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00:00On commence en musique Frédéric, la pop française à son meilleur avec le nouvel
00:04album de Barbara Carlotti.
00:05Le septième donc en l'occurrence « Chéri ton futur » où il est question de ce qui
00:09est absolument intemporel, l'amour et de très temporel aussi cette époque tellement
00:14sombre par bien des aspects mais où si l'on a le cœur et l'esprit ouverts, la lumière
00:19est accessible.
00:20Bonjour Barbara Carlotti.
00:21Bonjour.
00:22Avant de se balader grâce à Yann Bertrand au cœur de votre nouvel album, un mot peut-être
00:27de ce qui vous guide quand vous écrivez, quand vous chantez.
00:30Je lisais dans « Les Inrocultibles » à quel point Étienne Dao, vous n'êtes pas
00:33la seule, était important pour vous aujourd'hui, avait conté à l'adolescence comment son
00:39album « Pop Satori » avait eu une influence très forte sur vous.
00:42Est-ce que du coup vous avez cette image justement quand vous écrivez, quand vous composez,
00:47quand vous chantez, que vous pensez à ces jeunes filles, jeunes garçons qui écoutent
00:53cette musique, qui peuvent en être inspirés aussi ?
00:55Oui, je pense que j'ai gardé peut-être cette âme adolescente mais en tout cas de
01:00rester connectée effectivement à l'instant présent donc à la jeunesse aussi et je pense
01:07que par rapport à moi, ma jeunesse à moi, mon adolescence, elle est beaucoup plus difficile
01:12pour...
01:13J'ai des neveux, des nièces et tout ça, je vois bien en fait et c'est vrai que je pense
01:18qu'il faut garder ça en tête et puis je pense que la pop moi m'a toujours aidée surtout
01:23à sortir du quotidien ou même à imaginer plus grand autre chose, à me donner une énergie
01:28donc ça fait partie je pense de moi aussi, cette façon d'être au monde, d'être connectée
01:35par la musique aussi.
01:36Donc c'est à elle et eux que vous dites « Chéri ton futur » ?
01:39C'est à elle et eux bien sûr parce que c'est eux notre relève, il ne faut pas l'oublier.
01:44On a un concierge.
01:45Yann Bertrand, presque une injonction, un programme en soi et en musique dans cet album.
01:51Et je vais trahir quelques coulisses de cette émission.
01:53Pendant qu'on discutait dans les couloirs tout à l'heure avec Frédéric Carbone, on
01:56se demandait comment qualifier votre album, comme ça arrive souvent pour préparer une
02:00émission.
02:01Spoiler alert, on a tous les deux beaucoup aimé, on est tombé sur cette définition
02:04qui ne veut en soi rien dire, parfaitement dans son époque.
02:09Avant de développer, prenons l'introduction du morceau qui donne son titre à ce fameux
02:14disque « Chéri ton futur ».
02:16La mort est partout, elle t'attend à tous les coins de rue, elle ne passe pas par quatre
02:21chemins, elle te prend quand tu ne l'attends plus.
02:24La mort est partout, elle t'attend dans tous les recoins, avec ta perche à selfie sur
02:30le bord du ravin.
02:31Il suffit d'un pas dans le vide, ta voiture sur les mauvaises filles.
02:36C'est clair, direct, parfaitement pop, comme on le disait, déclamé avec ce qu'il faut
02:40de désinvolture.
02:41Barbara Carlotti, vous avez parfaitement saisi ce qui allait nous toucher et pas que nous
02:44dans ce studio.
02:45Que l'époque est au désenchantement, à la peur, parfois vous en faites des morceaux
02:49solaires, vibrants, intelligents, profondément pop, je me répète, avec toujours en creux
02:54les rapports humains, les relations amoureuses et ceux qui nous unis.
02:57Écoutons plutôt.
02:58Je n'ai pas voulu te faire danser de force, je m'ennuie ferme à s'entroper, je littére
03:08mon noir au soleil, j'attends que tu m'appelles.
03:15La Chamade, autre morceau, le premier de cet album co-réalisé avec Maxime Daoud.
03:19Aux arrangements élégants et si l'on en tire un mot d'ordre, laissons-nous vivre,
03:23le pire n'est jamais certain.
03:25Pas mal comme mot d'ordre.
