élément, en tout cas livré à la connaissance du public,
02:12qui permet de dire que c'est un homicide volontaire.
02:15Ça peut aussi très bien être accidentel.
02:18Facial, dit-il, mais ça peut être une chute.
02:22C'est pas forcément causé par l'action d'un tiers, justement.
02:28Sur le fait que les gardes à vue aient été levés,
02:29est-ce que ça signifie que le parquet a considéré que le juge d'instruction
02:32ne serait pas convaincu par les éléments des auditions ?
02:35Très certainement.
02:37Non, non, ça c'est pas possible, c'est l'idée.
02:39C'est pas au parquet à décider de la présentation devant le juge.
02:43Rapprochez-vous.
02:44Ça n'est pas au parquet à décider de la présentation des gardes à vue.
02:47J'ai entendu beaucoup d'erreurs de procédure ce matin sur d'autres antennes.
02:51C'est-à-dire ?
02:52C'est-à-dire que c'est le juge d'instruction qui est le patron et le seul patron.
02:55Pourquoi vous voyez le procureur ?
02:56Parce que lui a le droit de faire des communiqués.
02:59Donc il est en contact avec le juge.
03:00Le procureur ne donne aucune instruction aux gendarmes, par exemple, dans cette affaire.
03:04C'est le juge.
03:05Donc c'est le juge qui a décidé de mettre fin à la garde à vue
03:09et de ne pas lui déférer les gardes à vue.
03:11Pourquoi ?
03:12Ça n'est pas le procureur, le procureur n'intervient plus.
03:14Pourquoi selon vous a-t-il décidé ?
03:16Parce qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments, ça vient d'être dit,
03:19pour leur notifier une mise en examen.
03:22Il a pu y avoir une suspicion, la garde à vue avait pour objet de crever l'abcès
03:26et d'essayer de retrouver des contradictions par rapport aux multiples constatations qui ont été faites.
03:32Malheureusement, de toute évidence, ils n'y sont pas arrivés.
03:35C'est des choses qui arrivent, ça n'est pas un échec.
03:38C'est une avancée quand même, ça a été rappelé.
03:41On sait qu'il y a l'intervention d'un tiers déjà, ça c'est une chose.
03:44Mais pour l'instant le mystère reste entier.
03:46Une avancée dans la stratégie d'enquête des gendarmes
03:51dont on sait que les gendarmes ont une stratégie d'enquête
03:55qui repose beaucoup dans la méthode des gendarmes en police judiciaire.
04:00Et elle était spectaculaire pour le coup là.
04:02Cette culture de l'aveu, c'est-à-dire de l'aveu qui est la preuve formelle.
04:06Et c'est ce qu'ils sont allés chercher.
04:08En revanche, visiblement ils ne l'ont pas trouvé pendant le temps de la garde à vue.
04:13Moi c'est une hypothèse que je soulève.
04:16Est-ce qu'il n'y a pas eu une lecture différente du dossier
04:22entre le juge d'instruction et les gendarmes ?
04:25Entre les juges d'instruction qui ont à un moment donné,
04:28il a fallu fermer cette porte, donc placement au garde à vue.
04:32Les gendarmes ont cru qu'ils allaient pouvoir sortir un aveu,
04:36ou en tout cas préciser et montrer des failles
04:42dans les déclarations des uns et des autres.
04:44Ce qu'ils n'ont pas réussi à faire.
04:46Et donc le juge d'instruction leur dit
04:49écoutez très bien, mais je ne peux pas les mettre en examen.
04:52Mais ça, ça ne veut pas dire qu'il y a une différence de point de vue.
04:55Au contraire, je pense qu'il y a eu une unicité de lecture
05:00entre les enquêteurs qui, je le rappelle, travaillent sur commission orgatoire du juge.
05:04Tout ce qu'ils font c'est sur délégation du juge.
05:06Et donc ils rendent compte pratiquement heure par heure
05:09dans une affaire de ce type au juge d'instruction.
05:11Et ensuite ils font une analyse.
05:15Est-ce qu'on a suffisamment d'éléments ou pas ?
