Il a été postier, délégué syndical à l'université, gilet jaune et désormais député. Christophe Bex se revendique de toutes les luttes sociales, mais des luttes qu'il s'efforce de rendre festives. Il siège au groupe La France insoumise à l'Assemblée.
Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !
Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
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00:00Il a été postier, délégué syndical à l'université, gilet jaune et désormais député.
00:07Mon invité se revendique de toutes les luttes sociales, mais des luttes qu'il s'efforce de rendre festives.
00:13Il siège aujourd'hui au sein du groupe La France Insoumise, ici à l'Assemblée Nationale.
00:18Générique
00:20...
00:32Bonjour, Christophe Bex.
00:33Bonjour, merci pour votre invitation.
00:35Oh non, de rien.
00:36Quelques mois après votre élection en 2022, vous avez posé une question au gouvernement
00:42sur les problèmes de pouvoir d'achat des Français.
00:44Ça a été l'occasion pour vous de porter dans l'hémicycle le combat que vous avez mené en tant que gilet jaune.
00:50On vous regarde.
00:52Il y a pratiquement quatre ans, jour pour jour, des femmes et des hommes se levaient.
00:59Revêtus d'un gilet jaune, ils et elles occupaient les ronds-points, manifestés partout en France.
01:07Ils ont été insultés, stigmatisés et victimes d'une violente répression.
01:14Leur faute, avoir repris et chanté, on est là, on est là.
01:19Même si Macron ne le veut pas, nous, on est là.
01:23Pour l'honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, même si Macron ne le veut pas, nous, on est là.
01:30Oui, oui pour un monde meilleur.
01:34Oui pour la proximité de l'île.
01:37Je le disais dans votre présentation, vous qui avez été gilet jaune,
01:41est-ce que vous vous sentez aujourd'hui investi d'une responsabilité particulière quand vous siégez dans l'hémicycle ?
01:47Disons que par mon parcours, c'est vrai que je n'étais pas programmé pour être député.
01:51Je suis venu député sur le tard et j'ai basculé en tant que député parce que je militais sous le terrain.
01:57Je me suis dit que c'est bien de militer sous le terrain, mais ce serait bien aussi de prendre des responsabilités,
02:01se présenter à une élection pour justement représenter les gens que je côtoyais au quotidien
02:06et essayer de porter leur voix au sein de l'hémicycle.
02:08C'était ça, en fait, mon idée, et puis c'est faire le lien entre le terrain, les luttes et l'Assemblée nationale.
02:15En préparant l'émission, j'ai cherché des images de vous dans les manifestations à Toulouse et dans sa région
02:20et je suis tombée sur ça, regardez.
02:24Amis entendus, le vol noir de la nuit danse sur nos peignes.
02:32Amis entendus, le vol noir de la nuit danse sur nos peignes.
02:35Vous avez fondé une chorale avec les Gilets jaunes, ça s'appelait Les Choraleurs, avec vous, on le voit en chef de chœur.
02:42Est-ce que pour vous, c'est aussi ça, lutter, ça passe par le chant, une dimension festive ?
02:48L'idée, c'est qu'on faisait les manifs pour les Gilets jaunes tous les samedis à Toulouse.
02:52Je voyais beaucoup de gens qui étaient isolés ou qui avaient peur, parce que c'est vrai qu'il y a eu une répression énorme sur le mouvement.
02:57Et l'idée, le fait de chanter, de regrouper un collectif, on se donne du chœur et il y avait un côté plus fort.
03:05Quand on chante, il y a la voix qu'ils portent et on entraînait des gens qui sont venus nous voir et petit à petit, le groupe s'est constitué.
03:1010, 15, 20, 30, 50 personnes qui se mettaient à chanter et ça, ça donnait une force au mouvement et on était reconnus.
03:16L'écho râleur des Gilets jaunes, c'est en référence justement à ce qui s'est passé au début des années 80 avec les groupes alternatifs.
03:23Les Gilets jaunes ne sont pas votre premier combat. Vous avez été postier pendant 16 ans.
03:30Est-ce que c'est là-bas, est-ce que c'est au sein des PTT que vous avez mené vos premières luttes ?
03:36Rentrer au PTT, c'est vrai que quand on parle des PTT, les gens ne savent plus ce que c'est.
03:39Moi, ça m'a permis déjà, je suis un enfant de la ruralité, j'ai fait des petits boulots,
03:44puis après, j'ai passé un concours qui catégorisait la fonction publique, les PTT.
