Après plus de neuf mois de cavale, Mohamed Amra a été arrêté samedi 22 février en Roumanie. En plus du narcotrafiquant, 24 personnes sont actuellement placées en garde à vue et entendues par les enquêteurs. Lors d'une conférence de presse ce lundi 24 février, Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, et Christian Sainte, directeur national de la Police judiciaire, se sont exprimés pour faire le point sur l'enquête.
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00:00Je vais commencer par vous présenter ceux qui sont à mes côtés, en commençant par monsieur le directeur national de la police judiciaire en la personne de Christian Sainte,
00:11également à ma gauche, monsieur Yann Sourisseau, chef de l'OCLO, donc vous savez tous, office centrale de lutte contre le crime organisé.
00:22A ma droite, Éric Serface, procureur adjoint qui est en charge de la division de lutte contre le crime organisé du parquet de Paris.
00:31Dans le cadre de cette prise de parole, mes premiers mots seront évidemment à destination des victimes, de leurs proches et de la communauté pénitentiaire.
00:43Sans doute, les neuf mois écoulés leur ont-ils paru longs, trop longs et lourds de doutes lorsque l'on affirmait que le temps jouerait pour nous.
00:55Ce soir, la démonstration de notre mobilisation collective sera, je l'espère pour eux, source d'apaisement.
01:05Avant de présenter la nature des investigations qui ont été accomplies et l'état des gardes à vue en cours, je veux saluer l'engagement exceptionnel à chaque instant
01:18de tous les services de police au premier rang desquels l'office central de lutte contre le crime organisé.
01:26Je salue également le travail de la Junalco dans toutes ses composantes. Parquet, juges des libertés et de la détention, magistrats instructeurs, greffiers, équipes autour du magistrat.
01:39Constamment, l'ensemble des acteurs de cette enquête judiciaire a œuvré avec professionnalisme et le haut niveau de technicité qu'imposait l'organisation criminelle
01:55à laquelle il faisait face. Encore une fois, la transversalité, la convergence des savoir-faire a été nécessaire et a été à l'origine des résultats
02:09que nous allons vous exposer dans un instant. J'adresse aussi mes chaleureux remerciements, mes très chaleureux remerciements aux autorités policières et judiciaires
02:21impliquées dans le cadre de l'entraide pénale internationale qui s'est déployée. Et notamment, je veux particulièrement m'adresser ici à mes homologues, à nos homologues
02:32des États-Unis, de Roumanie, d'Espagne et du Maroc. 25 gardes à vue ont été prises depuis le déclenchement des opérations d'interpellation.
02:48Elles concernaient 7 femmes, 18 hommes, dont 2 mineurs. Et ces personnes suspectées étaient âgées ou sont âgées, d'âge qui se situe entre 16 pour le plus jeune
03:03et 37 ans pour le plus âgé. À l'instant où je vous parle, 3 gardes à vue ont déjà été levées par les magistrats instructeurs. Elles concernent 2 femmes
03:12et 1 homme. Et au-delà de ces gardes à vue, vous le savez en outre, 4 personnes ont été interpellées à l'étranger. Mohamed Amra en Roumanie, 1 personne en Espagne
03:24et 2 au Maroc. En ce moment, les exploitations des éléments nouveaux obtenus au cours des perquisitions sont en cours. Les auditions se poursuivent
03:36et pour certaines, d'entre elles ne font que commencer. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, vous le comprendrez, je ne répondrai à aucune question sur le niveau
03:46d'implication de chacun. Il faut laisser l'enquête se dérouler dans la sérénité et dans la rectitude qu'impose toute enquête judiciaire. Voici toutefois les éléments que je peux partager
03:59avec vous. Les investigations ont permis d'établir qu'autour de Mohamed Amra existait le déploiement d'une organisation criminelle déterminée dans sa préparation
04:12mais aussi dans son action. Spécialisation des équipes, repérages, équipes de voleurs, équipes de logisticiens, équipes de guetteurs, l'équipe du commando.
04:25L'ensemble de ces protagonistes n'ont pas hésité et ont eu à plusieurs reprises recours à des véhicules faussement immatriculés, à de larmes lourdes,
04:37à l'usage de lignes téléphoniques dédiées et à la multiplication de changements de téléphone. Face à ce constat, les outils d'investigation ont été déployés à la mesure de la réponse
04:50qui était de notre responsabilité. Exploitation de la vidéosurveillance du péage d'un quart-ville, recherche technique sur l'ensemble des véhicules qui ont été retrouvés.
05:00Dans ces recherches techniques, là aussi, vous le comprendrez, il s'agit d'exploiter l'ADN et puis l'ensemble des objets qui peuvent être retrouvés à l'intérieur de ces véhicules.
05:12Mais également, ressources de la téléphonie, techniques spéciales d'enquête. Encore une fois, à toutes les étapes de cette enquête, quotidiennement, toutes les semaines,
05:26à chaque instant, la mobilisation humaine et technique a été exceptionnelle. Les investigations ont toujours eu pour but non seulement de retrouver Mohamed Hamra et d'appréhender
05:40les membres du commando d'un quart-ville, mais aussi d'identifier l'ensemble des personnes qui ont constitué ces cellules logistiques auxquelles je faisais allusion il y a un instant.
