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00:00Toujours à mes côtés, Véronique Jacquet, Pierre Lelouch, Maddy Seydi, Nathan Devers et Frédéric Clause.
00:05On va parler des droits de douane, un sujet qui vous interpelle évidemment, mon cher Pierre Lelouch.
00:12On l'a vu hier, Emmanuel Macron a demandé aux entreprises françaises de ne pas investir aux États-Unis.
00:18Et Donald Trump s'est montré plus offensif que jamais. Je vous propose de l'écouter.
00:24Nous avons 6 ou 7 000 milliards de dollars qui arrivent dans notre pays
00:29et nous n'avons jamais rien vu de tel. Les marchés vont exploser, les actions vont exploser,
00:34le pays va exploser et le reste du monde veut savoir s'il est possible de conclure un accord.
00:39Ils ont profité de nous pendant de nombreuses années, de nombreuses années.
00:43Nous avons été du mauvais côté de la balle. Et je vais vous dire ce que je pense.
00:47Ça va être incroyable. Ce dont les gens doivent parler,
00:53nous en sommes presque à 7 000 milliards de dollars d'investissement dans notre pays
00:57et vous verrez comment cela va se passer. Notre pays va exploser.
01:02Alors Pierre Lelouch, avant de vous faire réagir sur le sujet, je ne sais pas si les États-Unis vont exploser,
01:08il faut voir dans quel sens on prend le terme, mais cette déclaration également,
01:12et ça va vous interpeller parce que je pense que vous ne l'avez pas, elle vient de tomber à l'AFP,
01:17c'est le président de la Banque centrale américaine qui a déclaré aujourd'hui, écoutez bien,
01:21vous vous souvenez de ce que vient de dire Donald Trump, que les droits de douane mis en place par Donald Trump
01:25risquaient de se traduire par moins de croissance, plus d'inflation et plus de chômage aux États-Unis.
01:31Ça, c'est le président de la FED qui vient de le déclarer.
01:34Et là, on vient d'écouter Donald Trump, que le pays va exploser.
01:38Pourquoi il fait ça, Trump ? Il fait ça pour convaincre le reste du monde de venir aux États-Unis.
01:47C'est ça qu'il y a. 7 000 milliards vont venir, ça va exploser, etc.
01:51Son idée, c'est de réindustrialiser les États-Unis en faisant en sorte que les produits importés soient si chers
01:58que les entreprises elles-mêmes choisissent de venir aux États-Unis.
02:00Je donne un exemple, Apple, par exemple, vient de prendre 40% au moins en Chine, 40 plus 25, des chiffres astronomiques.
02:08Ils produisent en Chine les téléphones portables.
02:12Nike produit, dans Vietnam, 43% d'augmentation, ils produisent la moitié des tennis qui sont faites dans le monde entier, c'est au Vietnam.
02:20Donc, l'idée, c'est que ça va être tellement cher que vous allez venir produire chez moi.
02:25Ce n'est pas nouveau.
02:27Quand vous voyez Rudolf Saade, le patron du CMA CGM, dans le bureau de Trump, se féliciter d'investir 20 milliards aux États-Unis,
02:37c'est qu'il a compris la logique de cette nouvelle administration.
02:41Quand vous voyez Airbus, pour vendre des Airbus aux États-Unis, c'est simple, vous construisez une usine d'Airbus aux États-Unis.
02:47Ou des Helico, vous construisez une usine en Alabama.
02:50Stellantis va fermer au Canada parce qu'eux, ils ne peuvent plus, à cause des droits de l'homme, exporter leur voiture aux États-Unis.
02:57Donc, c'est une stratégie extrêmement risquée parce que, bien sûr, ça va pousser l'inflation.
03:02Ça va causer une panique générale sur toutes les bourses du monde entier.
03:05Ça va mettre un certain nombre de grands groupes américains en difficulté, tous ceux qui produisent en Asie.
03:09Mais c'est justement pour leur dire, vous ne produisez plus en Asie, vous revenez aux États-Unis.
03:13Le problème, c'est le temps, parce que pour reconstruire des usines, surtout de gros propresseurs et de choses comme ça, ça prend du temps.
03:20Donc, il est engagé dans une course contre la montre.
03:22Je rappelle, moi je vais vous dire, l'idée qui faille des barrières douanières pour protéger votre industrie,
03:29De Gaulle l'a fait du temps de Jacques Rueff en 1958.
03:32Comment est-ce qu'on a créé une industrie dans un pays dévasté comme le nôtre à l'époque ?
03:36On jouait sur la monnaie et on jouait sur les droits de douane.
03:40Alors, qu'est-ce qui a changé ?
03:41Moi, j'ai été au commerce extérieur.
03:43Et comment ça se passe aujourd'hui ?
03:45En France, nous ne sommes plus souverains en matière de commerce extérieur.
03:49Le président de la République peut réunir toutes les filières industrielles qu'il veut, comme il l'a fait hier à l'Élysée.