05:17Je ne vois pas le juge dire, attendez, votre enquête ne tient pas.
05:20Non, je pense que les gendarmes, qui en plus sont extrêmement,
05:24très professionnels les gendarmes, attention,
05:27ils ne sont jamais dans un conflit, jamais eu de conflit
05:29quand j'étais à l'instruction avec des gendarmes.
05:31Mais qu'est-ce qui pourrait provoquer une nouvelle garde à vue, Georges Fenech ?
05:35Alors là, moi je suis assez pessimiste, je peux vous dire ce matin.
05:38Je suis assez pessimiste, oui.
05:40Je ne sais pas si un jour on aura, c'est dur de dire ça,
05:43la vérité, regardez dans l'affaire Grégory, on n'en sait toujours rien.
05:46Sauf dans l'affaire Grégory, on sait qu'il a été tué l'enfant.
05:50On l'a retrouvé avec les...
05:51Alors que là on n'en sait plus sur ce qui s'est passé après la mort qu'avant la mort.
05:55On ne sait pas si c'est un accident,
05:57si c'est peut-être une correction qui a mal tourné,
05:59on a voulu faire disparaître les traces et le corps.
06:02Si c'est un crime volontaire, on n'en sait rien.
06:05Ce qu'il faut maintenant espérer, c'est ce qui s'est passé
06:07dans l'affaire Nordal-Lolandais, la petite Mélisse.
06:10C'est-à-dire que malgré ces dénégations,
06:12on a fini par retrouver une petite trace de goutte de sang
06:15dans le coffre de sa voiture de la petite Mélisse.
06:17Et là, il était coincé.
06:18Actuellement, il y a des expertises qui sont en train de passer le feu.
06:21Qui sont toujours en cours, d'ailleurs le procureur l'a rappelé,
06:23concernant le véhicule et le van.
06:24S'il y avait le miracle, c'est-à-dire vraiment on trouve la petite trace,
06:27là il y aura une avancée significative.
06:29Victor Hérault ?
06:30L'hypothèse qu'effleure Georges Fenech est celle qui m'inquiète le plus.
06:33Le scénario où on n'a jamais le fin mot de cette histoire
06:36et où on a jeté, pardonnez-moi, en pâture à la vindique publique,
06:41comme dans l'affaire du petit Grégory par exemple,
06:43la famille Villemin, notamment la mère.
06:45Ça c'est le scénario qui m'inquiète davantage
06:47puisque c'est celui d'un drame par-dessus le drame de la mort du petit Émile.
06:51Le procureur qui a d'ailleurs dit que la piste familiale n'était pas refermée.
06:54Oui, et elle ne l'est pas aux yeux de la justice.
06:56Aux yeux du public, c'est tout à fait autre chose.
06:58Oui, il y a Molinier, c'est vrai qu'il y a toujours beaucoup d'incertitudes.
07:01Et finalement, ils sont relâchés mais ils peuvent à nouveau être entendus.
07:06Oui absolument, je crois qu'il reste entre 2 et 4 heures de temps de garde à vue.
07:11Vous n'allez pas faire des miracles entre 2 et 4 heures de garde à vue.
07:15En revanche, effectivement, s'il y avait de nouveaux éléments
07:19qui apparaissaient dans l'enquête,
07:21notamment ce que vous disiez sur des traces ADN ou des preuves objectives,
07:28il passerait vraisemblablement directement devant les juges d'instruction
07:34pour éventuellement une mise en examen.
07:36Effectivement, s'il y a des éléments nouveaux, le juge délivre un mandat d'amenée.
07:40C'est au juge et il peut les entendre tant qu'il veut aussi.
07:43Il est à disposition dans son cabinet.
07:45Avec une police scientifique très pointue.
07:48Oui, c'est l'IRCGN, c'est les experts gendarmes à Pontoise
07:54qui sont vraiment le haut du spectre de l'enquête scientifique.
08:01Vous avez toute une panoplie de spécialistes qui vont du...
08:07Avec les insectes.
08:09Aujourd'hui, ce sont les seuls éléments certains qu'on a dans cette enquête,
08:13ce sont les éléments scientifiques concernant le t-shirt, les éléments qui ont été prélevés.
