Après la décision de Donald Trump d'imposer des droits de douanes réciproques à l'international, les réactions et les inquiétudes se sont enchaînées. En premier lieu, du côté de la Chine qui a annoncé des taxes de 34% sur les produits américains. Mais pour Benoît Perrin, Directeur général de Contribuables Associés, cela représente «une opportunité pour la France de se remettre en cause et de relancer une politique industrielle puissante».
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00:00Donald Trump, il a trois priorités budgétaires.
00:02La première, c'est qu'effectivement, il veut faire des économies sur la défense.
00:05On l'a bien compris, le vice-président est venu à Munich
00:07il y a à peu près un mois pour expliquer à l'Union européenne
00:10que maintenant, il fallait qu'on soit des grands et qu'on se défende tout seul.
00:13Donc, un, faire des économies sur les opérations militaires extérieures.
00:16Deuxième contrainte, c'est de faire des économies sur l'État fédéral.
00:20D'où la mission qui a été confiée à Elon Musk,
00:22d'essayer de sabrer dans les dépenses qu'il estime être inutiles.
00:26Et la troisième raison, troisième priorité budgétaire,
00:28c'est qu'il a été élu sur des baisses d'impôts.
00:30Baisses d'impôts pour les particuliers, baisses d'impôts pour les entreprises.
00:33Et du coup, le sujet qui vient derrière, c'est comment les financer ?
00:37Sachant que les États-Unis ont un déficit qui est déjà important,
00:40à peu près aux alentours de 6%, finalement pas très éloigné d'une autre.
00:43Donc, en fait, l'objectif de Donald Trump,
00:45c'est de se servir de l'argent collecté via les droits de douane
00:49pour justement financer ces fameuses baisses d'impôts.
00:52C'est le premier objectif.
00:53Deuxième objectif, c'est naturellement d'essayer de réindustrialiser son pays,
00:57c'est-à-dire de dire au monde entier, venez chez moi,
01:01venez produire chez moi, vous ne serez pas taxés.
01:03Et du coup, on se retrouve dans une situation où, en fait,
01:05les États-Unis, et ça, c'est, je crois, clé,
01:08en fait, dépendent beaucoup du monde entier.
01:10C'est-à-dire qu'en fait, ils achètent beaucoup plus au monde
01:12qu'ils n'exportent de produits.
01:14Et donc, aujourd'hui, on se retrouve dans une situation
01:16où, en tout cas, le président Donald Trump veut finalement réduire
01:20le déficit de sa balance commerciale
01:22pour justement essayer de produire davantage sur le sol américain.
01:25Alors, on va revenir à notre cas en particulier.
01:2820% de taxes supplémentaires pour l'Union européenne, dont la France.
01:33Quels seront les impacts possibles chez nous ?
01:37Alors, ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'en fait,
01:38la faiblesse de la France est en l'occurrence une opportunité.
01:41La faiblesse, c'est laquelle ?
01:42C'est que, comme vous le savez, on a un poids de l'industrie
01:46qui est finalement assez faible en France.
01:47En 1995, il était de 17%.
01:50En 2023, il est seulement de 11%.
01:52Donc, en fait, on a une industrie qui est finalement,
01:55avec un poids dans le PIB, qui est finalement assez faible.
01:59Pourquoi ? Parce qu'en fait, on a nos gros groupes,
02:01nos grosses entreprises qui maintenant,
02:02très concrètement, construisent à l'étranger, ont des usines à l'étranger.
02:06Donc, l'impact sur nos entreprises n'est pas, on va dire, dramatique.
02:09Je rappelle d'ailleurs que le taux d'exportation de la France
02:13envers les États-Unis, c'est à peu près 1,8% de notre PIB.
02:17L'Allemagne, c'est plus de 3%.
02:18L'Italie, c'est aux alentours de 3%.
02:20Donc, en fait, en quelque sorte,
02:21on n'exporte pas vraiment beaucoup vers les États-Unis.
02:24En revanche, on a quand même quatre secteurs
02:25qui vont être considérablement fragilisés.
02:27C'est un, les vins et spiritueux,
02:29deux, la cosmétique et la chimie,
02:31trois, la pharmacie et naturellement, tout ce qui est
02:34équipement automobile et aérospatial,
02:37où là, pour le coup, ce sont des entreprises françaises,
02:39des fleurons qui arrivent encore à exporter,
02:42notamment aux États-Unis et qui vont se retrouver extrêmement pénalisées.
02:46Et je crois qu'il faut rappeler que sur l'industrie,
02:48et c'est quasiment une opportunité, je crois, pour la France,
02:50c'est que c'est aussi l'obligation de mettre en place des systèmes,
02:55des dispositifs qui nous permettent de réindustrialiser.
02:57En fait, on n'a pas le choix.
02:58On sait qu'en France, l'industrie a trois problèmes.
03:00Un, gros coup de main d'œuvre, deux, beaucoup de réclamentations
03:04et trois, une robotisation qui n'est pas encore tout à fait aboutie.
03:07Ça fait quelques années qu'on en parle.
03:09Exactement. Et je crois qu'en quelque sorte,
03:12ce moment est une opportunité pour nous de nous remettre en cause
03:16et enfin de relancer une politique industrielle puissante,
03:20puisque vraiment, on en a besoin.