03:54Il ne contrôle pas les droits de douane en France, ça, ça passe par l'Europe.
03:57Et du coup, l'Europe, ça va prendre du temps et il faut que tout le monde soit d'accord.
04:01Les Allemands, par exemple, ne sont pas sûrs qu'ils aient envie d'un match de catch avec les États-Unis, parce qu'ils veulent vendre des voitures.
04:07L'Angleterre, pas sûre du tout, elle n'est pas dans l'Europe, mais elle va peser.
04:10L'Italie n'est pas sûre du tout de vouloir entrer dans un match de compétition avec les États-Unis.
04:16Donc, est-ce que l'Europe va être suffisamment soudée pour avoir une politique commune et avoir une réponse en matière de droits de douane ?
04:21Les stratégies gagnantes ou pas gagnantes, selon vous ?
04:23Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que dans la machine européenne, le commerce extérieur est fédéralisé.
04:29Le ministre français du commerce extérieur ne contrôle pas les droits de douane.
04:33Pas plus qu'il contrôle l'accord du Mercosur, qui va être signé sous notre nez.
04:37C'est ça, le sujet.
04:38À un moment, il faudra décider si on reprend le contrôle ou on ne reprend pas le contrôle.
04:42Pour l'instant, le mieux que puisse faire le président de la République, c'est de travailler avec Mme von der Leyen,
04:48avec le chancelier allemand, pour essayer de bâtir une riposte.
04:51Maintenant, je lui conseillerais aussi de prendre des mesures nationales qui sont très dures à prendre.
04:56Exemple, interdiction d'une loi de blocage sur les investissements français aux États-Unis.
05:01Vous faites une loi qui interdit d'aller investir aux États-Unis.
05:04Et puis, vous allez vous chercher là où les Américains sont vulnérables.
05:09En deux mots, le commerce entre l'Europe et les États-Unis, c'est nous, on exporte.
05:14On a un excédent d'exportation, nous les Européens, de l'ordre de 230 milliards de dollars.
05:19Donc, ils ont raison de dire qu'on se fait plumer.
05:22Par contre, les Américains nous exportent toute la tech et tous les services informatiques.
05:28Google, par exemple, gagne 100 milliards de dollars par an en Europe.
05:33Donc, il faut aller chercher les GAFAM, tous ceux qui font du business électronique.
05:39Je pense à Uber, par exemple.
05:41Est-ce que vous savez qu'Uber ne paye pas un sou d'impôt en France,
05:44parce qu'il paye en Irlande très peu, et le reste, tout cet argent, retourne aux États-Unis.
05:48Donc, c'est ce créneau-là où ils sont vulnérables, et c'est ce créneau-là qu'il faut actionner rapidement.
05:54Permettez-moi, je vous pose la question.
05:56Est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise stratégie selon vous, en vertu de l'expérience qui est la vôtre ?
06:01Oui.
06:02Il faut voir ce qu'il va se passer dans les trois mois qui viennent.
06:05Si tout le monde se couche, ce sera une très bonne stratégie pour eux.
06:08S'ils tombent sur des îlots de résistance très puissants, en Chine notamment, ça peut être compliqué.
06:14Mais, objectivement, si on se met à la place de ces gens qui sont nationalistes, isolationnistes, protectionnistes,
06:24et un peu impérialistes, puisqu'ils veulent reprendre Panama et Groenland, c'est complètement logique.
06:29Et il faut voir si les autres se cassent contre ce mur ou sont capables de s'unir.
06:34En Europe, honnêtement, j'ai des doutes.
06:36Parce qu'il y a des mesures qu'on peut prendre, mais il faut avoir le courage politique de les prendre.
06:40Interdiction, par exemple, à toutes les firmes européennes d'aller investir aux États-Unis.
06:45Et ça avait commencé sous Biden.
06:49Ils avaient passé une loi qui s'appelle IRA, Inflation Reduction Act.
06:53Je peux vous dire que tous les grands groupes allemands et autres étaient déjà partis aux États-Unis.
06:56Donc, si on veut arrêter l'hémorragie, loi de blocage, et on s'en prend au gaffe-âme.
07:01Si on ne fait pas ça, à mon avis, Trump n'a pas perdu l'affaire.
07:05Rapidement, Véronique Zeckier, un mot.
07:07Oui, moi, je voudrais qu'Emmanuel Macron parle comme Pierre Lelouch.
07:11Ce serait bien parce que c'est compréhensible, c'est lisible, on voit bien tous les enjeux.
07:17Or, on a un président de la République qui nous demande d'être patriote,
07:21et qui nous parle maintenant de réindustrialisation à tout crin,
07:24alors que ça fait, il avait quand même 10 ans pour lancer une véritable réindustrialisation.
07:31Et on ne sort toujours pas des bons vieux mantras à la française.
07:35C'est-à-dire que, de toute façon, on ne veut pas revenir sur le fait d'avoir basé notre économie sur la consommation,
07:41et non pas sur la production.
