À l'occasion du sommet qui se tient à Paris pour alerter sur la dégradation rapide des pôles et des glaciers, la glaciologue Lydie Lescarmontier est l'invitée de RTL Bonsoir.
Regardez L'invité de RTL Soir du 08 novembre 2023 avec Marion Calais et Julien Sellier.
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00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 Julia Selier, Marion Calais et Cyprien Séni.
00:07 RTL bonsoir jusqu'à 20h.
00:10 RTL bonsoir 18h21. Nous accueillons maintenant notre invitée face à l'événement, la glaciologue de Renon Lidi, l'escarmentier. Bonsoir.
00:18 Aujourd'hui s'est ouvert à Paris le One Planet Polar Summit, vous pardonnerez mon accent, c'est le premier sommet mondial
00:24 consacré aux pôles avec une quarantaine de pays représentés et nous sommes quand même à trois semaines de la COP 28,
00:30 si capitale pour le climat. Avec vous Lidi l'escarmentier, on va tenter ce soir de dresser un constat d'abord de la situation
00:36 en Arctique et en Antarctique, de comprendre pourquoi les pôles sont si fragiles et
00:41 si importants, y compris pour nous ici à des milliers de kilomètres en France. En parlant de constats, il y a 15 ans quand vous avez
00:46 commencé à étudier l'Antarctique, donc le pôle sud, il n'y avait pas de fonte, c'est ce que vous dites. Aujourd'hui vous dites qu'il y a
00:52 de la fonte partout, c'est ça ? Alors juste pour préciser, en Antarctique il y avait déjà de la fonte en Antarctique de l'Ouest.
00:57 Et moi je travaillais sur l'Antarctique de l'Est et c'est vrai que j'avais des collègues qui me disaient "mais pourquoi tu t'intéresses à cette
01:02 partie là ? Il se passe rien". Ça ne fond pas. Voilà, ça ne fond pas, il n'y a pas d'évolution. Et en fait aujourd'hui on sait que ça fond
01:09 absolument partout en Antarctique. On sait justement que l'Antarctique de l'Ouest, sa fonte est aujourd'hui
01:17 inévitable, même si on arrivait à limiter le réchauffement climatique. Oui, malheureusement on a un petit peu déjà perdu un endroit qui est
01:24 particulièrement sensible. On dit que c'est un petit peu le talon d'Achille de l'Antarctique puisque c'est un endroit où il y a énormément de
01:31 plateformes de glace. Donc c'est en fait des glaciers qui vont descendre vers les océans et qui vont être au contact de l'eau. Et cette eau,
01:38 comme elle se réchauffe à cause de l'augmentation de la température
01:41 atmosphérique notamment, elle vient faire fondre ces plateformes, ce qui du coup vient grignoter cette glace et donc s'écoule plus rapidement vers les océans.
01:49 Et sur cette partie de l'Antarctique, l'humanité a donc perdu le contrôle. Quoi qu'il arrive, même si on arrive dans les meilleurs scénarii à limiter le réchauffement,
01:56 ça fondra. Oui, ça fondra. C'est déjà perdu de façon irréversible et c'est l'équivalent
02:02 d'environ cinq mètres de hausse du niveau marin au cours du siècle qui arrive. Mais concrètement sur place,
02:09 les écosystèmes sont déjà bouleversés par tout ça. Qu'est-ce que ça change ?
02:12 Est-ce que la reproduction des manchots, par exemple, l'empereur, est perturbée notamment ?
02:15 Tout à fait. Alors là, c'est plus lié du coup à la banquise. Donc c'est la glace qui se forme directement dans les océans
02:20 par le refroidissement de l'eau. Et là, cette année, on a connu un record de surface
02:26 minimale pour la banquise. Il y a eu 2,6 millions de kilomètres en dessous de la moyenne.
02:32 2,6 millions de kilomètres, c'est quand même la surface de l'Argentine.
02:35 Donc c'est considérable en fait comme perte de banquise. Et bien sûr, cette banquise, en fait, elle a plusieurs rôles.
02:41 C'est un petit peu, disons, le récif corallien de ces régions polaires.
02:45 C'est un endroit où la vie va se développer, où les algues vont se fixer, qui vont permettre de nourrir le krill et donc les
02:51 oiseaux marins, les manchots, les baleines, etc. Et donc si on la perd, on perd ce refuge en fait.
02:58 Et donc forcément, il y a un impact très fort sur la biodiversité.
03:01 Ce que le monde a peut-être du mal à comprendre, parce que c'est très lointain, l'Arctique au nord, l'Antarctique au sud.
