Si la question se pose, c'est que la Démocratie vascille dans des pays que nous pensions proches, Etat-Unis et Israël, sans parler de la dérive qui s'accentue au delà...
Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique
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00:00L'édito politique Patrick Cohen, les français seraient-ils prêts à voter pour un pouvoir illibéral ?
00:07Si la question se pose, c'est que la démocratie vacille dans des pays que nous pensions proches,
00:12Etats-Unis et Israël, sans parler de la dérive qui s'accentue au-delà, Turquie, Serbie, Hongrie,
00:18comme une offensive sinon coordonnée, du moins simultanée, contre les contre-pouvoirs,
00:22ces punaises que Victor Orban a récemment promis d'éliminer, politiciens, juges, journalistes,
00:28ONG, bref, le temps se couvre pour l'État de droit.
00:31Et comme souvent, Patrick, c'est l'Amérique qui donne l'exemple.
00:34L'international réactionnaire, comme l'a appelé Emmanuel Macron, se pâme devant les
00:38exploits inédits du trio Trump, Vance et Musk, comment il est donc possible d'administrer
00:43un grand pays à sa guise, sans recours ni contrôle, d'envoyer promener les juges et
00:47les procureurs, de les forcer à se soumettre ou se démettre face à la volonté du peuple
00:51souverain, possible de dire adieu à ce principe essentiel hérité des Lumières qui marque
00:57la frontière entre la démocratie et le despotisme, qui est la séparation des pouvoirs,
01:02pour que le pouvoir puisse arrêter le pouvoir, comme l'a écrit Montesquieu.
01:05Mais tout le monde n'a pas envie que le pouvoir s'arrête.
01:08Non, et la rengaine populiste du pouvoir élu, empêché par un gouvernement des juges ou
01:13par des autorités indépendantes sans légitimité, d'un État de droit qui protège les étrangers
01:18avant ses nationaux, cette musique-là joue partout de plus en plus fort et devient de
01:22plus en plus crédible à mesure de l'avancée de la démolition trumpiste.
01:26En France, Laurent Wauquiez a été l'un des premiers à entonner ce refrain anti-système,
01:30son concurrent à la tête de LR, Bruno Retailleau, avait marché sur ses pas fin septembre en
01:35expliquant d'abord que l'État de droit, ça n'est ni intangible ni sacré, avant
01:39de réaffirmer face au tollé, il ne peut y avoir de démocratie sans État de droit.
01:44Quant au Rassemblement National qui conteste par avance comme anti-démocratique la décision
01:49des juges au cas où ceci rendrait Marine Le Pen inéligible lundi prochain, son projet
01:54de référendum constitutionnel visant à imposer la priorité nationale et la primauté
01:59de nos règles sur toute autre norme européenne renverserait à coup sûr notre État de droit.
02:05Mais l'ORN hésite à s'en prévaloir et à ériger Trump en modèle.
02:09Par prudence ? Oui, par prudence, parce que ça pourrait
02:11mal tourner, et pour ne pas se rediaboliser, Le Pen et Bardella n'agitent pas le drapeau
02:16de la révolution conservatrice, mais celui du bon sens, leur stratégie n'est pas celle
02:21de la tronçonneuse, mais celle de la cravate.
02:24Voilà quinze ans que Marine Le Pen cherche à rassurer pour atteindre le pouvoir suprême,
02:28ce n'est pas le moment d'inquiéter en essayant de rassembler au dirigeant le plus
02:31inquiétant et aussi le plus anti-étatique.
02:34En réalité, la tentation illibérale est bien là en France, mais elle est désormais
02:39indexée sur la réussite ou l'échec du trumpisme.
02:43Si d'ici à la présidentielle, la nôtre, dans deux ans, le président américain parvient
02:47à afficher des résultats, il y aura ici des candidats pour dire et faire croire que
02:52c'est en liquidant les libertés qu'il a réussi.
02:54Si à l'inverse, sa politique ne répand qu'injustice et chaos dans son propre pays,
02:59son pouvoir absolu aura, pour ses admirateurs étrangers, un effet absolument repoussoir.