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En 30 ans, la culture du graffiti s'est démocratisée en France. JayOne, Grems et Kashink racontent leur art, leur culture.
Transcription
00:00Il y a 15 ans, il y a 10 ans, quand je graffais dans la rue, il y avait la police qui débarquait,
00:13les gens ils m'insultaient, ils me criaient dessus.
00:15Aujourd'hui, ça a évolué en fait, quand t'as une bombe et que tu peins, les gens
00:19regardent ce que tu fais, ils ne regardent plus en fait le fait que t'as une bombe.
00:24Tu vois que c'est vraiment addictif quoi, tu ne peux pas t'empêcher de laisser ta
00:28trace, de faire un petit tag, de faire un petit truc, et de regarder l'espace qu'en
00:32termes de spots que tu pourrais peindre, tu vois.
00:37Le graffiti c'est la liberté quoi, que ce soit vandal ou pas vandal.
00:48Paris couvert de tags, Paris massacré, retourné, cartonné comme disent les tagueurs.
00:59On s'amuse productivement quoi, en étant productif.
01:02Tu penses pas que ça te disait productivement ?
01:04Non, non, non.
01:05Au montage.
01:06On s'amuse tout en étant productif.
01:12Tu vois, il y a des petits branleurs qui vont passer, ils vont dire, oh il y a un tag,
01:15il s'appelle comment ? Psy.
01:16Ils vont passer 10 mètres plus loin, ils vont revoir la même chose, et à la fin de
01:19la soirée, bourrage de crâne, prise de tête, oh mais qui c'est celui-là ? Et comme
01:23ça, ils vont nous connaître.
01:29Genre les toiles, les gens ils les gardent chez eux, les murs ça se voit quoi.
01:32Si t'as un truc à dire, de valable, je sais pas quoi, essaye de le mettre sur un surmure.
01:46Je m'appelle Jay, Jay One, je suis un ancien graffeur, ce qu'on appelle pionnier du graffiti
01:50ici en France.
01:53Nous sommes à Stalingrad.
01:55Alors là vous voyez une poste, à l'époque c'était un terrain vague.
01:58Un des importants lieux du graffiti, puisque c'est ici que le graff c'est vraiment installé.
02:17Lorsque la culture hip-hop est arrivée en France, la plupart des jeunes ils dansaient.
02:22Globalement il y avait très peu de rappeurs, très peu de DJs qui avaient beaucoup la danse,
02:26et très peu de graffeurs.
02:29Ça ressemble aux mêmes ambiances qu'il y avait dans les ghettos noirs et latinos de
02:34New York, là où le graff il est né on va dire.
02:37Les jeunes qui étaient issus de l'immigration, les minorités invisibles, ils se sont retrouvés
02:41dans cette culture.
02:42Ça a éveillé chez eux des envies d'exprimer qui ils étaient et d'où ils venaient et
02:48quelles étaient leurs préoccupations.
02:51Ces gens là ils se réunissent tous et puis ils forment une espèce de ce qu'ils n'avaient
02:55pas avant comme culture.
02:56La culture, si tu veux, comme nos ancêtres auraient pu l'avoir mais sur le bitume.
03:01C'est-à-dire qu'on est dans le béton, autant faire avec.
03:08L'illégalité c'est une façon encore de dire que ces gens sont hors la loi.
03:15Alors que pour moi c'est plus une forme de résistance.
03:17On habite dans ces endroits tout pourris donc c'est à nous qu'il appartient de pouvoir
03:23faire de la pub comme on l'entend.
03:26Donc ça peut être à travers les graffes ou de les embellir et de faire des expos comme
03:30on l'entend sur des murs.
03:46C'est ça.
04:04J'ai envie de taguer partout.
04:05J'ai envie de taguer partout.
04:07J'ai envie de taguer partout.
04:09T'as l'impression que tu te bats contre un format, quelque chose de balèze.
04:12T'as évacué tout ce que t'avais sur toi et tout ce que t'avais qu'en pensée.
04:23Je m'appelle Mickaël Evneau-Grant.
04:27J'ai fait du graff parce qu'il y avait un truc qui s'appelait le hip-hop.
04:31C'était plusieurs disciplines et c'était la seule alternative qu'on avait pour avoir
04:35une activité parce que malheureusement la rue n'offrait aucune activité à cette époque-là.
04:43Liberté.
04:46La liberté.
04:49Moi ce que j'ai aimé c'est de prendre une bombe et faire un truc.
04:51Alors j'ai autant aimé le côté illégal que le côté légal.
04:55Donc j'ai fait les deux.
04:57Et puis on grandit, on a des problèmes avec la police.
05:00Moi le côté vandale j'ai dû malheureusement un petit peu lâcher puisque à cause du rap
05:13et à cause de tout ça j'étais un peu grillé et connu.
05:17La réalité c'est que j'ai des enfants et que je ne peux pas leur dire que je ne reviens
05:20pas pour un tag la nuit quoi.
05:22Donc j'en fais mais un petit peu moins que les gens.
