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Antonio Banderas vient de remporter le prix du meilleur acteur au Festival de Cannes pour sa prestation dans "Douleur et gloire" de Pedro Almodóvar.

Brut l’a rencontré à Cannes. Il raconte son amitié de près de 40 ans avec le réalisateur espagnol…
Transcription
00:00Bonjour, je suis Antonio Banderas pour Brut.
00:04Travailler avec Almodovar est un luxe, en réalité.
00:09On s'est rencontrés en 1980.
00:12Je faisais du théâtre au Théâtre Maria Guerrero de Madrid, au Centre Dramatique National,
00:16avec la fille de l'air de Calderón de la Barca.
00:18Nous étions assis dans une cafétérie à l'extérieur, avant la fonction,
00:22et il est arrivé avec un sac rouge.
00:25Il s'est assis dans le groupe, il y avait certains qui le connaissaient.
00:29C'était très amusant. Je ne me souviens pas de ce qu'il a dit, mais je me souviens de rire avec lui.
00:33Il était très rapide, très ingénieux.
00:35Et quand il est parti, il m'a regardé et m'a dit
00:37« Tu as une tête très romantique et tu devrais faire du cinéma à un moment. »
00:42Et je me suis demandé qui c'était quand il est parti.
00:44Ils m'ont dit « Il s'appelle Pedro Almodovar, il a fait une film, mais il ne fera plus de films. »
00:49Il a fait 8 films avec lui.
00:53Cela peut justifier toute une carrière, en réalité.
00:56Si je n'avais fait que les 8 films qu'il a fait avec Pedro Almodovar,
01:01cela serait suffisant pour moi d'avoir décidé d'être acteur dans ma vie.
01:14C'est compliqué parce que c'est une film très personnel.
01:17C'est compliqué quand on va faire une film sur un personnage qui existe ou qui a existé.
01:24Si le personnage est vivant, c'est encore plus compliqué.
01:26Mais si, en plus, on dirige la film,
01:30la chose devient étrange, entre autres choses.
01:35Mais ce n'a pas été très beau
01:38parce que c'est une confession, au fond,
01:42de choses très personnelles qu'il a besoin de communiquer
01:45de la meilleure manière qu'il sait faire.
01:48C'est faire du cinéma.
01:54Je n'ai pas voulu imiter Pedro Almodovar.
01:56Il me semblait qu'il s'était transformé en un pastiche.
01:59J'ai préféré attaquer le personnage de l'intérieur vers l'extérieur.
02:04Cela a requerui un travail qui passait,
02:08irrémédiablement,
02:10pour tuer Antonio Banderas.
02:14Ce qui m'a fait plaisir dans cette film
02:17c'est qu'Antonio m'a dit
02:20qu'il devait penser, pour l'interpréter,
02:23qu'il était toujours très high en drogue,
02:26en héroïne, en cocaïne.
02:29Il devait travailler ça, mais qu'il ne se sentait pas.
02:32Il me disait que c'était toujours douloureux.
02:35Il avait la tête, les migraines, le dos,
02:38il marchait, mais qu'il ne se sentait pas.
02:41Il me disait qu'il devait faire de moi, de Pedro Almodovar,
02:44mais qu'il ne se sentait pas.
02:47J'ai commencé à travailler comme acteur au cinéma,
02:50avec lui pour la première fois,
02:53en 1981.
02:54Pas seulement, à cette époque, Almodovar
02:57était quelqu'un qui brûlait toutes les règles
03:00du jeu cinématographique qui existait en Espagne
03:03et probablement dans le monde.
03:06Il brûlait toutes les règles de la narration cinématographique,
03:09mais en même temps, il s'assurait de brûler
03:12les règles de l'action cinématographique.
03:15Il s'assurait de brûler une série de règles sociales,
03:18morales, qui existaient en Espagne
03:21post-franco.
03:24Ce n'est pas seulement un apprentissage cinématographique,
03:27mais un apprentissage de la vie.
03:30Si il y a un mentor professionnel dans ma vie,
03:33c'est Pedro Almodovar.

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