03:26C'est bien parce qu'en plus quand vous écoutez Barbara Carlotti, on n'aime jamais s'écouter
03:29normalement.
03:30Mais vous avez du plaisir, vous avez du plaisir à vous écouter.
03:34Non, je suis très heureuse, déjà, d'avoir travaillé avec Maxime Daoud sur ses arrangements.
03:39Il a donné une forme, je trouve, assez exceptionnelle à ses morceaux.
03:45À chaque fois où on avait des influences, il y avait Gilles Scott-Heron pour « Chéri,
03:48ton futur ». Avec un peu en fond ça, je pense aussi cette idée que les luttes sont
03:53toujours un peu les mêmes, là, depuis les années 70, qu'on se bat pour le féminisme,
04:00pour plus d'égalité, pour plus de choses et tout.
04:02Et en même temps, ça, il faut que ça ait une force, une vibration.
04:05Et Maxime, il a cette capacité, il a donné vraiment, je trouve, cette force rythmique
04:11et du coup, on peut danser dessus.
04:12Pour moi, c'est hyper important de pouvoir vibrer avec la musique et avec les mots qu'elle
04:17transporte.
04:18Effectivement, quelque chose de chaleureux, qui n'était peut-être pas la tonalité
04:21sonore de votre précédent « Les Mautes ».
04:23Il était corse, il était assez chaleureux, le précédent, mais ce n'était pas…
04:27Les sons !
04:28Oui, là, il a ramené une rondeur incroyable.
04:33Et il le fallait aussi pour ce que vous dites, ce que vous racontez dans cet album aussi,
04:37quelque chose de chaleureux.
04:38Et je crois qu'on avait tous besoin, moi, c'était juste après le Covid, on avait
04:41tous besoin.
04:42Puis après le Covid, il y a eu des enchaînements de choses tellement compliquées à entendre
04:46et encore là, quand j'écoutais le journal, je me disais « Oh mon Dieu, ça n'en finira
04:50jamais donc ! ». Mais du coup, il y avait vraiment ce besoin, je pense, pour nous de
04:55se donner du cœur à l'ouvrage, de mettre des rythmiques qui nous font du bien, d'avoir
04:59envie de danser dessus, de trouver le bon son.
05:02Il y avait vraiment ça.
05:04Et Maxime, il a vraiment une science harmonique aussi très belle.
05:08Mais je lui ai dit, au premier essai qu'on a fait sur Fantomatomique, je lui ai dit « T'as
05:12vraiment les harmonies de l'amour ». Et il y avait vraiment ça, vraiment quelque chose
05:17qui nous enrobe et qui nous donne une chaleur comme ça très forte.
05:22On écoute peut-être notre morceau, notre excerpt.
05:25Oui, parce que pendant le Covid, il y avait l'inconnu, aujourd'hui, il y a encore
05:27beaucoup d'inconnus et sur cet album, il y a l'inconnu.
05:30Si l'avenir est un édade, dans les chants, l'espoir se dresse, les arbres sont plus
05:37terses qu'icaces, que toute une foule réunie par l'inconnu, l'inconnu, l'inconnu.
05:45Il y a un connu dans l'inconnu.
05:47Vous avez peut-être entendu cette voix, reconnu cette voix.
05:50C'est qui Barbara Carlotti ?
05:52Tout le monde le connaît et le reconnaît jusqu'en Chine.
05:55Philippe Catherine.
05:57Philippe, pour moi, je pense que comme Étienne Dao, ça a été un vrai exemple dans la chanson.
06:04Mais parce que sa légèreté aussi, sa distance, sa joie, cette façon d'aborder un peu tous
06:12les sujets, le monde, avec aussi, je pense qu'il a une certaine ferveur et de malice
06:18qui est hyper, voilà, une légèreté, mais une légèreté profonde, il y a de la profondeur
06:21dans tout ce qu'il fait.
06:22On est d'accord, ce qui est léger est essentiel.
06:24Exactement.
06:25Donc, pour moi, il fallait qu'il soit là, puis je trouvais amusant de le mettre, c'est
06:30lui l'inconnu, parce qu'aussi, on le trouve, tout le monde le trouve un peu étrange.