07:43Donc, tant qu'on ne change pas les mentalités,
07:45et qu'on dit, en gros, venez comme vous êtes en France, c'est open bar,
07:49on vient pour consommer, c'est un pays de cocagne, c'est un pays de tourisme.
07:52Mais qu'en même temps, on ne structure pas les mentalités pour faire de notre pays, à nouveau,
07:59un pays où on crée de la richesse sur la production,
08:02je pense qu'on n'arrivera pas à grand-chose.
08:04Donc, Emmanuel Macron devrait, justement, regarder attentivement la stratégie de Donald Trump,
08:10même si elle est risquée, elle dit des choses pour nous, nous remettre en ordre de marche dans notre pays.
08:15Alors, on parlait tout à l'heure du soutien de Donald Trump à Marine Le Pen.
08:20Que dit Marine Le Pen, justement, sur ses taxes douanières ?
08:24Regardez l'érection de Marine Le Pen.
08:27Écoutez-la, il est temps que la France fasse appliquer par l'Europe un protectionnisme intelligent,
08:31mais aussi des règles plus équitables pour notre économie au sein du marché commun,
08:35au risque d'un approvissement considérable.
08:39Elle reste dans l'optique, elle attend que l'Europe prenne une décision.
08:42Exactement.
08:43Oui, mais je répète, si nous n'avons pas les manettes sur la monnaie et les droits de douane,
08:48c'est très compliqué.
08:50Après, on est l'otage de l'accord ou pas de l'accord avec des pays libre-échangistes
08:55que sont la Hollande, les Etats-Unis, le Nord de l'Europe.
09:00Ça va être très compliqué pour Macron d'imposer une ligne dure.
09:03Regardez comment on est en train de se faire littéralement bananer sur le Mercosur,
09:07qui n'est pas à notre intérêt, mais qui va passer,
09:10parce que l'Allemagne a décidé de vendre des voitures en Argentine et au Brésil.
09:13Nathan Dauvert, dernier mot.
09:15J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt et c'est beaucoup plus clair avec vos explications.
09:20Moi, je me pose deux questions.
09:23La première, c'est quelle occasion ça peut aussi représenter pour l'Europe ?
09:28Je crois qu'on peut faire une comparaison avec la manière dont Donald Trump s'est comporté
09:33depuis sa réélection sur le dossier ukrainien,
09:35avec une sorte d'hostilité quand même assez franche vis-à-vis de la politique qui est la nôtre.
09:41Est-ce que ça peut enfin être l'occasion d'un grand réveil européen
09:44où par-delà toutes les divisions qui existent entre les nations,
09:47que vous avez rappelées très précisément, à un moment l'Europe se dise
09:51finalement nous avons vécu pendant des décennies dans une sorte d'illusion
09:56face à la puissance américaine.
09:59Cette puissance décide de ne plus nous protéger
10:01et donc à partir de là on va enfin être libre.
10:03On sera peut-être plus vulnérable, mais au moins on sera plus libre
10:06et la liberté n'a pas de prix.
10:07Est-ce que dans ce cas-là, la France n'a pas quand même un rôle qui est possible ?
10:11Raphaël Dohan a écrit une tribune intéressante
10:13où il dit que c'est peut-être le retour d'un moment consulaire pour la France,
10:16où la France peut reprendre l'importance qu'elle avait au début du XIXème en Europe.
10:19Oui, Nathan, vous avez complètement raison.
10:21Le problème c'est qu'on n'a pas un rond.
10:23Et que les autres nous regardent avec, nous regardent les chiffres
10:26sur le réarmement de l'Europe qui est indispensable et qu'il faut faire
10:30avec l'Allemagne, avec l'Angleterre, avec l'Italie et la Pologne.
10:34On peut faire un groupe de pays que si nous coordonnons nos achats,
10:38on aura d'ici cinq ans de quoi dissuader sans problème la Russie,
10:41conventionnelle et nucléaire.
10:43Le problème c'est qu'on n'a pas un rond.
10:45Les Allemands vont le faire, puisqu'eux ils ont sorti un bazooka
10:48à 1000 milliards d'euros.
10:50Nous on ne les a pas.
10:51Donc il faut qu'on trouve une solution nationale.
10:53Je n'ai pas entendu le Président de la République dire
10:55bon, soit j'augmente les impôts, soit j'emprunte,
10:58soit je coupe dans les dépenses sociales.
11:00Mais c'est l'un des trois.
11:02Je n'ai toujours pas entendu.
11:03Donc vous me dites, c'est bien, c'est un moment clé, etc.
11:05Mais où sont les décisions ?
11:08Non, mais vous avez raison.
11:09Les amis, on marque une nouvelle pause sur Europe 1 et sur CNews.
11:11On se retrouve dans quelques instants parce qu'on pourrait débattre
11:13encore longtemps ce soir, évidemment.
11:15J'en étais persuadé, je savais que le thème allait vous faire réagir.
11:18On se retrouve sur Europe 1 et sur CNews dans quelques instants.
11:20Le temps d'une pub.