Avec 35 ans de carrière à son actif, la chanteuse béninoise et africaine Angélique Kidjo est l’une des figures incontournables de la musique africaine.
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00:00Je crois que je tiens ça de ma mère. C'est génétique, je dois dire.
00:03Je suis tombée dans la potion, là.
00:04Je ne sais pas. J'aime beaucoup ce que je fais.
00:10Chanter pour moi, c'est comme respirer. C'est ma passion.
00:13Et chaque fois que je dois les chanter, je suis heureuse comme ce n'est pas permis.
00:17Donc je prends un plaisir fou à être sur scène
00:21et à recevoir toute cette énergie et cet amour du public partout où je vais.
00:25Peu importe la langue que je parle dans leur pays.
00:28J'arrive, je suis acceptée, je suis écoutée et on me donne de l'amour, je donne en tout.
00:32C'est une richesse pour moi et c'est ça qui me rend, qui me maintient humble
00:37parce que je n'ai rien fait pour mériter ça.
00:39Donc je le partage le plus que je peux.
00:41Salut à toutes et à tous, c'est Angélique Kidjo et nous sommes sur Brut.
00:59L'enfance au Bénin
01:13Mon enfance au Bénin, j'étais une petite fille qui ne s'arrêtait jamais.
01:17J'étais sur une pile électrique en fait.
01:19Pour 10 enfants, j'étais numéro 7, j'avais trois petits frères derrière moi,
01:23donc on s'amusait tout le temps et je ne peux pas m'arrêter une seconde pour poser une question.
01:26J'étais tellement petite qu'on pouvait me mettre dans la poche, disaient mes frères.
01:29Pendant que je faisais tout ça, la musique, je jouais toujours à la maison.
01:32Il y avait toujours de la musique quelque part.
01:34Soit c'est les copains de mes frères qui arrivaient pour écouter le nouveau disque
01:38qui arrivait à la maison, on les écoutait tous ensemble.
01:40Soit c'est une musique traditionnelle quelque part.
01:43Moi, je suis déjà allée voir, j'entends quelque part, boum, je suis partie.
01:47Soit moi-même, je prenais les disques, je les mettais sur...
01:50Il m'a fallu du temps pour savoir comment mettre le disque sur la platine
01:55et je donnais toujours la voix de mes frères.
01:57Attention à l'aiguille !
01:58Je dis oui, je comprends, je sais.
02:00Et après, je m'asseyais, je croisais mes jambes
02:02et j'étais là, je prenais l'album et j'écoutais titre par titre.
02:05Mon père, il aimait bien la musique, il aimait bien l'art,
02:08mais il disait toujours que l'art sans l'éducation n'avait pas de sens
02:13et qu'il ne voulait pas d'une chanteuse analfabète chez lui.
02:16Et voilà, j'ai appris le chant classique.
02:26Mon tout premier album, en fait, je l'ai enregistré,
02:28j'étais, je crois, en classe de première
02:31et j'ai pris un prêt étudiant.
02:34Au lieu de l'utiliser pour faire mes études,
02:37je l'ai utilisé pour faire mon premier disque pratique
02:40qui a été produit par les Camby-Briands.
02:42Et c'est ça qui a lancé ma carrière, en fait,
02:44en dehors du Bénin, des frontières du Bénin,
02:46pour aller en Côte d'Ivoire, Cameroun, Togo, un peu partout.
02:51La personne que je repercie le plus, c'est Myriam Makeba
02:54parce qu'au travers de tous les disques qui venaient,
02:57il y avait rarement de noires sur les pochettes
03:00et surtout pas de femmes noires, souvent.
03:03Et elle a été l'une des premières femmes noires
03:05en dehors d'Aretha Franklin,
03:07dont j'ai eu à voir le visage sur un album.
03:09Je me disais, mais si elle, elle peut le faire,
03:11elle vient de l'Afrique du Sud,
03:13moi aussi, je veux être sur un album.
03:14Donc tout ça, le jour où j'ai reçu le premier,
03:18le premier jour où j'ai reçu le disque
03:21pour faire tout mixer dans ma main,
03:24je n'y croyais pas, en fait.
03:25Je prends la façon traditionnelle de chanter de chez moi,
03:28que je mélange au jazz et au funk.
03:31Nous avons enfin compris qu'il ne fallait pas rester
03:35uniquement dans la musique traditionnelle
03:37ou la musique typiquement africaine.
03:50Heureusement pour moi, je n'ai pas la prétention
03:53de dire que je sais écrire les tubes.
03:55J'ai toujours suivi mon inspiration.
03:57Et quand ça arrive et que j'ai un mot en tête,
04:00même si ce mot n'existe nulle part,
04:02c'est ce mot qui devient le centre de la chanson.
04:05Le mot wombo-lombo, je l'ai inventé.