06:37Moi, c'est un ami, on avait déjà fait un duo ensemble, qui s'appelait « Mon Dieu,
06:42mon amour ». Mais là, je trouvais que c'était bien que ce soit lui l'inconnu, l'étrangeté.
06:46Et Philippe Catherine, au même titre que je dirais même de ce qu'on entend aujourd'hui,
06:51Malik Djoudi, Philippe Catherine, vous aussi, on parlait de pop tout à l'heure.
06:55Est-ce qu'il y a quelque chose de profondément pop, moderne, qui redémarre en France ? On
06:59a l'impression de vivre dans une sorte d'âge d'or, pour le dire clairement.
07:02Oui, il y a, je ne sais pas, moi je trouve que Juliette Armanet, Malik Djoudi, les disques
07:10d'Etienne Dao, Kalara Louchani, tout ce renouveau de la pop, il est magnifique, parce qu'il
07:16y a aussi des arrangeurs, des musiciens exceptionnels derrière.
07:20Et j'ai l'impression que ce qu'on nous, au début des années 90, on disait qu'on
07:25était un peu en reste toujours des anglo-saxons, là, j'ai l'impression qu'il y a une solidité,
07:30il y a quelque chose de très cultivé aussi dans la pop, qui est advenu avec plein de
07:34musiciens.
07:35Bon, alors, deux salles, deux ambiances, mais vous bougez pas, on va repartir à Clermonti,
07:40parce qu'il y a dans les sorties du jour, mais c'est jamais aussi simple que deux salles,
07:45deux ambiances.
07:46L'album rap du jour, Yann, c'est Valde, un des artistes les plus populaires dans ce
07:51genre musical, on compte plus les disques d'or et de platine, des fans à l'affût
07:56des moindres faits et gestes, et après deux ans de silence, voilà Pandémonium qui sort
08:00et qui vaut la peine d'être décrypté.
08:02Avec là aussi une question essentielle, qui est Valde ? Valentin Ledoux, oui, jeune homme
08:07de 32 ans au cuir, déjà bien épais, forgé par les joutes sur la scène pas facile du
08:12rap français, abîmé par des excès et des deuils, avec autant de fans que de détracteurs
08:16et au milieu de tout ça, une farouche volonté de se démarquer, par exemple en commençant
08:20son disque par la fin, et des remerciements.
08:22« Avant tout, je dis Dieu merci, avant de manger, je dis Dieu merci.
08:27»
08:28Il faut le dire, sa part dans tous les sens, la ligne est parfois difficile à suivre et
08:31les thèmes prennent le pas sur l'agilité, le flot, la technique à proprement parler
08:36et si Valde s'est toujours amusé à flirter avec le complotisme, on peut lui reconnaître
08:41de s'interroger sur son positionnement politique.
08:43« Un Scam à gauche, un Scam à droite, ça fait beaucoup d'escrocs, imagine 49.3,
08:49je mets à gauche et à droite, enfoiré je vote pas, je suis pas non plus au centre,
08:56je suis encore autre part. »
08:58A sa manière, toujours du genre, a posté sur ses réseaux sociaux une longue vidéo
09:02explicative, deux semaines avant la sortie de l'album.
09:05« Un Scam à gauche et un Scam à droite, parce qu'il faut pas croire que le 49.3
09:08c'est un truc de gauche ou un truc de droite, les deux ils nous mettent des 49.3 dans notre
09:11grosse gueule.
09:12C'est là où il faut commencer à réfléchir.
09:14»
09:15La politique, donc, le capitalisme, la surpopulation mondiale, même Valde aborde autant de sujets
09:21pas franchement à la mode dans le hip-hop français, dont les héros ont plutôt tendance
09:25aujourd'hui à brandir haut et fort leur fortune et leur disque d'or.
09:28« Est-ce qu'il prend des risques en se lançant sur ce terrain-là ? »
09:30Alors n'exagérons rien, il n'y a pas non plus de révolution dans cet album, mais
09:34le fait qu'on tente de décrypter ce qu'il raconte est déjà en soi une franche différence
09:38avec beaucoup de ses confrères au sommet des ventes.
09:40« 93, j'suis cynique comme cynique, l'époque formidable, where is it ? En bas résonne
09:45un glizzy, c'est pas les cloches de l'église.