05:52Et ce, quel que soit leur niveau de responsabilité. Toutes les éventualités ont toujours été envisagées, aucune piste n'a manqué d'être explorée.
06:04Tant concernant Mohamed Hamra, un départ à l'étranger qu'un maintien local en terrain connu de lui. La vigilance est demeurée entière et a permis, finalement, de collecter les éléments nécessaires à retrouver sa trace.
06:22Dès l'interpellation de Mohamed Hamra en Roumanie, de vastes opérations d'interpellation ont été déclenchées sous le contrôle des magistrats instructeurs, et ce, en quelques heures.
06:34Le caractère exceptionnel de cette capacité opérationnelle doit à nouveau être salué. Un important travail d'audition, d'exploitation des éléments nouveaux recueillis est en cours.
06:49A l'issue des gardes à vue, les magistrats instructeurs décideront des présentations à intervenir, et c'est à ce moment-là que nous reviendrons vers vous pour, à nouveau, une conférence de presse pour vous donner connaissance des éléments que nous pouvons partager.
07:05Mais évidemment, puisque M. le Directeur est à mes côtés, je vais lui donner la parole pour qu'il vous donne les éléments qu'il a aussi envie de vous faire connaître, tout en lui renouvelant, renouvelant à M. le Chef de l'Office central et à l'ensemble de ses équipes mes très vifs remerciements pour nous avoir permis ainsi d'aboutir.
07:27Merci Madame la Procureure. Peut-être déjà vous confirmer qu'effectivement l'engagement des enquêteurs, des services d'enquête a été total, compte tenu à la fois de la complexité du dossier, mais de l'enquête à mener, mais évidemment au regard des victimes qui ont été sauvagement abattues à l'occasion de cette évasion.
07:53Et croyez-moi, c'était évidemment l'élément le plus motivant au niveau des services d'enquête. On a à peu près 100 à 150 enquêteurs jour qui ont travaillé sous l'autorité du chef de l'OCLO, évidemment accompagnés de l'ensemble des services qui étaient nécessaires pour concourir à ces investigations.
08:19Évidemment aussi supervisés à mon niveau pour qu'il puisse y avoir une cohérence du dispositif. Donc c'est l'intégralité des moyens de la Direction nationale de la police judiciaire qui ont été engagés, en tout cas dans les compétences qui étaient requises.
08:35La deuxième chose, vous l'avez indiqué, c'est l'aspect international, la coordination internationale. Ces enquêtes-là, aujourd'hui, débouchent nécessairement sur un volet international, une coopération nécessaire. Ça prend du temps. Et vous avez remercié et salué l'engagement des pays partenaires.
08:53Je le dis aussi parce que je peux vous certifier ici que leur écoute était totale pour nous assister, et je pense qu'ils l'ont démontré tout à fait récemment, tout au long de ces mois d'enquête, avec lesquels nous travaillons évidemment de manière resserrée depuis de longs mois maintenant.
09:13Et puis peut-être pour juste parfaire un petit peu les choses à ce stade, vous l'avez indiqué également, nos préoccupations étaient portées à la fois sur la localisation de Mohamed Amra et tout à la fois de pouvoir constituer, de pouvoir identifier l'équipe qui était à l'origine de son évasion et qui avait pu lui permettre de s'évader dans les conditions que nous connaissons, que nous avons connues à l'époque.
09:37Voilà. Donc c'était ces deux sujets-là, ces deux dossiers qu'il fallait avancer en parallèle. Et évidemment, aujourd'hui, c'est la concrétisation de tout cela.
09:47— Merci de votre attention. Si quelques prises de parole méritaient que vous le repreniez parce que vous n'êtes pas certain de les avoir correctement notées, je serais prête à les repréciser. Sinon, je vous donne rendez-vous vraisemblablement vendredi au gré des... Alors on est d'accord ? Pas de questions au-delà du fond telles que je les ai précisées ? Mais je vous écoute, monsieur. Si vous voulez bien, vous...
10:11— Oui. Alors que je vois que vous parlez par exemple. Je voulais encore vous demander si vous pouviez nous donner un éclairage pour y récupérer. C'est ça que vous partagez dans les derniers temps ?
10:26— Alors comme je vous l'ai dit, je ne préciserai pas pour le moindre élément de fond aujourd'hui, puisque vous le comprenez, j'imagine que ma prise de parole va être relayée par vous. Et dans un cadre d'enquête où je souhaite que les enquêteurs disposent et puissent opposer à ceux qui sont en garde à vue les éléments de procédure par d'autres biais que la chronologie qu'ils estiment devoir adopter pour leurs auditions, c'est la raison pour laquelle je ne parlerai pas d'éléments de fond.
10:55— Juste que... — Ah, pardon. Excusez-moi.
10:59— ...pour vous aider. Ce week-end, il y a eu des interpellations, notamment dans la région de Rouen. Est-ce que vous pouvez nous donner, d'une manière générale, les localisations des dernières interpellations de l'année dernière ?