04:06Batonga, je l'ai inventé.
04:08Et c'est comme ça, quand ça arrive,
04:10moi, je suis sans poser de questions
04:12parce que c'est là où se trouve la vérité de la chanson.
04:24Moi, pour moi, les Grammys, c'est la reconnaissance de mes pères.
04:28Parce que c'est ça, les gens qui votent pour les Grammys,
04:30c'est les producteurs, les artistes,
04:33c'est les membres du Recording Academy.
04:37Ma première nomination, c'est justement Agolo,
04:40la vidéo d'Agolo.
04:41Et j'étais en compétition avec les Rolling Stones,
04:44Pet Shop Boy, Jurassic Park.
04:45Je me suis dit, même si je ne gagne pas,
04:47quelle est la meilleure vidéo que je vais avoir ?
04:50Je me suis dit, même si je ne gagne pas,
04:53quelque part, le travail que je fais
04:55et le sérieux de mon travail est reconnu.
04:58Pour moi, les Grammys, c'est ça.
04:59C'est la reconnaissance de mes pères et des fans
05:02qui font des Grammys à un prix à part.
05:05À chaque fois que je reçois un Grammy, je me dis,
05:07oh là là, l'argentique, il va falloir que tu penses au prochain album.
05:10Il va falloir que tu travailles encore plus dur.
05:14Ce n'est pas une finalité,
05:16c'est le début à chaque fois que je reçois.
05:21J'ai eu des parents qui ont toujours aidé les autres.
05:25C'est ça qui est incroyable, je me rends compte.
05:27Quand on est un gamin, on pense que c'est normal,
05:29ça se fait partout.
05:30Et ce n'est pas tout le monde qui le fait.
05:32Mon père avait qu'un salaire à mettre ses enfants à l'école
05:34et au-delà.
05:35Parce que mon père disait toujours,
05:37c'est par l'éducation qu'on transformera le monde.
05:40C'est ce qu'il a fait.
05:41C'est ce qu'il a fait.
05:42C'est ce qu'il a fait.
05:43C'est ce qu'il a fait.
05:44C'est ce qu'il a fait.
05:45C'est ce qu'il a fait.
05:46C'est ce qu'il a fait.
05:47Mon père disait toujours,
05:48c'est par l'éducation qu'on transformera le monde.
06:04À l'ambassadrice du NICEF, j'ai compris les défis
06:07et les problèmes,
06:09la complexité de la pauvreté en Afrique.
06:12Et que si on n'éduque pas les filles,
06:14on ne peut pas réduire la pauvreté.
06:16C'est-à-dire que les jeunes filles deviennent des mères de famille.
06:19Si on veut arrêter le cycle des mariages précoces
06:23et des grossesses précoces,
06:25il faut que les jeunes filles aient un métier.
06:27Elles décident ce qu'elles ont envie de faire.
06:30On leur donne les fonds de départ
06:32et après, elles font fructifier et aider d'autres.
06:47J'ai commencé ma carrière,
06:49je me disais que ça allait arriver en Afrique,
06:51mais je ne me rendais pas compte
06:53de l'impact que ça pouvait avoir sur cette nouvelle génération.
06:56Et c'est en devenant ambassadrice du NICEF en 2002
06:59que j'ai commencé à voyager en Afrique,
07:01en dehors de mon pays,
07:03que les gens commencent à m'intéresser
07:05et à m'apprécier.
07:07C'est ce que j'ai apprécié.
07:09C'est ce que j'ai apprécié.
07:11C'est ce que j'ai apprécié.
07:13C'est ce que j'ai apprécié.
07:15C'est ce que j'ai apprécié.
07:17En dehors de mon pays,
07:19les gens venaient vers moi
07:21et ils disaient « Agolo »
07:23ou « Wombolo »
07:25J'ai dit « J'ai un nombre, un prénom, hein ! »
07:27Et je me suis dit
07:29C'est un honneur que mes chansons soient mes identités.
07:32Que les gens,
07:34même s'ils ne se rappellent pas de mon nom,
07:36ma musique les a marquées suffisamment
07:38pour qu'ils se souviennent de la personne
07:40qui a fait cette musique.
07:42que ma musique avait eu, et a toujours, sur le continent africain
07:47pour les jeunes garçons comme pour les jeunes filles, et aussi pour leurs parents.
07:51Je ne sais pas, je suis fière de ma carrière, j'ai encore beaucoup de choses à faire.
07:54Quand on dit qu'on est fière de telle chose, c'est qu'on a fini de travailler.
07:57Moi, je n'ai pas encore fini de travailler.
07:59Je sais que chaque chanson qui est sur chaque disque,
08:03c'est parce que ces chansons-là, je peux les chanter jusqu'à mes 90 ans.
08:07Ou même à 100 ans.
08:12C'est ça.