08:18On a ça, on a aussi quand même les déclarations des témoins.
08:21C'est-à-dire que vous avez 280 témoins qui ont été entendus.
08:24Là, vous avez 4 gardes à vue.
08:26Tout ça, ça va rester dans le dossier.
08:27Et à la moindre distorsion, dissonance de récits,
08:31évidemment, ça va être des brèches dans lesquelles les enquêteurs vont pouvoir se loger,
08:37aller à nouveau peut-être confronter des témoins entre eux pour préciser les choses.
08:43Georges Fenech.
08:44Que vous dire de plus ?
08:46Il faut quand même garder l'espoir.
08:48C'est une affaire qui a bouleversé la France entière et qui continue,
08:51avec une chape de plomb, une énigme terrible.
08:54Et on a besoin de savoir ce petit visage d'ange,
08:56est-ce qu'il a été tué ou pas, et dans quelles circonstances.
08:59Donc, les enquêteurs ne lâcheront pas.
09:01C'est loin d'être un cold case.
09:03Les enquêteurs, vous avez vu le travail considérable qu'ils ont fait.
09:07Et il faut espérer que les expertises parlent.
09:10Dans l'affaire du Grélet, par exemple, ou de Fourniret,
09:13on a vu des enquêtes se résoudre bien après...
09:17Vous avez actuellement un centre qui a ouvert,
09:20qui est le pôle cold case de Nanterre.
09:23C'est nouveau.
09:24Vous avez des juges d'instruction et des procureurs qui ne font que ça.
09:28Ils ont à peu près 200 dossiers qui ne travaillaient plus ailleurs.
09:31On les a rassemblés à Nanterre.
09:33Ils ne travaillent que sur des anciennes affaires
09:35et ils sont en train d'en élucider, il faut voir, des affaires vieilles de 20 ans.
09:39Donc, avec les technologies qu'on a aujourd'hui,
09:42notamment sur les traces, les odeurs, les voix,
09:46ce qu'on est capable de faire avec l'intelligence artificielle,
09:49permet de résoudre de très très vieilles affaires.
09:51Et des écoutes téléphoniques ?
09:52On sait qu'il y en a eu dans cette enquête.
09:54Est-ce qu'elles vont pouvoir se poursuivre ?
09:56Oui, bien sûr, évidemment que les écoutes téléphoniques peuvent se poursuivre.
10:01Je trouve qu'il y a un mystère,
10:05une question qui me taraude depuis le début de cette affaire,
10:08depuis quelques mois,
10:10c'est pourquoi les ossements sont réapparus.
10:16Pas de corps, pas de crime, pas de tueur.
10:20Si tant est que le tueur est celui qui a gardé le corps,
10:25pourquoi est-ce qu'il l'aurait...
10:27Pour faire courir l'accident.
10:28Après la mise en situation, je le rappelle.
10:30Pour faire courir l'accident.
10:31C'est-à-dire que l'enfant serait perdu et serait mort.
10:34Pour nous égarer les pistes.
10:36C'est possible.
10:38C'est une probabilité, on ne sait pas.
10:41Il y a plusieurs zones d'ombre,
10:42il y a aussi la mort de ce prêtre,
10:43de ce qui s'est suicidé à la chapelle où avait été baptisé le petit Émile.
10:46En tout cas, c'est un lien au moins indirect,
10:48puisque c'est suite à la mise de photo à Paris Match par le prêtre,
10:51qu'il y a eu une querelle entre le grand-père et le prêtre,
10:54que le prêtre a été retiré de sa paroisse par les méchés,
10:56et donc ça s'est abouti à...
10:58Et il a mis fin à ses jours le lendemain de la cédille de la fameuse jardinière,
11:02qui était située non loin de l'église.
11:04Le procureur a été quand même assez clair sur ce sujet.
11:06Il ne fait aucun lien entre ces deux faits.
11:09Mais évidemment, c'est troublant.
11:12En tout cas, le mystère s'épaissit,
11:14et on suivra ça sur Europe 1, bien sûr.