03:08 Mais en fait, la fonte des glaces, ça menace toute la planète. La conséquence immédiate, c'est la montée du niveau de la mer.
03:13 On sait d'ores et déjà que des îles du Pacifique risquent de disparaître dans les années prochaines.
03:16 Est-ce que nos côtes aussi seront menacées ici en France ? On entend dire que des villes comme Nantes,
03:21 comme Bordeaux,
03:23 pourraient faire face à une montée des eaux dans les années à venir si rien ne change. On parle d'un milliard de personnes menacées entre
03:28 2050 et 2100. Ça peut être concret chez nous ici, la fonte au niveau des pôles ?
03:33 Oui, tout à fait. Je pense que l'erreur qu'on a faite pendant très longtemps, c'est d'associer
03:37 changement climatique dans les régions polaires à cette ours qui était perdue sur son morceau de banquise. En fait, cette image
03:43 montre que, en gros, c'est que la biodiversité et les écosystèmes qui vont être atteints.
03:48 Mais nous, ce qu'on essaye de faire aujourd'hui, c'est vraiment de remettre l'humain au centre
03:53 de ces explications-là, et de montrer que l'impact, il est vraiment global.
03:58 Il y a plein de niveaux différents. Il y en a un qui est très direct et qu'on
04:02 arrive à se représenter facilement, c'est la hausse du niveau marin. Et donc là, on est à peu près condamné à
04:07 1,5 mètre d'ici la fin du siècle. Et donc ça, ça va augmenter au cours des années.
04:12 Et sur notre littoral en France, il y a des zones qui sont concernées, qui vont être en difficulté ?
04:17 Tout à fait. Il y a des sites internet maintenant qui sont très bien faits, qui utilisent en fait la topographie. On peut voir
04:23 dans notre ville
04:25 quel sera l'impact pour une hausse du niveau marin de 1 mètre, 2 mètres, ça peut aller jusqu'à 5 mètres.
04:31 Mais 1,5 mètre, par exemple, sur la côte littorale française, ça peut faire quoi ? À La Rochelle ou à Bordeaux ?
04:36 Eh bien à Bordeaux, il y a plein d'endroits qui seront sous l'eau. La Rochelle aussi est extrêmement impactée.
04:42 J'étais aussi surprise de voir que des villes comme Arles seraient impactées, Le Havre, etc.
04:48 Donc c'est vraiment partout. Et donc ça pose plein de questions. Si les pays entiers disparaissent,
04:54 où vont aller ces populations-là ?
04:56 La majorité des capitales sont aussi dans plein de pays sur le bord de l'eau.
05:01 Et puis de plus en plus, on a aussi tendance à nous littoraliser.
05:05 Finalement, les populations vont de plus en plus proche vers la mer. Et donc ça, c'est vraiment quelque chose qu'il faut repenser.
05:12 Et alors, autre question de Béotien, peut-être que je me trompe complètement, mais est-ce que la fonte des glaces au bout du monde,
05:17 ça a des conséquences sur notre météo chez nous ?
05:20 Oui. - Par exemple, on le voit avec les inondations dans le Pas-de-Calais, les pluies torrentielles qu'on a en ce moment.
05:24 Est-ce que ça change quelque chose ? - Oui. Et alors, pour moi, finalement, c'est peut-être là où est le plus gros enjeu.
05:30 Parce que la hausse du niveau marin, ça reste quelque chose auquel on peut s'adapter. C'est très difficile, il faut anticiper.
05:37 Mais pour moi, ça reste quand même quelque chose qu'on peut faire.
05:42 Mais modifier complètement le climat, là, c'est quelque chose qu'on ne maîtrise pas. - En quoi ça modifie le climat ?
05:47 - À plein de niveaux différents. Par exemple, l'année dernière, on sait que la perte de la banquise en Arctique a eu un gros impact
05:54 sur un jet stream qui, du coup, a entraîné... - Des courants d'air dans l'atmosphère. - Exactement.
05:59 Qui a entraîné, du coup, cette grande période de vagues de chaleur qu'on a eues en Europe de l'Ouest.
