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00:00Pour les auditeurs qui arrivent à l'instant et qui n'ont pas assisté à la conférence de presse de monsieur Blachon dans l'affaire du petit Émile,
00:09je vous propose d'écouter les deux ou trois interventions qui nous paraissent essentielles.
00:15La première, c'est lorsque le procureur a évoqué les vêtements et les ossements qui ont été transportés peu de temps avant l'ouverture de l'enquête.
00:25Les vêtements et les ossements retrouvés ont été transportés et déposés peu de temps avant leur découverte.
00:33Permettent aussi d'affirmer que le corps de l'enfant ne s'est pas décomposé dans les vêtements retrouvés dans la forêt.
00:40Permettent de considérer l'hypothèse que le corps n'est pas demeuré au même endroit et dans le même biotope au cours du processus de décomposition et qu'il n'a pas été enfoui.
00:51Et enfin de caractériser la présence sur le crâne découvert de stigmates anatomiques, évocateurs d'un traumatisme facial violent.
00:59Vous aurez compris donc que les expertises introduisent la probabilité de l'intervention d'un tiers dans la disparition et la mort d'Émile Soleil.
01:09Jean-Luc Blachon, procureur de la République d'Aix-en-Provence, c'était tout à l'heure entre 10h30 et 11h et vous l'avez peut-être écouté sur Europe 1.
01:19Le deuxième passage qui nous paraît important, c'est la piste intra-familiale.
01:26J'ai dit il y a quelques instants que cette piste n'était pas fermée.
01:31Non, elle n'est pas fermée. Comme vous le savez, les personnes qui ont été placées en garde à vue ont été remises en liberté.
01:40Parce que tout simplement, à l'issue de ces garde à vue et à la lumière de l'ensemble des éléments réunis, les charges n'étaient pas suffisantes pour conduire à une mise en examen quelconque dans ce dossier.
01:54Donc ça, c'est quand même très intéressant ce que dit le procureur.
01:59Et puis, la fin des garde à vue, est-ce homicide volontaire ou involontaire ? Quelle est la tendance, si j'ose dire, parmi les magistrats ?
02:08Quatre personnes placées en garde à vue ont été remises en liberté sans qu'aucune charge ne soit retenue contre elles.
02:16Et d'autre part, que si cette phase indispensable à l'économie de l'enquête est terminée, les juges d'instruction et les enquêteurs restent déterminés à éclairer les circonstances de la disparition et du décès d'Emile Soleil.
02:30Le temps était venu de purger cette hypothèse. Alors pourquoi la piste intra-familiale ?
02:35Parce que, vous le savez comme moi, les membres de la famille étaient présents au moment de la disparition de l'enfant.
02:43Donc on réagit au moment de cette disparition.
02:46Et il était nécessaire de comprendre à la fois cette réaction, à la lumière aussi de l'ensemble des liens et des relations qui unissent les membres de cette famille.
02:56L'homicide d'abord volontaire n'exclut pas définitivement l'hypothèse qu'il peut s'agir d'un homicide involontaire.
03:05Simplement cette qualification a été choisie, comme je vous le disais tout à l'heure, à la lumière des derniers résultats de l'expertise.
03:14A 11h19 sur Europe 1, Jean-Luc Blachon, je le rappelle le procureur d'Aix-en-Provence qui intervenait ce matin.
03:22Alors nous allons être avec Jean-Pierre Bouchard qui est psychologue et criminologue.
03:26Et forcément il y a beaucoup de questions parce que c'est pas si fréquent qu'une garde à vue comme ça soit prolongée.
03:33Et par exemple que cette garde à vue prolongée ne débouche pas sur une non-présentation devant un juge.
03:41Il reste encore trois ou quatre heures de garde à vue, je crois à disposition d'ailleurs des enquêteurs.
03:47Est-ce que vous avez sur ce sujet une première réaction ?
03:50Jean-Pierre Bouchard, bonjour, vous êtes psychologue, vous êtes criminologue.
03:54Est-ce que ce sont des procédures classiques ?
