La disparition progressive du clivage gauche-droite, accélérée par la stratégie politique d’Emmanuel Macron en 2017, soulève un problème fondamental pour la démocratie française. L’effacement volontaire de cette ligne de démarcation traditionnelle entre deux grandes visions du monde a eu pour conséquence, loin de rénover la vie politique, de renforcer les extrêmes. [...]
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00:00La disparition progressive du clivage gauche-droite, accélérée par la stratégie politique d'Emmanuel
00:13Macron en 2017, soulève un problème fondamental pour la démocratie française.
00:17L'effacement volontaire de cette ligne de démarcation traditionnelle entre deux grandes
00:22visions du monde a eu pour conséquence, loin de rénover la vie politique, de renforcer
00:28les extrêmes.
00:292017, Emmanuel Macron apportait un projet présenté comme une alternative, ni de droite
00:35ni de gauche, une démarche centriste qui se voulait pragmatique et moderne.
00:39Cette stratégie a permis de séduire un électorat diversifié, c'est vrai, lassé des partis
00:44traditionnels, perçus comme inefficaces et déconnectés des réalités sociales.
00:49Toutefois, en dissolvant ce repère historique, le président a créé un vide idéologique.
00:56Ce clivage gauche-droite avait une fonction structurante pour la démocratie représentative
01:01à la française.
01:02Il organisait le débat, permettait l'expression d'opinions plurielles et offrait aux citoyens
01:06un choix clair entre deux grandes familles politiques.
01:09Or, en supprimant cette polarité, Emmanuel Macron a paradoxalement fragilisé la démocratie.
01:15Le paysage politique s'est fragmenté, rendant difficile la structuration des débats autour
01:21des projets cohérents.
01:22Et surtout, et c'est peut-être le plus gros problème, pour respirer, l'électorat
01:27s'est alors tourné vers les seules offres politiques encore visibles et structurées,
01:32les extrêmes.
01:33À savoir l'extrême gauche et l'extrême droite.
01:37De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, ces forces politiques, souvent considérées
01:41comme des alternatives radicales, ont bénéficié d'un transfert de soutien d'une partie
01:46de l'électorat désabusée.
01:48Cet affaiblissement des partis traditionnels droite-gauche classique a permis aux extrêmes
01:54de s'installer comme des acteurs centraux du débat public, les présentant parfois
01:59comme les seules alternatives crédibles aux ni-ni-macronistes.
02:05Aujourd'hui, Emmanuel Macron, tout en niant la légitimité de ces extrêmes, propose
02:10une réponse basée sur le renforcement, encore une fois, du centre.
02:13La nomination de François Bayrou comme Premier ministre illustre cette volonté d'incarner
02:18un centre pur, supposé représenter la modération et la stabilité.
02:22Bayrou, qui se revendique historiquement comme centriste, voie centrale, dit-il, et
02:28équilibrée entre gauche et droite, est ainsi perçu comme une solution pour rassembler,
02:32sans pour autant renouer avec la polarisation traditionnelle.
02:36Cependant, cette réponse semble insuffisante face à la radicalisation du débat politique.
02:43En s'appuyant sur le centre, Macron risque de renforcer encore l'idée que la seule
02:48alternative réelle réside dans les extrêmes.
02:51Ce jeu d'équilibriste ne permet pas de répondre aux attentes d'une partie de la
02:56population qui aspire à des solutions concrètes face aux crises sociales, économiques, identitaires.
03:01Le recentrage constant du pouvoir ne fait que repousser les débats de fond et les clarifications
03:05politiques nécessaires pour une respiration démocratique durable.
03:11En conclusion, l'effacement du clivage gauche-droite, loin de pacifier la vie politique,
03:16a favorisé une bipolarisation autour des extrêmes.
03:21De Maurice Duverger en passant par Chantal Mouffe, nombreux sont ceux qui ont souligné
03:26la nécessité de ce clivage pour éviter la dérive populiste et ou le vide démocratique.