Piégé et arrêté chez lui par les services de renseignement russes, Yoann Barbereau a vécu 71 jours de prison en Sibérie avant de réussir à s’évader. Il raconte.
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00:00Ce matin-là, je suis arrêté par des hommes cagoulés
00:04qui m'arrêtent de manière très violente sous les yeux de ma fille.
00:08C'est le petit déjeuner et je ne comprends pas.
00:10Je suis menotté, on me met une cagoule noire sur la tête.
00:13Je me demande qui sont ces hommes et si on n'est pas dans une scène d'exécution.
00:17La première chose que j'essaie de faire, c'est d'essayer de comprendre qui sont-ils, que veulent-ils.
00:21Rapidement, je vais comprendre que ce sont des agents du FSB,
00:24donc les successeurs du KGB.
00:31Dans un premier temps, je suis accusé de diffusion de documents pédopornographiques
00:36et rapidement, je vais être accusé du viol de ma propre fille.
00:38C'est une accusation montée de toute pièce.
00:40On a trafiqué mon ordinateur, on l'a utilisé pour publier des images criminelles
00:45et ensuite, sur cette base-là, on a inventé cette accusation de viol sur ma propre fille.
00:50Je sais que c'est une accusation qui n'a pas de sens.
00:52Je sais que c'est une accusation qui n'a pas de sens.
00:54Je sais que c'est une accusation qui n'a pas de sens.
00:56Sur cette base-là, on a inventé cette accusation de viol sur ma propre fille.
01:00Je sais que ce que je suis en train de vivre, c'est un compromat.
01:02Compromat, ça veut dire dossier compromettant.
01:04Quelqu'un essaie de m'éliminer en utilisant contre moi un dossier compromettant.
01:08Je suis jeté en prison et là, je vais vivre 71 jours en prison.
01:13Le plus dur, c'est de vivre à 10 dans 25-30 m² dans des conditions sanitaires difficiles.
01:18La puanteur est là, les toilettes sont à côté.
01:21Et puis surtout de survivre au milieu de bandits, de mafieux, de criminels de haut vol pour certains,
01:27sachant que j'ai gravé sur mon front l'article 132, l'article des violeurs.
01:33L'article qui dit que j'ai peut-être violé un mineur.
01:36En prison, les violences peuvent venir des co-détenus, mais surtout et avant tout des gardiens.
01:42J'ai connu cette violence-là, en particulier le 14 février, jour de la Saint-Valentin.
01:49Ce sont des gardiennes qui s'amusent, qui rigolent, qui boivent
01:53et qui font sortir les détenus les uns après les autres, un par un.
01:58Et moi, à un moment, je suis donc extrait de la cellule et on m'attache les mains à des barreaux
02:05et on me frappe au niveau des testicules.
02:09Le but, c'est que les détenus soient obéissants.
02:12C'est de l'intimidation, du dressage et puis c'est pour casser, en fait, pour casser systématiquement la volonté.
02:19Je passe par de grands moments d'abattement.
02:26Je peux tomber dans l'alcool à certains moments et puis je me reprends.
02:30Et je me dis, il faut sortir de cette situation, il faut m'évader.
02:33J'utilise pour ça un papier aluminium.
02:36Je recouvre mon bracelet électronique de papier aluminium.
02:39Ça coupe le signal.
02:40Immédiatement, normalement, quelqu'un doit réagir et venir m'arrêter ou voir où je suis.
02:45Et je constate que le dimanche, lorsque je place du papier aluminium autour de mon bracelet,
02:50personne ne vient.
02:52Ça déclenche aucune réaction pendant au moins 4 ou 5 heures.
02:55Donc si je m'évade un dimanche, je peux avoir 4 ou 5 heures d'avance sur mes poursuivants.
03:07Les diplomates craignent évidemment un incident diplomatique.
03:11Donc ils entrent en discussion avec les Russes.
03:14Et le risque, c'est ça.
03:16Et le risque pour moi, à terme, c'est que ma situation devienne publique.
03:20Et les Russes ont averti le jour où, publiquement, on révèle que Johan Barbero est au sein de l'ambassade,
03:25alors nous ferons le siège de l'ambassade et jamais il ne sortira.
03:30Je décide de sortir de l'ambassade, donc de déjouer le système de sécurité de l'ambassade,
03:34de sortir et de traverser la frontière.
03:37Pour ça, je m'y suis préparé.
03:39J'ai étudié les cartes satellites pendant des mois.
03:41J'ai repéré un point où je peux passer, en Estonie.
03:44Je vais sortir et là, une amie russe va m'aider.
03:48Ce que je n'ai pas dit, c'est que dans chacune de mes fuites,
03:51les véritables héros, ce sont mes amis russes.
03:53Eux, ils ont pris des risques pour aider, au nom de l'amitié et de la fraternité.
03:58Est-ce que vous avez été un agent français ou est-ce que vous avez été proche des services
04:14pour que les autorités russes vous envahissent autant ?
04:17Non, non, non, non.
04:18Alors, il est possible que les autorités disent ce que vous en pensez.
04:22Vous nous dites non, mais attendez, si vous étiez un agent, vous nous diriez non quand même.
04:25Vous voyez, la question est impossible.
04:33Ce que craignaient le plus les hommes que j'avais sur le dos, le FSB,
04:36c'est que tout finisse dans un livre.
04:38Ce livre, j'ai fini par l'écrire.
04:39J'ai commencé à l'écrire en prison.
04:41J'ai inscrit sur mes petits cahiers verts, dans les geôles de Sibérie,
04:45et c'est le titre de ce livre.
04:48Il l'aurait dédié.
04:50Dans le livre, les passages où je m'enfuis, je les écris à la troisième personne.
04:54Je suis sorti hors de moi.
04:56Je suis peu moi-même, en fait.
04:57Je suis un personnage du roman que je suis en train d'écrire.
04:59Je l'ai vécu comme ça, et c'est ça qui m'a aidé, je crois, à faire le plus dur.
05:02Ce que j'ai écrit dans le livre est absolument vrai.
05:05Mon parti pris, c'est je n'invente rien, je ne romance jamais.
05:08En revanche, se prendre pour un personnage de fiction
05:11au moment où on est en train de vivre des expériences traumatisantes et difficiles,
05:15ça peut être une aide, ça peut être une force.