03:47Et quand je suis arrivé dans une période où justement les PTT étaient en crise,
03:51parce qu'on a détruit les PTT, Administration d'État pour enfants de société anonyme,
03:56et ça, du coup, ça m'a donné aussi une conscience de lutte, parce que c'est l'amour du service public.
04:01Les PTT, c'est quand même fort, c'est le calendrier, c'est la lettre au Père Noël, ça rentre chez les gens, c'est le facteur, c'est Jacques Tati.
04:07Il y a toute cette image populaire et on a cassé, on a cassé les PTT.
04:12Donc forcément, au début, je n'étais que, on va dire, militant, je participais à des manifs,
04:16mais je n'avais pas de responsabilité syndicale. Et petit à petit, ça m'a forgé.
04:20Je reconnais que les PTT m'ont permis aussi de faire une ascension, on va dire, sociale,
04:25en passant des concours internes, mais aussi au niveau de la lutte. Donc ça m'a apporté les deux.
04:29Vous avez ensuite travaillé à l'université Jean Jaurès de Toulouse, où vous étiez donc délégué syndical.
04:35Vous avez aussi combattu le projet d'enfouissement de déchets nucléaires à Bure et participé à Nuit Debout.
04:42Lutter, finalement, c'est une seconde nature chez vous, c'est inscrit dans votre ADN ?
04:47Partout, il y a de la lutte. Alors, on a parlé des Gilets jaunes, mais Nuit Debout, c'était avant les Gilets jaunes.
04:52Et c'est toujours intéressant de voir comment va se passer, justement, la lutte, comment les gens s'organisent.
04:57On vient en observateur, on essaie de participer. Et c'est vrai que c'est toujours intéressant quand le peuple se met en mouvement.
05:02Parce qu'il y a des élus, mais sans... Si on n'est pas porté par les gens, si on n'est pas porté par la lutte,
05:07nous, on ne sert pas à grand-chose. Moi, quand je parle à l'hémicycle, dans l'hémicycle, ou quand je vais en circonscription,
05:14ça, j'adore aller en circonscription, rencontrer les gens, ça permet aux gens de se conscientiser.
05:18Je veux dire, ils vont se mobiliser contre une antenne, ils vont se mobiliser contre une fermeture de classes,
05:22et les gens, ça va les toucher, personnellement. Et du coup, peut-être que cette lutte-là va leur permettre d'élargir leur conscience
05:30et de militer pour d'autres... Comme j'ai fait, moi, j'ai milité pour, justement, au sein des services publics, au sein des PTT,
05:37et ça m'a permis, après, de déborder ma sphère personnelle. C'est-à-dire que la sphère, après, publique,
05:41est une sphère beaucoup plus large, comme les Gilets jaunes.
05:43– Vous avez adhéré au parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, vers 2012.
05:49Cinq ans plus tard, vous vous êtes présenté aux législatives sous les couleurs de la France insoumise.
05:54Cet engagement politique, c'était tout simplement la suite logique de vos engagements syndicaux, de vos luttes syndicales ?
06:02– Oui, c'est ça. Au moment des élections de 2017, il y a Macron qui est élu président, et je me suis présenté,
06:09il y a eu un consensus pour ma candidature en 2017, et le but, c'était d'avoir un pied dans la rue, comme je dis souvent,
06:15et un pied dans l'hémicycle pour faire remonter, parce que c'est bien, on peut lutter,
06:19mais il faut aussi faire passer des lois pour essayer de faire changer la vie des gens.
06:23C'était cette bascule-là que j'ai opérée, un peu tard, et n'ayant pas, on va dire, le profil d'un député,
06:31comme je dis, j'ai un enfant de la ruralité, j'ai pas fait d'études supérieures, mais c'est mon vécu, c'est mon expérience,
06:37qu'ils m'ont dit, ben vas-y, c'est le moment d'y aller, il y a une fenêtre, et on y va.
06:41– Aujourd'hui, vous vous sentez légitime, en tant que député ?
06:44– La légitimité, c'est toujours compliqué, parce que oui, je me sens légitime parce que j'ai été élu,
06:49légitime vis-à-vis des citoyens et des citoyennes, mais après, dans le milieu député,
06:54quand on rencontre des gens qui sont là depuis des années, il y a quand même une petite barrière sociale,
06:58je veux dire, au niveau même de mon cursus, moi, comme je dis, c'est mon vécu, c'est mon expérience,
07:03mais j'ai pas les capacités, on va dire, intellectuelles, et puis je suis un député,
07:09même si je suis un jeune député, je suis un vieux député, dans mon groupe, je suis le deuxième plus vieux,
07:13donc la légitimité, ça se construit jour par jour, mais j'ai mon expérience qui parle pour moi.