06:08 On sait aussi que la banquise, c'est un lieu où se forme de l'eau de fond,
06:13 qui est de l'eau qui est très chargée en sel et qui va plonger en profondeur. Et ce mouvement de plongée, c'est un moteur pour la grande
06:21 circulation globale, ce grand tapis roulant. Et ce tapis roulant, là, il permet de créer des
06:26 circulations qui sont un petit peu plus régionales, telles que le Gulf Stream. - Donc moins de glace, plus d'événements climatiques
06:32 extrêmes et
06:35 imprévisibles. - Et ce sommet va aussi se pencher au-delà des pôles, sur les glaciers. Ce sont les glaces de la planète dont l'avenir est
06:42 aujourd'hui en jeu. En France, par exemple,
06:44 75% des glaciers des Alpes, l'intégralité des glaciers des Pyrénées, pourrait avoir disparu vers 2050.
06:51 Concrètement, là, en 2050, une France sans glaciers, ça ressemble à quoi ? Ça provoque quoi ?
06:55 - Alors, ça provoque plein de problèmes en sécurité alimentaire. Parce qu'on dit souvent les glaciers, c'est des châteaux d'eau.
07:01 Ils vont se construire en hiver, pendant la période la plus froide,
07:06 donc en accumulant de la neige qui va se transformer en glace et qui va, en quelque sorte, la stocker.
07:12 Et ce qu'on sait, c'est que, par exemple, l'année dernière, pendant la longue période de sécheresse qu'on a eu en été,
07:18 les glaciers des Alpes ont permis d'ajouter de l'eau
07:22 à des fleuves comme le Rhône, qui a ensuite permis d'irriguer
07:25 toutes les terres qu'il y a dans la vallée en aval. Et donc, cet apport-là, si on n'a plus de glaciers, on ne l'a plus.
07:34 Et donc, il y a un problème de sécurité alimentaire. - Le débit du Rhône, c'est 40% lié aux
07:40 glaciers, c'est ça ? - Tout à fait, surtout en période de sécheresse, un petit peu moins
07:44 en période de pluie. - Pour terminer, Lydie Lescarmentier, vous, la glaciologue, vous espérez quoi de ce sommet ? On parle d'un éventuel
07:51 appel de Paris, d'une décennie de la recherche polaire. Est-ce que déjà la recherche polaire a besoin de plus de fonds ?
07:57 Et puis, je vous pose aussi la question,
07:59 est-ce que finalement la partie n'est pas déjà perdue, puisque là on
08:03 essaie de trouver de l'argent pour la recherche ? On parle d'un appel de Paris avant la COP 28, mais on se rend compte surtout que
08:09 si on ne stoppe pas les émissions de gaz à effet de serre, et au plus vite, ça va être très compliqué pour l'Arctique et l'Antarctique.
08:14 - Oui, tout à fait. Mais après, je pense que... Alors déjà, je suis vraiment ravie de voir que ce sommet
08:19 a lieu. C'est la première fois que toute cette communauté autour de la cryosphère, parce que tout est
08:25 compartimenté, on parle de l'Arctique, l'Antarctique, etc. Donc tout le monde se réunit. On espère vraiment créer des coalitions
08:31 autour de ces thématiques-là, de réveiller un petit peu les enjeux.
08:36 Par exemple, en étant ici ce soir et en en parlant.
08:39 Mais je pense que le coeur vraiment du problème aujourd'hui, c'est nos émissions de gaz à effet de serre. Donc bien sûr, il faut
08:47 donner de l'argent à cette recherche aujourd'hui. C'est des environnements qui changent extrêmement vite, et on a besoin de
08:55 surveillance, on a besoin de comprendre pour pouvoir anticiper au mieux ce qui va se passer, et puis prendre les décisions en conséquence.
09:01 Mais vraiment, le coeur du problème, c'est cette augmentation de la température, parce que la glace au-dessus de 0°C fond.
09:09 D'où l'importance de la COP 28 dans trois semaines. Merci beaucoup Lydie Lescarmentier pour vos explications très concrètes sur la fragilité et
09:16 l'importance de nos pôles. Vous étiez vous la glaciologue, la première invitée aujourd'hui de RTL. Bonsoir. Alors que c'est ouvert à Paris le One
09:22 Planet Polar Summit, premier sommet mondial consacré aux pôles Nord et Sud. Merci beaucoup.
09:27 RTL, bonsoir. On revient dans quelques secondes avec d'abord...
09:30 RTL Inside, on vous fait pénétrer au coeur du procès.
09:33 Haut en couleur d'Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, confronté au magistrat au coeur de l'affaire.
09:38 Et puis toute autre chose, une visoconférence qui approche.
09:42 Cher Alexandre, qui en prend pour son grade ce soir ? On ira de droite à gauche, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon.
09:47 Voilà, tout le monde alors. A tout de suite.
09:49 RTL
09:52 [SILENCE]