03:58Moi j'ai l'impression que c'est plutôt rare après une première garde à vue prolongée de 24 heures, je le rappelle.
04:05Et il n'y a même pas de présentation à un juge ?
04:08Non, ce sont des choses qui peuvent arriver évidemment.
04:12Et notamment dans cette enquête où il y a eu beaucoup beaucoup d'éléments qui ont été recueillis.
04:18Il y a différents faisceaux d'hypothèses qui ont émané des enquêteurs tout le temps.
04:26Et là des éléments nouveaux qu'on vient d'apprendre où il y aurait eu une intervention humaine dans le dépôt du crâne et des ossements
04:36dans la zone où ils ont été retrouvés peu avant cette découverte.
04:41Et puis aussi l'histoire des vêtements dans lesquels le corps ne se serait pas décomposé.
04:49Donc tout ça montrerait qu'il y a une intervention humaine.
04:52Ça c'est vraiment un élément nouveau dans les connaissances qu'on peut avoir.
04:56Et donc il était logique de vérifier l'hypothèse familiale
05:00puisque un enfant aussi jeune évidemment est entouré principalement par sa famille.
05:05Et là objectivement il y avait présence d'éléments familiaux de plusieurs personnes de la famille près de l'enfant quand il disparaît.
05:13Donc tout ça est assez logique.
05:16Il y a beaucoup d'éléments à vérifier et ça peut prendre du temps.
05:21Le père par exemple je crois aurait été entendu à six reprises.
05:25Donc ça prend du temps et ça peut déborder sur les deuxièmes 24 heures si je puis dire.
05:31Il reste je crois deux heures pour la ligne maximale de la garde à vue pour certains et quatre heures pour les autres.
05:38Donc c'est quasiment arrivé au bout.
05:40Mais c'est quelque chose d'assez logique.
05:43Et il en ressort à la fin qu'il n'y a pas de charge suffisante.
05:46Le mot suffisant est très important pour aller plus loin.
05:50Et le procureur précise en même temps que s'il y avait des éléments nouveaux,
05:55évidemment, des personnes fustelles de la chair familiale peuvent être incriminées.
06:02Jean-Pierre Bouchard qui est psychologue, criminologue et qui avec nous décrypte la conférence de presse du procureur.
06:12Mais disons les choses Jean-Pierre Bouchard.
06:14Lorsque le procureur lundi met en garde à vue ces quatre personnes,
06:19il a sans doute des charges très lourdes et il imagine qu'au bout de cette garde à vue, une vérité judiciaire arrivera.
06:29Et lorsque j'observe comme vous qu'il y a cette mise en garde à vue,
06:35que la garde à vue est prolongée, qui sont des décisions extrêmement lourdes,
06:40quand je vois qu'il y a des perquisitions qui sont menées en même temps,
06:43quand je vois des voitures qui ont été prises pour là aussi les expertiser,
06:49et qu'on en arrive à relâcher ces quatre personnes,
06:53j'imagine que pour le procureur ce n'était pas exactement ce qu'il imaginait.
06:58Alors c'est difficile, moi je ne suis pas dans la tête du procureur,
07:01mais en tout cas ce qu'il conclut c'est qu'il n'a pas de charges suffisantes
07:06et que ce qui a pu nourrir les soupçons, et donc justifier de la garde à vue,
07:12était suffisant pour mettre ces personnes en garde à vue,
07:16mais il n'y avait pas l'échelon supplémentaire,
07:20qui étaient donc les indices concordants pour aller plus loin avec une mise en examen.
07:27Donc c'est ce qui ressort très clairement.
07:30D'autre part, encore une fois, il ne ferme pas l'hypothèse familiale totalement,
07:35puisqu'il précise, et c'est tout à fait normal dans une enquête,
07:38s'il y a des éléments nouveaux à charge qui sont découverts, évidemment,
07:43une ou ces quatre personnes peuvent être incriminées,
07:47ou d'autres personnes d'ailleurs,
07:49puisque maintenant il semble clair qu'il y aurait eu une intervention humaine.