07:19– Dans un article qui vous était consacré, vous avez cité l'historien américain Howard Zinn, qui disait,
07:25tant que les lapins n'auront pas d'historien, l'histoire sera racontée par les chasseurs.
07:31Est-ce que vous luttez aujourd'hui pour que les lapins puissent écrire un jour l'histoire face aux chasseurs ?
07:36– L'histoire populaire, c'est vrai qu'on regarde notre histoire, elle est toujours écrite par des vainqueurs,
07:39ou par l'histoire de France, c'est l'histoire des rois, et moi ce que j'adore, c'est ce qu'a fait Howard Zinn,
07:44ou d'autres en France, qui écrivent justement le quotidien des gens, et l'histoire au niveau horizontal.
07:50– La micro-histoire, ce qu'on appelle la micro-histoire aussi.
07:52– La micro-histoire qui nourrit les luttes, et qui met en valeur justement les hommes et les femmes,
07:56qui sont souvent oubliés dans notre histoire populaire, parce que s'il n'y a pas d'histoire populaire,
08:00il n'y a pas d'histoire tout court.
08:02– Il y a une personnalité qui tient une place particulièrement importante dans votre engagement politique,
08:06c'est François Ruffin. Je crois qu'entre vous, tout a commencé dans son journal Fakir en 2014, c'est ça ?
08:13– François Ruffin justement, quand on parle d'histoire populaire, lui il fait un journal,
08:18enfin ce n'est plus lui qui gère le Fakir, mais c'est un journal d'enquête sociale,
08:21donc il va au plus près des gens, et il laisse sa parole aux gens, il ne se met pas en valeur,
08:24et puis il a la capacité, avec son écriture fluide, de relater tout ça.
08:28Donc Fakir, j'ai adhéré tout de suite, et je me suis dit, tiens, je vais être préfet fakirien,
08:34c'est-à-dire promouvoir Fakir dans la région de Toulouse, et puis avec le film Merci patron,
08:38ça lui a donné un éclairage national, et forcément c'est une personne qui m'intéresse.
08:43– Quand François Ruffin a quitté La France Insoumise,
08:45vous avez partagé les mêmes critiques que lui à l'encontre de Jean-Luc Mélenchon,
08:49mais vous êtes resté au groupe La France Insoumise, dans lequel vous siégez toujours, pourquoi ?
08:54– Eh bien à cette période, c'est juste avant le deuxième tour des élections législatives,
08:57j'ai des doutes, j'ai des doutes, je me pose la question,
09:00est-ce que je vais rester au sein du groupe de La France Insoumise ?
09:03Et puis par la suite, en analysant, en se posant, en réfléchissant,
09:06je me suis dit que l'endroit où je pourrais mieux lutter,
09:08c'est au sein du groupe de La France Insoumise, au niveau des idées et au niveau du programme.
09:12Comme je dis toujours, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, François Ruffin,
09:15sont des gens qui passent, comme avant Léon Blum, Jean Jaurès.
09:18Moi, ce qui me porte, ce sont les idées et les conquis que nous avons eus
09:22tout au long des luttes sociales et qu'il faut préserver et même élargir.
09:26On va fêter justement les 80 ans de la sécurité sociale,
09:29et donc c'est sur ça qu'il faut se battre.
09:31Et après, les gens qui passent, ce sont des éclaireurs qui nous portent.
09:34Et Jean-Luc Mélenchon a ce rôle-là, qu'il a réussi à reconstruire une gauche,
09:38une gauche, tout simplement une gauche, en France,
09:40et grâce à lui, il existe encore une gauche en Europe et plus particulièrement en France.
09:44Vous expliquez que pour vous, un député, c'est un peu un capteur de la société
09:49qui doit avoir, et vous l'avez dit au début de cette émission,
09:52un pied dans la rue et l'autre à l'Assemblée.
09:55Être député, ce n'est pas plutôt légiférer et contrôler l'action du gouvernement ?
09:59Alors si, bien sûr, et ça, il faut essayer de le faire comprendre aux gens
10:02qu'on est lié dans une circonscription,
10:04mais on est avant tout député de la France, député de la nation.