11:12— On est toujours région parisienne ou Grand Ouest, pour dire largement les choses.
11:21— Emmanuelle Leclerc à France Inter. La police espagnole a communiqué sur l'interpellation qui est en lien donc avec l'évasion de M. et Mme Reims, en l'occurrence un certain Abbé.
11:31Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus, au moins confirmer, commenter, sachant que visiblement, c'était un baron de la drogue qui vivait dans une villa, on va dire, un peu hors norme ?
11:41— Alors je ne ferai aucun commentaire sur les déclarations des autorités espagnoles dont ce n'est pas connaissance pour le moment. Est-ce qu'il y a d'autres questions ?
11:52— Par rapport aux déclarations des autorités roumaines qui, elles aussi, ont communiqué ces dernières heures et qui...
11:57— Même question. Ce dont les autorités judiciaires françaises devront tenir compte, c'est les auditions des intéressés, lorsque ils seront entre nos mains, en présence de leurs avocats et confrontés aux enquêteurs.
12:11Donc je ne peux évidemment pas m'appuyer sur des relations médiatiques, nonobstant le respect absolu que j'ai à la fois pour les autorités que vous avez citées et les médias, bien sûr.
12:24— Il y a une dernière question, peut-être pour M. Sarkozy. En termes d'égalité d'intervention, on sait qu'il y a eu la BRI, plusieurs équipes qui ont été appelées à plusieurs points.
12:32Est-ce que vous pouvez nous parler d'organisation de ce monde, de ces policiers lors de ces interventions ?
12:37— C'est-à-dire l'organisation à quel point de vue ?
12:39— Combien d'hommes mobilisés sur l'ensemble des interventions, c'est-à-dire, avant tout ça, combien d'hommes de la BRI ? S'il y a eu d'autres dégâts, combien ont-ils été mobilisés ?
12:46— Peu près 150. — Peu près 150. Au niveau des BRI, hein. Voilà. Pour répondre à votre question.
12:52— Je pense pouvoir le dire, parce que nous en avons échangé. Il y a à la fois la BRI nationale et puis un recours à nombre de BRI territoriales.
13:00Donc il y a eu un déploiement de ces effectifs d'interpellation tout à fait significatif.
13:06— Je retourne ma chance sur les pays partenaires. Vous avez cité notamment l'Espagne, le Maroc, la Roumanie. On comprend pourquoi.
13:14Vous avez aussi cité les États-Unis. Vous pouvez nous expliquer dans quelles mesures les États-Unis...
13:17— Oui. C'est dans le cadre de différentes commissions regatoires. — Micro, s'il vous plaît.
13:21— J'ai cité les États-Unis, parce que dans le cadre de différentes commissions regatoires et réquisitions, nous avons eu besoin d'eux pour notamment
13:29certaines vérifications téléphoniques. — Il n'y a pas eu d'interpellation au Pays-Bas ou en Thaïlande, par exemple ?
13:41— Pas à ma connaissance. Mais vous savez, ce dossier évolue très vite. Mais à l'heure où je vous parle, je n'ai connaissance
13:47d'aucune interpellation dans l'un quelconque des pays que vous venez de citer.
13:51— Est-ce que les enquêteurs... C'est une question pour M. Yann. Est-ce que les enquêteurs pensent avoir
13:55l'ensemble du commando d'un quart d'île ou pas ?
14:00— Je répondrai à la place de Yann. Sur le fond, il faudra attendre quand même ce qui a été indiqué.
14:08Nos développements futurs... Vous imaginez bien que c'est un dossier qui a été construit, qui est argumenté, qui porte
14:18avec un certain nombre d'observations et d'éléments d'enquête. Et donc ce n'est qu'à la fin, si vous voulez, qu'on pourra évidemment
14:24répondre à cette question. Il est trop tôt pour le dire.
14:29— C'était dans le communiqué de Mme la secrétaire, au départ, qu'effectivement, dans ce qui avait été arrêté, se trouvaient
14:34des gens qui avaient participé... — Il y avait une énumération dans mon communiqué, si j'en ai bon souvenir.
14:40C'est-à-dire que c'était l'ensemble des opérations d'interpellation qui étaient susceptibles de concerner l'ensemble
14:46des protagonistes. Évidemment, vous dire alors que les auditions commencent et qu'encore tout un tas de techniques d'enquête
14:53sont déployées, que tout est fini, c'est loin d'être le cas. Et je redis d'ailleurs ce que j'ai dit, puisque vous y faites allusion
15:00à la fin de ce communiqué. Nous restons mobilisés, nous restons attentifs, nous restons concentrés.
15:05Et toute personne qui peut être concernée par ce dossier à quelque niveau, qu'implication que ce soit, sera questionnée,
15:13sera interrogée, sera recherchée. Encore une fois, nous le devons, je dirais, à la sécurité de nos concitoyens.
15:20Et puis, nous le devons aux victimes auxquelles je me suis adressée au début de mon propos.
15:25Je vous remercie de votre attention et je vous donne sans doute rendez-vous vendredi.