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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Jeudi 20 mars 2025 : le chanteur, multi-instrumentiste et producteur britannique Steven Wilson. Son nouvel album, "The Overview", est sorti vendredi dernier.

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00:00Bonjour Stéphane Wilson, vous êtes ce musicien classé ovni et génie, ce britannique qui
00:07a lui tout seul à ressusciter ce genre musical peu ou plus incarné qui s'appelle le rock
00:12progressif.
00:13Multi-instrumentiste, vous êtes habité par le concept de l'effet de la vue d'ensemble
00:18que seuls les astronautes vivent quand ils découvrent la Terre depuis l'espace.
00:22Ce moment à la fois fascinant et angoissant de se rendre compte que l'infime existence
00:27de l'homme face à l'immensité de l'univers n'est finalement pas grand chose.
00:30Votre nom est un gage de création de propositions musicales originales qualitatives associées
00:36à un temps au travail colossal de remasterisation des albums de King Crimson.
00:41Avec votre groupe Porcupine Tree, fondé au milieu des années 80, vous êtes devenu
00:47déjà un digne héritier du rock progressif anglais, nous rappelons ainsi les Pink Floyd
00:52et votre projet No Man vous a aussi propulsé dans le son totalement électro, vous êtes
00:57aussi considéré comme un moine soldat qui rejette toutes les drogues, qui mène une
01:04vie personnelle, en tout cas qui va avec votre musique, c'est très important.
01:09Vous aimez jouer pieds nus, le but du jeu c'est d'être en phase avec votre musique.
01:14Aujourd'hui vous sortez un nouvel album, Concept, The Overview, soit deux titres, j'ai bien
01:19dit deux titres, l'un fait 23 minutes, l'autre 18 minutes 50.
01:23Alors effectivement il y a du son à la Pink Floyd comme d'habitude, mais finalement
01:28vous ne ressemblez à personne d'autre qu'à vous-même, Steven Wilson, j'entends même
01:32de temps en temps quelques sonorités de Peter Gabriel et l'époque de Foxtrot de Genesis,
01:38c'est votre huitième album, c'est un retour finalement aux sonorités progressives.
01:42Vous vous êtes amusé avec cet album, Steven ?
01:44Une chose que j'adore faire quand j'enregistre un album, c'est surprendre mes fans, c'est
01:54important pour moi de ressentir que je ne répète jamais.
01:57Mes fans ont l'habitude d'être embêtés à droite à gauche, et mes derniers albums
02:07étaient plus électroniques, plus pop, et je me suis dit que cette fois en partie parce
02:13que c'était le concept de la vue d'ensemble, quand j'ai su que j'étais à un album sur
02:18ce phénomène, le phénomène de la vue d'ensemble, je me suis dit que ça devait être un film,
02:24un long métrage ou un roman, pas des chansons courtes, ça devait être quelque chose en
02:33analogie avec le fait de faire un film de long métrage ou un long roman.
02:38Donc pour moi, ça a suggéré une grande pièce musicale et partir sur un vrai voyage musical,
02:47on débarque sur Terre et on finit de l'autre côté de l'univers.
02:51Et au moment où vous faites ça, je pense que vous rappelez aux gens, en tout cas cette
02:57notion de rock progressif, ce que j'appelle le rock conceptuel, les gens qui écoutent
03:05du rock, ils sont familiers avec la tradition de groupes progressifs qui écrivent des compositions
03:11plus longues, qui se déplient petit à petit de manière plus imprévisible.
03:17Mon père, il m'a vraiment lavé le cerveau quand j'étais petit avec Dark Side of the Moon,
03:23il la joue en boucle.
03:24Je voudrais qu'on parle de ce côté poétique, cette dimension poétique qu'il y a davantage
03:28dans cet album par rapport à ce que vous nous avez proposé auparavant, Steven.
03:33On sent que pendant très longtemps, vous vous protégiez, c'est-à-dire que ce n'est pas un hasard.
03:37Si vous avez fondé des groupes au départ, le but du jeu, c'était de ne pas être dans le feu
03:43des projecteurs. Aujourd'hui, vous êtes effectivement sur le devant de la scène avec cette carrière solo.
03:48Là, vous allez revenir au bout d'huit ans en tournée, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps,
03:54effectivement. Mais en même temps, on sent que vous vous autorisez aujourd'hui, en tout cas,
04:00à avoir ce côté poétique et à assumer vos émotions et vos sentiments. Est-ce que ça, ça a changé ?
04:04Je crois que j'ai appris à apprécier d'être un frontman, un leader, un artiste solo.
04:15Au début, quand je suis tombé amoureux de la musique, pour revenir à mon père qui me l'avait le cerveau
04:21avec ses albums quand j'étais gamin, quand je suis tombé amoureux de la notion de musique la première fois,
04:25avec cette idée de faire des disques, ce que je veux dire, c'est que je ne suis jamais tombé amoureux de l'idée
04:32d'être une célébrité. Je n'étais pas intéressé d'être une pop star, un chanteur. C'était le contraire.