10:07Mais on est rattaché à une circonscription qui nous nourrit, justement.
10:10Quand on va faire des propositions de loi, quand on va faire des amendements,
10:13on se nourrit de ce qui se passe dans la circonscription.
10:15On va rencontrer les agriculteurs, les petits commerçants, les enseignants, les élus,
10:19et ça, on fait des auditions, on va dire, en direct.
10:22Et puis, moi, je me nourris aussi de mon quotidien.
10:25Je prenais le train tous les matins, je connais les problèmes de transport pour aller travailler.
10:29Donc tout ça, ça nous nourrit et j'ai besoin.
10:32Si je reste enfermé dans l'hémicycle, je reste dans une bulle,
10:34je vais côtoyer d'autres députés et puis on va se dire, mais tout va bien ici.
10:38Parmi les combats que vous menez, justement, ici à l'Assemblée,
10:41il y a la défense des services publics, on l'a évoqué,
10:43et puis il y a la légalisation encadrée du cannabis.
10:47Ce sont vos capteurs de la société qui vous ont amené à parler de ce sujet, à le mettre en avant ?
10:53La légalisation du cannabis, on voit bien que c'est un échec depuis des années.
10:56C'est pas moi qui le dis, il y a même un ministre de l'Intérieur qui l'a dit à l'époque de Jospin,
11:00et qu'il faut aller vers cette voie-là.
11:01Il y a des expériences qui ont été faites, que ce soit en Allemagne, au Canada,
11:05ou même au Portugal, ils ont dit qu'il n'existait que toutes les drogues.
11:07Mais on voit bien que c'est un échec actuellement
11:10et que je m'appuie sur le rapport du CESE,
11:13qui était pour une légalisation encadrée du cannabis,
11:15justement pour qu'il y ait une réponse sanitaire et non pas judiciaire à la consommation du cannabis.
11:21Qu'est-ce que vous répondez, du coup, à Bruno Rotailleau, donc le ministre de l'Intérieur,
11:24qui déclare que la légalisation du cannabis aboutirait à augmenter la consommation
11:28à côté des réseaux légalisés, se développe toujours le marché noir ?
11:33Je suis d'accord avec lui quand il parle des jeunes, des jeunes qui fument,
11:36il y a énormément de jeunes qui fument,
11:37et que là c'est dangereux le cannabis quand on a moins de 18 ou 21 ans.
11:40C'est pour ça qu'il faut l'encadrer, c'est pour ça qu'il faut une réponse sanitaire
11:44et non pas un jeune qui va fumer du cannabis,
11:47c'est pas en l'arrêtant, en le mettant en garde à vue, que ça va aller mieux.
11:50Il faut justement permettre un encadrement sanitaire
11:53et on pourra réduire la consommation que si on contrôle,
11:56si l'État contrôle la distribution, la production et la consommation du cannabis.
12:01Très rapidement, d'un mot, si vous vous intéressez tant à ce sujet,
12:04c'est parce que vous-même vous fumez ?
12:05J'ai fumé, j'ai fumé du cannabis, comme je crois que la moitié des Français ont fumé du cannabis.
12:11Très gros consommateur européen.
12:12On est le plus gros consommateur et on pénalise le plus,
12:14donc il y a un petit problème, monsieur Retailleau.
12:16Je vous propose maintenant de conclure cette émission avec un quiz
12:20et je vais vous proposer des phrases que vous allez devoir compléter.
12:24Si je vous dis, quand on a été postier, siégé à l'Assemblée...
12:30C'est magique, enfin, c'est porter le courrier.
12:35C'est porter le courrier des gens, donc je continue mon rôle de messager.
12:39De facteur.
12:41Dans la chorale des députés à l'FI, la plus belle voix ?
12:45On a des très belles voix, Mathilde Pannot a une très belle voix.
12:49Elle pourrait justement être le chef de chœur.
12:55Je porte une casquette car...
12:57C'est en hommage un peu aux luttes.
13:01Et puis mon père portait une casquette aussi.
13:03Donc il y a quelque part une petite tradition.
13:05Et puis c'est pour se préserver de la tête parce que j'ai plus de cheveux.
13:07Et ça me préserve aussi la tête.
13:09Mais il y a un petit message avec les luttes ouvrières, le Front populaire.
13:13Et puis en hommage à mon père qui malheureusement est disparu.
13:15Merci beaucoup, Christophe Becks, d'être venu dans La Politique et moi.
13:19Je vous remercie.