07:52Alors après, ce qui serait très intéressant et qui n'a pas été dit,
07:59et c'est normal, c'est sûrement gardé secret,
08:02c'est, est-ce qu'il y a des éléments sur la nature du traumatisme facial sur le crâne de l'enfant ?
08:09C'est-à-dire, est-ce que c'est un objet ? Quel type d'objet ?
08:13Parce que ça laisse des traces, en général, qui permettent de le déterminer.
08:16Est-ce que c'est au contraire un traumatisme facial lié à une chute, par exemple ?
08:21Ce qui changerait totalement les choses.
08:24Donc tout ça, ce n'est pas précisé, et c'est sûrement un élément d'autopsie extrêmement intéressant.
08:30Non, ce qui a étonné également, c'est une question que j'ai beaucoup posée moi depuis lundi,
08:35pourquoi le procureur a-t-il trouvé le besoin de donner la qualification de la garde à vue ?
08:43Il pouvait simplement, ces quatre personnes pouvaient être mises en garde à vue,
08:46sans que l'opinion publique sache la qualification qui était retenue.
08:50La qualification, c'est homicide volontaire.
08:53Donc évidemment, ça fait peser sur un des membres de cette famille,
09:00une suspicion qui est quand même très lourde, bien évidemment.
09:05Et on le voit bien, qu'est-ce qui s'est passé depuis 48 heures ?
09:09C'est que chacun fait son scénario, fait son enquête,
09:15et ce que disait Stéphane Buriat tout à l'heure, devant la gendarmerie de Marseille,
09:20il y avait beaucoup de gens qui y passaient, qui baissaient leurs vitres en voiture,
09:23et qui disaient, ne vous fatiguez pas, c'est le grand-père.
09:25Donc ça interroge quand même sur l'espace médiatique,
09:28le secret de l'instruction il n'existe pas, le secret de l'enquête il n'existe pas,
09:31j'ai lu le Parisien ce matin, tout y est, tout ce que dit le procureur quasiment,
09:35et évidemment dans le journal, ça nous renvoie à notre profession,
09:40et c'est un journaliste qui parle, donc c'est très curieux,
09:42c'est ce que je dis également depuis tout à l'heure,
09:44c'est-à-dire qu'il y a la liberté d'informer qui est très importante,
09:46et en même temps il y a la présomption d'innocence qu'il faut préserver,
09:50et on est dans cette zone un peu grise,
09:52où nous nous interrogeons nous-mêmes aux traitements médiatiques
09:56que nous réservons à ce sujet, monsieur Bouchard.
09:59Non, vous avez tout à fait raison, bien évidemment.
10:02Alors, quant à la liberté d'expression et au secret de l'instruction,
10:06la liberté d'expression en France n'est pas totale,
10:10elle est très encadrée, on n'a pas le droit de diffamer,
10:12on n'a pas le droit de tenir des propos péjoratifs et non fondés, etc.
10:19Et c'est la même chose pour le secret de l'instruction,
10:21les journalistes sont tenus au respect du secret de l'instruction.
10:25Ben manifestement non, parce que quand je lis, franchement, manifestement non.
10:30J'imagine qu'ils devraient connaître leur charte déontologique,
10:36parce que tout ça c'est très clair et connu,
10:39parce qu'effectivement vous avez tout à fait raison,
10:41c'est un pouvoir stigmatisant et marquant très important,
10:45et si des gens ressortent innocents d'une procédure,
10:48c'est jamais autant ressasser leur innocence que le fait qu'ils étaient suspectés à une époque,
10:54et vous connaissez l'adage, il n'y a pas de fumée sans feu, etc.
10:58Et donc il peut en rester des choses très négatives.
11:02Ben évidemment, il en restera, bien sûr, il en restera.
11:05Bon, ben je vous remercie grandement, vraiment merci beaucoup monsieur Bouchard,
11:09c'était intéressant de vous écouter, Jean-Pierre Bouchard, psychologue, criminologue,

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