09:48Je pleure en terre. »
09:49La dépression, la drogue, les médicaments, tous ces thèmes parcourent le disque de Valde
09:52qui, comme il l'a toujours fait, se place en marge du rap français comme il l'explique
09:56encore dans cette vidéo postée sur ses réseaux sociaux.
09:59« Déjà j'essaie de faire le meilleur rap pour donner le meilleur exemple possible
10:02à tout le monde.
10:03Quand j'dis j'espère que ça va toucher un certain jeune, peut-être changer le monde,
10:09un peu, peut-être, j'en sais rien.
10:11S'il y a quelque chose que je veux changer, c'est les adolescents qui dépriment et qui
10:15prennent le RER et qui écoutent du rap de merde, et c'est là que j'interviens.
10:19Et j'leur dis pas la même merde que les autres, pas exactement, tu vois.
10:22J'suis conscient que j'ai un tronc commun avec tous les autres connards du rap, mais
10:27j'espère que ce petit jeune qui m'écoute dans le RER, j'peux lui faire du bien, c'est
10:32tout ce que j'espère en tout cas. »
10:33Voilà, beau parleur et toujours partant pour une guerre par déclarations interposées,
10:37Valde, honnête et touchant aussi en abordant la perte de sa mère il y a quelques mois
10:41à cause d'un cancer dans le dernier morceau de l'album « Paradis perdu », il lui
10:45rend hommage d'une manière un peu particulière et très personnelle en assemblant ses expressions
10:50à elle comme autant de punchlines pour le coup remplies d'émotions.
10:53« Moi je, moi je, moi je, de toute façon toi tu dis jamais rien, on nage en plein délire,
10:58tu peux pas t'en faire une idée, je suis pas rassuré, ça va me perturber, oh tu vois
11:03tu te moques, tu veux pas me faire ça »
11:05Le dernier album de Valde, je vais pas vous emmener Barbara Karlotis, vous avez un texte
11:08sur le 49.3 dans vos tiroirs, mais « Paradis perdu » puisqu'on en parlait, vous en
11:12avez un ou vous vous refusez à toute nostalgie d'un paradis perdu ?
11:17« Non, je sais pas, moi je pensais surtout à Christophe, qui me manque.
11:22Le paradis perdu »
11:24Dans la pop, ils sont très gentils, mais Christophe il manque à tout le monde.
11:29« Oui, oui, c'est ça, je pense que des personnalités comme Christophe aussi amenaient
11:33beaucoup de poésie dans la musique et dans le paysage français, mais j'adore les punchlines
11:39du rap, je trouve qu'ils sont très forts là-dessus.
11:40»
11:41On a chacun notre morceau préféré dans votre album, c'est pas le plus pop mais voilà
11:46le mien.
11:47« Ah je t'en ai voulu, je te jure, ah je m'en suis voulu, je te jure, toi sur l'autre
11:56continent, sous le soleil rouge, tu semblais heureux, ah je t'en ai voulu de peu, tu as
12:07voulu jouer ce jeu »
12:09Les mots sur une rupture amoureuse, la pureté.
12:13« Oh, Désert Dévorant, c'est aussi un peu une revenge song, c'est un peu aussi,
12:17ça y est, maintenant je m'en suis sorti et je te laisse sous ton soleil rouge »
12:22Mais pas règlement de compte.
12:23« Non, non, il n'y a pas de vengeance, il y a de la vengeance dans le fait que quand
12:31on arrive à s'en sortir après, ça va mieux pour nous, mais il y a des amours, il y en
12:37a plein, les moments où les choses ne s'alignent pas, ne se synchronisent pas, on ne peut pas
12:45s'en sortir.
12:46Moi je ne suis pas du tout quelqu'un qui reste dans l'aigreur, je préfère passer
12:53à autre chose et construire sur des choses positives.
12:55»
12:56Et elles sont là en ce moment ?
12:57« Cet album, pour moi, j'ai mis très longtemps à le faire, ça a été très compliqué,
13:04j'ai fait ça toute seule sur mon propre label, donc je suis vraiment ultra heureuse
13:09qu'enfin il apparaisse.
13:10»
13:11Et on est ultra heureux de vous avoir reçu Barbara Carlotti, merci beaucoup chérie,
13:15ton futur !