04:41Je voulais presque être anonyme, mais ce que je voulais être, c'était quelqu'un qui contrôlait
04:46la créativité de ces choses merveilleuses. Et moi, j'ai grandi avec le vinyle, donc je parle de
04:54vinyle physique avec des magnifiques pochettes. Je trouvais que c'était vraiment quelque chose de
05:00très profond et de magique, et je ne savais pas ce que ça voulait dire de créer ces choses-là.
05:04Mais très vite, j'ai compris que c'est quelque chose que je voulais faire. Donc pendant très longtemps,
05:10mon intérêt, il était seulement à être dans le studio, pouvoir peindre avec du son et créer
05:17ces aventures musicales, ces films auditifs. Et en étant dans l'industrie, j'ai compris qu'il fallait
05:24qu'il y ait plus que ça, surtout à l'époque des réseaux sociaux. Il faut qu'on soit tellement plus...
05:28Ce boulot d'être un musicien professionnel a tellement changé qu'on le reconnaît presque plus.
05:33Même depuis que moi, j'ai commencé dans les années 90. Maintenant, il faut être visible, il faut être tout le temps
05:39à créer du contenu de réseaux sociaux. Et ce n'est pas quelque chose qui vient très naturellement,
05:47mais j'adore parler de musique, je pense beaucoup à la musique. Je suis fasciné par tout le processus de la création musicale
05:56et à quel point il a changé depuis que j'ai commencé. Donc je suis très heureux de m'asseoir et de parler,
06:02d'être un porte-parole pour cette approche alternative à la création musicale,
06:08mais avec ces analogies, d'écrire des romans ou de faire des films.
06:13Ce qui est très intéressant, c'est le processus créatif apporté par votre père, ingénieur.
06:19C'est-à-dire que les premiers sons, les premiers moments où vous avez enregistré votre musique,
06:22c'était vraiment avec des machines qu'il avait créées lui. On comprend qu'il vous a mis le pied à l'étrier
06:29pour que vous puissiez être force de proposition.
06:37Tout à fait, absolument. J'ai eu beaucoup de chance parce que tout ce dont je pouvais rêver,
06:42tout ce que j'entendais, j'écoutais des albums et je voulais créer ces sons-là.
06:47Tout ce que j'avais à faire, c'était aller voir mon père et lui dire « est-ce que je peux faire ce son, papa ? Est-ce que tu peux trouver ? »
06:54Et oui, il le faisait. C'était dans les années 80, donc bien avant l'Internet, où on pouvait juste aller sur Internet
06:59et trouver comment faire quelque chose. Mon père achetait des kits électroniques
07:06et il s'ébrouillait pour comprendre comment fabriquer ces choses lui-même.
07:10Et comme il n'était pas musicien, il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas dans ce qu'il fabriquait.
07:18Tout ce qui avait des petits soucis à droite, à gauche, je devais trouver un moyen d'incorporer
07:24quand même ces sons dans mon processus créatif. Par exemple, il m'a construit un séquenceur.
07:29Un séquenceur, c'est comme une boîte à rythme.
07:32Lui n'était pas musicien, donc il ne comprenait pas que la plupart de la musique était en quatre temps.
07:38Il achetait autant de composants que possible et il m'en a acheté neuf.
07:42Donc tout ce que je devais écrire devait être dans cette signature rythmique avant-garde.
07:52Ça m'a poussé à aller dans la musique plus complexe, donc il fallait que je trouve un moyen d'incorporer ça dans mon son.
07:57Dans The Overview, on comprend que vous nous invitez à un voyage avec nous-mêmes, finalement.
08:03Il n'y a pas de partie sombre, réellement. C'est une façon d'être hors-sol, d'être au-dessus,
08:10de pouvoir nous inviter, j'ai l'impression, à la contemplation. C'est ça le but du jeu.
08:19Je crois qu'on doit revenir à ce mot de perspective.
08:24Oui, contempler, c'est une autre manière de le dire, c'est vrai.
08:29C'est pour rappeler aux gens à quel point on est vraiment insignifiant.
08:34Je reviens à cette idée que ce n'est pas négatif pour moi.
08:38Quand on commence à regarder les chiffres, c'est incroyable.
08:42C'est comme si le cerveau ne pouvait pas concevoir des distances.
08:46Par exemple, notre planète, c'est de trillions dans notre galaxie et notre galaxie fait partie de trillions de galaxies dans l'univers.
08:52C'est fou, ça rend fou à quel point notre planète est insignifiante.
08:57Mais quand on pense à quel point le temps qu'on est là, notre planète a des milliards d'années et nous, on est là depuis cinq minutes en gros.
09:07On se pense comme les sauveurs de notre planète, rien ne pourrait être plus loin de la vérité.
09:12La vérité était là depuis des millions et des millions d'années avant qu'on arrive et elle sera probablement là des millions et des millions d'années après qu'on disparaît.
09:20Donc tout ça pour moi, c'est pour rappeler aux gens d'avoir la perspective, de prendre du recul sur notre place dans l'espace-temps.
09:27Pour terminer, c'est quand même courageux de sortir un album avec deux titres difficilement...
09:32Alors courageux, c'est un mot pour définir cette notion, mais stupide, ce serait un autre mot qui conviendrait parfaitement.

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