05:30Ben voilà je crois que j'ai presque fini.
05:41Je dois avoir fini.
05:50On est tous pareil des graffeurs.
05:52Quel que soit le site qu'on fait on a besoin d'aller peindre gratuitement sur le mur.
05:55C'est vital.
05:56C'est vital.
05:57Parce que c'est le premier amour en fait.
05:59Ce qui est vachement cool c'est que quand tu peins, on va dire dehors, dans un espace
06:03urbain ou dans un truc qui est comme ça, en fait tu crées une interaction directement
06:07avec les habitants et l'environnement.
06:10Et il n'y a pas de mensonges et je trouve que c'est quelque chose qui est vachement
06:13pur.
06:14Le graphe c'est un truc d'initié.
06:15Mais c'est le graffiti qui est entre-initié.
06:17C'est les vandales en fait qui ne parlent qu'entre vandales.
06:19Ça ne s'adresse pas aux mamies.
06:21Alors que la mamie quand elle voit un truc qui est un petit peu bien dessiné elle est
06:23là, elle kiffe, elle est là, c'est cool.
06:29En fait la clé c'est que tu fasses de l'illégal ou l'illégal.
06:36Plus tu es visible et tu prends ton temps, plus les gens pensent que tu as l'autorisation.
06:41Tu étales tes affaires, tu arrives en mode terrain conquis.
06:59Mon nom d'artiste c'est Kachink.
07:06Ça fait presque 15 ans que je fais de la peinture dehors.
07:11Effectivement j'ai une inspiration des masques parce que c'est une culture qui est mondiale.
07:17C'est-à-dire tous les humains de toutes les cultures du monde ont une tradition de masque.
07:21Pour moi c'était important de pouvoir faire quelque chose que je puisse partager et qui
07:24puisse être compris en fait des gens qui vont passer.
07:30La moustache c'est vraiment le grand classique.
07:36Ça fait presque 6 ans que je la porte vraiment tous les jours.
07:39Ça surprend toujours de voir des femmes faire des choses qui ne sont pas censées être
07:43des choses de femmes.
07:44Tu vois une meuf en train de peindre, est-ce que tu te dis direct c'est méga féministe ?
07:49Tu vas voir ma gueule, tu vas penser féminisme, tu vas penser queer, tu vas penser non-binarité.
07:53Ça se voit.
07:54Si tu connais les sujets, pour moi c'est acquis.
07:57Si tu ne les connais pas et que tu ne sais même pas ce que ça veut dire, tu vas voir
08:02ma face et tu vas peut-être te dire ah tiens c'est possible de faire ça.
08:05Ah tiens il y a une meuf qui peint et j'ai vu ça aujourd'hui.
08:16Faire des trucs interdits.
08:18Ça a vraiment été une de mes premières inspirations aussi.
08:22Faire un truc qui soit illégal mais qui apporte une espèce de surprise dans un espace
08:28où les gens passent, habitent, etc.
08:30Plus j'ai eu des commandes de murs, plus j'ai eu des sollicitations pour exposer en galerie,
08:34plus j'ai eu envie de faire de l'illégal à côté en fait.
08:37Parce que j'avais besoin de cette dynamique-là.
08:47Je n'irais pas faire un grave sur un papier.
08:49Mais par contre tout ce que tu recherches et ce que tu vas faire et ce que tu vas prendre
08:52dans le graffiti et dans la peinture, en fait sur papier c'est le concentré,
08:56c'est le résultat final on va dire.
08:58C'est la fin.
08:59Là par exemple je suis en train de travailler sur une expo que je fais à Paris.
09:02Je suis là-dessus donc en fait là je suis en train de travailler on va dire les matières,
09:06on va dire les mouvements, les skills.
09:09Le graffiti c'est libre, on s'en fout de faire un truc bien ou pas bien,
09:12on prend la photo ou pas, on l'efface ou pas.
09:14C'est rapide.
09:15La toile on ne l'efface pas.
09:17Elle est là, elle est là quoi.
09:28Le festival c'est un concept avant d'être un lieu.
09:32Et ce concept c'est autour de la couleur et autour du style des gens.
09:35On veut montrer le spectre de ce que c'est le street art le plus large possible.
09:39Pour que les gens se disent waouh, en fait c'est multiple.
09:43Le challenge qu'on voulait faire cette année c'est de se dire
09:45et de montrer aux gens que c'était possible.
09:47Même quand tu viens de sous-culture ou que tu viens de l'art underground
09:51ou que tu viens d'un truc qui vient du graffiti, de toutes ces sous-cultures,
09:54que en fait ça peut être aussi chiadé qu'un bonbour ou un truc comme ça.
09:59C'est pas parce que tu fais du street art que tu es obligé d'être un schlag avec une tireuse de bière
10:05et pas faire des efforts pour montrer ta propre culture.
10:09Je me suis vu être vieux avec une canne en train de graffer sur un train.
10:13Je le ferai.
10:15C'est important.
10:17Franchement sinon mes enfants ne seront pas fiers.

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